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 We accept the love we think we deserve. [Anja]

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MessageSujet: We accept the love we think we deserve. [Anja]   Jeu 1 Nov 2012 - 21:10


« Il est fou, elle est fourbe, mais ils s’en foutent. »


    Les français sont définitivement et sans conteste les rois du croissant au beurre. C’est un fait prouvé et absolument irrévocable.
    Snow Elkins le sait parfaitement, il le sait depuis qu’il est en âge d’avaler et de digérer les aliments tout seul. Autrement dit, il le sait depuis toujours.
    Il n’empêche qu’à chacun de ses voyages dans la capitale Française, il réitère ce prétexte typiquement anglais pour goûter une nouvelle fois à la douce saveur d’un petit-déjeuner parisien.
    Assis à la terrasse d’un café d’un luxe appréciable, le journal du jour soigneusement plié et posé sur la table devant lui, il trempe avec un certain respect le bout du croissant dans sa tasse de café encore brûlante.

    En ressortant du breuvage amer, la pâte de mon précieux croissant s’est ramollie mais dégage toujours l’odeur caractéristique qui lui est propre. Je mords dedans avec enthousiasme. Quelques vingt sept années ont passé et le goût du croissant entre mes dents ne parvient toujours pas à me lasser.

    La température par cette heure matinale est déjà peu élevée et le froid mord les doigts du jeune homme qui ne semble pas s’en préoccuper le moins du monde. Toute sa concentration va au café qu’il tient fermement serré entre ses doigts saisis par un froid qui le laisse de marbre.

    Il est exactement six heure trente quatre sur l’écran de l’Iphone dernier cris de mon voisin de droite. Je lui fais confiance pour être parfaitement à l’heure. Dans une vingtaine de minutes, il sera temps pour tout le monde de s’activer, de remettre en marche le mode « vie » de son générateur personnel, désamorçant à regret la phase de sommeil qui l’a précédé. Dans une vingtaine de minutes, les rues se rempliront de passants pressés et de mauvaise humeur, de marchants, et d’enfants sur le chemin de l’école, tous débutant une nouvelle journée de routine.
    Dans une vingtaine de minutes, la ville s’éveillera après une nuit encore trop courte.


    Ces vingts toutes petites et insignifiantes minutes sont les préférées de Snow. Elles sont paisibles et baignent la ville endormie dans une atmosphère semblable à celle d’une veille de Noël. Les bruits sont étouffés, les conversations discrètes et les pas feutrés.
    Certains trouveraient cela mortellement ennuyeux. D’ailleurs, aucune personne censée n’aurait envie de sacrifier quelques trente minutes d’un précieux sommeil rien que pour voir le jour se lever.
    Snow Elkins, ça ne le dérange pas. De toute façon, il n’avait pas sommeil.

    Il n’y a aucune raison que le boulanger soit le seul à se lever si tôt pour préparer ses croissants.

    Sur la table, le croissant et le contenu de la tasse ont disparu. Snow feuillette d’un œil distrait le journal qu’il a déjà parcouru une ou deux fois.
    Les nouvelles rapportées par les journalistes ne sont pas vraiment bonnes. Elles ne le sont jamais, mais parfois, ils prennent la peine de les déguiser un tant soit peu. Cette fois-ci, ils ne se sont pas donné ce mal. Comme si les personnes qui meurent chaque jour dans le monde pour telle ou telle raison n’en valaient pas la peine.
    Snow Elkins hausse les épaules. De toute façon, il va faire les mots croisés.

    J’entame le douzième verticalement. Il s’intitule ainsi « Petits poèmes du Moyen-Âge ». Je suis sur le point de sécher et de passer directement au numéro treize, lorsqu’elle attire mon attention.

    Sa démarche est assurée, presque mesurée. Elle est élégante, et porte son regard si loin devant qu’on pourrait penser qu’elle cherche à atteindre le bout du monde. Si seulement il existait.
    Snow la trouve amusante. Elle ne ressemble en rien aux femmes qu’il croise habituellement par un matin de novembre, vers les six heures quarante, lorsque la température chevauche le zéro. Elle n’a absolument rien à voir avec la boulangère ou la poissonnière du coin.
    Il la trouve amusante. Amusante et intrigante. Amusante, intrigante et potentiellement intéressante.

    Dans une dizaine de secondes elle arrivera à ma hauteur. Et continuera sa route sans même daigner m’accorder un regard. C’est pour ça qu’elle est potentiellement intéressante.
    À ne regarder que le bout du monde, on oublie de voir les autres.
    Quoiqu’elle ne donne pas l’impression de voir plus loin que le bout de son propre nez.
    C’est cette contradiction même qui la rend amusante.
    Pourquoi est-elle intrigante, me diriez-vous ? Je ne sais pas encore. J’ai décidé qu’elle m’intrigue et puis c’est tout.
    Même si finalement, elle est juste prétentieuse.


    Mais Snow Elkins a bien envie de lui faire une blague. Une plaisanterie de rien du tout, une blague à deux balles, une petite illusion.

    Lorsqu’elle n’est plus qu’à quelques mètres de moi, j’imagine une rose. Aucune métaphore là-dedans, je crée simplement la fleur et celle-ci apparaît devant la fille.
    Une rose qui n’est que du vent, que de l’air. Qui n’est qu’illusion. Une toute petite illusion.
    Mais ça ne fait rien, car c'est une jolie rose.


    Pourquoi une rose ? Peut-être parce que la fille ressemble un peu à une rose.
    Une rose, c’est très joli, mais ça pique.

    La fille est juste à côté de moi. Elle ne me voit pas –pas encore, mais elle voit la fleur.

    Sans lever les yeux de son journal, Snow lance d’une voix neutre, sans intonation particulière. Comme s’il s’agissait d’un fait irrévocable. Comme s’il annonçait simplement que les croissants français sont les meilleurs au monde.

    - Je crois que c’est à vous.

    Il sait pourtant pertinemment que lorsque la fille se baissera pour la ramasser –déjà faut-il qu’elle le fasse- la rose aura disparu. Il sait aussi que si elle est humaine, il aura du mal à expliquer ça sans passer pour un pseudo magicien puant l’arnaque à plein nez.
    Il s’en moque. Pour vingt minutes, il préfère ça aux mots croisés. De toute façon, les mots croisés c’est pour les vieux.

    Je regarde à tout hasard l’intitulé du treizième mot vertical.
    Et je ris intérieurement.
    « Fleur odorante portant des épines ».


Spoiler:
 

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Dernière édition par Snow Elkins le Sam 3 Nov 2012 - 14:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: We accept the love we think we deserve. [Anja]   Sam 3 Nov 2012 - 12:42


Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? Un petit café ? Un thé ? Un truc plus consistant ? Un croissant ? Un petit pain au chocolat ? Un gros pain dans la gueule ?

Je t'ai rencontré ce matin,
C'était un matin de novembre,
Et dans tes yeux de satin,
J'ai failli noyer mon ambre.

C'était un homme,
C'était du rhum,
C'était un dessin que j'aurais voulu tuer de ma gomme.

