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 La vie est une pute

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MessageSujet: La vie est une pute   Mar 17 Avr 2012 - 23:09

A Real Hero

La vie est une pute.

Vous trouvez que je suis grossier ? Non, je suis réaliste, les gens ne sont que des utopistes au cœur tendre. Celui qui pense que la vie se laisse gentiment courtisée et qu’elle nous est toujours fidèle n’est qu’un sot.

La vie est une pute, elle se plaît à se vendre à des sommes faramineuses. Faîtes moi confiance, je suis chasseur de prime, ce qui fait que le prix de la vie n’a plus de secret pour moi ; et vous seriez surpris de voir à quel point il peut être variable… Comme en économie, tout dépend de l’offre et de la demande : plus une personne est traquée, plus les prix grimpent. Je pourrais vous parler pendant des heures des subtilités d’un contrat, des longues heures de traque dans le froid et la neige, du mélange d’excitation et de dégoût que l’on ressent lorsque la chasse s’achève…
Mais je vous avoue que je préfère de loin profiter du champagne et de la vue de la jolie hôtesse de l’air. Certes, la vie est une pute, mais moi aussi j’en suis une : je ne crache pas sur un vol en classe business aux frais de la princesse. Même lorsque la princesse en question dépend de Rosenrot… Ou de La Croix.
Je ne sais pas.
Je n’ai pas encore saisi qui payait la facture.

Bon, il me semble nécessaire de combler quelques lacunes. Faisons un petit résumé de ma situation. Comme le disait mon ancienne professeure d’anglais, lorsque j’étais encore à Orpheo : who, where, when, why ?
Commençons donc par le commencement : qui suis-je ? Mon nom est Leo Spielberg, humain noir de mon état, chasseur de prime, pour vous servir, et beau gosse de surcroît . Où suis-je ? Et bien à peine quelques jours auparavant, j’errais encore telle une âme en peine dans les rues de Los Angeles, le visage couvert d’une barbe naissante et un mal de crâne colossal logé entre les deux oreilles. Ma langue était tétanisée par des restes de vodka âcre et mon moral se situait quelque part entre le sol et l’ongle de mon gros orteil droit.
Bas. Très bas. Infiniment bas.
Mais ça, c’était avant, pensé-je en chaussant mes ray-bans.
Le soleil brille sur le tarmac de l’aéroport de Genève et ses rayons glissent le long du fuselage ciselé des boeings. Une brise s’amuse à entortiller mes cheveux.

- Au revoir, monsieur, et bonne journée, me sourit la jolie hôtesse à l’extrémité de la plate-forme.

Son petit accent anglais glisse sur les « r ». Oh my God, I’m in love.

- Au revoir mademoiselle, lui répondis-je d’un ton velouté.

Bon, nous savons désormais qui je suis, songé-je en dévalant la rampe qui menait au tarmac, et nous savons où je suis. Le joli petit soleil qui illumine le ciel et la brise qui soulève gentiment les jupes de filles nous renseignent sur le mois : avril. Le 17 avril, pour plus de précision. Nous pouvons désormais passer au fameux « why ».
Pourquoi suis-je là ? Très bonne question. Moi-même je ne le comprends pas encore très bien.

Il y a quelques jours, j’ai quitté Los Angeles, peu de temps après ma rencontre avec Claire, et j’ai débarqué en Angleterre. Que j’aime le doux air frisquet des rues londoniennes... Hmm, non, c'est faux. Ce n'était pas pour le climat que j'avais abandonné les soirées brûlantes américaines.
Mais je devais me remettre sur le marché du travail, et ce n’était pas en restant aux Etats-Unis (où les chasseurs de prime ne sont pas ce qu’ils manquent) que j’allais recommencer à bosser.

Hier, alors que je traînais sur internet dans un cybercafé de Londres dans le but de hmm, dans aucun but, je geekais je disais donc dans le but de trouver des cibles potentielles sur lesquelles je pouvais me dégoter un contrat, j’ai reçu un message.
Ou plus exactement, l’écran du pc est brutalement devenu noir et le casque que je portais sur la tête s’est mis à siffler. Mais pas de ce petit sifflement un peu agaçant qu’une bouilloire laissée trop longtemps sur le feu peut émettre. Nan. Nan, nan, ça, ce serait trop aimable de la part de nos amis les sorciers. Un cri strident qui manque fusiller les tympans est bien plus approprié à leur sadisme. Je n’ai pu m’empêcher de me demander si le cri avait été enregistré sur une de leur scène de crime… Si c’était le cas, la victime avait du avoir peur. Très très peur. À n’en pas douter l’œuvre d’Anja von Duisbourg.
Car oui, c’était bien le timbre glacé de la jolie blonde qui avait soudain remplacé le sifflement. Une voix qui me replongea un an et demi en arrière, dans les rues de Berlin… Mais j’avais à peine eu le temps de me vautrer dans mes souvenirs que déjà la sorcière noire m’annonçait qu’elle avait une mission pour moi.
Ma première réaction a été de décliner le contrat. En effet, je n’ai pas l’habitude de recevoir des propositions de personnages fort sympathiques que je suis censé éradiquer de la surface de la Terre.
Mais Anja avait des propositions alléchantes…
Et le vol en première classe jusqu’à Genève, terre de neutralité, en faisait partie.
À proposition intéressante, chasseur intéressé.

Je vous avais dit que je suis une pute.

C’est pour ça je longe aujourd’hui les couloirs de l’aéroport suisse, un sac de cuir sur l’épaule et la cigarette déjà au bec. Pour du fric. Et j'espère aussi un peu d'honneur. Ma main attrape dans la poche de ma veste de cuir un briquet, puis s'immobilise. Putain, c’est quoi tous ces endroits non fumeur ? Je crois que si le tapis roulant qui nous permet de traverser l’aéroport ne passe pas la deuxième vitesse, je risque fort de commettre le premier girotapiscide de l’histoire du crime.

Enfin, libération. Me voilà dehors. Vraiment dehors. Le soleil brille et je suis heureux. Heureux car je peux enfin allumer ma clope. Heureux car je reprends du service. Mon gars, je crois que tu vas déprimer quand la retraite viendra. T’aimes trop ton job de psychopathe.
En parlant de boulot, il me semble que mes instincts d’Influent pressentent une présence hostile à moins de vingt mètres. Ah, les douces effluves magiques de la belle et douce diabolique Anja von Duisbourg, rien de tel pour se ragaillardir. Cette nana exhale le pouvoir à des kilomètres à la ronde. Et j’ai la très nette impression que sa puissance s’est encore plus renforcée depuis notre dernière rencontre.
Dans un monde normal, c'est à ce moment là que je devrais paniquer.
Me demander pourquoi j'ai accepté de prendre cet avion.
Me mettre en colère contre moi même.
Pleurer, pourquoi pas.
Mais comme d’habitude, dés que je suis en présence d'Anja, je ne peux m’empêcher de sourire bêtement. Et vas-y que je soupire intérieurement d’aise en l'apercevant (alors qu'elle me jette un regard assassin de l’autre bout du parking); et puis que je contemple d'un air rêveur sa silhouette parfaite; et que je me pâme d'admiration devant le mélange de fierté et de puissance qu'elle dégage...
Anja ne voit pas l'état de poulpe arriéré dans lequel je nage; elle m’ordonne d’approcher d’un signe discret de la tête et remonte dans la voiture noire stationnée proche de la sortie. Les mèches de ses cheveux d’or disparaissent à sa suite.

Bon, je suis en train de sauter gaiment dans la gueule du loup, certes. Mais putain ce qu’il est sexy le loup en question. Et après tout, si Anja avait vraiment l’intention de me tuer dans un futur proche, ne se serait-elle pas donné moins de mal? Elle ne m’aurait pas fait croire qu’elle a besoin de mes services, quand même, ce plan serait trop tordu et ne lui ressemblerait pas… Si ?

La voiture dans laquelle la sorcière noire a disparu est une wiesman décapotable noir mat : bref, le summum de la discrétion. Mon amour des belles mécaniques détaille attentivement les jantes chromées et l’arrondi parfait de la carrosserie, avant de s’attarder sur le son prodigieux que produit le moteur ronronnant.
Je crois que je suis amoureux.
Un klaxon sonore interrompt le cours de mes pensées pour me signifier que je suis attendu à bord. Mais au lieu de me glisser du côté passager, je m’approche de la portière et souffle à l’oreille de la blonde au visage crispé :

-Anja, aurais-tu l’amabilité de me laisser conduire ? Tu ferais de moi le plus heureux des hommes.

