À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]


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 À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]

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Sorcier Noir ~ Membre de Rosenrot
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Evan Adams
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MessageSujet: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Dim 8 Jan 2012 - 17:40



    Il fait froid, il fait sombre, la ruelle dégage un fumé nauséabond peu engageant, et en plus de cela je viens littéralement de plonger mes nouvelles chaussures derniers cris dans une flaque d’eau qui m’avait échappé. Ça m’apprendra à ne pas regarder où je mets les pieds. Je retiens de justesse le grognement de frustration qui chatouille le bout des lèvres depuis un bout de temps. Depuis que j’ai commencé cette délicate et stupide filature en fait. Moi, Evan Adams, sorcier noir de mon état, me voilà réduit à suivre une insaisissable et obsédante silhouette blonde. Je suis tombé bien bas.

    Eh non, ravalez immédiatement vos idées déplacées et votre sourire malicieux ! Je suis ici dans un but purement professionnel. Bon d’accord, plutôt dans un but personnel. Ce qui ne change finalement pas grand-chose. Je stoppe mon monologue intérieur juste à temps pour voir la silhouette bifurquer sur la droite. J’ajuste soigneusement mon chapeau, fourre la gazette du matin sous mon bras et me voilà en parfait gentleman. Anja Von Duisbourg n’a qu’a bien se tenir !

    Anja Von Duisbourg. Taille moyenne, profil élancé, des jambes interminables et surtout, la démarche de quelqu’un qui n’a rien à craindre de personne. Même de dos, un capuchon rabattu sur sa tête, laissant à peine entrevoir ses mèches blondes, elle dégage une aura insupportable d’arrogance et de méprise…
    … Ce qui est à peu près mon cas sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Bref. Peu importe nos hypothétiques points en commun et cette curieuse impression de déjà vue qui m’étreint parfois lorsque je m’attarde -inconsciemment, je précise !- sur ses courbes harmonieuses.

    Tout a commencé il y a deux jours, alors que je me rendais au QG de Rosenrot pour y faire un rapport détaillé de ma précédente mission. En somme, tout commençait on ne peut plus normalement. J’effectuais simplement mon devoir de bon sorcier civilisé. Mais l’excitation anormale qui régnait sur l’endroit a vite fait d’attiser ma curiosité. Une jeune et jolie sorcière, probablement attirée par mon sourire angélique –peut-on lui reprocher d’être sensible au charme ?- s’est fait un plaisir de m’exposer la situation. Malgré son enthousiasme évident, je n’en ai retenu que le principal, déjà amplement suffisant : Anja Von Duisbourg, ancienne sorcière de Croix, présidente de Rosenrot. Je garde un souvenir un peu flou du reste de la soirée.

    Anja Von Duisbourg. J’ai tourné et retourné ce nom dans ma tête, pour essayer de comprendre. De comprendre quoi ? Je l’ignore. Tout ce que je sais c’est qu’Allie aurait du avoir ce poste. Allie. Pas Anja. Mais Allie est morte, alors pourquoi pas Evan ?
    C’est avec cette certitude que je me plaque dans l’ombre d’un réverbère. Il ne s’agirait tout de même pas de se faire repérer trop tôt. J’ai des questions à lui poser, mais cela peut encore attendre un peu. Jusqu’à présent, tout a fonctionné comme sur des roulettes. Ce matin même, pour commencer. J’ai assisté à une scène étrange. Un vieux bonhomme serrant la main à une jeune femme. Cette dernière me tournant le dos, je ne pouvais donc pas distinguer son visage. Et j’aurais certainement poursuivi mon chemin si l’homme en question n’avait pas déclaré ces quelques mots anodins « Au revoir Anja ». C’était un coup de chance, tout simplement. Mais on ne laisse pas passer un coup de chance pareil. J’ai compté jusqu’à dix et me suis lancé derrière Anja Von Duisbourg.

    Je me demande bien où elle peut se rendre à une heure si matinale. Tout compte fait, je m’en moque. Ses activités journalières ne m’intéressent pas. Elle, en revanche, m’intéresse. Il est tout de même de mon devoir de savoir à qui j’obéis !

    Elle s’est arrêtée. On dirait qu’elle attend. Quelqu’un ? Quelque chose ?
    Je ne suis plus qu’à une dizaine de mètres d’elle. Dix mètres que je franchis en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, et cela dans un silence quasi absolu. Je fais claquer mes chaussures sur le pavé, lui signalant clairement ma présence. C’est là que les complications débutent réellement. Elle pivote sur elle-même, doucement tout doucement, comme pour faire durer le suspens un peu plus longtemps. Mais quel suspense ? L’effet de surprise, c’est moi qui suis censé le produire ! Il y a quelque chose qui cloche… Il y a forcément quelque chose qui cloche.

    Je distingue tout d’abord une mèche, blonde. Puis des lèvres, couleur sang. Le bleu glacial de ses yeux. Une pommette rebondie. La courbe de sa nuque.
    Et le sourire amer de la haine.
    Haine envers la vie, haine envers la mort.
    Haine envers elle-même, haine envers les autres.
    Haine.
    Ce sourire, je ne l’ai pas oublié. Je ne l’oublierai jamais. Ce sourire, il lui appartient. Tout comme elle m’appartient. Tout comme je lui appartiens.
    N’étaient-ce pas d’ailleurs ses derniers mots ? « Tu m’appartiens ».

    Je tressaille. Non. C’est impossible. Il doit y avoir une erreur. Les choses n’étaient pas censées se passer de cette façon. Je n’étais même pas censé la connaître. Mais est-ce que cela fait vraiment une différence ? Pour elle peut-être pas.
    Pour moi, ça change tout.
    Tu fais un bien piètre méchant Evan.
    Son regard provocant soudain, me fait l’effet d’un électrochoc, et ma respiration s’apaise. Et si un étrange rictus échancre toujours mes lèvres, la surprise n’est plus. N’a plus du tout lieu d’être. C’était trop simple. J’aurais dû me douter que quelque chose clochait la première fois que je l’ai vue. « Croix. Pour l’instant » avait-elle dit. Ces mots qu’elle m’avait offerts je les avais immédiatement rangés dans un coin de mon esprit. Et je les avais oubliés. Un peu trop vite. C’était tellement évident.
    J’aurais dû me douter,
    Que la fille de la ruelle,
    Et Anja Von Duisbourg,
    N’étaient qu’une.

    « Tu m’appartiens. »


    La ville s’éveille et pourtant la place est vide. Vide de rires. Vide de cris. Vide de conversations entre passants anonymes, de dialogues silencieux de fenêtre en fenêtre, des habituelles odeurs de pain frais et de croissants chauds. Vide d’amour. Vide de tout. Vide de toutes ces choses sans importances qui contribuent à construire une vie, monotone et éphémère. Une vie, notre vie. J’ignore où sont passés les gens, tout ce petit monde invisible. Peut-être ont-ils prit peur. Toujours est-il que la place est vide.
    Nous sommes seuls.
    Nous l’avons toujours été.

    « Tu m’appartiens. »


    C’est étrange, il y a quelques secondes à peine j’aurais juré qu’il n’était pas là. Lui, le banc. C’est comme s’il avait été placé ici par erreur, puis qu’il avait fini par se fondre avec le décor et que plus personne n’avait jugé bon de l’en retirer. D’un brun douteux, marqué par le temps et l’usage, aux multiples écorchures, ce n’est qu’un banc, un stupide banc. Dur, froid, inutile. Ne riez pas, mais ce banc me trouble. Parce qu’il est un peu comme nous. Sauf que lui, il a trouvé sa place.
    D’une démarche lente, j’esquisse un pas, puis deux, puis trois. Enfin, je m’assieds sur le bois et déplie mon journal. Comme une personne normale. Mais je ne dois pas être une personne normale, car cela fait une éternité que je n’avais pas effectué ces gestes simples et routiniers.
    D’un signe de tête, j’invite la fille à s’asseoir à côté de moi. La fille. Je rechigne encore à l’appeler autrement.

    - Anja Von Duisbourg… je murmure, autant pour moi que pour elle.

    Ce n’est pas une question, mais j’ai volontairement laissé ma phrase en suspens. Comme pour m’assurer une dernière fois que tout ceci est bien réel.
    Je feuillette les actualités du bout des doigts, survole les informations sans même les voir, puis me lasse et lâche la gazette. Ces choses-là me laissent tellement indifférent. Anja Von Duisbourg ne me laisse pas indifférent. Peut-être parce que justement, elle est différente ?

    - La dernière fois, tu ne m’as même pas laissé le temps de te dire au revoir.


    Juste quelques mots anodins, pas même un reproche, que je lui lance, un peu comme un enfant lance une certitude. C’est la vérité et ce n’est pas discutable, point final. Mais pour l’enfant, c’est juste un jeu.

    « Tu m’appartiens. »

    Il semble pourtant qu’Anja ait oublié un détail important. Si je tombe, elle tombe. Si je souffre, elle crie encore plus fort. Si je suis blessant, elle riposte.
    Si je lui appartiens, elle m’appartiens plus encore.


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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Dim 5 Fév 2012 - 14:32



Anja regarda les quelques mots tracés en haut de sa feuille. Une date, un lieu, un "Liebe Mutti"... Les papiers lui tendait les bras, attendant ses confidences, avide de mots et d'encre. Mais la demoiselle blonde tremblait au dessus de son stylo, ne sachant pas par ou commencer et surtout si elle avait envie de commencer. Elle qui avait toujours tout écrit à sa mère hésitait à présent à lui révéler ce qui se cachait dans sa tête. Comme une envie de jardin secret.
Qui gagne sur tout.
Alors la jeune femme attrapa le papier et le déchira en deux. Pas de lettre aujourd'hui pour sa maman. Aujourd'hui, sa mère ne pourrait pas savoir, ne devait rien savoir. Et à la place de l'entête familiale du "Liebe Mutti", Anja y plaça autre chose.
Pour une fois, la lettre aurait un autre destinataire.

Little Angleton, 9 janvier 2012
Cher toi,

Ça aurait dû être une journée d'une banalité absolue. Quelques affaires simples à traitées, deux trois personnes à rencontrée et puis retour au bercail. Même pas de meurtre, même pas de torture. Une journée sans le moindre saignement, une journée calme, presque une journée ordinaire d'une jeune femme ordinaire.
Sauf que voilà. Tu es venu te glisser dans ma journée comme un grain de sable dans une installation parfaitement huilée. Au début tu dérangeais juste un petit peu. Avant de tout foutre en l'air, tout arraché, tout désossé. Et la machine s'est retrouvée éventrée, écoeurée, les organes en boyaux.
Comment as-tu pu...?

Revenons au début. Revenons au tout début pour que je puisse te dire combien chaque instant m'a surprise, chaque instant m'a écorché, chaque instant m'a fait souffrir. Revenons au tout début.
J'ai passé une affaire avec Edouard DiLarentis, dans un vieux café aux allures de café mafieux. Une heure et une poignée de main plus tard, j'étais dehors, marchant à vive allure, capuchon sur la tête et mains dans les poches. Je ne sais pas exactement à quel moment tu m'as remarqué. Étais-ce dans le café ? Avant ? Au moment où je suis sortie et que le vieux DiLarentis m'a salué d'un « Au revoir Anja » ? Aucune idée, strictement aucune.
Je ne sais pas non plus quand l'idée d'être suivie s'est frayée une trace dans ma tête, mais au fur et à mesure que mes talons claquaient sur le bitume, l'idée dans ma tête grandissait. Une ombre me suivait, j'en étais sûre, persuadée. Étais-ce un tueur en série ? Un violeur ? Humain ou sorcier ? Noir ou Orpheo ? Tellement de question pour une si petite ombre... Mais lorsqu'on est cheffe de Rosenrot, il faut savoir rester prudent. Nous avons beau être une organisation plutôt discrète, je sais que le risque zéro appartient désormais au passé. Étais-ce une raison suffisante pour avoir peur ?
Non, bien sûr que non.
Alors je me suis arrêtée au milieu de la ruelle, attendant que l'ombre veuille bien s'approcher, bien se montrer. J'ai patienté, comme si j'attendais quelqu'un.
Te doutais-tu seulement que c'était toi que j'étais en train d'attendre ?
J'ai sentit que l'ombre était en train de s'approcher, malgré le silence. Mais je n'ai pas bougé, j'attendais toujours. J'ai attendu jusqu'à ce que des pas clair se distinguent sur le trottoir. C'était le signal que j'attendais, que nous attendions. Alors lentement, j'ai relevé la tête jusqu'à croisé tes yeux.

Toi.

Comment ne pas te reconnaître ? Toi qui a tant perturbé mon quotidien, toi qui a bouleversé les étoiles de mon ciel, toi qui a un peu comblé le vide en moi, toi qui a ouvert tant de blessures dans mon coeur, toi qui m'a déchiré le ventre pour tenter d'y trouver mon coeur, toi qui a échoué à me rendre le bonheur, toi sur qui j'ai écrasé ma cigarette.
Toi qui m'appartiens.

Pas un mot n'a traversé mes lèvres, pas un mot n'a traversé les tiennes. Comme si le silence avait décidé de s'abattre sur nous et notre solitude, comme une chope de silence, étranglant le moindre son. J'ai juste continué à te regarder, à affronter ton regard, ayant l'impression affreuse de perdre une bataille.
Quelque part, tu m'effrayais.
Autre part, tu me passionnais.
Puis soudain tu as décidé de changer le cours du temps, le cours du silence. Tu l'as brisé pour aller t'asseoir sur un banc, un petit banc de bois placé ici par tout le monde ou par personne. Tu t'es assis, a déplié ton journal, comme une personne banale, comme une personne normale. Comme si tu n'en avais rien à faire de moi.
Rien du tout.

- Anja Von Duisbourg…

J'ai relevé la tête, déglutis péniblement, décidée à ne pas me laisser faire. À ne pas te laisser mener mon univers par le bout du Monde.
Tu m'appartenais. C'était à moi de te contrôler.
Alors je suis allée m'asseoir sur le banc, sans te regarder. J'ai préféré fixer mon regard à l'horizon, observer le vent au loin et l'horizon souffler. Un pigeon a décollé au milieu du silence, créant une véritable tornade au fond de mon ouïe. Puis le silence, à nouveau. À peine troublé par quelques pages de la gazette que tu tenais entre tes mains.
Étais-tu vraiment en train de lire ? Ou comme moi, cherchais-tu le courage d'affronter quelque chose que tu ne comprenais pas...

- La dernière fois, tu ne m’as même pas laissé le temps de te dire au revoir.

« Tu m'appartiens. »
C'était tout ce que je lui avais laissé avant de tourner les talons. De fuir au plus loin, loin de ce que tu me faisais. Loin de ce mélange de haine, de rage, de douleur, de vide et d'autre sentiments inconnus que tu me faisais ressentir. C'est lâche de fuir, c'est terriblement lâche. Et pourtant c'est ce que j'ai fais l'autre fois. T'abandonnant avec ces trois mots. Trois mots qui ne veulent rien dire, trois mots qui veulent tout dire.
Alors que faire à présent ? Reprendre ces trois mots que je t'ai offert. Leur donner une autre signification ? Te donner la possibilité de me dire au revoir ? Que faire ?
Lentement, j'ai tourné la tête vers toi, plantant mes yeux dans tes yeux, mon âme dans la tienne.