Et pourtant il était là,
Et moi bien trop las,
Je l'ai laissé me regarder,
Je l'ai laissé me piéger.


Cigarette à la main, Anja observe la vue sur la Tour Eiffel qu'offre la vue depuis son balcon. N'importe quel observateur extérieur pourrait croire à une pub de parfum tombée dans la réalité. Elle est parfaite, la clope à la main, la moue sur son visage, un simple peignoir en soie sur le dos qui semble vouloir se faire arracher par le vent de novembre qui ne la fait pas frissonner le moins du monde. La jeune femme pousse un soupir et jette la cigarette dans la Seine qui se déroule lentement sous son balcon. Elle en devient trop dépendante et ça, ça ne va pas. Elle devrait arrêter de fumer ou elle deviendra comme Jack et son alcool. Et s'il y a bien une personne au monde à qui la sorcière ne veut pas ressembler, c'est bien son frère. Sa main effleura alors son ventre et elle la y laissa quelques secondes. N'étais-ce vraiment que pour son frère qu'elle devait arrêter ? Il y avait cette chose aussi... Mais ce n'était qu'une minuscule chose, ça ne comptait pas. Ça ne compterait jamais.

La jolie, mais cruelle blonde rentre à l'intérieur de la chambre du grand hôtel particulier qu'elle habite quand elle est en visite à Paris. Sur le bureau qui semble fait d'un bois aussi vieux et sage que le monde lui-même, deux lettres. Elle les observe un instant avant de s'habiller et d'enfiler un grand manteau rouge. Puis, saisissant les deux bouts de papier, elle les glisse dans sa poche avant de se sortir dans la rue.
Immédiatement le vent se fut un plaisir de l'agresser à nouveau, mais elle n'y fit pas attention. Elle se contenta de marcher, le menton levé, les yeux rivé vers l'horizon, la tête droite. Rien ne pouvait déstabiliser Anja. Et dans sa poche, les mots glissé dans l'une des deux enveloppe semblaient brûler sa vie.

Paris, le 2 novembre 2012
Cher toi,

Oh oui toi l'inconnu de beaux quartiers. Tu ne peux pas avoir oublier notre rencontre, ne t'abaisse pas à ce niveau. Je n'ai toujours pas compris pourquoi tu m'avais arrêté. Était-ce juste parce que tu avais vu une femme froide, mais attirante ou avais-tu vu la déchirure en moi ? L'envie de vomir la chose. De pleurer de rage et de malheur ?
Je fais pourtant attention à ce que cela ne se voit pas. Je suis partie à Paris dès que je l'ai appris, par peur que les gens puissent le voir, le deviner, le sentir. Il ne faut pas que les gens connaissent mon secret, je serais trop vulnérable alors. Le docteur a dit un mois. Un mois encore à tenir avant que tout puisse redevenir normal. Il faut que je serre les dents, maintenant c'est trop tard. Il faut que j'assume, je n'ai plus le choix. Et je ne veux pas non plus que l'histoire se répète.
L'air de Paris m'aide à réfléchir. À ce que je vais faire, comment m'organiser pour que cela marche. Mais j'ai déjà des idées et j'espère bien que cela va marcher. Je n'ai pas le choix de toute façon, Rosenrot a besoin de moi et moi j'ai besoin de Rosenrot. Je ne peux pas les abandonner. Et je ne peux décemment pas avoir la faiblesse de laisser cette chose envahir ma vie. Nous risquons trop gros.

Cette chose... Maintenant que je suis au courant de son existence, je la sens bouger parfois. C'est étrange de sentir quelque chose bouger en soi. Quelque chose d'incontrôlable. Et puis mon ventre commence un peu à se gonfler. Pas encore assez pour que les gens comprennent mon état, mais un peu tout de même. Le docteur m'a dit que dans un mois, quand tout ça devrait finir, il aura encore un peu plus grossis, même si ça ne sera jamais autant que cela devrait être. C'est à cause du déni.
Déni de grossesse. Ces mots là je les rumine depuis le jour où je sais. Je fais tout pour que cela ne se voit pas, mais au fond je crois bien que ça m'effraie. Et c'est pour ça que je demande si, toi, dans ce petit matin frileux de novembre, tu as senti ma peur. Peut-être pas. Peut-être que tu voulais juste me faire une farce. Je n'en sais rien.

Moi, j'étais plongée dans mes pensées. Je marchais le menton droit et les yeux dirigés vers l'horizon en plein bouillon d'idées. J'avais trouvé une solution pour la chose ; la laisser dans une autre famille, une famille fidèle à Rosenrot à qui je pourrais faire confiance. Personne d'autre ne devait être au courant, pas même le père de la chose. Cette idée me satisfaisait, d'autant plus que la chose ne serait ainsi pas abandonnée comme ma mère m'avait abandonnée moi. Elle aurait une vraie famille avec de l'amour. Je l'espère pour elle.
J'y tiens peut-être un peu. Mais j'essaie de m'en détacher le plus possible parce que je sais que je ne la verrais pas grandir. C'est mieux pour moi. C'est mieux pour tout le monde.

J'étais plongée dans ses pensées là lorsque tu m'as interceptée. Lorsque que tu as balancé ces quelques mots :

- Je crois que c’est à vous.

J'ai baissé les yeux vers la rose et je l'ai observée un instant. Elle n'avait rien d'une rose normale, elle était beaucoup trop parfaite pour ça. Je t'ai jeté un regard à toi et ton petit sourire en coin. Ainsi donc tu me balançais des illusions. Je ne me suis pas baissée pour balayer ton histoire ; de toute façon je ne me serai pas baissée non plus si elle avait été vraie.

- Pourquoi faire miroiter de fausses fleurs à des inconnues ? Offrez-moi plutôt un vrai café.

Je ne sais pas pourquoi je t'ai dit ça. Mais je l'ai dis et je me suis assise à ta table. J'avais envie... de m'amuser. De ne plus être cette simple femme si froide et calculatrice. Juste envie de me laisser aller, pour une seule fois dans ma vie. D'être quelqu'un d'autre, d'oublier cette chose qui empoisonnait mon ventre. J'ai souri et je me suis penchée sur le journal posé devant toi, à la page des mots croisés. Tu t'étais arrêté au douzième vertical. « Petits poèmes du Moyen-Âge ». Mon doigt a suivit les trois cases vides alors que mes cheveux effleuraient le papier.

- Laï. L, A, I.

J'ai croisé les jambes, je ne sais pas, j'avais envie d'être désirable. J'avais envie d'être femme. Une vraie, qui attire les hommes, qui les rend vulnérable, qui leur fait oublier qui ils sont vraiment. J'avais envie de me glisser dans la peau d'une autre, rien qu'une seule fois. Je m'en fichais que tu sois humain, mêlé ou sorcier. Pour la première fois de ma vie, j'avais envie d'être quelqu'un d'autre.

[...]


Elle marche toujours droite, toujours sûre. Mais au fond de ses yeux, quelque chose semble casser. Quelque chose d'irréparable.