La jeune sorcière ne répond pas. Son menton se tourne à peine dans ma direction et les deux yeux perçant de l’héritière des von Duisbourg se fichent dans les miens.
Ah, apparemment les sorciers ont développé une toute nouvelle technologie : les yeux-fusil.

- Tu ferais aussi de moi le plus coopératif des informateurs, ajouté-je dans un sourire.

Les clé de la wiesman tombent dans ma main avec un cliquetis.

Gagné.
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MessageSujet: Re: La vie est une pute   Jeu 3 Mai 2012 - 23:32


« - J’aimerais bien faire la pute, mais j’ai pas assez de fric pour m’acheter un string !
- Il fallait le me dire que c’était aussi grave. »


La main d'Anja trembla, presque inconsciemment, au dessus de la feuille. Elle avait l'impression d'être un chien, un vulgaire cabot à qui on donne des ordres. Elle. La cheffe de Rosenrot. Mais était-elle vraiment cheffe ou n'était-elle "au pouvoir" que pour sauver les apparences ? Parfois la sorcière noire avait l'impression d'être comme la reine d'Angleterre, juste bonne à porte la couronne et à se pavaner dans des robes de bal.
Un chien. Un vulgaire chien. À qui on lance le bâton. À qui on n'hésite pas à crier "assis". Et qu'on n'hésiterait pas non plus à anesthésier quand on en aurait plus l'utilité. Était-ce comme ça qu'ils avaient traité le dernier chef de Rosenrot ? En le réduisant au silence d'une muselière quand ils en avaient assez ?
La jeune femme se souvenait parfaitement que, dans son enfance, elle voulait un chien. La petite fille blonde qu'elle était alors les trouvait mignons, câlins et affectueux. Quand elle avait dit tout ça à Diego, il avait éclaté de rire avant de s'écrier "un chien ? Une de ces bête ignoble ? Mais n'as-tu donc pas compris qu'ils sont encore plus bas que des esclaves ?!". Jamais l'enfant n'avait entendu pareil mépris dans la vois de son grand-père. Elle n'avait pas compris. Et avait passé toute la nuit à pleurer.
Mais maintenant elle comprenait. Et refusait de devenir comme l'un de ces misérable clébard, aussi précieux soit-il. Il lui avait fallu trouvé un moyen de contourner les "conseils" - ce mot là n'était rien d'autre qu'un synonyme pour ordre" qu'on lui avait donné. Elle avait trouvé, mais cela lui avait coûté cher. Beaucoup trop cher.

Avec la direction de Rosenrot, la jeune femme avait aussi découvert le principe des concessions. Tout le temps, toujours. Avec ses soldats, la Croix et même - et c'est ce qui lui coûtait le plus - avec certains humains noirs. Et même un en particulier.
Leo Spielberg.
Ô quelle honte, quelle déchéance de s'abaisser à ce niveau là ! Négocier avec un être aussi exécrable. En vérité, il ne méritait pas d'autre destin que de finir écraser sous une semelle, coincé entre le sol et le talon pointu d'Anja. Et voilà qu'à présent elle se mettait à négocier avec lui ? Pathétique.
Mais ce n'était pas tout, oh non ce n'était pas tout. Si seulement ! Elle aurait pu le manipuler, lui faire miroiter des richesses et récompenses avant de l'écraser dans la boue. Elle pouvait toujours le faire, bien sûr qu'elle pouvait. Sauf que la joie et le soulagement qu'elle en aurait retiré aurait été limité par un autre facteur, un autre poids lourd dans sa vie.
Evan Adams.
Deux des hommes qu'elle exécrait le plus - si l'on exceptait Jack et son père - réunis au même endroit. Et ça, ça lui était proprement insupportable.

Genève, le 18 avril 2012
Liebe Mutti,

Je ne sais pas comment cela se déroule dans les hautes sphères de la Croix, mais à Rosenrot je n'ai pas vraiment les pleins pouvoirs. Officiellement, oui. Mais officieusement d'autres, ceux qui ont déjà dévoués un siècle de leur vie et de leur sagesse à l'organisation, se permettent de juger, faire pression, aider à diriger. Parfois c'est vrai, j'en ai besoin. D'autre fois - souvent -, je m'en passerais bien. Comme hier.
Ils m'ont convoquée et, directement, j'ai senti dans leur silence que ce qu'ils avaient à me dire allait faire mal. En effet, lorsque le plus vieux de tous s'est levé, j'ai sentis le conseil - ordre à peine voilà serait un terme plus juste - claquer.

- Tu devrais demander à quelqu'un de Rosenrot de t'accompagner. Pour ta protection.

Ma protection ? Je n'y croyais pas une seule seconde. Ils n'avaient clairement pas confiance et ne voulaient rien d'autre que de m'imposer un espion, voir un garde-fou. Comme les chiens ont des maîtres ou des muselières. Il leur était facile de demander au soldat qui m'accompagnerait de me griller, de révéler ma vie. Même ceux qui ne me haïssent pas à outrance - contrairement sans doute à Green -, craquerait sous le pouvoir de ce groupe de vieillard. Tous ? Non, peut-être pas en fait.
Il y en avait bien un qui pourrait ne pas tout leur révéler. Pas par quelconque respect ou amitié pour moi, mais simplement parce qu'il n'en avait rien à faire et que ça le ferait sans doute rire d'énerver ces vieux pigeons de Rosenrot.

- Soit. Je le choisirais moi-même. Maintenant excusez-moi, j'ai un avion à prendre.

J'ai vrillé mon regard froid un instant dans celui qui avait pris la parole avant de tourner les talons pour me diriger vers la salle de repos de Rosenrot. Là où j'avait le plus de chance de trouver mon nouveau "garde du corps". Il était effectivement là, en train de draguer jenesaisqui - une sorcière ? une esclave ? - avec un sourire charmeur et stupide étalé sur le visage. Je n'ai pas hésité une seconde, traversant la pièce rapidement pour aller saisir ma fameuse victime par le col.

- À partir de maintenant tu devras assurer ma protection. Fais tes bagages, on part pour Genève dans deux heures.

Chose dite, chose faite, je t'épargne maman le trajet en avion et le mutisme dans lequel je me suis plongée pour éviter d'avoir à faire face aux mots de ce compagnon imposé.
À un moment, je me suis tournée vers lui. Je l'ai observé. Juste observé. Contemplant la courbe volontaire de son menton, le sourire agaçant qui trônait en permanence sur ses lèvres et cette arrogance teinte d'ironie au fond de ses yeux. J'ai observé Evan Adams.
Tu imagines, je n'en doute pas, mon désespoir face au replis certes stratégique, mais si envahissant auquel j'ai dû faire face. J'étais tombée bien bah pour devoir choisir Evan comme accompagnant. Mais avais-je d'autre choix que celui-là ? L'avion a atterrit avant que je ne trouve réponse à cette question et depuis je n'y pense plus, je n'ose plus y penser. Peut-être bien que la réponse m'effraie un peu...

Les roues de l'oiseau métallique - je n'oublie pas maman que c'est dans un de ces engins là que tout a explosé - se sont posées sur le tarmac de Genève aux environ de 16h30. Le rendez-vous avec l'infâme, le fétide, l'insupportable et tellement désagréable Leo Spielberg était à 18h00.
Non maman, tu ne rêves pas, je viens bien de parler de Leo.
Lui que je pensais avoir enterré sous les lettres, enfouis dans mon passé, le voilà qui ressurgit. Je m'étais faite la promesse que plus jamais je n'y penserais. À croire que je me suis juste menti à moi-même. Mais de nouveau c'est une question de choix, impossible, limité, imposé. J'ai besoin d'informations qu'il est le seul à pouvoir me fournir. Ce que je fais c'est pour les sorciers, contre les humains noirs. Car la rumeur monte, bourdonne, boursoufle le monde magique ; les humains noirs préparent quelque chose. Quoi exactement ? Ça, je n'en savais rien. C'était pour cela que j'étais là-bas, sur terre neutre, dans l'espoir que celui qui tue sans sourciller pour peu qu'il soit récompensé, accepte de délier sa langue pour un peu d'argent. Certains appelleraient ça une balance, personnellement je préfère le terme de "pute". Car a-t-il vraiment plus d'honneur que ces femmes qui se prostituent ? Je ne crois pas, il est dans le même cas qu'elles à se déshabiller de confidences contre un peu de blé. Et pour que la métaphore soit complète, mes souvenirs semblaient bien se rappeler de lui comme d'un homme incroyablement vulgaire. Formidable.