- La dernière fois ? On s'est déjà rencontré ?

La fuite. Toujours la fuite. Je m'excuse... Honnêtement, je m'excuse de toujours me cacher derrière des mensonges. Me pardonneras-tu un jour ? Je ne sais pas. Mais je suis comme ça. Je préfère fuir loin de toi et de tes mots.
Qui es-tu ?
Je t'ai à nouveau regardé, toi l'inconnu tellement connu... Faire semblant de ne pas te connaître, je ne sais pas si c'était la meilleure solution. J'espérais juste que ça allait te blesser. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que je voulais te faire mal... Je ne sais pas. Peut-être parce qu'à chaque fois que je pense à toi, j'ai mal. Tu me rappelles cette ruelle, de la tristesse et surtout le vide. Un si grand vide dans lequel j'ai sauté. Dans lequel je suis en train de tomber.
Chute libre.

Le problème quand on tombe, c'est qu'il y a bien un moment où il faut atterrir. Et souvent, ça fait mal. Très mal.

Le problème, c'est que je ne suis pas la seule à tomber. Tu tombes avec moi. Si je tombe, tu tombes. Si j'ai mal, tu as mal. Si je pleure, tu pleures.
Si tu m'appartiens, je t'appartiens ?
Je n'ai pas envie de t'appartenir, je n'ai pas envie d'appartenir à quiconque. Alors pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu me maîtrises. Tu es là, posé sur un banc, sans rien faire. Et pourtant tu trouves le moyen de m'effrayer. Moi qui ne tremble même pas devant la mort, me voici mort de trouille devant un homme et son journal.
Qui es-tu ?
Tu connaissais mon nom, je ne connaissais pas le tien. Rien que pour ça tu m'étais supérieur. Rien que pour ça je me sentais écrasée. Et j'avais beau rester droite, le menton relevé et aucun sentiment au fond des yeux, au fond de moi je me sentait lamentable. Totalement perdue.
Scheisse ! Wer bist du ?

- Je ne sais pas comment vous connaissez mon nom. Je ne sais pas non plus qui vous êtes. Ni ce que vous faites là.

Trois phrases. Trois phrases cachant des tonnes de questions, des tonnes de non-dit. Comment as-tu su qui j'étais ? Comment m'as-tu trouvé ? Que me veux-tu ? Pourquoi me pousser ainsi dans ce vide ? Qui es-tu. Surtout ça, qui es-tu ?
J'ai beau me cacher derrière un vouvoiement et des mensonges, il n'en restait pas moins que tu étais là, devant moi. À me déstabiliser.
À m'effrayer ?

[...]


Sa respiration commence à se calmer alors que les mots s'étalent lentement sur le papier. Tout confier à l'écrit, c'était la seule chose qui pouvait la calmer un petit peu.
Mais seulement un petit peu.
Parce qu'Anja était énervée. Énervée et épuisée. Une nouvelle fois cet inconnu débarquait dans sa vie et une nouvelle fois il venait bousculer ses étoiles. Combien de temps encore avant la fin de la chute ?
Combien de temps encore avant qu'Anja ne vienne se crasher sur le sol ?
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Evan Adams
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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Lun 20 Fév 2012 - 21:12


Dans je l'aimais, il y a "mais".
    Alors on s’assoie sur un banc et on se tait ? Et c’est tout ? Non ce n’est pas tout. Mais ça peut durer un certain temps. Ça pourrait même durer l’éternité. Mais l’éternité peut prendre son temps, je ne suis pas pressé.
    J’ai pris la sage décision –une fois n’est pas coutume- de ne pas quitter les lieux avant d’avoir trouvé ce que je cherche. Le problème, c’est que je ne sais pas ce que je suis venu chercher. Et décrépir sur un banc à regarder les pigeons, ça peut devenir passablement ennuyeux, surtout quand votre voisine, aussi charmante soit-elle, est à peu près aussi bavarde qu’une tombe ayant fait vœux de silence.

    Je commence à regretter d’avoir si lâchement abandonné ma gazette. Résultat, je n’ai pas d’autre choix que de fixer ces stupides volatiles. Parce que, par la barbe de Merlin, que je sois pendu si l’un deux est capable de m’offrir les réponses aux questions qui s’entrechoquent et me martèlent les tempes, comme autant de boum boum insupportables !
    Et pourtant, ma réponse, je l’ai trouvée. Elle est là, à quelques centimètres sur ma droite. Elle a deux jambes, un prénom, et surtout, un sourire à faire fondre le plus blasé des séducteurs. Le genre de détails qui ne m’a jamais posé problème. Alors qu’est-ce qui m’empêche de la regarder droit dans les yeux et de lui faire un de ces sourires irrésistibles dont j’ai le secret ?
    Rien. Strictement rien. Et tout. Absolument tout.

    Qui es-tu Anja ? Qui es-tu bordel ? Tu n’es pas juste la cheffe de Rosenrot, tu n’es pas juste Anja Von Duisbourg, c’est certain. Non, tu es bien plus que ça.

    « Et maintenant, il était paumé. Déchiré entre des pulsions contradictoires, il ne savait que penser. Son passé luttant contre un futur à peine esquissé, il ne savait que croire. »

    - La dernière fois ? On s'est déjà rencontré ?

    Je vrille lentement mes yeux dans les siens, dans l’espoir d’y trouver la lueur d’amusement que j’espérais. Rien qu’un petit signe. Un tressaillement, un clignement de l’œil. Dans son regard, je ne trouve que du vide. Un vide immense et effrayant.

    Le joueur de tambour se déchaîne dans ma tête.

    Mes sourcils se froncent. J’ai l’air un peu hébété d’un enfant à qui on aurait fait une mauvaise blague.
    Il n’y a pas d’erreur. Il ne peut pas y avoir d’erreur. C’est elle. Et plus je la regarde, plus j’en ai la certitude.
    Est-ce que tu as peur de moi, Anja ? Est-ce que c’est pour ça que tu fuis ? Est-ce que c’est pour ça que tu es si lâche ? Je t’ai connue plus courageuse. Ou bien est-ce que c’est simplement pour me blesser ? Tu dois te sentir piégée, mise à nue, maintenant que je connais ton nom. Et tu veux me le faire payer. C’est toi, c’est exactement toi. Il n’y a aucun doute. Tu souffres, je souffre. Tu tombes, je tombe. Et le pire dans tout ça, c’est que ça fonctionne. Et ça fait mal.

    - Je ne sais pas comment vous connaissez mon nom. Je ne sais pas non plus qui vous êtes. Ni ce que vous faites là.

    Je lui souris, froidement, mais avec une certaine amabilité, une certaine courtoisie. Comme si je lui pardonnais sa lâcheté.
    Puis, je dégage le col de ma veste et, du bout des doigts, j’effleure la trace rouge sur ma nuque. C’est une brûlure. Une brûlure de cigarette. Cette brûlure me rappelle chaque fois que certaines choses ne sont pas éphémères. Elles laissent toujours une trace. Cette brûlure me fait penser à toi, Anja. Elle m’empêche de t’oublier. Comme si j’avais pu.

    - Et ça, ça ne te rappelle rien ?

    Ça ne me fait plus mal. Ça ne m’a jamais vraiment fait mal. Elle n’a pas encore fini de cicatriser pourtant. En fait je crois qu’elle ne cicatrisera jamais vraiment. Comme moi. Comme Anja. Comme nous.
    C’est pour ça qu’on est pareils. C’est pour ça que je t’aurai reconnue entre mille, et que ce n’est pas ton air étonné qui va me berner.

    - Je connais peut-être tom nom, Anja. Mais ça ne me dit pas non plus qui tu es, ni ce que tu fais là. Je m’appelle Evan. Evan Adams. Tu vois, maintenant nous sommes quittes.

    En prononçant ces mots, j’ai volontairement insisté sur son prénom. Anja. Anja, Anja, Anja, Anja, Anja ! Ton prénom je pourrai le répéter, encore et encore, parce que c’est toi, il n’y a pas de doute !

    Si Anja Von Duisbourg n’avait été qu’Anja Von Duisbourg, je me ficherais de son nom. Seulement, elle est aussi la fille de la ruelle. Et, bien que ces deux et même personnes soient pourtant similaires, c’est la seconde qui m’intéresse. Elle est tellement plus elle. Tellement plus moi. Tellement plus vraie.
    Tellement plus perdue…

    En la suivant jusqu’ici, mon but premier était de découvrir qui était cette étrange jeune femme qui de Croix était devenue cheffe de Rosenrot. Savoir à qui j’obéis est la moindre des choses. J’étais intrigué, mais je ne prévoyais pas d’y passer la journée, loin de là.
    Pour faire simple, je ne me voyais pas assis sur un banc à ses côtés en train de discuter de la pluie et du beau temps (bon, d’accord, nous ne discutons pas exactement de la pluie et du beau temps).
    Mais un nom, un visage, une nuit d’automne a tout fait vaciller. Nous sommes en équilibre instable, pas encore sur le point de chuter, mais déjà trop avancés pour s’envoler.

    De plus, nous avions une conversation en cours que tu ne nous as pas laissé le temps de terminer.
    Et si on reprenait là où on s’était arrêté ?

    Parce que j’ai beau faire comme si tout cela n’avait pas d’importance, ça en a. Un peu. Un peu trop. Moi non plus je ne comprends rien, rien du tout à ce qu’il nous arrive. Mais on peut faire semblant, tu sais. C’est tellement plus simple.
    Tu souris, tu regardes les gens du haut de ton mépris, et tu méprise tous ceux qui te regardent. Tu ris un peu. Pas trop, sinon on va finir par croire que tu es fou, ou bien heureux, ce qui est peut-être pire. Tu mens, aussi, souvent, parce que tu adores mentir, c’est facile. Tu blesses, tu écorches, tu tortures, et tu t’en vas. Et tu recommences. Inlassablement. Parce que sinon tu tombes.


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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Sam 25 Fév 2012 - 18:57


« Mais alors, dit Alice, si le monde n'a absolument aucun sens,
qui nous empêche d'en inventer un ? »

On tombe tous un jour. Dès le moment où on commence à marcher, on commence aussi à tomber. Parce qu'apprendre à marcher c'est avant tout apprendre à tomber. Alors on fait un pas, puis on tombe. On fait trois pas, puis on tombe. On fait dix pas, puis on tombe.
Mais au final on apprend tous à marcher. L'équilibre nous viens naturellement et avec l'âge c'est d'autres sortes de chutes qu'on expérimente. Tomber de haut, tomber amoureux, tomber dans la pitié, tomber dans la folie... Si notre corps souffre moins, notre esprit lui est perpétuellement abîmé.
Jusqu'à la chute finale.
La mort.

[...]

J'ai vu tes sourcils se froncer et j'ai compris que, quelque part, tu avais mal. Mal de ma fuite, de ma lâcheté, de cette folie que j'avais de ne pas te reconnaître. Mais qu'espérais-tu, hein ? Que la grande Anja von Duisbourg allait te reconnaître, toi pauvre petit soldat de Rosenrot qu'elle n'avait croisé qu'une fois dans sa vie ? C'était misérable. Tu n'étais rien pour moi. Rien du tout. J'ai déjà rencontré des tas de gens dans ma vie. Des tas de chemins ont croisé mon vide et ce n'est pas le tiens qui m'a le plus marqué. On ne s'est vu qu'une seule et unique fois. Et il ne s'est rien passé entre nous. Tellement rien. Parce que nous sommes vide tous les deux. Vide de sens et d'esprit. Vide de toute relation. Comment je pourrais me souvenir de toi, hein ? Oublie cet espoir là. Ta tête ne me rappelait rien. Tu n'étais qu'un inconnu de plus.
Voilà ce que j'aurais aimé te dire. Ce que j'aurais aimé penser. Mais je suis lasse de mentir et je souhaite écrire la vérité. La vraie vérité. Et cette vérité là que je peine tant à m'avouer à moi-même, c'est que ton visage avait marqué mon esprit. Marqué mes souvenirs. Tu t'étais incrusté dans ma vie comme une sangsue s'accroche à une jambe. Et tu ne voulais pas me lâcher, comme si ça te faisais rire de bouffer tout mon sang jusqu'à ce que je tombe d'épuisement.
Alors dis-moi. Honnêtement. Trouves-tu ça drôle de me faire tomber ?

Parce que moi je trouve ça drôle de te voir souffrir. J'ai aimé ce froncement de sourcil, j'ai aimé sentir ta douleur. C'était revigorant. Jusqu'à ce que je m'aperçoive que tu n'étais pas le seul à souffrir, qu'à ta souffrance se liait la mienne. Parce que nous étions liés.
Je tombe, tu tombes. Tu tombes, je tombe.
Et ça faisait mal.
Ça faisait mal, mais je n'ai pas crier. Je me suis contenter de regarder le sourire froid qui se dessinait sur tes lèvres, comme si tu me pardonnais ma lâcheté. Comme si tu me comprenais. Et ça aussi, vois-tu, ça faisait mal. Tu n'aurais pas dû me comprendre, tu aurais dû t'offusquer, te lever, donner un coup de pied aux pigeons puis t'en aller. Et moi je ne souhaitais qu'une chose, te faire ravaler ton maudit sourire, ce sourire qui me faisait si mal. Arrête de sourire, je t'en supplie, arrête de sourire. Mais à la place de ça, tu as préféré passer deux doigts dans le col de la veste, découvrant au vent et au froid ta peau. Moi, j'ai voulu fermer les yeux, parce que je savais déjà ce que je pourrais trouver là. Je le savais et ça m'effrayait. Parce que ça voulait dire que tu m'appartenais. Et que je t'appartenais.
Mais je n'ai pas fermé les yeux. J'ai relevé les yeux et j'ai regardé la cicatrice qui ornait ton cou. Je l'ai regardée comme si je m'en fichais, comme si j'étais au dessus de tout ça. Mais au fond, toi et moi savions que ce n'était pas vrai. Toi et moi savions que c'était une fois de plus un moyen de fuir.

- Et ça, ça ne te rappelle rien ?

J'ai eu envie de te mentir. De secouer la tête et de m'en aller. De te laisser t'enfermer dans ton silence et de me tirer. De fuir, encore une fois.
Mais je n'ai pas réussis à me lever.
C'était trop dur. Beaucoup trop dur. Je pouvais te mentir, mais je ne pouvais pas m'enfuir. Je pouvais me cacher derrière des rictus de supériorité, mais je ne pouvais pas partir. Tu m'attirais comme la lumière attire un papillon de nuit. Tu m'attirais et je n'avais qu'un rêve ; te toucher. Même si pour ça je devais prendre le risque de me brûler les ailes.

- Je connais peut-être ton nom, Anja. Mais ça ne me dit pas non plus qui tu es, ni ce que tu fais là. Je m’appelle Evan. Evan Adams. Tu vois, maintenant nous sommes quittes.