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Déchirure.  »



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MessageSujet: Re: We accept the love we think we deserve. [Anja]   Dim 4 Nov 2012 - 23:33

« - J’ai pas envie de faire d’erreurs.
- Faut pas appartenir à l’espèce humaine alors, deviens canard. »


    La fille voit la rose. La rose voit la fille.
    Elle s’observent, se jaugent, cherchant vainement à savoir laquelle est la plus belle. La rose sait pourtant que c’est un combat perdu d’avance. Dans quelques secondes à peine, elle s’éteindra sans bruit, et ne sera plus qu’une fine poussière vite dispersée dans l’air glacé de ce matin de novembre. Dans quelques secondes à peine, elle cessera tout simplement d’exister.
    Mais ça ne la dérange pas car elle sait que, pour quelques instants au moins, pour deux ou trois regards, elle aura été belle.
    Plus que belle. Elle aura été parfaite.

    Je maintiens l’illusion une fraction de secondes encore. Ma rose est au comble de sa beauté. Mais, comme souvent les plus belles choses, ma rose est éphémère.
    Tout comme la fille qui lui ressemble. Sauf qu’elle est bien réelle. Je plante mes yeux dans les siens, sans me départir du sourire sibyllin qui a joyeusement trouvé sa place sur mes lèvres.
    La femme ne se donnera pas la peine de tenter de saisir ma rose. Elle sait comme moi qu’on ne s’empare pas d’une illusion.


    Et aussi promptement qu’elle était apparue, la rose s’évapore. Comme si elle n’avait jamais existé.
    Elle n’a jamais existé.

    Au moins elle ne meurt pas, ne vieillit pas, ni ne souffre ou ne se fane. Ma rose ne connaît pas sa chance.

    Snow Elkins semble absorbé dans son journal. Pourtant il ne l’est pas, il survole les lignes et les mots se noient dans ses pensées.
    Snow Elkins semble absorbé dans son journal, mais il attend simplement. Il attend que la fille se mette à parler.

    - Pourquoi faire miroiter de fausses fleurs à des inconnues ? Offrez-moi plutôt un vrai café.

    Intéressante. C’est bien ce qu’il aurait parié.
    Il sourit aux mots croisés. Il ne la regarde toujours pas. Il n’en aurait presque pas besoin. Il l’a déjà observé tout à l’heure, lorsqu’elle traversait l’avenue comme si elle était seule au monde. Comme si elle l’avait toujours été. Il a déjà vu l’assurance de ses pas et le bleu de ses yeux plus glacial encore que la température.
    Il n’aurait presque pas besoin de la regarder. Mais il en a un peu envie. Parce que Snow Elkins ne comprend pas. Il ne comprend pas la tristesse au fond, tout au fond de sa voix.

    Je lève mes yeux vers elle.

    - Je pense qu’on a déjà dû vous offrir plus d'une rose. J’ai pensé qu’une fausse attirerait peut-être votre attention. Si elle avait été vraie, vous auriez passé votre chemin. Je me trompe ?

    Les enfants les plus matinaux sont déjà sur le chemin de l’école. Certains habitent juste un peu trop loin pour profiter des dernières minutes de sommeil, d’autres préfèrent simplement bifurquer rapidement à gauche, s’amuser une poignée de minutes sur les toboggans du square le plus proche avant de reprendre leur route monotone.
    Leurs éclats de rires emplissent l’air d’un vent revigorant, d’une brise amicale, légère, plus chaude.
    Paris semble avoir moins froid tout à coup.
    Snow Elkins se dit que plus tard, il aura des enfants. Il en voudrait deux. Pour qu’ils puissent jouer et grandir ensemble. Il aimerait une fille et un garçon. Léna pour la fille, Jeremy pour le garçon. Mais ce ne sont que des genres, c’est puéril. Au fond il s’en fiche.

    Tandis qu’elle s’assit sagement en face de moi, je me demande si cette femme sera un jour une mère.
    Je pourrais le lui demander, tout comme je pourrais lui demander pourquoi elle a tiré cette chaise, juste devant moi. Mais mon père m’a toujours appris qu’on ne contrarie pas une dame. Mes yeux sourient, plein de malice.


    Snow Elkins lève une main, avec un brin d’arrogance, et la charme opère immédiatement. Une serveuse se matérialise à la table numéro cinq, la table où un jeune homme et une jeune femme s'observent en tête à tête. La serveuse prend la commande, du bout des doigts, du bout des lèvres, de peur de briser cet équilibre de pureté qu’elle devine tangible.
    Et éphémère.
    Un peu comme une rose.

    - Deux cafés. S’il vous plait, mademoiselle.

    La voix est chaude et posée, agréable. La serveuse s’empourpre. Elle est néanmoins trop habile pour ne pas s’apercevoir que cette amabilité qui ne peut être feinte ne lui est pas réellement destinée.

    - Laï. L, A, I.

    J’ai d’abord bêtement cru que c’était son prénom. Puis ses doigts fins ont effleuré les trois lettres de la case numéro douze de mes mots croisés, celle que j’avais laissée vide et j’ai compris. J’hoche la tête, le rire au bord des lèvres. Et j’inscrit le petit mot.
    Ses cheveux forment un rideau devant son visage mais je crois bien qu’elle sourie.


    Elle est belle. Ridiculement belle dans sa tenue pourtant peu appropriée à la saison.
    Snow Elkins, lui, aimerait se dire qu’elle est seulement belle.
    Il aimerait oublier cette tristesse, cette fissure qu’il pense parfois apercevoir au détour d’un regard.
    Il aimerait oublier ce qu’il ne comprend pas.

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And I'm a fool for thinking otherwise
Soon it will be love, soon it will be love again


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MessageSujet: Re: We accept the love we think we deserve. [Anja]   Lun 19 Nov 2012 - 22:23


« Pour une larme qui tombe, c'est mille fleurs qui poussent... »

Avez-vous déjà mis votre doigt dans de l'azote liquide ? Aux premiers instants, on a l'impression de l'avoir plongé dans un bout de nuage. L'azote se trouve à -196°C et votre peau à environ 36°C est bouillante à côté. Le liquide entrant à votre contact boue alors créant une couche de gaz, un isolant thermique absolument parfait. Mais passez les premières secondes de l'existence de ce gaz, il se fissure alors et le froid prend le dessus sur le chaud. Il avale votre doigt, le mord jusqu'à sa mort. La brûlure est bien pire que celle que l'on peut avoir en posant sa main sur la plaque d'une cuisinière.
Votre doigt brûlé.

Anja avait l'impression d'avoir plongé son corps tout entier dans l'azote liquide depuis toute petite. Au début c'était facile, elle ne faisait pas attention au reste du monde, elle restait elle-même, bien supérieure à tous les autres. Et puis les premières fissures étaient arrivées et tout avait basculé. La vie, aussi sûrement que la mort, s'était infiltrée en elle pour la bouffer jusqu'à la moelle. Directement jusqu'au coeur.
Et à présent elle se retrouvait avec un gosse dans le ventre et le coeur au bord des lèvres.

[...]