La voiture qui nous attendait dans le parking de l'aéroport était noire. Simplement noire. Je ne vois pas l'intérêt de m'étendre ici sur ses courbes, le bruit de son moteur ou sa marque. Pour moi une voiture est une voiture. Le reste ne chance rien.
Je ne suis pas comme un de ces misérables homme...

J'ai jeté un coup d'oeil à ma montre. 17h08. Cinquante-deux minutes avant l'arrivée désespérante et tonitruante de celui qui, un an et demi auparavant, m'avait arraché une bonne partie de ma confiance en moi. J'ai alors allumé une cigarette, dardant mon regard sur Evan.

- La marque. Elle est toujours là ?

Un sourire - le premier de la journée - est venu manger mes lèvres, comme si je me réjouissais à l'idée que le jeune homme soit marqué à mon nom. Un peu comme les vaches que 'on grille au fer rouge. Il m'appartenait maman, il m'appartenait...
Le temps s'est écoulé, sans que j'en aie vraiment conscience et, au moment où l'avion de mon diabolique contact devait atterrir, j'ai ordonné à Evan de monter dans la voiture avant de me planter sur le bitume, foudroyant d'avance l'ascenseur qui allait sûrement expulser Leo.
J'ai dû patienter dix minutes. Dix putain de minutes. Or je déteste attendre, ça m'énerve.
Lorsque sa maudite silhouette a enfin déchiré l'horizon, je lui envoyais un regard plus froid que jamais. Je pense que tu aurais été fière de ce regard là maman, de la froideur brillante contenue dans mes iris. Je m'attendais presque à ce qu'il s'écroule, foudroyé par ma haine, me suppliant à genoux de détourner les yeux.
Au lieu de cela, il a juste sourit.
D'un signe de la tête, je lui ai ordonné d'avancer avant de me glisser à la place du conducteur. Regard dans le rétroviseur pour m'assurer de la présence d'Evan sur la banquette arrière. Tel un gamin il jouait à un jeu électronique quelconque. "Ça tombe bien" me suis-je dis, "qu'il continue comme ça et ne s'incruste pas dans mes négociations." Si j'avais su...

J'ai mis un coup de klaxon afin de faire accélérer Leo. Le chemin jusqu'au siège passager n'était quand même pas si difficile à trouver, si ? Et bien il faut croire que oui puisqu'à peine quelques secondes plus tard, la tête de l'humain noir est arrivé. À ma portière.

-Anja, aurais-tu l’amabilité de me laisser conduire ? Tu ferais de moi le plus heureux des hommes.

Mais oui bien sûr ! Et je pouvais lui couler un bain pendant que j'y étais. J'ai tourné mon regard glacé dans le sien, fichant mes prunelles dans les siennes comme une flèche se plante dans sa cible. En un non muet et des "je te hais" qui bourdonnaient tout autour de nous.

- Tu ferais aussi de moi le plus coopératif des informateurs

Soupir froid de la femme qui est soumise et qui le sait. Sans le lâcher du regard, je me suis relevée, lâchant d'un geste presque brusque les clés dans sa main tendue. Puis j'ai fais le tour de la voiture, me glissant sans un mot côté passager.

- Roule.

Roule vers le nul part, le lointain, l'indéfinissable. Juste roule.
Et j'ai laissé ma portière claquer sur ce mot, comme pour l'intensifier un peu plus...

[...]


La plume d'Anja s'arrêta un instant, défiant le vide autour de son bec. Doucement, elle passa une main sur son front, fermant les yeux devant l'absurdité de ses pensées. La jeune femme blonde n'était pas un chien. Au contraire, elle en était bien loin. Elle dirigeait sa vie, elle choisissait et personne ne pouvait le faire à sa place.
Alors pourquoi certains choix s'imposaient d'eux même ?

_________________



« Oiseau moribond, elle est plus proche de l'envol que je ne l'ai jamais été et j'ai mal.
Déchirure.  »



« Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d’ pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures »


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MessageSujet: Re: La vie est une pute   Dim 13 Mai 2012 - 1:08

* Je suis occupé.
En fait comme vous le voyez, je ne suis pas occupé,
c’est une façon polie de vous dire de dégager. *

    La vie est une blague. Une excellente plaisanterie, un monstrueux bobard, un énorme canular.
    Certains s’en mordent les doigts, certains en profitent bien, moi je m’en moque. Comme quoi il ne suffit pas de se proclamer roi pour le devenir.
    Je vais en avoir l’irréfutable et délicieuse preuve dans quelques minutes à peine, mais, accoudé nonchalamment dans mon fauteuil de cuir, le nez dans les courbes arrondies d’un décolleté plongeant, je ne me doute encore de rien. À vrai dire, la jolie rousse qui me fait de l’œil depuis un moment déjà a la fâcheuse tendance à accaparer mon attention.
    La pauvre ne se doute pas qu’elle n’est qu’un pion, un jouet dans l’immense échiquier de ma vie. Elle ne se doute pas qu’au moindre faux-pas, elle ira rejoindre la longue file d’attente des cœurs brisés que j’éparpille un peu partout sur mon chemin. Depuis une demi-heure, elle se démène à attirer mon attention, pour que je la regarde, pour que je la voie enfin. Mais je ne fais que l’effleurer, l’intimant à poursuivre encore et encore sa course-poursuite perdue d’avance. Jusqu’à ce que je me lasse.
    Je louvoie de stupidités en stupidités, puisant dans mes ressources de sourires faussement comblé, me coulant avec aisance dans la peau du charmeur attentionné quand un éclat blond sur la gauche attire mon attention. Je cesse un peu de m’amuser tandis que mes yeux se mettent à briller. Oh, pas de joie. Encore moins d’admiration. Plutôt de malice.
    Ils pétillent d’excitation à l’idée de retrouver ma cible préférée.
    Nos regards se croisent furtivement et un sourire sibyllin s’étale sur mon visage, pendant qu’une insidieuse question se faufile jusqu’à mon esprit : comment vais-je bien pouvoir emmerder Anja aujourd’hui ?

    Anja. Anja Von Duisbourg. La femme qui me révulse et m’attire le plus au monde. Mon parfait contraire, mon authentique reflet.
    Elle tombe à pic. Je commençais juste à m’ennuyer.
    Elle comble de sa démarche chaloupée la maigre distance qui la sépare de son sorcier favori. Moi, en l’occurrence. Et, sans plus de cérémonies, elle me soulève par le col de ma veste, me décollant de mon fauteuil, au grand dam de mon ex-conquête potentielle. Je mime une moue navrée à l’intention de cette dernière et mes lèvres affichent silencieusement un « désolée chérie ! ». Le devoir m’appelle ! Une prochaine fois peut-être. Puis je m’en remets à Anja qui n’a pas jugé nécessaire de me lâcher, si bien que je me trouve à cinq centimètres de ses lèvres. Je lui adresse un clin d’œil aguicheur et esquisse un pas en arrière, pour mieux la toiser.

    - À partir de maintenant tu devras assurer ma protection. Fais tes bagages, on part pour Genève dans deux heures.