Evan. Voilà, c'était ça ton nom. Evan Adams. Ça n'avait pourtant rien de sorcier comme nom. Juste quelques syllabes qui se suivaient. Ça ne voulait rien dire de particulier et ce n'était pas non plus si original que ça. Au contraire même, c'était banal.
Alors pourquoi n'étais-tu pas aussi banal que ton nom, hein ? Pourquoi Evan Adams sortait-il autant de l'ordinaire ? Et surtout, comment faisais-tu pour m'effrayer ? Me fasciner ? Me torturer ? Me perdre, me déstabiliser, m'énerver, me radoucir, me faire te haïr, me faire t'idolâtrer, m'agacer, me... me faire tomber.
Tu n'as pas le droit Evan Adams. Tu n'as pas le droit de débarquer dans ma vie comme ça et de venir tout chambouler. Est-ce que moi je rentre chez les gens pour foutre le bordel chez eux ? Tu me prends pour qui Evan, hein ? Pour qui... Tu crois vraiment qu'il y a quelque chose entre toi et moi ? Quelque chose qui est différent de la haine. Différent de l'amour. Différent de l'indifférence. Alors, qu'est-ce que c'est ?
Explique moi, parce que moi je ne comprends pas. Et ne viens pas me dire que c'est de l'amitié, parce que moi je n'ai pas d'amis. Aucun, d'accord ? Et en tout cas pas toi. Un ami ça ne perturbe pas autant. Je crois. Je ne sais pas. Je ne sais plus rien. Et c'est ça le problème avec toi Evan. C'est que quand on est ensemble, je ne sais plus rien.

- Oui. Bien sûr que oui. Evidemment que ça me rappelle quelque chose. Ma mère m'a appris à ne pas oublier mes poupées au milieu du parc. Je suis contente que tu ne te sois pas cassé entre temps Evan. Je n'aime pas devoir jeter mes jouets.

Je t'ai regardé sans flancher. Comme si je pensais vraiment tout ce que je disais. Comme si je te voyais simplement comme un nounours en peluche. Et peut-être qu'au fond c'était un peu ça. Peut-être qu'au fond tu n'étais rien d'autre pour moi qu'un doudou. Mais c'était déjà beaucoup. Beaucoup trop.
Tu sais Evan, les enfants ne peuvent pas se séparer de leur peluche préférée. Ils s'y accrochent comme on s'accroche à la vie. Parce qu'ils ont l'impression que c'est un bout d'eux-même, une petite partie de leur coeur.
Et toi, penses-tu être un une partie de moi ?

J'avais tellement de questions à te poser, tellement de phrases qui tournaient dans ma tête, me rendant quasiment folle. J'aurais voulu rester ici sur ce banc pour toujours et que tu puisses enfin tout m'expliquer. Qui tu étais, comment tu réussissais à me faire autant douter, qu'est-ce que c'était que la vie et le monde. Mais je savais que le temps était compté et que je ne pourrais pas te retenir ici pour l'éternité. Je savais que tu trouverais le moyen d'éviter mes questions, quitte à me mentir.
Mais ça ne m'empêcherais pas d'essayer.

- Que veux-tu Evan Adams ?

Oui Evan. Dis moi ce que tu veux. Car moi en ta présence, je ne sais même plus qui je suis.

[...]


On ne se relève pas de la mort. C'est l'explosion de la vie, c'est l'éclatement de notre corps et de notre esprit, c'est le moment final ou l'homme s'écrase sur le sol. Comme un vase qui tombe, en un milliard de petits morceaux. C'est la fin de la chute et le début de la mort.
Au fond, on est tous en train de tomber. Et tous en train de mourir. Un peu plus chaque jour...

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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Sam 17 Mar 2012 - 0:47


* - What happens if a car comes ?
- We die. *


    Je me demande ce qui m’empêche de foutre le camp. Disparaître. À tout jamais ?
    Parce que finalement j’ai vu ce que je voulais voir. J’ai vu Anja Von Duisbourg. J’ai vu la fille de la ruelle. J’ai vu cette fille, mais cette fille ne me reconnaît pas. Refuse de me reconnaître. Je perds mon temps avec elle. Elle est plutôt mignonne, carrément jolie même, mais je trouverais une fille à n’importe quel coin de rue, qui me suppliera de l’emmener avec elle.
    Alors pourquoi je reste planté là ? Parce qu’on ne va pas se mentir, je n’ai pas encore atteint l’âge pour m’asseoir sur un banc et donner à bouffer à des pigeons idiots. Pitié.
    Seulement voilà, si je pars, je fuis. Je fuis devant ce que je ne veux pas entendre. Ce que je ne veux pas voir. Et ce que je vois pour l’instant, c’est qu’elle me résiste. Je déteste ça.
    Si je pars, je fuis. Et si je fuis, je suis lâche.
    Comme elle.
    Mais je ne suis pas comme elle. Si ?

    Je vois très bien qu’elle hésite. Cette cicatrice, elle me l’a laissée exprès. Exprès pour que je ne l’oublie pas. Bravo, c’est du joli. C’est bien réussi. Alors maintenant comment peut-elle prétendre ne pas se souvenir de sa propre marque, de la trace de son propre passage sur ma peau et surtout, sur mon cœur ?

    - Oui. Bien sûr que oui. Evidemment que ça me rappelle quelque chose. Ma mère m'a appris à ne pas oublier mes poupées au milieu du parc. Je suis contente que tu ne te sois pas cassé entre temps Evan. Je n'aime pas devoir jeter mes jouets.

    Je tressaille. À peine.
    Le silence qui suit ses mots me fait mal autant qu’à elle. Je devrais être en colère. Je le suis un peu, évidemment. Je n’ai pas vraiment l’habitude qu’on me prenne pour un jouet et ça a tendance à me mettre de très mauvaise humeur. Peut-être que je devrais aussi ressentir de la peine. C’est vrai que quand on ne s’y attend pas, ça peut faire mal. Elle le dit avec tellement de conviction. Mais tu es si prévisible Anja. Tu vois, je ne suis même pas fâché. Blessé, certes, mais pas plus qu’il y a une seconde lorsque tu prétendais ne pas te souvenir de moi.
    La vérité c’est que je suis déçu. Et je n’ai pas besoin de le dire, mes yeux le crient assez fort.
    Du mépris, voilà ce que tu m’inspires.
    Je ris. Froidement. Méchamment. Mais pas vraiment parce que c’est drôle, parce que finalement ça ne l’est pas tant que ça.

    - Tu mens bien, Anja Von Duisbourg. Presque aussi bien que moi. Tu vois, j’ai presque failli te croire.


    Tout le monde ment.

    - Mais tu mens. Tu me mens et tu te mens.

    Et je ne sais pas ce qui est le pire…
    Mais quand même, j’osais espérer qu’on avait dépassé ça. Et bien je me trompais.
    Toi, tu continus de me regarder comme si t’y croyais dur comme fer. Comme si c’était la vérité vraie. On dirait une petite fille. Une petite fille qui s’accroche de toutes ses forces à son nounours.
    Et si tu es la petite fille, moi, je suis qui ?
    Je te regarde longtemps, sans sourire. Mais à l’intérieur je sourie un peu.
    Comme des enfants.

    - Que veux-tu Evan Adams ?

    Qu’est-ce que je veux ? C’est une blague ? Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est une question piège ? Non parce que sinon, la réponse est simple… Je veux tout.
    Elle est belle avec ses cheveux d’or et ses yeux glacés. Si Anja était une saison, elle serait probablement l’hiver. Parce que c’est beau l’hiver, mais c’est tellement froid qu’on préfère rester chez nous, bien au chaud. On regarde de loin, mais finalement on n’aime pas vraiment. Pourtant après l’hiver, il y a le printemps.
    C’est dommage. C’est joli l’hiver.
    Je m’approche un peu d’elle. Évidemment, j’ai déjà pensé à l’embrasser. De nombreuses fois, mêmes. Mais comme chaque fois, je repousse cette idée un peu étrange.
    Qu’est-ce que je veux, hein ?

    - Toi.

    Je fais l’aller-retour entre ses pupilles une dizaine de fois avant d’éclater de rire.
    J’évite de faire durer le suspens trop longtemps parce que draguer sa boss, même si on en a déjà tous rêvé, ce n’est pas l’idée la plus lumineuse qui soit, croyez en mon expérience.

    - Détends-toi, je plaisante !

    Si elle y a cru, tant mieux. Sinon, tant pis. À vrai dire, je m’en fiche. Je suis juste incapable de rester sérieux plus de dix minutes sans sortir une blague pourrie.
    J’aurais volontiers continué à m’amuser, mais…

    - Je veux beaucoup de choses. Je veux des jolies choses mais aussi des moins belles, pour pouvoir en casser quelques-unes quand je suis énervé. Parfois, il m’arrive même de casser mes plus beaux jouets. Parce que ça fait toujours du bien de briser quelque chose de beau. J’veux aussi des choses impossibles. En fait, je suis comme un de ces enfants pourri gâté. Je veux pleins de trucs, pleins de jouets inutiles ; en fait je veux tout. Mais ce que je veux vraiment, ça, y’a pas grand monde pour le dire. Puisque même moi je l’ignore.

    La question c’est est-ce que je te veux, toi. Je n’en sais rien. Oui, c’est probable. Mais ça dépend. Ça dépend de toi, et de ta capacité à te casser.

    - Tu te demandes pourquoi je te raconte tout ça, hein ? Parce qu’après tout, qu’est-ce que t’en as à faire de ce que je veux ? En fait, j’voulais juste que tu saches. Que je ne te mens pas.

    Je voulais juste que tu saches que je ne suis pas aussi lâche que toi.
    L’allusion est plutôt évidente, non ?

    - Et ce que je veux, maintenant, tout de suite ? Des réponses. Et la vérité. C’est trop te demander ?

    Quelles réponses, quelles questions, on verra bien. La balle est dans ton camp, Anja Von Duisbourg.

    You can't break a broken heart.


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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Sam 17 Mar 2012 - 11:11

« - Qu’est-ce que l’on fait de l’amour ?
- Très surfait. Sur un plan biochimique, tu arrives au même résultat en mangeant deux ou trois tablettes de chocolat. »


Marche droit. Ne tombe pas s'il te plaît, marche droit. Cette impression d'être un funambule sur un fil, on l'a tous déjà eu. Une faute, un pas de travers et c'est la chute. Pas forcément mortelle, mais tellement douloureuse. Elle, elle est déjà tombée. Depuis tellement longtemps... Qu'elle n'arrive même pas à s'en souvenir. C'est juste qu'elle était un éléphant sur un fil de soie. Le fil s'est brisé, l'éléphant a été déséquilibré. Les éléphants ne volent pas. Et elle est tombée. Échouée sur le sol comme un vieux coquillage avec ses rêves d'enfants et ses désirs d'adolescentes. La vie est morte. Et tout s'écroule.
Anja ne tient à la vie plus que par la pointe de son stylo. La jeune femme s'accroche, désespérément, désillusionnement. Qui y croirait, hein ? Pas elle en tout cas. Elle sait bien que le stylo va casser et que cette fois-ci la chute sera pire. Mortelle.

[...]

T'as eu mal Evan ? Hein, dis moi si tu as eu mal. Je veux t'entendre me dire que t'as souffert, que la douleur te transcendait, que ton sang battait la rage contre tes tempes. Je veux t'entendre crier, me supplier d'arrêter. Je veux te voir te plaindre, pleurer, argumenter vainement. Je veux te croire apeuré, agité de spasme de douleur, traumatisé. Je veux ta mort. Je veux ta vie. Je ne sais plus très bien ce que je veux ou ce que je ne veux pas.
De toute façon tu n'as pas dû avoir bien mal. Je ne me fais aucune illusion, tu n'es pas bête. Bien assez pour distinguer le mensonge au fond de mes yeux. Peut-être que ça a effleuré ton coeur, peut-être que ça l'a au moins heurté. Mais en aucun cas ça ne t'a cassé en deux comme je l'aurais souhaité. Ça me donne envie de te tuer Evan Adams. Ou de t'admirer. Je ne sais pas bien où est la limite entre les deux...

- Tu mens bien, Anja Von Duisbourg. Presque aussi bien que moi. Tu vois, j’ai presque failli te croire.

Faux. Je ne mens pas bien. Sinon tu ne serais pas resté là à me regarder aussi fièrement. Sinon tu n'aurait pas été aussi bien. Tu aurais été cassé, brisé, démolis. Je t'ai traité de poupée Evan. De poupée,
scheisse ! Que te faut-il de plus pour t'énerver ? Pour t'écrouler. Je mens mal. Je te mens mal et je me mens mal. Parce que je n'y croyais pas une seule seconde à toute cette scène. J'avais l'impression d'être tombée dans un mauvais film. J'avais un peu peur, un peu mal et ça faisait boum boum. Mais j'essayais de ne rien laisser paraître. Ça, ça restait encore le plus facile. Garder un masque.

- Mais tu mens. Tu me mens et tu te mens.

"Arrête". J'avais envie de crier ça, de me lever, de renverser le banc, de donner un coup de pied aux pigeons, d'égorger Evan, de le traiter de tous les noms que je connaissais, de l'asperger de malédictions. J'avais envie de crier.
Je me suis juste tue.

Tu m'as regardé, comme si tu essayais de me percer, comme si tu dissimulais un sourire sous ton regard si profond. J'ai eu envie de m'y noyer, j'ai eu envie de m'en sortir, j'ai eu envie de rester, j'ai eu envie de me barrer. Tu es un paradoxe pour moi. Un fichu paradoxe. Tu me donne envie de partir et de rester en même temps. Comment tu fais ça, je n'en sais rien. Strictement rien. Mais tu fais. Tu fais et ça marche.

Casse toi. Parce que moi je n'aurais jamais la force de le faire.

Voilà ce que j'ai failli te dire. Voilà ce que j'aurais dû te dire. Mais je n'ai pas osé, pas voulu. J'ai préféré me cacher derrière une question. Te demander ce que tu voulais. Parce que j'avais mal, parce que j'avais peur. Peut de toi Evan. Mais Anja n'a jamais peur. Alors pourquoi cette impression que tu étais en train de me bouffer les entrailles.

- Toi.

J'ai regardé tes pupilles faire l'allée retour entre mes yeux et j'ai arrêté de penser. Arrêté de respirer. Arrêté les boum-boum frénétiques de mon coeur. Arrêté le monde. Arrêté de vivre. Arrêté de te croire. Arrêté de croire que tu me mentais. J'étais restée bloquée à ce "toi", qui venait s'incruster dans ma vie comme un grain de sable dans une machine parfaitement bien huilée. Qui venait tout foutre en l'air. Je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas parce que ça ne m'étais jamais arrivée. Parce que je ne savais pas comment réagir. Pas quoi dire.
Puis tu as éclaté de rire. Et avec toi a éclaté le "toi". Une blague, bien sûr que c'était une blague. Quoi d'autre ? Comment avais-je été assez stupide pour y croire un seul instant ? Mais quelle nulle...
En même temps que ton rire s'échappait de tes lèvres, un fin soupir s'extrayait des miennes. Soupir de soulagement, soupir de déception... Moi même je ne sais pas très bien.

- Détends-toi, je plaisante !

Je ne trouvais pas ça très drôle. Je n'ai rien dit. De peur que tu devines mon trouble, de peur que tu comprennes que j'y avais cru. J'avais envie de m'enterrer sous la terre, comme quand j'avais huit ans et que la maîtresse m'appelait au tableau pour réciter une poésie que je ne connaissais pas. Sur le coup, mes joues devenaient rouges. Mais j'étais enfant. J'ai grandis maintenant et ce n'est pas toi, tout Evan Adams que tu es, qui va m'empêcher de savoir me contrôler. Qui va me faire rougir.
Plutôt crever.
Je t'ai regardé et j'ai attendu la suite. Une suite que je sentais venir gros comme une maison. Une réponse vaste, qui n'allait pas me satisfaire, pas me dire qui tu étais vraiment.