Au départ, ta façon de m'ignorer, de ne sourire qu'au journal posé devant toi m'a énervée. Je n'ai pas l'habitude que les gens ne me regardent pas et, même si j'ignore leurs regards, je m'en flatte quand même. Peut-être qu'au fond, je ne suis qu'une immense contradiction. Je me sens trop supérieure aux autres pour faire attention à leur avis, mais d'un autre côté, j'ai comme un besoin de savoir leurs regards posés sur moi.
Puis, très vite, j'ai compris que tu ne m'ignorais pas. Tu ne faisais qu'attendre. Quoi exactement, je ne sais pas. Que je parte ? Que je m'assoie ? Que je te décline prénom, nom et âge ? Je crois que tu m'attendais juste moi. Et là, une question m'a brûlée les lèvres.
« Est-ce que tu m'as attendue toute ta vie ? »
Mais je ne l'ai pas prononcée. Parce que c'était ridicule comme question, n'est-ce pas ? On attend pas quelqu'un toute sa vie. Sauf les gens qui croient aux âmes soeurs. Mais nous n'y croyons pas, n'est-ce pas ? Et de toute façon, je ne suis pas ton âme soeur.
Alors je me suis imposée avec d'autres mots. Enterrant ma première question le plus profondément possible tellement elle me semblait débile. Ridicule.

Tu as alors levé les yeux vers moi. Et ton regard, loin d'être offensant paraissait à la fois curieux et flatteur. Tu avais envie de me regarder, cela se voyait. M'observer, te déliter de ma vue. Sans forcément chercher à aller plus loin, à creuser comme le font d'autres, ceux qui ne me croient pas supérieure. Non, toi ton regard se contentait de se poser à ma surface, ne voulant pas descendre plus loin. Même si, irrémédiablement, je le sentais couler. Car il était trop lourd pour que je le supporte.
Je n'ai pas l'habitude de devoir baisser les yeux. Et pourtant, j'ai détourné mon regard du tien.

- Je pense qu’on a déjà dû vous offrir plus d'une rose. J’ai pensé qu’une fausse attirerait peut-être votre attention. Si elle avait été vraie, vous auriez passé votre chemin. Je me trompe ?

J'ai souris, un sourire un peu triste. La dernière personne à m'avoir offert une rose était mon père. C'était quelques jours avant mes 3 ans, un 1er mai. Je ne sais pas pourquoi ce souvenir là m'a marquée, il n'y avait pourtant rien de particulier ce jour là... Mais quand je repense à mon enfance, à mon père, c'est l'un des premier qui me revient.
Pourquoi ?
C'était un 1er mai et c'était la fête du muguet. Mais mon père n'aimait pas ça, il préférait les lys, il a toujours préféré les lys. Cependant ce soir là en rentrant, il m'a ramené une rose d'un rouge écarlate. À croire qu'il l'avait trempée dans du sang... « Le muguet ce n'est pas assez original. Les roses c'est bien plus fort. Meine kleine rote Rose. » Ces mots là m'ont marqué.
C'est la dernière fois qu'on m'a offert une rose. À l'école, je n'ai jamais eu d'amoureux. Après non plus. Et les hommes ne font que baver bêtement devant moi. Pas un ne pense à m'offrir de rose. De toute façon, je ne les accepterai pas ; le seul homme qui avait le droit de m'offrir des fleurs est mort et enterré depuis longtemps.

- Oui, vous vous trompez. Les gens pensent que les belles femmes n'ont pas besoin de fleurs. À croire qu'elles ne sont là que pour consoler les moches. C'est bien dommage ; les belles femmes aussi peuvent être triste.

Je t'ai regardé lever le bras avec cet air charmeur qui te sied comme un gant tout en ne te convenant pas. On aurait dit que la serveuse tremblait sous ce tableau que tu t'efforçais de lui offrir, comme pour me montrer à moi que toi aussi tu étais puissant. Je n'en avais cependant pas besoin, je n'ai pas besoin de simagrées pour remarquer les êtres exceptionnels.
Ta voix chaud s'est posée sur quelques mots et celle à qui tu les offres se rends bien compte du cadeau que tu lui fais. C'est marrant comme commander deux cafés est un geste anodin que tu arrives si bien à transformer. À contrôler.

J'ai fais semblant de ne pas voir ton manège, de ne pas éclater de rire devant ce jeu que tu créais entre nous. Ce mélange de séduction et de malaise que je découvrais en toi et qui m'intriguait plus à chaque seconde.
Mes cheveux ont naturellement glissé devant mon visage, te dissimulant à tes yeux. Alors j'ai pu me permettre un petit sourire, à mi-chemin entre le rire moqueur et le sourire amusé. Oui, c'est bien le mot, tu m'amusais. Tu m'amusais beaucoup.

- Je m'appelle Lilli.

Je ne t'ai pas menti. Je ne t'ai pas vraiment menti. À ce moment là je n'étais plus vraiment moi, je n'étais plus Anja. Alors si j'avais donné mon véritable prénom, là ça aurait été un mensonge.
J'ai repoussé mes cheveux pour pouvoir enfin rencontré tes yeux pour de vrai. À la frontière entre le bleu et le gris, je me suis surprise à m'y plonger, l'espace d'un instant de trop.
Ils étaient magnétiques tes yeux. À la fois horriblement repoussant et terriblement attirant. Ils avaient l'air gentils et pourtant malins. Adorables et carnassiers. Innocemment coupables. Comme deux contradictions brillantes qui ne s'accordaient que sur un seul point : différents.
Différents de ce monde peuplé d'humains stupides. Tu étais différent. Et pour la première fois, je me suis surprise à penser que, même si tu n'étais pas sorcier, cela ne me dérangerait pas. Mais bien vite je me suis reprise et je me suis mordue la langue. Cela n'avait aucun sens. Je hais les humains. Tous les humains.

Trop tard. Tes yeux m'avaient ensorcelée.

D'un coup j'ai été dégoûtée de ces yeux amers qui me parurent si peu francs. Tant malhonnêtes. J'ai alors fouillé dans mes poches pour me donner une excuse, pour ne pas avoir à affronter tes yeux. J'en ai ressortis un paquet de cigarette et, on en accrochant une au bout de mes lèvres, j'ai tendu le paquet vers toi.

- T'en veux une ?

En portant le briquet au bout de ma clope, j'ai un instant pensé à la chose qui était en moi. C'était mal de fumer pour elle, je le savais. Tant pis ; elle n'avait pas choisis la bonne mère.

[...]


On ne peut pas rester indifférent face à cette femme. On ressent de l'admiration, de l'envie ou de la jalousie. Mais on ne peut pas rester stoïque. On peut en avoir peur, l'aimer ou la détester. On a forcément son avis sur la question.