    À peine le temps de rire de cette grotesque plaisanterie que nous planons déjà dans les nuages. Quant à Anja, elle est sur son propre petit nuage. Un petit nuage dont je ne fais bien évidemment pas parti à mon grand soulagement. Lui faire la causette au milieu de pigeons affamés a déjà été assez pénible pour que j’aie la moindre envie de retenter l’expérience dans un endroit clos. Non merci, je ne suis pas encore suicidaire.
    Il m’a néanmoins fallu ruser pour réussir à lui extirper quelques mots sur le déroulement des évènements à venir. J’ai vaguement retenu qu’il s’agirait là d’un Leo-quelque-chose (visiblement, elle ne le porte pas dans son cœur) qui détiendrait une information de première importance. On ne demande pas à Anja Von Duisbourg de se déplacer pour des broutilles ! Ce qui m’intrigue, c’est mon rôle dans l’affaire. C’est là toute l’ironie de l’histoire.
    La sorcière que j’ai en face de moi a beau être la boss suprême, les vieux chnocs de Rosenrot ont la tête dure. Alors évidemment, il faut que quelqu’un fasse le chien de garde. Et je ne doute pas une seconde qu’Anja ait assez de verve pour imposer son propre choix. Coucou, c’est là que j’interviens ! Dans ma grande perspicacité, j’en déduis que soit elle ne peut vraiment pas se passer de moi et ça devient maladif (ce qui soit dit en passant ne m’étonnerait qu’à moitié), soit… soit elle n’est pas si stupide qu’elle n’en a l’air et sait combien je me fous des ordres, des règles et des contraintes. Tous les ordres, toutes les règles et toutes les contraintes. Je me pince les lèvres et je l’observe se taire, l’air triomphant.
    Te voilà réduite à ça. Te voilà réduite à implorer mon aide. Te voilà réduite à te taire et à obéir. Toi, Anja Von Duisbourg. C’est carrément jouissif.
    Je te laisse à ton mutisme, tandis que je savoure tranquillement cette petite victoire. Il faudra peut-être un jour que je te demande quel effet ça fait. Quel effet ça fait d’être le petit chien chien de Rosenrot quand on est au sommet. Mais pas maintenant. J’ai tout mon temps.

    Vous ne savez pas quoi ? Je n’ai jamais été en Suisse ! J’aime bien le chocolat pourtant. Je suis d’un œil vaguement intéressé l’avion se poser sur la plateforme d’atterrissage. En douceur, sans accrocs, juste avec ce qu’il faut des habituelles secousses. Exactement comme s’est déroulé le voyage. Parce que je suppose qu’il ne peut pas exister d’Anja sans quelques heurts inévitables.
    Une voiture noire nous attend dans le parking de l’aéroport, trépignant d’impatience à l’idée de s’ébranler. De faire jaillir son moteur surpuissant. De fuir qui sait ?
    Mais cela ne fait pas partie des plans de la sorcière. Pas pour l’instant.
    Je l’ai regardée allumer sa cigarette avec attention, notant avec satisfaction que les battements de mon coeur ne s’étaient pas emballés.

    - La marque. Elle est toujours là ?

    Elle m’a lancé un sourire enfantin, sourire que je lui ai rendu, avec le double d’assurance et une pointe d’arrogance. Puis j’ai haussé les épaules, comme si nous discutions de la pluie et du beau temps et j’ai dégagé le col de ma veste pour qu’elle puisse apercevoir sa chère et tendre marque. La seule et unique chose qui la différencie un peu des autres. La seule et unique trace de son passage. À moins qu’il en existe d’autres, plus profondes…

    Au bout d’interminables minutes à écouter le silence, la sorcière m’a judicieusement recommandé de monter à l’intérieur de la voiture. Je ne me fais pas fait prier. Je m’installe à l’arrière, les jambes étendues sur le siège avant, et j’attends. J’attends ce Leo qui n’a visiblement pas l’air pressé. Moi, ça m’est égal. Mais Anja, ça doit la faire enrager.
    Je me suis alors brièvement demandé ce que je ferais si ça tournait mal. Je me suis demandé si je lèverais ne serait-ce que mon petit orteil pour venir en aide à cette femme.
    Je n’ai pas trouvé la réponse. À vrai dire, la question m’a très vite agacé et j’ai décidé d’oublier mon inutilité en me plongeant dans un jeu pour Iphone vraiment très instructif. Le but ? Tirer sur des méchants bonhommes et en dégommer le maximum ! Pile mon terrain de prédilection.

    Un bruit de pas une cinquantaine de mètres plus loin m’indique que notre homme est là. Enfin notre homme, façon de parler. Moi je fais joujou et je me tais. C’est nettement plus marrant ! Anja s’installe sur le siège conducteur et appuie de toutes ses forces sur le klaxon qui résonne dans le silence comme autant d’insultes silencieuses. Ça promet. Il n’empêche que ça fonctionne parce que j’ai à peine le temps de compter jusqu’à dix et le dénommé Leo se pointe juste devant la portière. Je ne daigne même pas relever la tête.

    - Anja, aurais-tu l’amabilité de me laisser conduire ? Tu ferais de moi le plus heureux des hommes.


    Je pouffe intérieurement… avant de replonger dans mon jeu déjà moins niais que leurs politesses à la noix.

    - Tu ferais aussi de moi le plus coopératif des informateurs.

    Je marque une légère pause, et j’hausse un sourcil intéressé, sans pour autant décrocher de mon écran. Pour la deuxième fois de la journée, Anja n’a pas le choix. Finalement, ce Leo ne me déplait pas tant que ça. Il sait s’y prendre avec les garces.
    Un battement de cil plus tard, les clefs de la voiture changent de propriétaire.

    - Roule.

    L’ambiance à l’intérieur est carrément électrique. Je fais mine pendant un instant de ne pas remarquer les regards forts éloquents qui glissent vers le décolleté de la sorcière noire, et la façon dont il la reluque mais je trouve ça tellement comique que ça finit par me démanger à m’en donner des boutons. C’est plus fort que moi ! Je pose mes coudes sur les sièges avant et me penche vers eux en susurrant :

    - Tu peux le dire si tu veux te la taper, hein !

    Je mettrais ma main au feu que le petit Leo n’avait pas encore remarqué ma présence. C’est ce qui s’appelle une entrée plutôt remarquable. D’ailleurs, comme je me trouve plutôt drôle, je m’empresse d’éclater de rire. Puis j’attends sereinement le regard réprobateur d’Anja qui risque de ne pas tarder.

    - Faites comme si j’étais pas là ! Oh c’est bon, détendez-vous, y’a pas encore mort d’homme.

    La vie est peut-être une blague. Mais ça tombe bien, j’ai de l’humour !


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MessageSujet: Re: La vie est une pute   Jeu 17 Mai 2012 - 20:05

J’ai toujours adoré les situations embarrassantes.

Ces moments délicats où le ridicule flirte avec le scandale ; ces quelques minutes où un rien suffirait pour faire basculer le monde : mettre le feu aux poudres et voir les conflits dégénérer.

Bon, certes, j’avoue tout de même, en bon lâche qu’il m’arrive d’être, que je préfère ces situations lorsqu’elles mettent dans la gêne d’autres personnes que moi.
Désolé, Nietzsche. Ma faiblesse me perdra.

- Roule, m’intime Anja d’une voix de glacé.

Avec plaisir, songé-je en m’installant au volant de la wiesman et en faisant vrombir le moteur qui rugit de sa chaude voix de métal. En appuyant sur la pédale, je sens la voiture réagir au quart de tour. L’excitation glisse dans mes veines et un doux frisson parcourt ma colonne vertébrale.
Adrénaline, mon amour, tu m’avais manqué.

L’automobile bondit hors du parking, avant de prendre la voie qui mène à l’autoroute. Je n’ai pas la moindre idée de l’endroit où nous allons, mais apparemment le gps a une idée plus claire que moi. Alors j’écoute et j’obéis. Car oui, j’ai un peu trop tendance à me laisser manipuler par les femmes.
Surtout lorsqu’elles sont jolies comme ma copilote.

Mon regard se perd légèrement sur ma droite et effleure les boucles blondes qui ondulent le long du menton fier… Mes yeux glissent sur la gorge de danseuse d’Anja et frôlent presque timidement l’arrondi délicat de sa poitrine...

Timidement.

Monsieur Leo, reprenez-vous. Ce n’est pas parce que vous êtes un grand frustré qu’il faut perdre votre virilité ! Leo Spielberg est un homme, un vrai, au regard de braise caché derrière des ray-bans, qui conduit d’une main en tenant une clope de l’autre, qui accélère dans les virages, qui adresse un sourire assuré à la jolie blonde à ses côtés et qui meurt d’envie de lui faire peur.
Juste un petit peu.
Juste pour lui prouver qu’il tient sa vie entre ses mains, du moins l’espace d’une balade en voiture ; juste pour lui prouver qu’elle, la redoutable sorcière noire, est soumise aux lois de la vie.

Jeter la cigarette par la fenêtre, attraper le volant, écraser la pédale, passer la quatrième et sentir le vent ébouriffer ses cheveux… Il ne manque plus qu’un bon petit Born to be wild en fond sonore pour se sentir heureux, et les paysages indomptables des Etats-Unis pour laisser l’imagination vagabonder.
J’ai presque envie d’embrasser fougueusement Anja, histoire de rendre la scène encore plus cinématographique.

- Tu peux le dire si tu veux te la taper, hein !