- Je veux beaucoup de choses. Je veux des jolies choses mais aussi des moins belles, pour pouvoir en casser quelques-unes quand je suis énervé. Parfois, il m’arrive même de casser mes plus beaux jouets. Parce que ça fait toujours du bien de briser quelque chose de beau. J’veux aussi des choses impossibles. En fait, je suis comme un de ces enfants pourri gâté. Je veux pleins de trucs, pleins de jouets inutiles ; en fait je veux tout. Mais ce que je veux vraiment, ça, y’a pas grand monde pour le dire. Puisque même moi je l’ignore.

Tout ? Tout, moi y compris ? Réponds moi Evan, est-ce que tu me veux moi aussi ? Parce que là, je n'arrive plus à te suivre, plus à te comprendre. Tout à quel point ? Jusqu'où irais-tu ? Jusqu'où va ton imagination. Jusqu'où vas-tu toi ?

- Tu te demandes pourquoi je te raconte tout ça, hein ? Parce qu’après tout, qu’est-ce que t’en as à faire de ce que je veux ? En fait, j’voulais juste que tu saches. Que je ne te mens pas.

Tu mens pas ? Ah ouais, t'es sûr de ça ? De pas me mentir, de pas tordre la vérité dans tous les sens ? Peut-être que tu ne me mentais pas, mais je ne suis pas sûre par contre que tu me aies dis toute la vérité. J'ai l'impression que tu m'en cachais des pans entier. Pour me protéger, pour te protéger, pour nous protéger. Parce que si ça heurte l'un d'entre nous, ça heurte le deuxième. Parce que si je chute, tu chutes. Parce que si je souffres, tu souffres.

- Et ce que je veux, maintenant, tout de suite ? Des réponses. Et la vérité. C’est trop te demander ?

J'ai soudainement détourné le regard, préférant fixer les pigeons en train de piailler au loin. Observer leurs envols, leurs marches maladroites, leurs regards vide d'intelligence. J'aurais voulu être un pigeon, ne pas me poser d'autre question que "qu'est-ce que je vais bouffer aujourd'hui". J'aurais voulu être assez bête pour pouvoir m'envoler quand j'en aurais marre. J'aurais voulu caresser le ciel de mes ailes. Mais je ne suis rien de tout ça, je ne peux rien faire de tout ça. Je suis Anja von Duisbourg, je suis la cheffe de Rosenrot, je suis une femme. Et c'est peut-être ça le plus dur. Être une femme.
J'ai regardé l'horizon comme si je pouvais y trouver tes réponse. Je l'ai regardé de toutes mes forces, me vidant peu à peu de toute mon énergie. J'avais l'impression de mourir. Mourir sur ce banc. Mourir avec toi.

- Tu ne m'as posé aucune question.

Ma voix n'était rien d'autre qu'un murmure. Un murmure si faible que même les pigeons criaient plus fort. Mais je n'osais pas. Je n'osais pas me tourner vers toi et affronter ton regard. Ton regard plein de question. Un regard pareil au mien. Tu me faisais mal Evan. Je ne sais pas si tu t'en rend compte.
J'ai compté les pigeons, il y en avais sept. Ils avaient l'air cons, diablement cons. Mais pas autant que moi assise sur ce banc à tes côtés. Et j'en avais assez. De te mentir, de me mentir, de nous mentir. Alors je t'ai regardé à nouveau. Je t'ai regardé et j'ai tout laissé exploser. J'ai laissé mes sentiments à la surface. Mes sentiments de femme. Sur le coup, j'ai pas réfléchis. Maintenant, je m'en veux. Les sentiments c'est un truc d'humain. Je suis sorcière moi, j'ai pas le droit. Et pourtant, c'est ce que j'ai fais. J'ai parlé avec mon coeur, je t'ai haïs avec mes yeux, comme je ne l'avais plus fais depuis la mort de ma Maman.

- T'as pas le droit. T'as pas le droit de débarquer comme ça dans la vie des gens, de tout chambouler, de t'incruster partout alors qu'on ne se connaît même pas. T'as pas le droit d'être là à me regarder avec tes yeux, avec ton air, avec ce mélange de sentiments que je ne connais pas. T'as pas le droit de me faire ça, pas à moi. C'est si dur de me laisser tranquille ? C'est si dur de se casser de ce banc ?

Ça au moins, je connaissais la réponse. Oui c'était dur. Terriblement dur. Moi même je n'y arrivais pas. Et tout mes espoirs reposaient désormais sur toi. J'avais qu'une envie. Que tu partes. Loin. Pour toujours.
Alors pourquoi une part de moi avait-elle envie que tu restes ?

- Pose tes questions Evan. Pose tes questions et j'y répondrais. Mais arrête ce jeu, arrête cette comédie. Je trouve pas ça drôle. J'ai jamais trouvé ça drôle.

Tu veux me briser ? Dis moi honnêtement, est-ce que c'est ça ton but ? Me caser, me déglinguer, m'envoyer valser sur le sol en mille morceaux ? Parce que là, tu vas gagner. Et perdre en même temps. Je me laisserai faire. Bien sûr que je me laisserai faire. Mais je m'accrocherai à toi. Et après ça, bien malin qui pourra dire lequel de nous est le plus cassé.


Anja imagine le monde exploser. Se décorer une dernière fois des couleurs du feu, être ravagé, entendre les cris, puis disparaître. En mille milliard de morceau. Puis elle imagine que le monde se limite à Evan et elle. Que ce monde se déchire. Et elle sourit.
Si elle se casse, lui aussi se casse.

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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Mer 11 Avr 2012 - 16:14




* This is a story of boy meets girl,
but you should know upfront,
this is not a love story. *

    On est bêtes, hein ?
    Je fais un mouvement du pied et dans une même impulsion, tous les volatiles déplient leurs ailes poisseuses. Ils prennent peur, s’éparpillent, en protestant. Puis reviennent, incapables de résister à la tentation d’appétissantes miettes de pain, balancées un peu plus tôt à leur intention par un vieil homme qui passait par là.
    J’aime pas les pigeons.
    C’est sale, gourmand et stupide pardessus le marché.
    Enfin. Ça fait mal de le reconnaître, mais en ce moment, nous ne sommes pas bien plus futés que ces vulgaires oiseaux des villes.
    On tourne en rond. On picore autour du pot, sans jamais aller à l’essentiel, à se chercher sans vraiment se trouver.
    Sauf que les pigeons, eux, ils sont suffisamment stupides pour ne pas prendre conscience de leur bêtise. Moi je m’en rends compte et je me la prends en plein dans la tronche, ma bêtise.

    Je soupire, réfléchis trois secondes (à peine), hésite, fais volte face. Face à Anja.
    Tu voulais m’achever et je me suis contenté de me fissurer légèrement à ton contact, alors tu es déçue. Il va falloir faire plus mal que ça, Anja. Beaucoup, beaucoup plus mal.
    Tu voulais que je souffre hein, tu voulais que je crie, tu voulais que j’ai mal au point de te supplier de m’achever tout de suite, maintenant, sur ce banc ? Tu voulais voir la peur dans mes yeux, tu voulais me voir frissonner d’effroi ? Regarde-moi. Regarde-moi bien. Est-ce que j’ai l’air de quelqu’un de torturé ?
    Même pas mal, même pas froid, même pas peur.
    Juste un peu perdu devant tes mensonges qui sont aussi les miens. Juste un peu perdu.
    J’aimerais pouvoir m’en convaincre un peu mieux. Mais ça ce n’est pas possible, tu vois, parce que chaque fois que je te regarde, je ne suis plus sûr de rien.
    Rien. Du. Tout.

    Brièvement, je me suis demandé si toi et moi on aurait pu être amis. Ailleurs, dans une autre vie. Je me suis posé la question, je l’ai retournée, observée, analysée, avec curiosité mais toujours sur mes gardes. La question, sournoise, s’est infiltrée en moi, y a semé le doute. Ce vilain et traître doute. Celui qui a déjà tout fait foiré dans ma vie. Qui a bien failli tout faire foirer aujourd’hui.
    Je me suis demandé si toi et moi on aurait pu être amis.
    Et je n’ai pas trouvé la réponse.

    « Toi ». Elle. Et moi.
    C’est ce que j’ai dit. Je l’ai dit, c’est vrai, mais je ne sais plus très bien pourquoi. Ou pour qui ? Pour moi ou pour elle.
    Je l’ai dit parce que moi, ça me faisait rire de la provoquer ainsi, c’était un peu fourbe, c’était un coup porté par derrière. Le coup qu’on ne voit pas venir évidemment. En voulant provoquer une simple secousse, j’ai déclenché une tempête.
    Alors après, j’ai ri. Mais j’ai ri tout seul. Anja ne riait pas, pas du tout. Un soupire a néanmoins franchit le seuil de ses lèvres, seule et unique réaction à ma blague qui n’a fait rire que moi. Ça ne voulait absolument rien dire, mais ça a fait boum. Ça a fait mal. Plus que ses grands airs et ses beaux discours, plus que ses mensonges et son arrogance.

    Sa voix n’est plus que murmure.

    - Tu ne m'as posé aucune question.

    C’est vrai. Enfin, non, pas tout à fait. Je t’en ai posé pleins, je t’ai posé des tas de questions Anja. Des questions qui avaient un vrai sens. Mais tu ne les as pas entendues, ni même écoutées.
    Parce que je ne les ai jamais dites. Je me suis contenté de les penser, de les penser très fort en espérant que tu m’entendes. C’est bête, hein ?

    - T'as pas le droit. T'as pas le droit de débarquer comme ça dans la vie des gens, de tout chambouler, de t'incruster partout alors qu'on ne se connaît même pas. T'as pas le droit d'être là à me regarder avec tes yeux, avec ton air, avec ce mélange de sentiments que je ne connais pas. T'as pas le droit de me faire ça, pas à moi. C'est si dur de me laisser tranquille ? C'est si dur de se casser de ce banc ?

    Tu crois que t'avais le droit, toi ?

    J’ai laissé échappé un son qui ressemblait vaguement à un rire. Rire. Encore. Comme si je ne savais faire que ça. Pourtant, ce n’était pas très drôle. Vraiment pas.
    Tu n’es pas très drôle Anja, tu ne me fais pas beaucoup rire. Non, toi tu préfères me faire mal. C’est sans doute plus amusant pour toi. Je t’en veux. Un peu. Beaucoup. À la folie…
    Là, j’ai vraiment très envie de t’envoyer balader. Ou bien de te mentir, encore. De te donner une réponse vague, évasive, creuse, qui te laisserait éternellement insatisfaite.
    J’en ai vraiment très, très envie. Alors pourquoi ne le fais-je pas ?

    - Pose tes questions Evan. Pose tes questions et j'y répondrais. Mais arrête ce jeu, arrête cette comédie. Je trouve pas ça drôle. J'ai jamais trouvé ça drôle.

    J’ai hoché la tête en silence. Alors tu n’as toujours pas compris, Anja ? Tu n’as toujours pas compris que le jeu, c’est nous ? Il n’y a pas de comédie. Juste nous. Juste toi et moi. Et ces saletés de pigeons.

    Puis une idée a traversé mon esprit qui peinait à démêler le labyrinthe complexe de mes sentiments.
    Une idée nouvelle, dangereuse. Et terriblement attirante.
    J’ai compté les pigeons. Ils y en avaient sept. Ils avaient tous l’air plus cons les uns que les autres. Mais il y en avait sept quand même. Sept pigeon et nous deux. J’ai souri.
    Tu voulais arrêter de jouer, Anja ? Pourtant, ça ne fait que commencer.

    - On va jouer à autre chose. Tu vois, y’a sept pigeons. Sept pigeons débiles. Je vais te poser une question et tu y répondras, parce que je ne m’en irai pas avant. Ensuite tu me poseras une question, et j’y répondrais parce que je n’ai pas le choix. Il y a sept pigeons, donc sept questions chacun. Alors choisis-les bien. T’as compris ?

    Tu as déjà posé beaucoup de questions, Anja, beaucoup trop. Si tu joues le jeu, j’y répondrais. Et peut-être qu’alors je te dirais pourquoi il m’est impossible de foutre le camp maintenant.
    Peut-être que je te dirais pourquoi il m’est impossible de me casser de ce banc, et encore moins de te laisser tranquille.

    Je souris.

    - C’était ma première question.

    À toi, trésor.


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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Ven 20 Avr 2012 - 21:18


« - Tiens je savais pas que t’aimais les pigeons.
- Oh tu sais moi j’aime tous ce qui sait fermer sa gueule. »


Il y a cet âge indécis où l’on tombe amoureux comme l’on tomberait dans un trou. C’est dans un gouffre sans fond que l’on s’échoue, que l’on coule, que l’on s’écroule. C’est une sorte de mirage auquel on peine à s’accrocher, c’est comme courir après un rêve, un fantasme, quelque chose que l’on sait ne jamais pouvoir avoir et que l’on désire pourtant ardemment. C’est un peu tout ça aimer. Mais c’est aussi croiser le premier regard venu, en faire son navire de bataille, tenir le vent et la tempête, dépasser les sirènes et les requins, avaler le temps pour faire d’aujourd’hui son demain et son après-demain. Parfois on tombe sur la bonne personne, celle qui ne ressemble pas au Titanic, qui ne nous laissera pas sombrer. Souvent on accoste le mauvais navire, qui nous laissera sur une île, échoué jusqu’à ce qu’un autre marin se décide à nous embarquer.
Parfois ça fait du bien, souvent ça fait mal. Tout le temps c’est compliqué.
Elle au moins, elle ne se compliquait pas la vie avec tout ça. Elle laissait aller, elle laissait couler. C’était Anja, la fille froide et incapable de tomber amoureuse. C’était Anja la sorcière noire au regard aussi froid que la glace et au cœur encore bien plus gelé. Ces doigts attrapaient le regard des hommes, mais le crevait aussitôt de ses ongles acérés. Elle faisait mal, elle blessait et elle n’en avait que faire de tuer. Vraiment. Vraiment ?
Alors pourquoi était-elle là, au dessus de sa plume, à buter sur un mot, à hésiter sur une phrase, à trembler comme une feuille ? Pourquoi avait-elle l’air de souffrir comme après un premier chagrin d’amour ? Pourquoi tout ça alors qu’elle était incapable d’aimer ?

[…]

Evan.
Evan Adams.
Si tu savais à quel point je te hais. À quel point je hais chaque grain de peau, chacune de tes mimiques, chacune de tes expressions. Seul la douleur que j’aperçois parfois dans une reflet, parfois dans ta mélancolie me réconforte un peu. Seul le fait de t’imaginer souffrant, perdu, criant, me fait un peu de bien. C’est comme si tu étais passé à côté de moi et que j’avais accroché ta vie à la mienne. Comme un morceau d’étoffe à une barrière en fer. Pour dire « Il est passé par là. Il était là et il a laissé un morceau de lui ». Ainsi tu ne disparais pas, ainsi tu ne disparaîtras jamais. Tu seras toujours là, en moi, accroché comme un poux particulièrement exécrable.

