AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 « Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve. » [Myaw]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité
avatar


MessageSujet: « Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve. » [Myaw]   Mer 9 Mai 2012 - 18:53

« Crépuscule, comme vous êtes doux et tendre ! Les lueurs roses qui traînent encore à l’horizon comme l’agonie du jour sous l’oppression victorieuse de sa nuit, les feux des candélabres qui font des taches d’un rouge opaque sur les dernières gloires du couchant, les lourdes draperies qu’une main invisible attire des profondeurs de l’Orient, imitent tous les sentiments compliqués qui luttent dans le cœur de l’homme aux heures solennelles de la vie. » [*]

Les dernières lueurs du jour s’estompent à l’horizon tandis que la nuit s’avance peu à peu. C’est ce moment si particulier où tout se fond dans l’ombre, où les choses perdent peu à peu leurs contours, s’effacent. Le soleil ne les éclaire plus de sa lumière crue, qui les dénaturait. L’obscurité leur rend une part de mystère, jette un voile d’étrangeté sur le monde. L’heure où tous les chats sont gris, dit-on de façon populaire. L’heure où tout est possible, où chacun choisit l’apparence qu’il peut revêtir, où chacun est libre d’être qui il veut. L’heure des illusionnistes qui entrent en jeu.

Le crépuscule… l’instant que préfère Dylan dans la journée, cet entredeux qui lui convient si bien. Le crépuscule du soir et le crépuscule du matin, où cette fois, c’est la nuit vaincue qui se retire. Mais où ombre et lumière se mêlent encore dans un jeu fascinant. Il lui est déjà arrivé de se lever très tôt, pour observer les subtils changements qui annoncent le lever du soleil. Le nuancier que recouvre le ciel ne lasse pas ses regards.

Le garçon est debout près de sa fenêtre, regardant sans ciller les teintes encore vives disparaître dans l’ombre. Au bout d’un long moment de contemplation muette, il se détourne et se retrouve face au décor familier de sa chambre. Le grand lit à baldaquin qu’il rejoindra dans quelques heures, le bureau en bois précieux, les étagères emplies de livres en tous genres, et surtout, surtout, les échiquiers, trop nombreux, inattendus, disposés ça et là au gré des envies du garçon sur de fines consoles, sur sa commode, en hauteur… Ici, certaines pièces sont déplacées ; là, elles sont alignées avec une perfection presque douloureuse. Son univers, où il ne laisse personne entrer.

L’instant magique évanoui, Dylan s’éloigne de la fenêtre et va prendre place dans un fauteuil à côté duquel l’attend sa lecture en cours. Le garçon retrouve rapidement l’endroit où il s’était arrêté et se plonge dans l’ouvrage, avec une intense concentration.

~~

"Et les étoiles vacillantes d’or et d’argent, dont elle est semée, représentent ces feux de la fantaisie qui ne s’allument bien que sous le deuil profond de la Nuit."[*]

Quelques heures plus tard, la lune tente de passer un timide rayon à travers les lourds rideaux tendus devant la fenêtre. Qu’elle fasse ce qu’elle veut, Dylan dort. Et il rêve.

L’enfant pousse la porte de la pièce mystérieuse, aux étagères de bois sombre emplies d’in-folio. L’odeur de vieux parchemin et de cire lui procure un frisson d’expectative : c’est tout un nouveau monde qui s’offre à lui, un continent inconnu, perdu par les hommes oublieux de la richesse du savoir contenue dans ces millions de pages. Il s’avance avec hésitation parmi les joyaux de la littérature, scrutant les couvertures de cuir, les tranches dorées à l’or fin, le papier si fragile.
Un accroc dans les rangées si ordonnées aimante soudain son regard, un livre se détache de ses semblables. Il n’a rien d’extraordinaire pourtant, juste un léger décalage à côté de ses voisins, mais c’est suffisant : l’harmonie est rompue et les ouvrages perdent leur sévérité. Papillon attiré par la flamme d’une lampe, l’enfant s’approche. Il serait prêt à se brûler les ailes pour un instant de rêve. Ce livre qui s’offre à lui si simplement, qui se détache du froid alignement de ses pareils saura-t-il tenir ses promesses, les serments de son originalité ?
Qu’à cela ne tienne, l’enfant se lance à l’aventure.


Le rêve innocent ne dure pas longtemps cependant. Il s’efface bientôt, emportant Dylan vers d’autres lieux bien plus sombres. Les songes du garçon l'entraînent vers des rivages plus sanglants, plus noirs...Puis se calment de nouveau.

« En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève,
Le silence, l'espace affreux et captivant... »
[*]

Le décor a changé encore. Le garçon remue légèrement dans son sommeil, mince silhouette roulée en boule sous les couvertures. Il se trouve maintenant dans une sorte de non-lieu, un labyrinthe peut-être, qui se déroule à l’infini devant lui, sur tous les côtés, tant au-dessus qu’au-dessous de lui. Voilà qui lui plaît davantage… Il ne sait pas ce qu’il peut chercher dans les méandres de ses songes, mais cela l’attire. Trouvera-t-il la sortie ou autre chose ? L’intérêt de Dylan s’éveille et il s’enfonce lentement dans le dédale.


[*: Le titre et les citations sont de Baudelaire Wink ]
Revenir en haut Aller en bas
 

« Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve. » [Myaw]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 

 Sujets similaires

-
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Mystery Orphanage :: || Chemins effacés-
Sauter vers:  
Nos Partenaires

CITATION DU MOMENT :

"Ce qui ne te tue pas te rend plus fort."

Friedrich Nietzsche


M&M's du Moment

Mikeal&Kirsten

VOTEZ ! :