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MessageSujet: Re: We accept the love we think we deserve. [Anja]   Dim 6 Jan 2013 - 0:15

« C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si
importante »

    Le soleil hésite. Il hésite encore à se montrer, ou pas. Il ne sait pas encore s’il accompagnera les enfants sur le chemin de l’école ce matin là, il ne sait pas encore s’il a envie de se pointer, l’hiver étant pour lui aussi cette longue période de léthargie contagieuse. Il est un peu fatigué, le soleil. Peut-être un peu timide, aussi. Il n’ose pas déranger la lune qu’il jalouse un peu finalement. Il la trouve si belle.
    Snow Elkins et la fille, les yeux dans les yeux à la terrasse d’un café, ne remarquent pas le dilemme du soleil.
    De toute façon, lorsque celui-ci aura décidé de se montrer, ils seront déjà loin.

    Je crois bien qu’elle sourit. Cela y ressemble. Ses fossettes se plissent, on ne voit pas encore ses dents mais on les devine déjà, très blanches, très coupantes, pour bien mâcher ses mots et ses idées. A moins que ce ne soit pour les détruire, les empêcher de franchir le seuil des lèvres vermeilles et les ravaler tous en une bouchée sacrilège.

    Pourtant, les mots que la femme prononce là n’ont pas été mâchés, ils se sont extirpés de ses lèvres destructrices sans demander leur reste.

    - Oui, vous vous trompez. Les gens pensent que les belles femmes n'ont pas besoin de fleurs. À croire qu'elles ne sont là que pour consoler les moches. C'est bien dommage ; les belles femmes aussi peuvent être triste.

    Snow Elkins sourit. Il sourit parce qu’il s’est trompé, lui qui ne se trompe jamais vraiment. Il sourit parce qu’il s’est trompé, et parce qu’au fond, il espérait se tromper.
    C’est son orgueil aussi qui, loin de l’ennuyer, l’amuse, l’intrigue, le fait sourire.
    Bref, Snow Elkins sourit, et bien plus franchement que sa voisine.
    Ses lèvres se retroussent largement et s’il en avait eu envie, il aurait même pu se permettre de laisser échapper une ébauche de rire.
    Il ne se donnera pas ce luxe.

    - Dans ce cas, j’ai dû vous paraître mesquin. Je me serais rattrapé avec plaisir en vous offrant une vraie rose, mais je n’en vois aucune, et malheureusement je ne suis pas magicien…

    L’ironie résonne comme une évidence dans chaque syllabe que je lâche irrévérencieusement. Et bien que mes yeux n’ont pas cillé, on croirait apercevoir une multitude de clins d’œil éloquents s’en échapper.


    Les cheveux de la fille glissent devant son visage tandis que la serveuse dépose timidement, fragilement, les deux tasses de café commandées sur leur table.

    Le fond de ma tasse semble d’ailleurs la passionner profondément, elle donne l’air d’avoir une brusque envie de lui raconter des histoires, de disparaître en elle, si bien qu’elle oublie volontairement de me regarder, ou de la regarder elle. Je ne lui en veux pas mais je poursuis mon petit manège presque comique qui vole un second sourire à ma compagne à qui personne n’a jugé bon d’apprendre qu’une crinière de cheveux blonds, aussi imposante soit-elle, ne dissimule pas suffisamment son visage.


    Snow Elkins prend une voix plus doucereuse encore que la fois précédente et s’applique à planter ses yeux directement dans ceux de la serveuse qui ne sait plus très bien où se placer, dans la tasse, ou peut-être même sous la table ; juste avant de lui glisser un « merci » qui achève de lui faire monter le rose aux joues.
    Ses yeux se plissent, amusés, attendris peut-être par cet accent de faiblesse qu’il n’attend pas, ne trouvera pas chez l’autre fille. Il se dit que c’est ce qui la rend à la fois si attirante et si exaspérante, sans qu’il parvienne à trancher sur son point fort. Les deux se disputent à part égale un trône qu’elle n’a pourtant pas besoin de conquérir.
    Snow Elkins attend néanmoins que la serveuse se soit détournée, presque en courant, pour s’autoriser un adorable petit rire.

    Elle croit que c’est un jeu. Elle pense que je joue avec elle, ou bien elle voudrait que je joue avec elle à son drôle de jeu.
    « Attrape-moi si tu peux ».


    Snow Elkins souffle doucement sur sa tasse de café. Elle est encore chaude lorsqu’il pose ses mains dessus, et devient brûlante lorsqu’il l’enserre de plus en plus fort, faisant courir la douce chaleur dans les articulations de ses doigts engourdis. Puis il en boit une gorgée. Qu’il avale. Il sent le breuvage lui picoter les lèvres et glisser dans sa gorge. C’est comme ça qu’il l’apprécie. Pas du bout des lèvres lorsqu’il est déjà tiède, refroidi par quelques rafales qui s’aventuraient jusque-là.

    - Je m'appelle Lilli.

    Il hoche la tête. Exactement comme il aurait fait si elle venait de lui dire que c’était une belle journée. Il acquiesce, tranquillement, comme une évidence. Car c’est une évidence. Tout le monde a un nom. Qu’il s’agisse de Bernard, Michel ou Lili, Snow Elkins s’en moque finalement pas mal, bien qu’il n’aurait pas mis sa main au feu pour Bernard.

    Je ne lui ai pas demandé comment elle s’appelait. Je n’avais même pas besoin de le savoir. Je ne lui ai rien demandé, si ce n’est un peu de compagnie. Je ne lui ai rien demandé et pourtant elle se sent contrainte à donner en retour. En retour de quoi ? D’une rose que je ne lui ai pas offerte ?
    Je ne souris plus mais mes yeux, eux, en meurent d’envie. Ils pétillent de milliers d’étoiles qui rigolent beaucoup, très, très loin dans un ciel qui n’appartient qu’à elles. Elles rigolent et elles se posent des questions qui fusent dans ce ciel imaginaire comme autant d’étoiles filantes.
    L’une d’elle s’est posée à côté de moi.
    Lilli.
    Elle s’appelle Lilli.
    Cinq lettre, deux syllabes, un mot. Une personne ? Je ne pense pas.
    C’est joli Lilli, ça lui va comme un gant. Mais un gant un peu trop grand, un peu délavé, un gant dont le temps aurait eu raison. Ça lui va mais ça ne lui va pas. C’est joli mais trop gentil.


    Il n’avait pas besoin de la connaître. Regarder et deviner suffisait.

    Puis je l'ai regardée plonger la main dans son sac, me suis brièvement demandé si elle allait en sortir une baguette magique, ai songé que cela ne m’aurait pas tant surpris, j’ai souris à cette pensée. Mais la cigarette qu’elle en a extraite à la place me l’a sortie de la tête.
    Je l’ai regardée plonger la main dans son sac et en sortir, non pas une baguette magique, mais une cigarette. Je crois que j’ai eu l’air déçu.


    Mais Snow Elkins n’est pas vraiment déçu, juste curieux. Étonné peut-être qu’elle choisisse de s’empoisonner les poumons à ce moment précis, au lieu de le regarder dans ses yeux qui n’allaient pourtant pas la manger.

    Elle manque cruellement de conviction. La cigarette est droite comme un piquet entre ses doigts, elle ne me donne pas envie, on dirait qu’elle ne lui fait même pas envie, à elle. J'aurais pû lui dire que c'était mal, j’aurais pû lui réciter le sermon qu’on répète aux enfants.
    Mais ce n’est pas une enfant, on n’ordonne pas à une rose de ne plus piquer, on ne dit pas à une femme ce qu’elle a à faire. Cette femme veut fumer et ne veut ostensiblement plus être une enfant.