J’ai regardé ton pied aller heurter les pigeons. Tu as détruis leur ronde si parfaite en les envoyant valser au loin comme j’aurais voulu te voir valser toi. Malheureusement, tout comme tu le fais si bien, ils se sont accrochés, revenant piailler à nos pieds, à la recherche de quelques miettes égarée là par un papy en mal d’amour. Je les ai regardé picorer, n’osant détacher mon regard de leur plumage pollué et de leur yeux exacerbé, embrassant la courbe illusoire de leur crâne, caressant les ailes que je n’aurais jamais.
J’ai toujours détesté les pigeons.
J’ai toujours haït ça et pourtant, à ce moment précis, j’aurais tout fait pour, l’espace d’un instant, être l’un d’entre eux. N’avoir d’autre préoccupation que les miettes de nous explosées sur le sol. Puis m’envoler loin de toi, loin de moi.
Fuir. Fuir comme je l’avais déjà fais à notre précédente rencontre, fuir comme je fuyais tes questions, fuir comme je fuyais ton regard. J’ai hésité, observé les pigeons manger, voulu les affoler à mon tour. Je me suis contentée de relever les yeux, affrontant ton regard, affrontant ton âme, t’affrontant toi, Evan Adams. Que je hais.

Tu n’avais pas mal, tu ne souffrais pas. Il n’y avait dans tes yeux rien d’autre qu’un doute paisible qui était loin de m’être étranger. Je reconnaissais dans tes pupilles rétractée, les questions que je n’avais jamais osé t’avouer, que je n’avais jamais osé m’avouer. Tu ne souffrais pas et ça m’a surprise. Ça m’a énervée aussi. Que fallait-il faire pour te voir me craindre ? Pour te voir te tordre de douleur sur le sol ? C’était proprement ridicule. Tout était ridicule. Les pigeons débiles, toi et moi sur ce banc, ton regard sur moi. On était ridicule. J’aurais dû éclaté de rire, te jeter un regard navré, et tourner des talons pour m’enfuir dans l’après-midi couchant. J’aurais dû. Je n’ai pas osé. Comme mes lèvres n’ont pas osé frémir pour t’offrir ma haine.
J’ai compris que j’avais mal. J’ai compris que c’était ça la douleur. Une douleur différente de celle que j’ai ressentis à la mort de maman, mais une douleur quand même. C’est fou ça. Dans les livres on parle toujours de l’amour sous toutes ses formes, le coup de foudre, l’âme sœur, l’amour platonique. Mais n’a-t-on jamais réalisé qu’il y a encore plus de forme de souffrance ?

C’est ton rire qui m’a fait revenir sur Terre, Evan. Un rire un peu spécial, un peu bancal, un peu comme toi. Ce rire étrange qui a atténué ma souffrance. Comme si tout ce qu’on venait de vivre n’était rien d’autre que dérisoire. Comme si tout ça était une blague. La plus grosse blague du monde. Une seconde, une micro seconde, j’ai cru que tu allais t’en aller, ne me laissant qu’un souvenir à peine effacé, une présence si peu voilée J’ai cru que tu t’éloignerais, emportant la moitié de nos doutes et de nos souffrances. J’ai cru que c’était finis, enfin finis, même si dans ma tête ça allait resté.
Et puis j’ai dû reconnaître que tu ne comptais pas partir, pas tout de suite. Comme si tu t’acharnais à t’attacher, à m’encorder à toi, baillonnant mes requêtes et ma demande opressante de te voir partir. J’ai compris que tu n’allais pas partir. Pas tout de suite.
Dommage.

- On va jouer à autre chose. Tu vois, y’a sept pigeons. Sept pigeons débiles. Je vais te poser une question et tu y répondras, parce que je ne m’en irai pas avant. Ensuite tu me poseras une question, et j’y répondrais parce que je n’ai pas le choix. Il y a sept pigeons, donc sept questions chacun. Alors choisis-les bien. T’as compris ?

J’ai tourné la tête vers les pigeons, comme pour les recompter, comme pour m’assurer qu’il y en avait toujours sept, qu’aucun n’avait disparu au plein milieu du ciel, aspiré par les nuages ou par les étoiles. Mais ils étaient toujours là, toujours aussi stupides, toujours aussi agaçant. Ils étaient là et ils venaient de se rendre encore plus haïssable.
Stupide jeu. Je croyais que je t’avais demandé d’arrêté de jouer Evan, pourquoi ne l’as-tu pas fais ? Pourquoi cherches tu à me blesser aussi fort ?

- Oui.

Et pourquoi est-ce que moi j’ai accepté ton maudit jeu ? Je n’aurais jamais dû. Encore une fois, j’aurais dû partir, j’aurais dû m’enfuir. Encore une fois, je n’ai pas trouvé la force. J’ai échoué, comme j’échoue tout le temps. Ma maman doit avoir honte de moi. J’ai honte de moi. Et toi Evan, as-tu aussi honte de moi ?
Il y a des choses que l’on ne devrait pas faire…

- C’était ma première question.

À mon tour.
Ma langue est passée rapidement sur mes lèvres, comme si le fait de les humidifier allait m’aider à trouver une question. Et pourtant, je suis restée là, une bonne minute, dans le silence pesant du pialliement des pigeons, ne sachant quoi te demander. Tu es un tel mystère pour moi Evan… Un mystère qui ne m’intéresse pas et que je n’ai pas envie de connaître. Je ne désirais qu’une seule chose, en finir le plus vite possible avec ces questions pour pouvoir te voir partir.

- Tu ne comptes pas me lâcher, hein ?

C’était stupide comme question, j’en ai parfaitement conscience. J’aurais peut-être dû profiter de mon avantage pour te poser une question plus personnelle, une question plus douloureuse. Mais j’étais à bout, honnêtement j’étais à bout. Tu m’avais vidée de toutes mes forces, étranglées de mes pensées. Je n’avais pas envie de réfléchir parce que je ne voulais qu’une seule chose. Savoir si tu comptais m’abandonner ou si tu voulais qu’on tombe ensemble, éternellement.
Savoir à qui la chute appartenait…

[…]


Evan lui appartenait-il vraiment ou n’étais-ce qu’une illusion ? Comme l’amour, il semblait lui aussi jouer avec le cœur d’Anja. Mais la jeune sorcière savait que ce n’était pas de l’amour qu’elle ressentait. Même si son expérience en la matière était bien trop petite, elle en était persuadée.
L’amour ne donne pas envie de fuir, si ?

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« Oiseau moribond, elle est plus proche de l'envol que je ne l'ai jamais été et j'ai mal.
Déchirure.  »



« Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d’ pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures »


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Evan Adams
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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Mar 1 Mai 2012 - 23:18

* Je t'aime moi non plus. *

    Anja.
    Anja Von Duisbourg.
    Le problème avec toi c’est que rien de ce que tu peux faire ou dire ne me laisse indifférent.
    J’ai beau faire comme si tu ne me faisais ni chaud, ni froid, un aveugle se rendrait compte en se bouchant les oreilles que c’est un mensonge. D’ailleurs, soit dit en passant, tu me fais plus chaud que froid…
    Mais tu vois, tu peux prétendre me haïr, courir te jeter par une fenêtre, ou tout simplement te casser de ce foutu banc, je continuerais de faire comme si cela n’avait pas d’importance, comme si tu n’étais rien d’autre qu’un de ces pigeons encombrants qui finissent par me manger dans la main.
    Je continuerais de faire comme si ton existence était une chose futile, bancale et terriblement dénuée d’intérêt. Parce que je suis comme ça.
    Parce que je suis Evan Adams.

    Dire que j’aime Anja est une absurdité. Dire que je la hais est un euphémisme. Dire que je l’aime et que je la hais est un paradoxe. Mais Anja à elle seule est un paradoxe. Un énorme point d’interrogation fait de sentiments contradictoires.
    Doute, peur, haine, attirance, mépris, envie, solitude. Autant de mots, de sentiments incompréhensibles, insaisissables, impossibles, que je me pensais incapable de contenir. Et pourtant ils sont bien là. Derrière ma carapace prétendument inébranlable. Et je ne sais pas où ça va nous mener.

    Parce que tu vois, Anja, j’ai pris l’habitude de haïr les gens. De haïr tout ce qui est capable de parler, de bouger. De haïr tout ce qui, sur cette terre, est capable de vivre alors qu’Allie a cessé de respirer. C’est facile. C’est routinier.
    Alors il faudra que quelqu’un m’expliquer un jour pourquoi à ton contact ce mécanisme si parfaitement huilé se met à dérailler. Il disjoncte, il fait des siennes et moi, je n’arrive plus à suivre. Tu vois, t’es comme l’exception qui confirme la règle. L’oxymore que je n’aurais jamais dû rencontrer.
    Il n’empêche que c’est ridicule. Je ne sais même pas pourquoi je me donne toute cette peine. Je devrais simplement te regarder, oiseau moribond, tenter de déployer tes ailes et puis, lorsque tu es sur le point d’y parvenir, t’écraser.
    Comme une vulgaire mouche.
    Je devrais.
    Mais je n’y arrive pas.

    Les pigeons éparpillés par mes soins reviennent un à un picorer autour de nous. Ils luttent, ils s’acharnent pour trois miettes de pain jetées au hasard, avec l’énergie du désespoir, comme si leur vie en dépendait. Et ils se raccrochent à ça, à cette ultime préoccupation dont dépend leur festin du soir. Tout comme toi et moi on se raccroche à ce banc.
    Le temps d’un battement de cil, d’une microseconde, d’un éclair fugace ou d’un soupir, je me suis demandé ce qui arriverait si je m’en allais, là, maintenant. T’abandonnant à ton sort, face à ces pigeons affamés.
    Je me suis demandé ce qui arriverait si je me cassais. Le truc, c’est qu’il ne se passerait probablement rien. Rien de plus et rien de moins. Il y aura toujours ce vide, cet énorme vide entre nous. Et si je me casse maintenant, j’ai peur qu’il le reste pour toujours. Parce qu’il n’y aura plus personne pour répondre à toutes mes questions. À celles que je n’ai jamais prononcées, et aux autres que tu as magistralement ignorées.
    Alors oui, je pourrais me dire que ce n’est pas un stupide jeu de devinettes qui va m’avancer dans la vie et foutre le camp. Je pourrais. Mais je ne le ferais pas. Pour deux raisons toutes simples. La première, c’est que cela te ferait bien trop plaisir. La deuxième, c’est que je vois cela comme un défi et que je prends donc mon mal en patience.
    Parce qu’effectivement, ça fait mal.

    - Oui.

    Un sourire satisfait étire mes lèvres. Je savais qu’elle comprendrait. Ça ne lui plaît pas beaucoup, mon petit jeu ne lui plaît pas beaucoup. Et le fait qu’elle ait dit oui, le fait qu’elle ait compris, ça ne lui plaît pas non plus. Elle doit détester ça. Elle doit même avoir honte. Honte de ne pas avoir su me rire au nez. Mais moi, je ne lui en veux pas. Parce qu’après tout, avait-elle réellement le choix ? Après tout, peut-on réellement résister à Evan Adams ?

    Je viens de poser ma première question et pourtant sept maudits pigeons chahutent encore entre nos pieds, rendant la scène plus pathétiquement exaspérante encore. J’aurais aimé les voir s’envoler un à un, au fur et à mesure que les questions s’envoleraient elles aussi. J’aurais aimé les voir s’envoler pour ancrer en moi la certitude qu’après ces sept foutues question, je pourrais moi aussi m’en aller. M’envoler loin d’ici. Fuir loin de toi.
    Mais j’ai beau les recompter méticuleusement, pas un seul n’a bougé. Je suis l’archétype même du gars qui ne croit en rien, ni en Dieu, ni en l’homme, ni au destin et encore moins aux superstitions pourtant, là, tout de suite, ces sept pigeons me font grincer des dents. Parce qu’ils sèment un doute affreux et perfide en moi.
    Et si, même une fois la dernière question envolée, j’étais incapable de m’en aller en te haïssant une bonne fois pour toutes ?

    Je dois admettre que j’ai bêtement perdu ma première question avec des futilités. Je définissais moi-même les règles de mon propre jeu, j’avais l’avantage et j’aurais pu m’en servir contre elle. J’aurais pu lui faire mal. Je n’ai pas osé. Je crois bien que j’avais envie d’en finir au plus vite. Le plus proprement possible. Le problème c’est que j’ai lancé ce stupide jeu et que maintenant, il va falloir y aller jusqu’au bout.

    - Tu ne comptes pas me lâcher, hein ?

    J’ai observée la sorcière avec attention. Je l’ai regardée passer sa langue humide sur ses lèvres, je l’ai regardée tenter de trouver une inspiration qui ne venait pas, je l’ai regardée me regarder et puiser dans ses ressources pour me blesser. Je l’ai regardée faire tout ça et inconsciemment, je me suis préparé à ce qu’elle allait dire. Et je me suis interdit d’éprouver quoi que ce soit en retour, verrouillant ainsi les portes qu’elle avait laissées entrouvertes.
    C’était inutile. Proprement inutile.
    Je fronce les sourcils, la tête légèrement inclinée sur le côté, troublé. Depuis quand Anja la sorcière froide et insensible prend-elle des gants avec les mots ? Où est passée la langue de vipère ? Qu’en est-il de la fille qui rêvait de me voir me tordre de douleur à ses pieds ?
    Aurais-tu cessé de me faire mal, Anja ? Aurais-tu seulement cessé d’essayer ?
    Mes yeux se plissent légèrement, comme si je m’apprêtais à sourire. Je n’en fais rien, mais dans mon regard flotte un sentiment nouveau. Plus chaud. Un sentiment qui ressemble à de la surprise. Une agréable surprise.

    - Non.

    Non je ne vais pas m’en aller ou non je ne vais pas te laisser tomber. Deux non pour une seule question, un seul désir, une seule crainte.
    J’ignore quelle réponse elle attendait, comme j’ignore s’il y avait plus qu’une simple remarque sarcastique derrière sa question. Je m’en moque. Je ne vais pas la lâcher.

    Parfois, il m’arrive de douter. Il m’arrive de ne plus savoir si je voudrais que ça s’arrête. Et puis je me souviens de son indifférence qui me blesse plus que je ne voudrais l’admettre et elle me donne envie de fuir très loin. Je me souviens de son désir de me briser et j’ai un peu moins de mal à la haïr tout à coup.
    Je lui jette un regard que j’aurais voulu plus méprisant encore. Je vais te poser mes questions, tu vas y répondre, et ensuite je me casserais de ce trou à rats (ou plutôt à pigeons) et tu n’entendras plus jamais parler de moi.
    J’essaye de m’en persuader en posant ma seconde question :

    - Pourquoi me hais-tu, Anja ?

    Et maintenant, j’ai envie de te dire d’aller en enfer. Mais il me semble que tu y es déjà…

    Une vieille dame traverse une rue déserte. Presque déserte. Il y ses pigeons, comme d'habitude. Mais il y a aussi un banc. Et sur ce banc, un garçon et une fille. Ces deux-là ne la voient même pas. Ils ont un drôle de regard. Elle grave cette image dans son esprit car elle a peur qu'ils disparaissent tout à coup. Elle se dit qu'ils doivent être amoureux. Elle secoue la tête en souriant et s'en va. Mais cette pauvre femme n'avait sûrement jamais été amoureuse de sa vie, sinon elle aurait su que l'amour ne faisait pas si mal.


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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Mar 15 Mai 2012 - 19:29


« Sept petits nègres coupèrent du bois avec une hachette.
L'un d'eux se coupa en deux
et il n'en resta plus que Six.