Mais c’est qui ce type ??? Je manque faire une embardée, réussis in-extremis à maîtriser mes émotions et jette un regard énervé à l’homme assis sur la banquette arrière qui vient de me faire tomber de mon petit nuage.
Mais c’est qui ce type ???

- Faites comme si j’étais pas là !

Je guette la réaction d’Anja du coin de l’œil, histoire d’être sûr que le gus n’est pas un quelconque taré entré dans la décapotable par effraction. Mais, malgré l’aura de fureur contre qui ? Lui ? Moi ? qu’elle dégage, son attitude me rassure quelque peu. Elle le connaît.
Pourtant, quelque chose de plus vibre en elle. Quelque chose de brûlant, de sourd, de douloureux, aussi. Comme si la soudaine manifestation du type à l’arrière avait réveillé en elle… Quelque chose de plus…
…Aussitôt disparu.

- Oh c’est bon, détendez-vous, y’a pas encore mort d’homme, ajoute le gars en ébouriffant ses cheveux sombres.

L’inconnu a une belle gueule et le sens de l’humour. Si j’avais eu la moindre prétention sur la belle sorcière, j’aurais dit que c’était un adversaire redoutable.

- Merci Anja d’avoir fait les présentations ! claironné-je d’un ton ironique.

Le gars était resté affalé sur un jeu video un gamin ? J’avais peut être mes chances après tout… durant tout le début du trajet. Je n’avais donc pas aperçu son regard bleu-gris, curieusement frappant dans ce visage à la peau blafarde. Son assurance lui donnait une aura magnétique.
Un sorcier.
Un putain de sorcier qui devait faire tomber humaines, mêlées et femmes de sa condition.
Et puis une question me vient. Une question qui s’insinue sournoisement entre mes pensées, le genre de question qui ne se pose pas, que je ne poserais jamais d’ailleurs.
Qui ne doit pas être posée.
Jamais.

- Toi, tu l’as chopée ?

Je vois les yeux du sorcier s’arrondir. Il s’attendait très certainement à tout, mais je doute qu’il prévoyait cela.
Moi non plus, je ne l’avais pas prévu, je n’ai même pas contracté d’assurance vie contre le meurtre entre amis. Pourrais-je être protégé contre ces petits incidents d’ailleurs ? Il faut que j’aille voir un avocat : je sens que ça va encore me retomber dessus cette histoire.

Heureusement, tant que je suis au volant, Anja ne peut pas tenter de me tuer. Ce ne serait pas très intelligent. Et si mademoiselle von Duisbourg possède une multitude de défauts, elle n’est pas bête.
Loin de là.
Super, je vais pouvoir jouer ma vie pendant encore… vingt minutes, d’après ce qu’indique le gps. Après ? Après on verra. Mais je ne me fais pas trop de soucis : le type à l’arrière me semble presque sympathique. J’aime les gens qui tiennent tête aux redoutables blondes incendiaires.

- Bon alors Anja, qui sommes-nous censés assassiner cette fois ?
demandé-je en allumant une nouvelle cigarette et en en proposant aux autres.

Parce que oui, le fait de rigoler ne doit pas nous empêcher de bosser. J’ai deux professionnels de la mort auprès de moi.

Alors autant en profiter pour acquérir de l’expérience.
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MessageSujet: Re: La vie est une pute   Lun 16 Juil 2012 - 16:55


« - Fumer tue.
- Vivre tue. »

S’il y a bien une chose qu’Anja ne peut supporter, c’est de ne pas pouvoir contrôler sa vie. Si on devait inscrire une phrase sur sa pierre tombale le jour de son enterrement, ça serait « On a toujours le choix ». Et elle le pense sincèrement. Il n’y a pas de route toute droite, il n’y a que des intersections. Des dizaines d’intersections. On peut choisir de vivre ou de mourir. On peut choisir de tuer ou d’épargner. On peut choisir de devenir victime ou bourreau. Sachant que le bourreau a plus de choix, Anja n’avait jamais hésité à choisir la voie du massacre, la voie de la faucheuse. Dis comme ça, cela peut sembler affreux, mais quand on connaît sa vie ça peut sembler un peu plus juste, un peu plus équitable. Comment survivre autrement quand son père s’est fait massacré pour avoir trahi, quand son grand-père a été tué pour en avoir trop su, quand sa mère a été explosée pour pouvoir rejoindre sa fille ? Sa famille était juste une énorme blague avec laquelle la sorcière noire avait dû apprendre à grandir et évoluer. Alors quels autres choix aurait-elle pu faire ? Quels autres tournants aurait-elle pour affronter ?
Il n’y a pas de mauvais choix, juste des cruels.
Ce qui inquiétait la jeune femme était que, dernièrement, les choix se faisaient plus pressant, plus évident. Comme s’il n’y en avait qu’un et alors cela ne devenait plus un choix, mais une obligation. Qui dominait sa vie, dirigeait son destin. Et ça, Anja ne pouvait le supporter.

[…]

Satané Leo. À peine lui avais-je intimé l’ordre de rouler qu’il en profitait pour se croire roi du monde et friser le risque en poussant la voiture au maximum de sa puissance. Tirait-il donc tant de plaisir que cela à avoir ma vie entre les siennes au risque de perdre la sienne avec ? Tuer quelqu’un en se tuant avec n’est pas une victoire. C’est une concession. De toute façon mourir m’importe peu, si Leo pensait m’effrayer, il faisait fausse route. Et de loin.
Au fond, il se mettait lui même en position de perdant. Mais n’était-ce pas ce qu’il avait été tout au long de sa vie ? Enchaînant échec sur échec. Ce type faussement beau gosse, à la puissance aussi branlante qu’un échafaudage sans ferraille et au sourire ridicule. Qui croyait-il berner sous ses faux airs de brun ténébreux ? Il était bien plus peureux et stupide que la moyenne des gens. Dommage que j’aie eu besoin de lui, je m’en serais bien débarrassée derrière une benne à ordure sinon. Même s’il est mal de polluer la Terre avec ses déchets.
Comble de tout, il est humain. Stupides humains. Incapable de disparaître simplement pour laisser la place à la race supérieure, à la nouvelle génération ; les sorciers. Les dinosaures se sont bien éteints pour laisser la place aux futurs, alors pourquoi pas les humains ? Un jour ils finiront derrière des barreaux dans des zoos…

Comme tu l’as sans doute compris maman, le trajet n’était de loin pas aussi amusant qu’on aurait pu le croire. Mensonge, je m’attendais à cette ambiance de mort. Polluée par la bêtise d’un humain noir et la crasse du bellâtre inutile qui squattait allégrement le siège arrière de la voiture. Durant une bonne partie du voyage il fut silencieux, ce qui eu l’art de m’étonner et de me rendre un semblant d’humeur. Bien sûr si j’avais pu prévoir l’énorme connerie qu’il se préparait à dire, j’aurais sans doute garder ma mauvaise humeur et étrangler Evan Adams avec. Dommage que je ne puisse pas prévoir le futur.

- Tu peux le dire si tu veux te la taper, hein !

Tout en subtilité et en respect. Je me demande combien de cellule grise il a dû griller pour en arriver à une idée si ridiculement fracassante. C’était franchement pathétique. Et dangereux si j’en juge par l’embardée de Leo qui a failli nous envoyer dans les décors. On dit « femme au volant, mort au tournant », je crois que le masculin de cette phrase serait bien plus approprié. Je savais que j’aurais dû conduire, cet imbécile d’humain noir ne savait pas plus tenir un volant qu’il ne savait utiliser le peu d’intelligence qu’il possédait - dans l’hypothèse ou, bien sûr, la nature lui aurait fait don d’un cerveau à la naissance.

- Faites comme si j’étais pas là !

Il en avait d’autres des sorties comme ça Evan ? Honnêtement maman, explique moi comment les hommes font pour être aussi bêtes. Est-ce qu’ils sont programmés sur « stupide » dès la naissance ?

- Oh c’est bon, détendez-vous, y’a pas encore mort d’homme.

Oh, mais ce qu’il m’agace… Donnez moi un morceau de scotch que je le bâillonne, mais je refusais de répondre à ses provocations. Et puisqu’il l’avait proposé si gentiment qu’on l’ignore tout à l’heure, j’étais de l’avis d’exécuter son idée. Malheureusement Leo ne semblait pas d’accord avec moi et c’est abaissé à lui répondre.
Plus bête qu’un homme ? Deux hommes.