    Alors il l’a laissée allumer sa clope avec un drôle d’air et pour toute réflexion qu'il aurait mieux aimé la voir mâchouiller une marguerite.

    - T'en veux une ?

    Il secoue la tête. Dans l’autre sens cette fois. Le sens pour dire « non ». En l’occurrence pour dire « non merci, je ne fume que pour les grandes occasions, et ceci n’en est pas encore une ».
    Puis il parle. Pas pour combler le silence, parce qu’il se moque du silence et d’un quelconque malaise. Plutôt pour lui faire pressentir que le néant d’informations contenu dans un simple nom avoisinait celui renfermé dans une cigarette.

    - Je m’appelle Elio.

    Ce qui en soit est la vérité.


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MessageSujet: Re: We accept the love we think we deserve. [Anja]   Jeu 10 Jan 2013 - 20:31


« Lili,take another walk out of your fake world,
Please put all the drugs out of your hand,
You'll see that you can breath without not back up,
Some much stuff you got to understand. »




On avait toujours appris à Anja à être un chêne. Fort, droit, centenaire. Soutenant sans peine balançoires et feuilles. Toujours droit et fier face au coup du vent comme au coup du sort.
Mais peut-être on aurait dû lui apprendre à être un roseau. À l'apparence fragile, pliant contre la vie, incapable de supporter le moindre poids. Faible et fin, qui semble incapable de résister contre la vie.
Car quand la tempête arrive, le roseau fin et malin se laisse se faire laminer, tordre dans tous les sens. Alors que le chêne tente de se battre, veut absolument rester droit. Et quand le matin vient chatouiller la terre enfin calme après la tempête, le roseau à peine tordu surplombe le cadavre du chêne déraciné...

[...]

Je me suis dit qu'il fallait que je te le dise une fois. Que je te dise à quel point le sourire posé en équilibre sur tes lèvres, à la fois charmeur et mesquin, dissimulant ton monde sous un air amusé, à quel point ce sourire là me faisait frissonner. Je le sentais se poser sur ma peau, caresser le moindre bout de chair découvert, effleurer mes lèvres. Je l'imaginais lécher la courbe de mes seins, descendre au bas de mes reins, embrasser la paume de mes mains. Ce sourire là te distinguait des autres aussi sûrement que les deux billes qui faisait tes yeux et qui brillaient. Toi tout entier tu brillais en fait ; comme le soleil. Comme mon soleil ?
Je me suis promis de te le dire un jour. Alors permet moi aujourd'hui de te l'écrire, de le gratter sur papier pour forcer ce souvenir à demeurer pour toujours, aussi sûrement dans ma mémoire que dans celle si blanche de cette lettre.

Je crois que dès le moment où j'ai vu tes lèvres parcouru d'un tremblement avant de s'échancrer assez pour que je puisse voir tes dents, ta joie, ton bonheur, je crois qu'à partir de ce moment là, j'ai souhaiter entendre ton rire. Il ne pouvait être que beau ; un rire moche ne peut pas s'échapper d'un sourire comme ça. J'avais envie de t'entendre éclater, d'écouter ta voix détonner en tremblotant comme des milliers de grelots. Comme si je m'étais d'un coup rendu compte d'un vide immense en moi, un vide que seul ton rire pouvait combler.
Tu n'as pas rit. Tu t'es contenté de t'arrêter au seuil du rire, me gonflant d'espoir. C'était déjà beaucoup.
Mais ce n'était pas assez.

- Dans ce cas, j’ai dû vous paraître mesquin. Je me serais rattrapé avec plaisir en vous offrant une vraie rose, mais je n’en vois aucune, et malheureusement je ne suis pas magicien…

« Menteur » ai-je eu envie de souffler.
Ton sourire était bien trop ensorceleur pour que tu ne sois pas magicien. Et d'ailleurs des milliers de rire s'accrochaient à tes cils, démontrant mieux que personne l'ironie de tes propos. Je ne t'ai pas cru, même pas l'espace d'une seconde, mais j'ai préféré me taire que de t'accuser de ton mensonge. Toi et moi savions la vérité, la vraie, celle cachée entre tous ces regards et ces clin d'oeil invisibles.

« Menteur » me suis-je répétée dans ma tête.
Toi comme moi savions bien que la rose, que l'illusion n'était pas naturelle, pas comme les autres. Un instant je me suis demandé ce qui se serait passé si j'avais été une humaine innocente. Une scientifique, cherchant à analyser chaque détail que la vie lui offrait. Elle aurait chercher à comprendre d'où sortait cette rose si éphémère qu'on aurait pas voulu lui offrir. Elle aurait peut-être insister.
Puis elle se serait tu. Comprenant que derrière ton sourire tu étais un véritable magicien. Et qu'il n'y avait rien, absolument rien à comprendre. Magicien.

J'ai tu mes « menteurs » pour observer le retour de la serveuse et cette scène si particulière que vous vous escrimiez à jouer. On aurait pu croire à un film. Un séduisant jeune homme qui s'amuse à séduire une timide serveuse sous le regard amusé d'une femme qui n'a jamais connu l'amour. Un homme qui aime les femmes et une femme qui n'aime personne. Elle le voit séduire, elle le voit s'amuser, elle éclate de rire en cachant ses éclats sous sa chevelure blonde. Elle s'attache à l'homme et la vulgaire serveuse ne devient plus qu'un détail, un pion minuscule dans le scripte particulièrement bien manigancé du jeu. La femme et l'homme se regarde, elle tente de résister, de lui dire qu'il est pathétique en tant que séducteur et en tant qu'homme. Il répond d'un sourire et la vie balance.
Ils s'embrassent.

Ça aurait pu être un film, ça aurait pu être notre film, ça ne l'est pas. Les tasses ont été posées sur la table et je n'ai pas plongé mes yeux dans les tiens. Je n'ai pas tenté de poser des mots sur la scène que tu avais déroulé devant moi à l'aide de la serveuse. Tu n'as pas pu me répondre par un sourire et personne ne s'est embrassé, si ce n'est tes lèvres sur le bord de ta tasse.
La fumée s'échappe du liquide noir, mais tu n'en as visiblement que faire de la chaleur. Moi je te regarde boire, je te regarde te brûler la langue et tes mots avec, sans effleurer ma tasse à un seul instant.
Si je ne crains pas le froid, la chaleur m'effraie parfois.

J'ai sortis de mon sac une cigarette et j'ai bien lu au fond de tes yeux une pointe de désarroi. Ça m'était égal. Ou du moins ai-je fais semblant que cela m'était égal. J'ai pointé le paquet vers toi et comme j'aurais pu m'y attendre, tu as refusé d'un signe de tête.
J'ai haussé les épaules et allumé le bout de ma cigarette, regardant les volutes de fumées s'élever dans les airs aussi sûrement que ma vie part en fumée. Fumer me soulage et me dégoûte à la fois. Me rassure. Je sais ce que je fais quand je fume.
Je ne sais pas ce que je fais en parlant avec toi.
Alors finalement, entre deux ballets de fumées envoyé volter dans les airs, j'ai avalé une gorgée de café.
Et j'ai attendu.
Je t'ai attendu toi.