Six petits nègres jouèrent avec une ruche.
Une abeille l'un d'eux a piqué
et il n'en resta plus que Cinq. »



Ils avaient été là-bas. Là-bas sur ce banc, devant ces pigeons, gravant l'histoire de leur bêtise. Ils s'étaient assis sur le bois, ils s'étaient observés, défiés, haïs, aimés. Ils avaient été là-bas le temps d'une infime éternité, posant leur propres lois et imposant leur propre temps. Ils s'étaient mêlés l'un à l'autre, ils s'étaient opposés l'un à l'autre. Qu'auraient pensé les gens s'ils les avaient vu ?
Peut-être auraient-ils vu cette fatigante illusion qu'ont les optimistes de la vie. Un couple devant les pigeons, prêt à décoller, à toucher les étoiles. Peut-être auraient-ils vu un autre mensonge que procure la haine, celui de deux étrangers, deux ennemis qui tendent la distance entre eux pour mieux se séparer. Ou peut-être auraient-ils simplement constaté la vérité. Deux êtres qui n'en formaient qu'un, amenant l'amour et la haine au paradoxe le plus sincère, comme le soleil et la lune. L'un sans l'autre ne peut pas exister. L'un sans l'autre n'est rien. Ils sont tout ensemble et vide de sens tout seul. Et pourtant, ce sont de parfait opposés.
Il aurait fallu demander aux pigeons, eux qui fréquentent le jour et la nuit. Eux peut-être auraient pu expliquer à Evan et Anja ce qu'ils étaient vraiment. Eux peut-être auraient pu leur dire à quel point ils étaient abrutis. Eux seulement. Mais qui prendrait la peine d'écouter l'un de ces stupide volatile ? Qui oseraient s'abaisser à leur niveau ? Le fou ? Oui, peut-être. Mais il faut croire que ni Evan ni Anja n'était fou, car aucun des deux ne l'a fait. Et tous les deux sont restés dans leurs doutes, à s'enfoncer de plus en plus de questions dans leur crâne. À voir leurs mondes s'écrouler.
À étouffer.

[...]

Et si tu ne m'appartenais pas ? Et si nous étions comme deux masses qui s'accrochent l'une à l'autre pour mieux tomber ? Et si l'arrivée de l'un signifiait la chute de l'autre ? Nous aurions dû fuir. Nous aurions dû... Mais je crois que toi et moi tenions bien trop à cette alchimie, à cette haine qui nous liait. Comme un fil à la violence explosive. Nous ne pouvions pas vivre ensemble. Nous ne pouvions pas vivre l'un sans l'autre.
Que peut-on faire alors ?

Je repense à ma question, la toute première que je t'ai posé. Tu t'en souviens Evan ? Je t'ai demandé si tu comptais me lâcher. Pourquoi ? Parce que c'était ce que je désirais ? Sur le moment, la question sonnait ainsi dans ma tête. Mais mon inconscient, que pensait-il de ces mots, lui ? Et si je te demandais ça pour être sûre que tu restes avec moi ? Que tu ne me laisses pas tomber. Chuter. Seule dans le gouffre du monstre. Le gouffre du monde. Comme si j'avais besoin que tu me rassures. Comme si j'ai besoin de ton soutient.
Et pourquoi pas ?
Ça ressemble à une idée infantile, inutile, débile. Mais c'est une idée. Une idée qui malgré tout sonne mieux que le piaillement idiot de tous les pigeons qui se trouvaient autour de nous. Tu vois Evan, c'est ça le problème avec toi. Sur le moment je suis sûre ; je te hais, je ne veux pas te voir, je t'exècre. Puis je prends du recul. Je prends du recul, comme si je voulais voler. Sauf que je ne peux plus parce que tu m'as brûlé les ailes. Attaché à toi. Et je me rends compte qu'il y a comme un vide en moi. Un vide que seul le poids lourd de tes mots peut combler. Comme si j'avais... besoin de toi. Comme si, au final, je ne te haïssais pas.
Oui, pourquoi pas ça ?
Parce que je suis Anja ? Parce que je suis cheffe de Rosenrot ? Parce que je suis une sorcière noire ? Parce que je me crois supérieure à tous les humains misérables ? Parce que je suis bien au-dessus de toutes ces choses que l'on appelle "sentiment" ? Mais pourtant j'ai un coeur. Oui Evan, j'ai un coeur. Il est dur à voir, il est caché tout au fond, bouillant dans ma poitrine et bouffant mon air, mais il existe. Et il n'attend qu'une seule chose.
Que quelqu'un veuille bien l'aider à vivre.

- Non.

Non. Simplement non. J'aurais dû ressentir du dégoût, de la déception. J'aurais dû te crier dessus, te dire de fuir, de te casser. Après tout j'étais ta supérieure, il te fallait obéir à mes ordres. Pourtant je n'ai rien fait. Je me suis contentée de fixer l'horizon, de fixer les nuages qui collaient le ciel. Presque... soulagée. Presque heureuse.

Once upon a time, it was a man who hates an other man. Then he killed him. He thought he had win. But it was a mistake. He just lost his ennemy. His best ennemy... As a friend. Then he understood he was alone. And he killed him self. End of the story. End of the fairy tail.
Life isn't a fairy tail Evan. Not at all.

- Tant mieux.

J'ai murmuré ça si bas que seuls les pigeons ont dû m'entendre. Comme si c'était un secret entre eux et moi. Entre les oiseaux et moi. J'ai tourné mes yeux vers eux et je leur ai souris. C'est con un oiseau, c'est terriblement con. Mais qu'est-ce que je donnerai pas pour avoir des ailes. Pour être ignorante. Pour n'avoir que le vent contre moi. Mes yeux se sont alors fermés pendant qu'une autre histoire se déroulait dans ma tête. L'histoire d'un livre. Un livre que j'ai lu il y a quelques années, je ne sais pas si tu le connais Evan... il s'appelle "Trois femmes puissantes". L'histoire de ce livre, n'a pas tant d'importance que cela. Pas plus que nous en tout cas. Non, ce qui m'importe aujourd'hui, c'est une phrase qui clôt la vie d'une de ces femmes. Une phrase qui a marqué mon cerveau à l'encre rouge, un peu comme je marque mes lettres. Pour toi, je veux bien te l'offrir. Juste pour cette fois. Parce que c'est ainsi :

« C’est moi, Khady Demba, songeait-elle encore à l’instant où son crâne heurta le sol et où, les yeux grands ouverts, elle voyait planer lentement par-dessus le grillage un oiseau aux longues ailes grises – c’est moi, Khady Demba, songea-t-elle dans l’éblouissement de cette révélation, sachant qu’elle était cet oiseau et que l’oiseau le savait. »

Mais trêve de plaisanteries, trêve de balivernes. Je n'avais pas à me montrer faible devant toi, je n'avais pas à me montrer lâche. Je n'en avais pas le droit. Parce que ça aurait été comme te laisser tomber. Et que tu m'avais promis de ne pas me laisser. Alors moi aussi j'ai promis, en pensées, de ne pas te laisser tomber. Notre simple existence signait ce contrat. Cette promesse. Une promesse maudite, un peu honteuse, un peu futile. Mais pourtant, c'était la promesse la plus importante de toute ma vie.
Alors j'ai repris mes esprit et j'ai détourné mes yeux froids, bleus, glaciaux, de ces stupides pigeons. Jusqu'à remonter mon regard vers le tien, affrontant ton mépris avec un étrange frisson de bonheur. Comme si notre haine faisait tourner le monde dans le bon sens. Comme si c'était normal. Parce qu'au fond, c'était un peu ça. Te haïr, je savais faire. C'était facile.

- Pourquoi me hais-tu, Anja ?

Pourquoi je te hais ? C'est ça que tu m'as demandé. Cette question que je me suis posée si souvent. Cette question aux milles réponses. Et il suffisait d'en sélectionner une, une unique réponse parmi cette gigantesque palette de possibles. Ce n'était pas dur comme question. Comme si tu choisissais délibérément les questions les plus aisées. Comme si tu avais un peu peur d'affronter la vérité.
As-tu peur que je te fasse mal Evan ?

- Parce que c'est une évidence. Parce que c'est facile. Plus facile de te haïr que de rester indifférente. Plus facile de te haïr que... de t'aimer.

Je ne sais pas si cette raison t'as plue Evan. Je ne sais pas et franchement, je m'en fiche. Toutes ces choses là n'ont plus d'importance. Les seules choses qui comptent sont ces maudits pigeons à nos pieds, ces maudites questions dans nos têtes. Encore six pour moi. Cinq pour toi.

- Pourquoi es-tu si vide ? Comme s'il te manquait la moitié de ton être, comme un miroir coupé de son reflet...

J'ai hésité un instant avant de tendre mes mains fines, légères, presque innocentes vers les pigeons. Puis d'un geste sec je les ai tournées, entraînant l'air et mon pouvoir avec moi, énuquant le cou maigrelet de deux de ces oiseaux. Un sourire de tueuse c'est alors affiché sur mes lèvres.

Deux pigeons morts. Deux questions envolées. Plus que cinq.

[...]


C'est un peu comme dans cette histoire d'Agatha Chrisite. Les dix petits nègres. Ils meurent tous, chacun leur tour, un à un. Jusqu'au dernier. Une histoire macabre. Un peu comme ces pigeons. Ces sept pigeons gris. Qui allaient tous mourir un par un. Comme ces questions empoisonnées venues pour hantées la vie d'Evan et Anja.
La vie de ces deux êtres sur ce banc, qui ne s'aimaient pas sans réellement parvenir à se détester...

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Déchirure.  »



« Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d’ pieds pour de faux
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Evan Adams
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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Mer 27 Juin 2012 - 19:12


* I wish i could freeze this moment right here,
right now, and live in it forever. *

    Et maintenant ? Maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Qu’est-ce qu’on fait, Anja ? Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir inventer ? À quoi on joue cette fois ? Quelles sont les règles ?
    Je pousse un soupire las. Las de toi, de moi, de nous. De tout.
    Sept pigeons, sept questions, voilà à quoi j’en suis réduit. Mon cerveau ne tourne plus rond, et moi, je tourne en rond.
    Comme un lion en cage.
    Toi plus moi, seuls sur ce banc, j’aurais du me douter que cela ne donnerait rien de bon.
    D’ailleurs, toi plus moi, c’est égal à quoi ?

    On s’est laissés avoir par la curiosité, par la solitude aussi. On s’est laissés prendre par cette étrange et indéniable alchimie qui nous lie l’un à l’autre. Pitoyablement. Cette alchimie s’est heurtée à notre haine, nos désirs, et nos peurs les plus profondes. Elle a vacillé sous l’impact de chaque mot, chaque flèche si parfaitement ajustée, destinée à blesser. À écorcher. À mutiler. Mais elle a tenu bon.
    Comme nous.

    Tu sais Anja, rien, absolument rien ici ne me retient de te tuer. Ni les passants transparents dont les regards vides glissent sur nos silhouettes immobiles. Ni le vieil homme accoudé à son balcon, rêvant à de meilleurs horizons. Ni ces saletés de pigeons idiots. Ni même ton nom et ton statut.
    Il me suffit d’enserrer ton cou, de serrer, serrer, serrer, et crac. Ou de te réduire en fumée, en cendres que je jetterai en pâture au pigeon. Et plus d’Anja. Plus de questions. Plus de pigeons. Plus rien. Du tout. C’est carrément enfantin !
    Le problème Anja, c’est que si je te tue, j’ai peur de me retrouver plus vide encore.
    Alors je fixe le bleu de tes yeux, l’air sincèrement navré. Tout serait tellement plus simple. Tout serait tellement plus simple si je pouvais te haïr un peu plus. Un peu mieux…

    - Tant mieux.

    J’ai lentement dégluti, ravalant les insultes que je m’apprêtais à lui servir sur un plateau doré. Insultes qu’elle a méritées au centuple, soit dit en passant. Mais je me suis tu. Je me suis tu et j’ai regardé, impuissant, mon monde vaciller, chanceler, chavirer. Et tout cela pour quoi ? Pour deux minuscules mots, deux ridicules syllabes, qu’elle n’a sans doute jamais prononcées. Deux minuscules mots qu’elle a jetés aux pigeons comme on jette une poignée de pain. Deux minuscules mots attrapés au vol. Deux minuscules mots d’Anja. Et mon monde s’écroule.
    Si ce n’est pas pitoyable…

    Mes yeux se mettent soudain à briller. Tant mieux ? Ce n’est pourtant pas ce qui me serait venu à l’esprit. Toute personne sensée espérerait que je la laisse tomber. Que je lui fiche la paix. J’incline la tête sur le côté, un étrange sourire flottant sur mes lèvres à peine entrouvertes. Plus vraiment hostile, mais pas encore amical. Juste entre les deux. Je suis au croisement, à l’ultime bifurcation où n’importe quoi peut arriver. Dans les contes de fées, le héros choisit toujours le bon chemin, sans que personne n’ait besoin de le lui indiquer. Mais je n’ai rien d’un héros, et je ne crois pas aux contes de fée. D’ailleurs, je n’ai pas la moindre idée de la route à emprunter. Je suis perdu. Paumé à devant ce stupide croisement qui n’existe que dans me tête.
    Je caresse doucement sa joue du regard. Tu ne fais jamais rien comme les autres, n’est-ce pas Anja ?
    C’est peut-être ça qui me donne envie, pour une fois, peut-être pour la toute première fois de ma vie, de tenir ma parole. De ne pas te laisser tomber. De ne pas te laisser t’écraser.
    Ou peut-être parce que quelque part, c’est plus rassurant de tomber à deux.
    Mais ça, Anja, jamais je ne te l’avouerai. Mon ego en prendrait un coup et j’ai beaucoup trop de fierté pour laisser paraître quoique ce soit qui ressemble, de près ou de loin, à des sentiments. Je laisse ça aux humains. Ils sont déjà suffisamment pathétiques pour que nous, sorciers, en rajoutions une couche.
    Quoi qu’il arrive, je continue de feindre l’indifférence. Je suis doué pour ça. Tellement doué que je finis presque par y croire…
    Mes yeux glacés sont remontés jusqu’à toi, ont effleuré ta bouche, caressé tes cheveux, avant de retrouver, enfin, non sans un frisson d’excitation, ton regard vide. Aussi vide que le mien.

    Je repense à la question que je t’ai posé, ma première véritable question. Celle que je n’avais pas prévue, parce qu’elle était un peu trop facile, un peu trop superficielle. Je me fiche de savoir pourquoi tu me hais, Anja. Moi, je veux creuser plus profond, te faire encore plus mal. Je n’ai pas osé tout à l’heure. Un rictus amer flotte sur mes lèvres : ce n’est que partie remise.


    - Parce que c'est une évidence. Parce que c'est facile. Plus facile de te haïr que de rester indifférente. Plus facile de te haïr que... de t'aimer.

    Je ne dirai pas que cette réponse me satisfait. C’en était une parmi tant d’autres. Mais elle est vraie et c’est tout ce qui importe à présent.
    Puis je me suis laissé prendre au jeu. Je me suis laissé entraîner par cet irrépressible besoin de savoir. Je me suis mis à espérer sa question autant que la redoutais.


    - Pourquoi es-tu si vide ? Comme s'il te manquait la moitié de ton être, comme un miroir coupé de son reflet...