- Merci Anja d’avoir fait les présentations !

Je te passe la pointe d’ironie avec laquelle il a lancé cela. Pour qui se prenaient-ils sérieusement ? Avaient-ils oubliés qu’ils étaient avec la cheffe sanguinaire de Rosenrot ? Était-ce l’air de la Suisse qui leur tournait la tête ? Hors de question de leur laisser goûter le chocolat, on ne sait jamais quels effets ça peut avoir sur les gens.
J’ai haussé les épaules avant de répondre à mon tour :

- Son nom n’a aucune importance pour toi, il n’est pas là pour faire la causette. Quand à lui il sait déjà qui tu es, il n’y a rien à ajouter.

J’aurais bien aimé refermer cette parenthèse paroles sur cette phrase de ma part, malheureusement Leo Spielberg en a décidé autrement, bien décidé à tuer la poésie de ses propres mots.

- Toi, tu l’as chopée ?

Cette fois mon regard qui, jusque lors ne s’était pas détaché de la route, a été foudroyer l’imbécile qui conduisait à côté de moi. Leo qui entrait de le jeu immature d’Evan, c’était vraiment tout ce dont je n’avais pas besoin. Est-ce que le cerveau tout entier de l’homme est fixé sur le sexe ? J’aimerais bien comprendre… Ou non, je crois qu’il y a certaines vérités qu’il vaut mieux ignorer. Oh et puis zut, au fond ils n’avaient qu’à continuer toutes leurs bêtises, cela m’importait peu… Après tout je n’avais couché avec aucun des deux, ils n’avaient pas de quoi se vanter. Tu sais maman, au fond, ça m’arrange qu’ils soient obnubilés par cela. Un jour ils voudront pousser leur honneur à un tel point qu’ils feront un faux pas et mourront. Je ne peux peut-être pas les tuer actuellement de mes mains, mais d’autres le feront certainement un jour ou l’autre pour moi. Il est rare que des gens de notre condition aient une espérance de vie très élevée. Tant mieux d’ailleurs, aucun monde n’aimerait supporter un Evan Adams ou un Leo Spielberg durant un siècle.

- Bon alors Anja, qui sommes-nous censés assassiner cette fois ?

Leo avait-il compris que je n’en avais que faire de leurs stupides bavardages ? J’ai tendu mes doigts fin vers lui pour attraper la cigarette qui fumait au bout de ses lèvres, tiré une taffe puis remis le pollueur de poumons à sa place dans a bouche de Leo. La fumée inspirée m’a fait du bien, me permettant de me reconcentrer sur mes objectifs et les raisons de ma visite en Suisse.
Tiens maman, je me demande si toi tu fumais… Je ne m’en souviens plus. D’un autre côté je t’ai vu si rarement… Diego lui ne fumait pas. Il détestait la fumée. C’est sans doute pour ça que le jour où il m’a surprise une cigarette aux lèvres, il est entré dans une colère noire. Enfin, une colère à la Diego plutôt. Diego ne criait jamais… Il se contentait de vous regarder froidement en vous assassinant du regard. Je ne crois pas l’avoir vu bien souvent avec un regard plus noir que celui qu’il a eu à ce moment là. C’est sans doute pour ça qu’après j’ai continué à fumer. En cachette bien sûr, je ne tenais pas à me faire punir.

- Personne. Du moins si tu te montres coopératif.

Je ne cachais pas le moins du monde mes menaces envers Leo. Si j’obtenais, il aurait la somme escomptée, mais s’il refusait de me fournir ce que je désirais, sa vie ne lui serait pas épargnée. Rosenrot avait les moyens de payer et moi ceux de tuer.
Qui a dit que la Suisse était un terre de neutralité ?

[…]


Imposer ses choix aux autres ne lui posait au contraire, aucun problème. Anja aimait dominer. Elle avait le choix, pas les autres et encore moins les humains. Existait-il seulement une personne au monde qu’elle considérait comme son égal ? Pandora Mystery aurait sans doute escompté son respect si elle n’avait pas été aussi… gentille. Tout le monde sait bien que la gentillesse coûte bien trop pour son honneur. Il faut choisir entre être le plus fort ou être gentil ; ce n’est pas compatible. Le chef de Croix étant un homme, il ne méritait absolument pas son respect, même s’il pouvait obtenir une griffe d’admiration devant sa froideur et sa rudesse. Quant à Natasha Cross, elle avait couché avec des humains.
Décidément, sa mère était vraiment la seul sur laquelle la foudroyante blonde pouvait compter…

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Déchirure.  »



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Leur filer des coups d’ pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures »


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MessageSujet: Re: La vie est une pute   Mer 29 Aoû 2012 - 18:15

« J'te fascine hein ? Allez viens on parle de moi ! »

    Je jubile. J’exalte. J’adore.
    Anja, le type, et moi. Les trois personnes les plus définitivement incompatibles réunies dans ces quelques mètres carrés de voiture de luxe.
    Le genre de situation qui, si vous voulez mon avis, pour des raisons de sécurité nationale, internationale et intergalactique, ne devrait jamais exister. Toujours est-il que nous sommes bel et bien là, se jaugeant et se jugeant mutuellement.

    La même électricité grisante presque palpable se dégage de nos corps affalés dans des fauteuils de cuir, rendant l’atmosphère plus chaude et plus irrespirable encore.
    À une différence prêt. Anja Von Duisbourg et Leo Machintruc ne sont là uniquement que pour des raisons professionnelles. Pour faire affaire, en somme.

    Moi, c’est un peu différent. Théoriquement, je suis là en bon soldat qui reçoit les ordres et les applique. Fondamentalement, ça se complique.
    Mais autant dire que mes motivations n’ont pas grand chose à voir avec le boulot.
    Si je fais joujou à l’arrière de la voiture, c’est premièrement car il est terriblement jouissif pour moi de voir Anja résolue à quémander ma protection.
    Deuxièmement, parce que je ne manquerais pour rien au monde une occasion de voyager.
    Troisièmement, car je m’ennuyais profondément et que provoquer la sorcière est devenu un de mes passe-temps favori.
    Et quatrièmement, car dégommer des tout petits bonhomme sur un tout petit écran, c'est ma passion (paix à mon âme, merci, au revoir).

    Mon rôle dans cette histoire, aux premiers abords plutôt superficiel, me paraît donc à présent tout à fait admirable.
    Je ne dois rien à personne, je suis moi. Merveilleusement moi. Diaboliquement moi.
    Et j’adore ça.

    - Merci Anja d’avoir fait les présentations !

    Ah oui, merci Anja ! Je glousse intérieurement, souris extérieurement. Il doit, de toute évidence, faire référence à ma remarquable entrée en scène. Je dois dire que j’en suis plutôt fier. Si Anja attendait de moi que je poireaute à l’arrière sans ramener mon grain de sel, elle s’est littéralement fourré le doigt dans l’œil. Et bien, bien profond.

    Très content de moi, je cherche le regard de mes deux acolytes à travers le rétroviseur, mais ne croise que celui de Leo qui a abandonné – à regret ? – le décolleté de sa co-pilote pour venir se ficher dans mes prunelles argentées.
    Je le dévisage sans retenue. Il est carrément beau gosse !
    Je ne vois pas du tout ce qu’Anja lui reproche !

    - Son nom n’a aucune importance pour toi, il n’est pas là pour faire la causette. Quand à lui il sait déjà qui tu es, il n’y a rien à ajouter.

    Je soupire, faussement offusqué. Il n’y a que les femmes pour gâcher ainsi une fête qui venait à peine de commencer, et cela sur le ton de la désinvolture !
    Je fais la moue. C’est elle tout craché.

    - Sauf ton respect Anja, tu manques cruellement de politesse. Et bien sûr que mon identité est importante ! Il faut quand même qu’il sache à qui il a à faire. Je m’appelle Evan Adams, et je suis l’emmerdeur de service. À ta disposition…


    Et je fais de mon mieux pour que l’énorme sourire qui s’étale sur mon visage hilare ne ressemble pas trop à un rictus sarcastique.

    Trêve de bavardages, je suis ravi de constater que le Leo ne s’est pas démonté pour autant. Nous allons finalement pouvoir poursuivre notre conversation sans le bruit de fond parasite de la voix d’Anja.

    - Toi, tu l’as chopée ?