- Je m’appelle Elio.

Ton nom a roulé sur ta langue comme des milliers de perles. C'était un joli nom, pas agressif, pas mystérieux. Un nom gentil, un nom honnête. Lilli et Elio. J'ai tout de suite trouvé que nos prénoms s'accordaient bien ensemble ; qu'ils étaient sur la même longueur d'onde. Ils étaient beaux et simple. Beaux comme des fleurs, comme cette rose que tu avais créée, comme les lys que je posais sur la tombe de mon père...
Mais cette lettre n'est pas écrite pour que je puisse cracher sur mon père. Je n'en ai pas envie, je suis lasse de cette histoire. Alors oublions les fleurs pour l'instant, nos prénoms sont bien plus beaux.

Lilli et Elio.

- C'est joli.

Ma voix c'était radoucie avec cette stupide candeur qui me fait tant haïr certaines personnes. Une candeur naïve, d'enfant, de gamine. Une candeur que je glace habituellement en y ajoutant un regard gelé pour pas que l'on voit mes faiblesses.
Avec toi il n'y a pas eu de regard de glace. Juste de la candeur. Beaucoup trop de candeur.
Jusqu'à ce qu'on vomisse cette candeur.

Je t'ai regardé et je n'ai pas su quoi dire. Pas quoi faire. J'avais envie d'entendre ta voix, de l'entendre me dire des choses, belles ou moches cela n'avait pas tant d'importance. J'avais juste envie de me laisser bercer par cette voix, sur cette terrasse de Paris, une clope dans la main, un café dans la gorge en attendant le soleil.
J'ai fermé les yeux un instant pour me complaire dans ce rêve que tu avais créé, pour oublier un instant la vie. Puis je les ai rouvert, posant mon regard bleu sur toi, un léger sourire flottant sur les lèvres, des questions pleins les yeux. « Parle-moi » avais-je envie de te demander. J'ai eu envie de te faire esclave de parole, pour que tu puisses parler tout le jour et toute la nuit.
Mais au fond, n'était-ce pas déjà moi qui étais esclave de ton sourire ?

- Que fais-tu à Paris, Elio ?

Et puis, peut-être parce que j'avais un peu envie de t'impressionner, peut-être parce que j'avais envie de voir la surprise s'enflammer dans tes yeux, peut-être parce que j'avais envie de te voir lâcher ce sourire un instant pour mieux le regoûter l'instant d'après, j'ai tendu mes doigts vers ton café et avec mes pouvoir j'ai soulevé une petite masse du liquide brûlant, m'amusant un moment à la suspendre dans les airs avant de la laisser retomber au fond de la tasse blanche, toute blanche.
Avant d'éclater de rire avec tout ce que j'avais dans le coeur.

[...]


Lilli n'étais pas Anja et Anja n'était pas Lilli. Parce que Lilli était un roseau, elle. Qui savait se plier, jouer avec le vent, rire avec les oiseaux. Parce que Lilli se fânerait un jour, mourrait sans doute alors encore que le chêne serait, toujours aussi froid, toujours aussi furieux. Mais Lilli était belle, Lilli était gentille.
Lilli était une autre. Tellement loin de la réalité. Tellement loin de ce monde-ci. Ailleurs. Dans un non-lieu, dans un endroit que seule elle connaissait vraiment.
Un endroit où il manquait quelqu'un. Où il manquait une personne.
Elio.

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« Oiseau moribond, elle est plus proche de l'envol que je ne l'ai jamais été et j'ai mal.
Déchirure.  »



« Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d’ pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures »


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MessageSujet: Re: We accept the love we think we deserve. [Anja]   Dim 16 Mar 2014 - 17:33

« Tout commence à Paris. »

On fait beaucoup de rencontres en une vie. Des centaines, des milliers de rencontres. La plupart ne servent pour ainsi dire à rien, nous laisse totalement indifférent, parfois nous les oublions même à l’instant où elles quittent notre champ de vision. Il en existe beaucoup de la sorte.

Vous imaginez-vous le nombre de personnes que vous croisez en une vie ? Le matin en allant au boulot, le midi au café, le soir au restau. Le nombre de regards que vous interceptez, les sourires que vous échangez au détour d’un visage, d’une courbe ; les maigres paroles qui passent parfois même de vos lèvres aux siennes. Seriez-vous capable de vous en souvenir ?


Le peuple a la mémoire courte. L’humanité aussi.

Non. Bien sûr que non. Car vous êtes humain ; or je crains qu’une mémoire d’éléphant elle-même serait pitoyablement inutile à ce genre d’exercice. Vous êtes incapables de vous souvenir d’une quelconque personne n’ayant pas profondément marqué votre esprit solitaire ; pire, c’est votre esprit lui-même qui pré-selectionne les éléments jugés importants pour vous et par vous, petit être humain en devenir. Car vous êtes humain, et par délégation, vous ne supportez que ce qui vous touche très personnellement. Vous êtes comme tout le monde, vous êtes égoïste. Du moins votre esprit l’est, en oubliant les choses qu’il se targue de ne pas avoir la capacité volumétrique nécessaire pour enregistrer, pour se souvenir ; tout cela par flemmardise, comme disent ces fameux humains.

Snow Elkins n’a beau ne pas être humain, il demeure un homme. Lui aussi pathétiquement incapable de se souvenir qu’il a peut-être déjà croisé cette femme, là-bas, bousculé celle-ci ou souri à celle-là. Il en rage, mais il ne peut rien y faire.

Pourtant, si je suis sûr d’une chose, c’est que je ne l’ai jamais vu, elle. Cela n’a rien de logique, de statistique ou de mathématique. C’est intuitif, comme le loto, comme le réflexe du genou, comme le sourire qui fend mon visage.
Je n’avais jamais vu cette femme. Je n’avais jamais vu Lilli.
Je ne l’aurai pas oubliée.
Certitude.


- C'est joli.

Peut-être a-t-il soufflé un « merci », en même temps qu’il soufflait sur la tasse de café. Peut-être. Difficile d’en avoir le cœur net. Il s’en fiche de toute façon. Il se fiche d’être poli. Et puis ce n’est pas pour les trois mots de compliment qu’il a envie de remercier. C’est pour le reste, tout le reste ; pour ce qu’il découvre petit à petit en face de lui et pour ce qu’il ne soupçonne pas encore. Pour la candeur dans la voix de Lilli, cette même candeur qu’il savoure et qu’elle exècre. Pour cette fille qui prend simplement un café avec lui, cette fille qui n’avait pourtant pas besoin de compagnie, cette fille que son cerveau sera incapable de trier. Incapable d’oublier.