    Je ris, brièvement. C’est bien Anja, tu as pris ton courage à deux mains, tu as cessé de tourner autour du pot. Tu as enfin mis des mots sur cette fichue question qui devait te titiller depuis un moment déjà. Tu dois être fière de toi. Tu dois penser que je souffre le martyre à présent. Comme tu es naïve... Comme si j’avais besoin de toi pour me souvenir d’elle !
    C’est plutôt comique finalement. On se teste mutuellement, on tente de frapper le plus fort possible et finalement on prend des gants avec les mots pour ne pas se faire trop mal…

    Je me penche lentement vers elle, près, trop près, jusqu’à sentir sa respiration dans ma nuque. Elle a peut-être peur. Elle devrait sûrement.

    - Parce qu’elle est morte.

    Mon ton est neutre, dénué de toute intonation particulière. Il est vide. Comme moi.
    J’aurais sans doute pu ajouter qu’elle était la moitié de mon être, le reflet du miroir. Mais était-ce vraiment nécessaire ?
    Je me rapproche encore un peu, juste assez près pour pouvoir lui murmurer à l’oreille.

    - Mais ça, tu le sais déjà. Tu le sais mieux que personne.

    Et dans ce même calme effrayant, je lui offre un sourire aussi vide qu’un puit sans fond. En encore plus glacial.

    À ce moment-là, Anja fait un truc totalement insensé. Elle tend ses mains vers les pigeons et leur tord littéralement le coup. Ceci n’est pas une métaphore, deux pigeons s’écroulent bientôt, morts avant d’avoir touché le sol.
    J’hoche la tête en silence. J’apprécie le geste.
    Plus que cinq. Cinq partout.

    - Pourquoi tu ne montres pas que tu as encore un cœur ?

    Je fronce les sourcils, surpris par cette question un peu déplacée. D’autant plus déplacée qu’elle vient de tordre le cou à deux pauvres pigeons qui ne lui avaient absolument rien demandé, et cela sans le moindre état d’âme. Non, vraiment, Anja ne rime décidément pas avec cœur. Pourquoi donc cette soudaine envie de savoir, de comprendre ? De la comprendre elle ou de me comprendre, moi ?

    Me désintéressant subitement de la situation et de l’électricité presque palpable qui s’en dégage, je croise mes bras derrière la nuque et je ferme les yeux, un sourire malicieux étalé sur mon visage. Je sais ce qu’il me reste à faire.
    Je me concentre un tant soit peu, fais le vide dans mes pensées –ce qui est loin d’être aisé- et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire une flamme tremblotante apparaît comme par magie à nos pieds. Fourbe et sinueuse, elle gagne du terrain sur les stupides volatiles qui prennent peur, piaillent, s’agitent. L’un d’entre eux, moins téméraire peut-être, décide de prendre son envol et disparaît dans un nuage de fumée. Un de moins.
    Le feu s’éteint aussitôt et tout redevient plat, calme, et terriblement ennuyeux. Mais pour combien de temps ?

    Tu vois, Anja. J’aurais pu tuer cet oiseau. J’aurais pu te tuer, toi aussi.


I don’t believe in farytails…

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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Mer 27 Juin 2012 - 21:08


« This is a story of boy meets girl,
but you should know upfront,
this is not a love story. »

Ils étaient peut-être juste un peu trop stupide pour se regarder l'un l'autre. S'ils l'avaient fait, peut-être auraient-ils trouver moyen de combler leur vide. Peut-être seulement. Parce que rien ne dit que le vide peut toujours se remplir. Que le manque peut s'oublier. Que le passé peut se consumer. Mais ils auraient pu chercher, ensemble, comme une réponse à leur question. La vraie question. Celle qu'aucun des deux n'osaient posée mais qui pourtant brillait partout. Ils se seraient pris par la main, ils auraient avancé et ils auraient eu une chance de trouver. Au moins auraient-ils eu une chance.
Mais tout seul ?
Ils n'avaient même pas la force de se regarder dans les yeux. Ils se prétendaient fort, ils se croyaient dignes, mais qu'en était-il vraiment ? Qu'avaient-ils de si différent avec ses humains si lâches qu'ils méprisaient ? Ah, je sais... ils étaient encore plus lâches.
On aurait dit un sourd et une aveugle. Incapables de communiquer. Ils ne pouvaient pas lui expliquer avec des mots puisqu'il n'en avait pas. Ni avec des gestes puisqu'elle ne le voyait pas. Et elle non plus ne pouvait pas lui parler, puisqu'il ne l'entendait pas. Bloquer dans un cercle vicieux qui ne les conduirait nul part. Sauf peut-être dans leur bêtise. Et leur folie.

[...]

Tu vois, tout le problème avec toi Evan, c'est que je ne te connais pas. Je ne te connais pas et pourtant j'ai l'impression de mieux te connaître que quiconque d'autre. Mieux que toi-même à vrai dire. Peut-être parce que j'aperçois des choses que personnes ne peut voir ? Des aspects noirs. Des aspects roses. Des aspects de toutes les couleurs. Je ne sais pas qui tu es Evan, je n'arrive pas à t'interpréter. Des fois tu me ressembles. Des fois pas. Tu vacilles entre toi et moi, moi et toi. Comme je vacille entre haine et amour, amour et haine. Mais jamais indifférence.
Oh que non ! J'aimerais bien pourtant. Être indifférente. Me rire de toi comme le soleil se rit de ses planètes. Tu tournerais autour de moi, mais j'en aurais que faire de tes rotations ou de ta destruction. Sauf que je ne suis pas le soleil et que tu ne tournes pas autour de moi. Ou peut-être que si, au fond tu tournes. Tu tournes comme le manège qui hante mon enfance. Mais moi aussi je tourne et c'est là tout le problème. On tourne ensemble, l'un autour de l'autre, d'un même mouvement. Un mouvement qui un jour nous détruira.
Tu sais Evan, pour l'instant entre toi et moi ça marche. Presque. Comme si on avait un métronome pour nous guider, pour nous accorder. Mais un jour le métronome va se dérégler. Et dis moi Evan, oui dis moi, que ferons-nous à ce moment là ?

Je crois que tu avais envie de me faire peur. C'est pour ça que tu t'es penché vers moi, jusqu'à ce que ma simple respiration puisse caresser les poils de ta nuque. Si près qu'il aurait suffit d'un geste pour te planter un poignard dans le coeur. Ou pour que tu me plantes un poignard dans le coeur. Tu voulais me faire peur, mais tu n'as pas réussit. Et tu sais pourquoi Evan ? Tu sais pourquoi je n'avais aucune peine à garder mon sang froid, à ne pas frissonner face à ton air glacial, à ne pas éprouver la moindre once de peur ? Parce que je n'ai pas peur quand tu t'approches près de moi. Au contraire, bien au contraire. Je vais te dire un secret Evan. Un secret entre toi et moi. Un secret entre toi, moi et n'importe qui. Après tout ce secret je m'en fiche si tu le révèles à quelqu'un. À qui que ce soit. Au monde entier même. Crie le, oui crie le si tu en as envie. Et si tu en as le courage. Au fond je doute que ce soit vraiment un secret. Parce que ce que je vais te dire maintenant, tu le sais déjà. Tu le sais déjà mais tu t'obstines à ne pas en prendre compte.
Je n'ai pas peur de ta présence Evan. J'ai peur de ton absence.

- Parce qu’elle est morte.

Oui. Bien sûr. C'était une évidence. Il y a toujours un "elle" dans l'histoire. Un "elle" ou un "il", le genre n'a aucune importance. C'est juste qu'il y a toujours quelqu'un d'autre lié à une tristesse. On ne peut pas être triste pour soi même, on doit être triste à cause de quelqu'un d'autre. C'est la seule condition à la tristesse. Et c'est ça qui est malheureux, c'est ce moment dans la vie où, on réalise, que tout dépend d'une personne. Une personne qui n'est pas nous. Au fond, la vie est un combat. Un combat où l'on ne doit s'attacher à personne, ne surtout pas se lier. Au risque de tomber de bien trop haut.
Mais pour toi et moi Evan, c'est trop tard.
Trop tard à cause de quoi, à cause de qui ? Si tu me posais la question, là, comme ça, je dirais que c'est trop tard pour toi à cause "d'elle" et pour moi à cause de ma maman. Mais si je devais arrêter de mentir, je dirais que c'est trop tard un peu à cause de nous aussi. Parce que d'une manière ou d'une autre, on est lié. Qu'on le veuille. Ou non.

- Mais ça, tu le sais déjà. Tu le sais mieux que personne.

« Tu le sais mieux que personne ». Ces mots là ont résonné Evan, et ils résonnent encore. Plus fort que tout. Parce que oui, bien sûr que je le sais mieux que personne. J'ai su lire le vide en toi, depuis le début, depuis le tout début. Comme toi tu as vu mon vide. On c'est compris parce qu'on est pareil. On s'attire parce qu'on est semblable. Mais où s'arrête la frontière entre toi et moi Evan ? Existe-t-elle seulement ?

Tu n'as rien dit quand les pigeons sont morts. Tu t'es contenté d'assister à leur mort, de les regarder tomber, arrêter de voler pour l'éternité. Est-ce que tu es toujours comme ça Evan ? Regardes-tu les gens mourir avec indifférence, les laisses-tu s'échouer en hochant simplement de la tête. Sans haine, sans plaisir, sans tristesse ? Et moi, me regarderais-tu mourir droit dans les yeux ? Sans tourner le regard ? Assistant à ma mort comme on assiste à celle des condamnés ? Comme quand la guillotine trancha la tête de Louis XVI, laissant sa tête rouler bouler sur le sol ? Qui serais-tu ? Le bourreau ? Le peuple qui observe ? La femme qui détourne les yeux ? Ou l'enfant qui pleure ?
Sans doute aucun de ceux là. Tu serais toi. Tu serais moi. Tu serais nous tout simplement.

- Pourquoi tu ne montres pas que tu as encore un cœur ?

Quel coeur ? C'est tout d'abord ce que j'ai pensé. Comment pouvais-tu encore voir un coeur en moi alors que je venais tout juste de tuer deux pigeons sous tes yeux. Alors que je cherchais la moindre faille pour te mordre, te blesser, te faire le plus de mal possible. Honnêtement Evan, je ne comprenais pas. De quel coeur parlais-tu ?
Je n'ai plus de coeur. Un instant j'ai hésité à te répondre ça. Parce que je savais que c'était la réponse que tu attendais de moi. Que tu désirais cette réponse pour pouvoir laisser poindre ta déception et te moquer de moi. Me rendre presque humaine. Te dire qu'au fond je n'étais rien. Mais ça aurait été trop simple n'est-ce pas ? Bien trop simple. J'aime compliquer les choses, j'aime te compliquer les choses.

- Parce qu'on ne m'a jamais appris à le montrer. Je ne sais pas le faire, c'est tout.

Peut-être bien que sous certains aspects je suis encore un bébé. Peut-on en vouloir à un bébé de ne pas savoir marcher ? Non, parce qu'il n'a pas appris. Il n'a pas la force nécessaire pour se tenir sur ses jambes, il ne sait pas qu'il doit poser un pied devant l'autre, puis l'autre encore une fois, et ce jusqu'à qu'il sache marcher. Je suis comme eux, je n'arrive pas à faire fonctionner mon coeur. Je ne sais pas comment il faut l'utiliser, je ne sais pas ce qu'il faut dire, comme l'interpréter. Parfois je me demande si les bébés ne marchent pas parce qu'ils ont peur de tomber. Car apprendre à marcher c'est apprendre à chuter. Comme apprendre à montrer son coeur c'est apprendre à laisser les autres le briser. On apprend à tomber et sans doute faut-il que j'apprenne à laisser mon coeur se briser. Puis se réparer, comme l'enfant qui se relève.
Sauf que j'ai peur. Et que c'est plus simple de rester à quatre pattes.

J'aurais pu t'expliquer tout ça Evan. J'aurais pu, mais je ne l'ai pas fait. Pourquoi ? Je n'en ai aucune idée. Peut-être que je préférais te regarder titiller les pigeons avec tes flammes. Je m'attendais à ce que tu en brûles un. Mais tu l'as juste laissé partir. S'envoler.
Comme si tu refusais de tuer. Comme tu refuse de me tuer.

- Tu aurais dû le tuer. Comme tu aurais dû me tuer depuis bien longtemps. Sauf que tu n'oses pas.

Et ce n'était pas une question, c'était une affirmation. Je savais qu'il n'oserait pas me tuer, que tant qu'on était là, ensemble, sur ce banc, avec ses pigeons, il ne me ferait pas de mal. Oh certes, il essayait de me blesser avec ses mots. Et moi aussi. Mais il ne me tuerait pas. Parce que ça l'anéantirait. Je ne prétends pas être la raison de vivre d'Evan. Loin de là. Je prétends juste être sa raison de ne pas mourir.

- Dis moi... Est-ce que je te ressemble ? Ou est-ce que je lui ressemble ? À elle.

Oui. Ça c'était une bonne question. Là ça devenait véritablement intéressant. Quand tu me regardes, vois-tu un miroir ou un fantôme ?

[...]


Oh mais regardez-les ! Regarder comme ils sont pathétique sur ce banc. Un homme et une femme ? Une femme et un homme ? Non, juste deux enfants aveugles et stupides. Fous.
Fous l'un pour l'autre. Fous d'amour, fous de haine, fous d'incompréhension, fous de ressemblance, fous de jalousie, fous de mépris, fous de tout. Ils ne savaient pas s'aimer, mais ils n'arrivaient pas à se détester. Ils étaient juste là l'un pour l'autre, dans la même réalité.
Et ils pensaient que ça suffirait.
Peut-être avaient-ils tort ?

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Evan Adams
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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Jeu 19 Juil 2012 - 1:38

* Je sens des boums et des bangs
Agiter mon coeur blessé
L'amour comme un boomerang
Me revient des jours passés… *


    Si Evan n’avait pas été Evan, si Anja n’avait pas été Anja, et si la terre tournait dans le sens inverse, on aurait peut-être pu dire qu’ils étaient amis.
    Pas de simples camarades de classes, ou de vulgaires connaissances de boulot. Non, des amis, avec un grand A, des amis dans le sens noble du terme. Le genre d’amis qui ne courent finalement pas les rues, le genre d’amis que l’on peut compter sur les doigt d’une main. Le genre d’ami qui sait tout de vous et qui vous aime quand même. Le genre d’amis qu’Evan et Anja n’avaient pas. Mais s’ils n’avaient pas été si bornés, s’ils avaient su voir plus loin que le bout de leur nez, alors oui, ils auraient été amis. Ils se seraient chamaillés, battus parfois, disputés souvent. Puis ils auraient ri de leur propre bêtise. Et ils auraient recommencé. Encore et encore.
    Et surtout, surtout, ils auraient été là l’un pour l’autre. Ils se seraient pris la main et auraient continué d’avancer.
    Ensemble.
    Mais Evan et Anja ne sont pas amis.
    Evan et Anja se ressemblent, mais ils n’ont jamais appris ce que signifie « ensemble ».
    Alors faut-il leur en vouloir s’ils ignorent ce que signifie être deux ?