    Hihi. J’ouvre des yeux ronds, ou la surprise le dispute à la satisfaction.
    Enfin quelqu’un avec qui on peut parler de choses sérieuses ! Scrutant la réaction de la sorcière du coin de l’œil, je sifflote, sur un ton aguicheur.

    - Pas encore.

    J’ose même un petit clin d’œil.
    Anja doit enrager. Nous maudire intérieurement dix-neuf fois chacun notre tour. D’ailleurs, je suis presque sûr qu’elle veut ma tête autant que celle de Leo.
    Presque.
    Mais dans ce presque, il reste une part d’incertitude. Une part de doute qui a toujours existé entre nous.
    Presque ennemis, presque amis. Ni l’un, ni l’autre.
    Juste nous.
    C’est pourquoi, si cela tourne mal, j’ai beau me moquer éperdument des ordres quels qu’ils soient, je me rangerais du côté de ce « nous ».

    L’humain noir fait soudain une embardée, m’arrachant à mes pensées quelque peu pessimistes.
    Une cigarette aux lèvres, il appuie de toutes ses forces de fragile petit humain sur la pédale d’accélération et effectue un virage remarquable.
    J’ouvre la fenêtre arrière, passe mon bras au dehors. Histoire de rendre cette scène de film encore plus criante de vérité.

    - Bon alors Anja, qui sommes-nous censés assassiner cette fois ?

    J’hausse un sourcil, vaguement intéressé, avant de replonger le nez dans ma console.
    Ils sont très mignons, tous les deux, mais parfois, qu’est-ce qu’ils peuvent être ennuyeux ! Ils veulent tout savoir, tout connaître à l’avance. Ce qu’on va manger ce soir, ce qu’on va faire demain, qui on va tuer aujourd’hui…
    De toute façon, s’ils se mettent à parler de choses de grandes personnes, je vais me rendormir.
    Et attendre.
    La prochaine étincelle.
    Qui risque de ne pas tarder.
    Qui réplique presque aussitôt…

    - Personne. Du moins si tu te montres coopératif.

    J’approuve en hochant la tête. Ça c’est ma boss. Anja fait toujours preuve de beaucoup de tact lorsqu’il s’agit de menaces…
    En l’occurrence, celles-ci sont à peine voilées et je ne doute pas une seconde que Leo ait parfaitement saisi l’idée.
    Mais malgré ce que j’affirme plus haut, je ne peux m’empêcher de la ramener.

    - Ouuuuh. À ta place, j’aurais peur.

    Et à vrai dire, je ne plaisante qu’à moitié.


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MessageSujet: Re: La vie est une pute   Mar 4 Sep 2012 - 9:35

- Son nom n’a aucune importance pour toi, il n’est pas là pour faire la causette. Quand à lui il sait déjà qui tu es, il n’y a rien à ajouter.

Super. Auriez-vous l’amabilité de me laisser faire un topo, de façon expéditive et circonscrite, de la situation ? Je suis donc dans une voiture, conduite habilement, certes, par un garçon épatant, vous verriez ça, un pilote hors pair aux doigts de fée, aussi à l’aise sur une voie goudronnée qu’avec un poignard entre les mains, bref, de ce point de vue là je me fais peu de souci. Je suis né avec le goût de la mécanique dans les gènes. Néanmoins, je suis en compagnie de deux sorciers noirs, dont une qui veut ma peau. Et vite, si j’en juge par les effluves de haine que sa chair exhale à mon égard.
Je savais à peine qu’on pouvait haïr à ce point. Quel gâchis… Chaque fois que je jette un regard à la boîte de vitesse placée entre Anja et moi, je ne peux m’empêcher de dériver le long du levier et d’aller me perdre le long de ses jambes interminables soigneusement serrées l’une contre l’autre, étendues tant qu’elles le peuvent dans l’habitacle étroit de la voiture de sport... La pauvre doit tout de même être mal à son aise dans cet espace confiné. Des jambes pareilles c’est fait pour être exhibées fièrement par une fenêtre, une robe de taffetas blanc glissant le long des mollets dénudés pour s’arrêter à mi-cuisse…

- Sauf ton respect Anja, tu manques cruellement de politesse.

Il est particulièrement agaçant l’autre bellâtre du fond de la caisse, juste au moment ou je commence à avoir des idées intéressantes... Mi-cuisse, même pour un fantasme, ça laisse un goût d’inachevé.

Une petite précision : je n’ai pas la libido d’un gamin de quatorze ans. J’ai juste une imagination un peu trop fertile et une attitude de frustré quasi innée.
Et qu’on arrête de m’accuser qu’après je sois celui qui rêve de voir ses jambes en l’air. Non mais. Des gambettes pareilles, ça se protège, Monsieur.

- Et bien sûr que mon identité est importante ! Il faut quand même qu’il sache à qui il a à faire. Je m’appelle Evan Adams, et je suis l’emmerdeur de service. À ta disposition…

Je crois que le titre qu’il s’est lui-même attribué est illusoire. Le simple fait de couper net à mes rêveries, sinon érotiques, du moins sensuelles, l’a fait passer dans cette catégorie aussi efficacement que s’il était arrivé avec un badge frappé d’un : « Castrateur à plein temps », largement épinglé sur sa poitrine. Ma réponse le fait rire. Il me semble même déceler, dans ce mélange de surprise et de joie toute enfantine, une pointe d’admiration… Anja rigole nettement moins à ma vanne. Le « Pas encore. » d’Evan soufflé à mi voix n’est pas pour lui rendre le sourire.
Je pressens que la relation de ces deux sorciers n’est pas basée uniquement sur cette haine de l’humain. Il y a cette tension. Palpable. Ce désir absolu de se pencher sur le corps de l’autre, cette envie folle de frôler sa peau, de chercher son odeur le long de son cou, de caresser l’autre avec ce mélange de plaisir et d’angoisse réservé aux fruits défendus. Anja est le fruit défendu d’Evan. Intrinsèquement elle sert une autre cause que la sienne.
Un instant je sens cette tendresse teintée d’ironie envahir l’espace et ruisseler le long du corps de la sorcière blonde, tandis qu’Evan l’englobe quelques secondes de son regard. Pour lui, cette fille est un but en soi. Quelque chose qui dépasse l’attirance purement sexuelle. Une envie de la dominer et de la protéger en même temps.
Une envie de la faire sienne.

Tandis que je demande la suite du programme, je ne peux m’empêcher de réfléchir deux secondes aux paroles du sorcier. Honnêtement, si Anja avait couché avec un tel spécimen masculin, j’aurais été profondément agacé. Ça aurait semblé absurde, elle et son aversion pour la testostérone… Je suis tout de même ennuyé, Evan ne me retourne pas la question. Bordel, j’ai vraiment une tête de puceau ?? C’est pas l’image qui m’est restée de ma dernière entrevue avec un miroir. Non, ce n’est pas moi le problème, mais cette nana va finir lesbienne, c’est pas possible autrement.
Oula.
Des pensées pareilles, c’est très mauvais pour ma tranquillité mentale aussi bien que sexuelle…

Anja tend ses doigts fins vers mes lèvres, y cueille la cigarette et la porte à sa bouche rouge. À la dérobée je surveille sa poitrine gonfler un court instant sous l’effet de la bouffée d’air, puis la fumée qui s’échappe. Je songe bêtement que je suis presque jaloux de cette clope : moi aussi j’aimerais goûter la saveur de ses lèvres. Par pur intérêt érotique, bien sûr. Et éventuellement par curiosité scientifique, ne serait-ce que pour savoir la magie que produiraient les bouches de deux grands frustrés se rencontrant…


- Personne. Du moins si tu te montres coopératif.

Anja ne me regarde pas lorsqu’elle parle. Elle fait partie de ces gens qui n’ont pas le sentiment d’avoir besoin de planter leurs yeux dans ceux de leur interlocuteur pour capter son attention. Evidemment, en voiture, il est plus délicat de s’observer dans le blanc des yeux. Mais cette manière hautaine de se désintéresser totalement des petites guerres entre Evan et moi, tout comme cette manie de faire la moue lorsqu’elle replonge dans ses pensées, parviennent à me vexer. Je n’ai jamais apprécié cette façon si froide de se comporter. Même ses menaces à peine voilées sont distantes.
Le désintérêt m’ennuie plus que la haine sourde dans ses paroles. Quitte à faire partie de ses ennemis, j’aimerais bien un peu de considération. Merde.

- Ouuuuh. À ta place, j’aurais peur.

Coup d’œil à l’arrière. Mes yeux rencontrent ceux d’Evan. Un combat de quelques secondes, juste le temps d’échanger un message. Juste le temps de lui faire comprendre qu’il est peut être le castrateur ici, mais que je ne suis pas prêt à me laisser couper les couilles aussi finalement. Alors pour ce qui est de ma vie… Elle est en sécurité.

- Anja, nous sommes actuellement sur une autoroute limitée à 120km/h. L’énergie développée par ton corps si un choc se produit à ce moment-là est inhérente à la vitesse, celle que tu développerais serait équivalente à une chute depuis une hauteur de 113.25 mètres.


Après un silence, je serre plus fort mes doigts sur le volant.

- C’est ça, une menace. Et maintenant j’aimerais qu’on se mette au boulot.

J’appuie un peu plus fortement sur la pédale et serre sur la gauche, comme me l’indique le gps, en direction de Lausanne-Ouchy. Avec tout ça je n’ai même plus envie de fantasmer.
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MessageSujet: Re: La vie est une pute   Sam 27 Avr 2013 - 19:16


« Je suis sans pitié, sans scrupule, sans compassion, sans indulgence, pas sans intelligence. »

Anja n'avait pas d'amis. Une foule incalculable d'ennemis, certes. Des relations instables, criardes de dangerosité, sans aucun doute. Une domination sur certains membres de Rosenrot qui la craignaient autant qu'ils la désiraient sexuellement parlant. Des esclaves terrorisés par elle et son non-respect, révolté du moindre de ses gestes, dégoûtés et fascinés par ses actes.
Les gens n'aimaient pas Anja. Ils la craignaient, l'idolâtraient, la haïssaient, lui crachaient dessus, l'enviaient, la désiraient, la fantasmaient. Ils la voulaient dans leur lit ou sous leur couteau. Ou un mélange des deux comme si leur désir partaient à l'infini et se rejoignaient sur un oxymore.

Evan et Leo étaient des oxymores. Des êtres à la fois fascinés et révulsés. Ça se sentaient dans leur regard, cette empreinte d'envie pour son corps fin et musclé. Leurs prunelles qui remontaient le long de ses jambes élancées jusqu'à aller caresser des yeux la courbe de ses hanches.
On pouvait aussi sentir l'électricité sous-jacente de leur dégoût, leur haine à l'égard de cette femme pathologiquement instable. Des poings qui se serrent et des menaces en l'air pouvaient simplement résumer cette partie là de leur relation.

Ébranlable. Voilà ce qu'était leur relation. Une tour qui à chaque instant pouvait chuter, piquer du nez, se détruire en s'explosant sur le sol. Mais comme la tour de Pise elle semblait tenir, défiant l'amour et la haine, le temps et le vent.
Mais que ce passe-t-il si l'on prend non pas une, mais deux tours ? Un avion. Le 11 septembre 2001 vous dit-il quelque chose ? Deux tours jumelles explosées en plein ciel. Comme des relations dans les lambeaux tombent lentement couvrir les cendres de leur propriétaires.

[...]

- Sauf ton respect Anja, tu manques cruellement de politesse.

Mon respect cela fait à présent bien longtemps qu'Evan l'avait perdu. Voir ne l'avait jamais eu. Comment pourrais-je respecter un être dont la stupidité fait honte à tous les sorciers ? Au moins n'est-il pas humain, heureusement. Mais le jour où les sorciers prendront enfin la domination du monde, je ne doute pas de pouvoir lui trouver une place dans les cuisines. Cinquante ans de corvée d'épluchage de patates pour outrage au respect de sa supérieur. Cela me semble parfait pour un être aussi agaçant qu'Evan Adams.

- Et bien sûr que mon identité est importante ! Il faut quand même qu’il sache à qui il a à faire. Je m’appelle Evan Adams, et je suis l’emmerdeur de service. À ta disposition…

Il n'avait plus qu'à lui donner l'adresse de toutes les planques de Rosenrot dans le monde et j'aurais été une femme comblée. Non mais la blague ! Je me suis demandée s'il existait une rune qui rendait les gens muets et me suis promis de l'appliquer sur Evan pour la prochaine fois. Au pire je pouvais encore lui faire couper la langue histoire d'avoir enfin le calme.
Les hommes sont pires que les femmes. Je le savais déjà depuis longtemps, mais cette scène dans la voiture m'a montré que c'était encore plus fort que ça. Ce sont des commères, obsédés, dérangés, incapable. Et lorsque le "Pas encore" d'Evan a résonné dans l'habitacle confiné de la voiture, je n'ai pas pu m'empêcher de me retourner pour lui mettre une gifle sèche et claquante sur la joue. Cela n'a pas dû faire bien mal, si ce n'est à son orgueil. Et au moins cela a eu l'immense avantage de me soulager un minimum.
J'ai vraiment haïs ce voyage.

Le goût de la nicotine sur mes lèvres a fini de me faire retrouver mon masque froid et dur, même si à l'intérieur je bouillonnais toujours autant de haine à l'égard de ses deux imbéciles.
Je me souviens que, plus jeune mes camarades de classe buvaient puis fumaient pour se faire tourner la tête encore plus vite. Personnellement, je n'ai jamais ressentit ce besoin là de mélanger alcool et tabac. Pour tourner je peux danser, et de toute façon je n'aime pas ça tourner. C'est bon pour les enfants fous des chevaux sur les manèges automatiques.
Ces même manèges où m'emmenaient mon traître de père, ces manèges que j'ai enterré en même temps que lui et définitivement haïs le jour où j'ai appris la terrible vérité.
Où j'ai compris que tu étais la seule personne au monde sur qui je pourrais jamais compter.

- Ouuuuh. À ta place, j’aurais peur.

Cette fois-ci je ne bougeais pas d'un cil, le regard fixé sur la route. Je savais que malgré le ton blagueur il y avait dans cette phrase une part de vérité. Evan savait de quoi j'étais capable et c'est bien pour ça qu'il n'a encore jamais poussé les limites trop loin. Pas comme cet ivrogne de Jack qui prétend pouvoir tout se prétendre par le simple fait que le sang du même traître coule dans nos veines.

- Anja, nous sommes actuellement sur une autoroute limitée à 120km/h. L’énergie développée par ton corps si un choc se produit à ce moment-là est inhérente à la vitesse, celle que tu développerais serait équivalente à une chute depuis une hauteur de 113.25 mètres.

J'ai à peine haussé un sourcil, surprise par les dons mathématiques de l'humain noir. Mais je n'avais pas besoin de toutes ces précisions pour savoir ce qu'il se passerait si notre voiture entrait en collision avec une autre ou avec les barrières de sécurité autour de nous. Nos corps seraient projeté en direction de la vitre, arrachant peut-être nos ceintures au passage. Les par-chocs se déplieraient peut-être, nous étouffant plus que nous sauvant la vie. Et nos os seraient brisés par le choc, en même temps que nos nuques exploseraient contre l'appuie-tête, nous énuquant de manière définitive.
Trois poupées de chiffons agitées dans une voiture playmobile. Un véritable bonheur pour les enfants à tendance psychopathe.

- C’est ça, une menace. Et maintenant j’aimerais qu’on se mette au boulot.

Leo a terminé sa phrase en appuyant sur l'accélérateur en même temps que sur ses propos.
Lentement, ma tête s'est tournée vers lui, observant cet air de fierté flotter dans ses yeux et cette fausse concentration fixée sur la route. Puis j'ai concentré ma volonté sur le volant, nous faisant glisser sur la voie de gauche pendant que mon esprit s'occupait en même temps d'appuyer encore plus sur l'accélérateur. L'aiguille indiquant la vitesse tremblait en atteignant sans la moindre peine les 150 km/h.
J'ai maintenu la pression un moment avant de tout relâcher en laissant le contrôle du véhicule à l'humain noir.

- Ne joue pas à ce jeu là avec moi Leo. Pas si tu n'as pas envie de perdre.

[...]


Dans cette voiture, il n'y avait pas besoin d'avion pour tout faire exploser. Seul suffisait cette tension chargée à bloc d'électricité.
Une moindre étincelle suffirait à tous les envoyer en Enfer.

_________________



« Oiseau moribond, elle est plus proche de l'envol que je ne l'ai jamais été et j'ai mal.
Déchirure.  »



« Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d’ pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures »


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- And you, do you know how to die ?
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