    Je me suis penché vers toi. Prêt, tout prêt. Trop prêt.
    J’ai écouté ta respiration régulière, j’ai senti les battements de ton cœur.
    Boum, boum, boum, boum, boum. C’est le bruit que fait ton cœur lorsqu’il puise dans ses ressources pour faire circuler le sang nécessaire dans ton organisme. Ton cœur. Qui bat. Qui existe. Malgré toi.
    Et ça tu ne peux pas le nier, Anja. Pour une raison toute bête. On l’a tous appris en cours d’SVT de 5ème. Un cœur qui bat est égal à un être qui respire. Qui n’est pas mort. Qui vit. Et s’il vit, c’est pour quelque chose. Moi tu vois Anja, j’aimerais bien savoir pourquoi tu vis. Ou pour qui. Parce qu’il y a toujours un qui. Un quelqu’un. Quelqu’un dont on ne prononce jamais le nom, mais qui est toujours là, mort et pourtant plus vivant que n’importe qui.
    J’ai écouté les battements de ton cœur, dans l’espoir de trouver ma réponse. De deviner qui était ce il ou ce elle, peut importe le genre, qui t’empêchait de grandir. Mais je n’aime pas les devinettes, je n’ai jamais aimé ça. C’est pour les gamins. On n’est pas des gamins, Anja. Si ?
    J’ai très vite abandonné. Ce que je veux savoir, c’est toi qui me le diras.
    Parce que c’est comme ça.
    Parce que c’est le jeu.
    Parce que c’est la vie…
    Au final, tout ce dont je suis sûr, c’est qu’ils n’étaient pas calqués sur les miens. Tes battements de cœur. Pas du tout. Les miens étaient bien plus rapides. Mais ça, tu ne le sais pas. Tu ne le sauras jamais, Anja. Parce que heureusement pour nous, les pigeons ne parlent pas. Ils mangent, piaillent, prennent peur, s’envolent, et mangent à nouveau. Voilà tout ce dont ces stupides volatiles sont encore capables. On peut dire que nos petits secrets sont bien gardés ici.
    Tellement bien gardés qu’ils n’arrivent même pas à franchir nos lèvres.

    Tu n’es pas surprise par ma réponse. Pas le moins du monde. C’est une évidence.
    Tu n’as rien dit, Anja. Pas un mot n’a franchi tes lèvres. Pas même un sourire. Ou un éclat de rire, n’importe quoi. J’aurais préféré n’importe quoi. J’aurais aimé que tu dises quelque chose, que tu ressentes quelque chose. Autre chose que du vide. J’aurais voulu voir la certitude que nous étions identiques inscrite sur ton visage en lettres d’or. Mais ce n’est pas si simple. Je ne suis pas toi, tu n’es pas moi. Semblables mais encore trop différents. Plus vraiment ennemis, pas encore amis. Un peu toi, un peu moi, pas tout à fait nous.
    Mais toi, tu t’en fiches, tu t’es contentée de me regarder, comme tu sais si bien le faire. Comme si tout pouvait être dit en un seul regard. C’est faux et tu le sais. Un regard peut dissimuler beaucoup de choses, beaucoup de non-dits, beaucoup de mensonges.
    Un regard c’est bien, mais ce n’est pas assez. Je veux plus. Je veux tout.
    Je te veux, toi ? Peut-être.
    Pourtant tu n’as rien dit.

    J’ai attendu. Un peu. J’ai attendu que mes propres mots cessent de résonner. Parce que oui, ils avaient dû résonner dans ta tête. Et fort, très fort. Ils ont dû faire mal.
    Tant mieux. C’est tout ce à quoi j'ai songé à ce moment précis.
    C’est tout ce que tu mérites après tout. Non ?

    - Parce qu'on ne m'a jamais appris à le montrer. Je ne sais pas le faire, c'est tout.

    Je fais la moue, arque un sourcil. C’est un peu léger comme réponse. Un peu facile. À la portée de n’importe qui. C’est du moins ce que j’ai pensé au premier abord. Puis je me suis ravisé.
    Anja n’est pas n’importe qui et cette réponse n’a rien d’aisé. Elle était juste évidente.
    J’ai acquiescé en silence, satisfait.
    Mais du coin de l’œil, j’ai continué de l’observer, un peu différemment. Au fond, je ne sais pas grand-chose d’elle. Je ne connais que la garce sexy qu’elle s’obstine à être et que l’on a tous rêvé un jour de passer au scalpel (ou autre, selon les préférences). D’ailleurs, cette Anja là ne m’intéresse pas. Elle est superficielle. Elle est vide.
    Ce n’est pas à cette Anja là que sont adressées toutes ces questions.
    Je préfère l’autre. Celle que l'on aperçoit parfois au détours d’une phrase, ou entre deux regards. Celle que j’ai parfois l’impression de connaître mieux que moi-même.
    Celle qui a des failles.

    - Tu aurais dû le tuer. Comme tu aurais dû me tuer depuis bien longtemps. Sauf que tu n'oses pas.

    J’ai fait mine de réfléchir pendant deux secondes, pas plus, balançant entre déception et amusement. Je me mordille la lèvre, indécis. C’est sûrement très sexy mais ce n’est pas le but. Du moins pas uniquement.
    Puis, j’ai lentement relevé la tête vers elle, fichant mes yeux glacés dans les siens.

    - Tu me sous-estimes, Anja, c’est vexant, dis-je, avec une pointe d’ironie. Je me fous de ce pigeon et de sa misérable vie.

    Et joignant le geste à la parole, un de ces stupides volatiles s’enflamme joyeusement devant nos yeux. Il plane pendant un court instant, véritable torche volante, avant de retomber raide mort à nos pieds. Il a l’étrange couleur caractéristique des brûlés vifs. Ce n’est pas beau à voir. J’esquisse un petit sourire faussement navré et prends une voix mielleuse afin de déclarer tristement :

    - Celui-là est mort prématurément. Par ta faute.

    Qu’il repose en paix. Son heure n’avait pourtant pas encore sonné. Je secoue la tête. Voilà ce que ça donne de provoquer ouvertement Evan Adams !
    Mais ce n’était qu’un pigeon. Nous l’avons tout deux regardé mourir sans le moindre état d’âme. Pas même un haut le cœur. Parce que ce n’était qu’un pigeon. Encore pire qu’un humain.
    Mais qu’en est-il de toi, Anja ? Je t’ai dis que je me fichais de ce pigeon et de sa misérable vie. Cela ne signifie pas pour autant que je me fous de toi et de ta misérable vie...

    - Tu ne devrais pas te comparer à ça. Tu vaux quand même un peu mieux.

    Et que ce jour reste à jamais dans vos mémoires, comme celui où vous avez vu de vos propres yeux, Evan Adams prononcer un compliment…

    Tu vois, Anja, je peux facilement tuer un oiseau. Je les tuerais tous, s’il le fallait. Un par un.
    Mais tu n’es pas un oiseau. Tu ne voles pas. Tu ne voleras jamais. Tu es clouée au sol. Clouée à ce banc.
    Tu es peut-être encore plus misérable que le plus misérable de ces pigeons idiots.
    Et pourtant, il m’est impossible de te regarder droit dans les yeux et de t’envoyer brûler en enfer.

    - Dis moi... Est-ce que je te ressemble ? Ou est-ce que je lui ressemble ? À elle.

    Pensif, j’ai incliné légèrement la tête sur le côté. Je ne m’étais jamais posé cette question. Pourtant la réponse coulait de source. C’était tellement évident !
    Je lui ai souri. Elle avait un peu les mêmes yeux. Elle était belle, aussi. Mais surtout, elle avait ce sourire qui vous donnait envie de la suivre n’importe où. Quitte à vendre votre âme au diable. Oui, elle lui ressemblait. Mais elle n’était pas elle.
    Si Anja et moi avions quelque chose en commun, ce n’était sûrement pas ça. Cela n’avait rien de physique. Ce qui nous reliait, tous les deux, c’était notre incapacité à aimer. Notre incapacité à faire fonctionner le cœur qui battait entre nos deux poumons. Notre incapacité à vivre.

    - Tu lui ressembles un peu, c’est vrai. Les yeux peut-être. Et les lèvres. Oui, vous avez le même sourire. Ça doit être ça. À moins que soit votre obsession de faire souffrir les autres…

    Je m’amuse à l’observer sous tous ses angles, sous toutes ses coutures, leur cherchant des ressemblances là où il n'y en avait probablement aucune, allant jusqu’à la frôler, un sourire énigmatique au coin des lèvres. Ce n’est qu’un jeu après tout.

    - Je pourrais encore t’énumérer beauuuuucoup de points communs. Mais tu n’es pas comme elle. Tu n’es pas comme moi non plus. Tu es juste… toi.


    Je n’avais placé aucune intonation particulière dans ces derniers mots. Ils étaient froids, directs, et totalement désintéressés. Non, pas totalement. C'est peut-être ce qui a joué la nuance. Ce qui a fait qu'ils aient trouvé un écho si troublant en franchissant mes lèvres.
    Je ris brièvement, roule grossièrement des yeux, faisait ainsi voler en éclat ce sinistre silence. De toute façon, c’est à mon tour.
    Je prends mon temps, comme avant de miser une somme importante au poker. Ce n’est pas encore le tapis, mais on s’en approche.

    - Toi, tu les as tués ces pigeons, Anja. Tu n’as pas hésité une seconde à leur tordre le cou. Ça avait l’air enfantin. Alors dis-moi, pourquoi suis-je toujours en vie ?

    Alors dis-moi Anja, dis moi que tu ne peux pas me tuer…


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MessageSujet: Re: À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]   Lun 5 Fév 2018 - 23:41

« Don’t answer the door in a wedding dress and veil, he might not think you’re joking. »

Un chapitre ne demande qu’à être écrit. Vous auriez pu faire l’effort, vous auriez pu vous jeter dans l’histoire, la prendre à bras le corps, ignorer tout le reste. Il n’était pas trop tard pour faire marche arrière, tout laisser tomber et s’envoler avec les pigeons.
Mais vous n’être pas des pigeons.
Et tout ce qui compte, c’est vous détruire.

[...]

Tes yeux se sont fichés dans les miens, glacés, comme s’ils cherchaient à défier la froideur de mon regard, à jouer à ceux qui était le plus clair, le plus bleu.

- Tu me sous-estimes, Anja, c’est vexant. Je me fous de ce pigeon et de sa misérable vie.

À tes mots, un des pigeons a soudain pris feu, tentant désespérément de s’envoler pour contrer ce sort affreux et inattendu. J’ai regardé le volatile stupide s’enflammer, tenté de battre des ailes puis mourir, douloureusement, certainement. Je n’ai pas éprouver la moindre compassion pour cet oiseau gris qui se transformait en tas de cendre sous nos yeux.
Je m’en fichais des pigeons.

- Celui-là est mort prématurément. Par ta faute.

J’ai hoché les épaules. Comme si j’en avait quelque chose à faire de ce piaf stupide, de ce jeu idiot, de toi crétin. Evan Adams, le plus grand imposteur que l’Univers ait porté, l’homme à la cicatrice de cigarette pour toujours ancré en lui.
Tuer un pigeon c’est facile, mais qu’en est-il de moi ?

- Tu ne devrais pas te comparer à ça. Tu vaux quand même un peu mieux.

« Quand même ». Te voilà la délicatesse incarnée très cher Evan. Qu’espérais-tu que je réponde à ce genre de commentaire ? Quel genre de réponse attendais-tu à ces mots ? Moi un pigeon... comme si je pouvais voler aussi bas que ça.
Mais qu’importe ? Pas ces oiseaux en tout cas. Ils n’étaient qu’un prétexte n’est-ce pas ? Un prétexte à ton jeu, ce jeu stupide auquel tu m’as astreinte à jouer. Ce jeu de questions pour nous dévoiler, pour te dévoiler.
Qui était ce elle qui hantait ta vie ?
Qui est celle à qui tu penses avant de t’endormir ?
À qui destines-tu les lettres que tu écris ?

Est-ce que je lui ressemble ?

- Tu lui ressemble un peu, c’est vrai. Les yeux peut-être. Et les lèvres. Oui, vous avez le même sourire. Ça doit être ça. À moins que ce soit votre obsession de faire souffrir les autres...

J’ai levé un sourcil, surprise. Tu penses vraiment ce que tu as dit ce jour là ? Une obsession à faire souffrir... Tu m’as si mal comprise Evan. Je ne tire aucun plaisir de la souffrance d’autrui. Je ne suis pas sadique, contrairement à ce que tu sembles penser. Je n’ai d’autre but que de faire un monde pur, débarrasser de tous ces déchets, de tous ces pigeons qui traînent dans les squares. Un monde un peu moins immonde, sans humain, qu’entre sorcier. Des sorciers fiers, pas comme toi. C’est ça, ma seule obsession. Est-il nécessaire de passer par la souffrance pour en arriver là ? Je le crains. Comment sinon se débarrasser de tous les humains et mêlés - surtout eux - qui peuplent la terre. Ces êtres affreux protégés par Orpheo.
Tu me connais si mal Evan Adams...

- Je pourrais encore t’énumérer beauuuuucoup de points communs. Mais tu n’es pas comme elle. Tu n’es pas comme moi non plus. Tu es juste... toi.

J’ai hoché la tête, acceptant tes mots. Mais, n’était-ce pas un peu facile comme réponse ? Je trouvai que tu te réfugiais derrière la simplicité.
« Tu es juste toi ».
Ridicule n’est-il pas ?
Et le rire qui accompagna cette déclaration, comme pour briser un silence que je trouvais agréable, acheva de m’agacer.
Tu joues selon tes propres règles. Tu violes ton propre jeu.

- Toi, tu les as tués ces pigeons, Anja. Tu n’as pas hésité une seconde à leur tordre le cou. Ça avait l’air enfantin. Alors dis-moi, pourquoi suis-je toujours en vie ?

Des questions, encore des questions, toujours des questions. Je sais que j’avais accepté le jeu et pourtant, tout cela me montait dans la tête, comme une vague de froid qui envahissait mon cerveau. Avais-je encore envie de te répondre.
Non.
J’avais envie de te balancer mon poing au visage, ma lame dans le cœur. Toi, Evan, ce brun aux yeux glaciaux, incapable d’être sérieux. Toi, Evan, cet homme avec qui les relations ne pouvaient jamais, jamais être simple.
Ce jeu était stupide.

- Parce qu’on m’a appris à ne pas casser mes jouets.

Toujours ces histoires de jeu. J’ai posé mes doigts contre ta nuque, sous le col de ta veste, là où je savais être ta brûlure, celle que je t’avais infligée, la marque de ma cigarette, la marque d’Anja.

- Tu m’appartiens.

Puis je me suis levee, profitant de ma position debout pour le toiser alors que les quelques pigeons survivants picoraient tranquillement à côté de nous, sans se render compte de tous les enjeux qui se déroulaient à côté d’eux.

- Mais j’ai fini de jouer à présent.

Et j’ai tourné les talons. Simplement.

Adieu Evan.


La fille du parc a laissé derrière elle le garçon sur le banc et une bande de pigeon, soudainement mort d’un coup, tout énuqué par un pouvoir venu de nul part.
Elle a laissé le jeu, les ennuis et la vie derrière elle.
La petite fille a laissé sa place à la femme à la cigarette.

_________________



« Oiseau moribond, elle est plus proche de l'envol que je ne l'ai jamais été et j'ai mal.
Déchirure.  »



« Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d’ pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures »


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À m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi. [Anja]

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