Tu as sûrement envie que je dise quelque chose et je n’aimerais pas te décevoir, Lilli, pourtant vois-tu je ne trouve rien. Ou plutôt je ne saurais pas où commencer. Je me demande si je devrais t’exposer ma théorie des belles rencontres. Les vraies belles. Celles dont j’ai oublié de parler mais qui sont pourtant si importantes. Celles qui changent le cours du temps. Celles qui foutent le bazar, qui remettent tout en question. Je me demande si tu feras partie de celles-là, Lilli. J’aimerais bien.
Ça me ferait plaisir de ne pas t’oublier.


Snow Elkins se sent un peu fébrile tout à coup. Comme s’il redevenait enfant, comme s’il était encore Elio. « C’est joli », a-t-elle dit. Oui, c’est joli, mais trop petit. Snow ne rentre plus dans ce prénom depuis un moment déjà, il a bien grandi et son pantalon d’enfant a raccourci.
Alors ça le trouble, ça le trouble un peu mais il n’y laisse rien paraître. Pas devant la dame…

- Que fais-tu à Paris, Elio ?

Ce que je fais à Paris ? Je souris.

Snow Elkins repousse la page de mots croisés qui gît devant lui. Il ne les a jamais vraiment appréciées, ces petites lettres mêlées en tous sens, mais elles pouvaient au moins se venter d’avoir retenu l’attention du jeune homme. Pour un instant. Un instant seulement. Le temps a coulé, l’instant s’est écoulé et Snow Elkins s’en est désintéressé. Ancienne fascade de son intérêt pour la femme, le journal est désormais obsolète. Car toute la fascination de Snow Elkins, bien que maîtrisée à la perfection, si bien qu’on le croirait presque ennuyé s’il n’y avait ce long et intense pétillement au fond de ses yeux clairs, est maintenant dirigée sur une seule et unique personne. Une seule fleur. Une seule rose.
Il sourit.

- Je fais des rencontres. Et des mots croisés.

L’ironie résonne dans ma voix comme des milliers de petites clochettes multicolores, toutes avec une mélodie différente.
Je me dis sereinement que l’on peut tout faire à Paris. On peut rêver, sourire, on peut boire, on peut s’amuser, oublier, chanter, danser, savourer.
Mais pendant que d’autres font du tourisme, je fais des rencontres.  


La serveuse les observe depuis un moment déjà. Assise derrière la fenêtre, elle les regarde avec envie, espérant secrètement qu’il ou elle lèvera sa main encore une fois, et que je charme opèrera à nouveau.
Ils n’en font rien. Pour l’instant.
La serveuse se dit que personne n’aurait le courage de déranger ces deux-là.
Elle se dit aussi que qu’il n’a pas cessé de sourire. Pas une seule fois, depuis que la rose s’est posée à côté de lui, comme par magie.
Mais elle-même ne sait plus très bien à quelle fleur elle fait référence ; celle qui a si mystérieusement disparu, ou celle qui est assise en face de l’étranger. Après tout, les deux ont des épines…

- Et vous, où est-ce que vous courriez comme ça ? Je dois savoir qui je fais attendre !

Car j’ai bien l’intention de le faire attendre encore une éternité.
Au moins.

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MessageSujet: Re: We accept the love we think we deserve. [Anja]   Jeu 4 Fév 2016 - 12:42

« Les mots sont les passants mystérieux de l'âme »

Anja ne laissait échapper ses sentiment peu souvent, souriait rarement, ne pleurait jamais. Elle avait été éduquée ainsi, dans une famille ou montrer son ressenti est une condamnation à mort direct. Parfois, dans son enfance, il lui était arrivé d'être triste ou heureuse. Pour un compliment d'un joli garçon, une punition de son grand-père, une odeur de pain chaud en passant devant la boulangerie, une mauvaise note à l'école. Puis peu à peu les sentiment s'étaient évaporés, effacés. Peut-être étaient-ils toujours présent, tout au fond de son âme, mais la sorcière noire avait tant pris l'habitude de les ignorer qu'ils avaient fini par ne plus la toucher.
Sauf parfois. Au détour d'un sourire, d'une rose un peu trop parfaite et d'un matin à Paris. Certains moment de vulnérabilité qu'elle ne savait éviter, cherchant même parfois à les atteindre, se croyant plus forte ainsi. Car si Lilli ressortait parfois, c'est qu'elle existait encore, quelque part en elle. Et Anja avait besoin de cette part sensible.
Pour mieux comprendre les autres.
Et pour mieux les détruire.
Lilli était un atout certain pour la chef de Rosenrot. Mais également la faille qui, si elle laissait quelqu'un s'y engouffrer, risquait de la hanter pour toujours.

[...]

Paris est une ville bien singulière, n'est-ce pas ? La ville de l'amour, du bonheur, des petits cafés longeant la Seine et se perdant dans Montmartre, des parisiens désagréables, des milliers de touristes chinois fourmillant un appareil photo à la main, des boutique de mode et de luxe, des musées, des écrivains paumés dans leur spleen, des macarons et de la gastronomie française, des monuments défiants l'horizon, des lumières défiant les étoiles, des poètes maudits et des artistes écorchés.
Paris est Paris.

- Je fais des rencontres. Et des mots croisés.

Le sourire sur tes lèvres souligne l'ironie de ta voix et pourtant je ne le relève pas. Je laisse couler tes mots sur moi, comme si leur sens n'avait pas vraiment d'importance et que seul comptait la douceur de ta voix.
Le monde autour de nous me semblait avoir disparu. Je sentais parfois des regard s'attarder sur nous quelques secondes de trop pour être poli, intrigué par le couple particulier que nous formions, semblant déplacé dans ce café gris de Paris. Je ne suis pas quelqu'un de banal et tu ne l'ai pas non plus Elio. Toi et moi le savons parfaitement. Nous brillons, surtout dans la grisaille matinale d'une ville qui n'a pas grand chose à offrir à des esprits comme les autres.
La ville lumière s'ouvre aux artistes en devenir, aux écrivains mortifiés et aux poètes maudits. Mais nous la dépassons, la surpassons tant que les regards ne peuvent qu'être attirés par l'aura supérieure que nous dégageons.
Et je ne dis pas ça pour me vanter, tu le sais bien.

- Et vous, où est-ce que vous courriez comme ça ? Je dois savoir qui je fais attendre !

Je l'ignore. En te regardant j'ai perdu toute notion de temps et d'espace. Je ne sais pas réellement vers qui je vais, j'ai oublié le but de mon réveil ce matin, ce qui m'a poussé à descendre dans la rue pour affronter le froid de si bon matin. Je ne sais même plus pourquoi je suis à Paris et pas en train de donner des ordres à des soldats qui me respectent mais qui ne m'aiment pas. Qui me haïssent même parfois.
Je t'ai regardé et l'espace d'une seconde le visage renfrogné de Green m'est venu à l'esprit. Je me suis souvenue de ses baisers, de sa main qui glisse, de lui entrant en moi. J'ai revu la haine mêlée de désir qui traînait dans ses pupilles, son sourire goguenard en découvrant ma virginité, cette faille qu'il a peu à peu découvert en moi, laissant non pas un trou béant comme j'aurais pu m'y attendre, mais un être en devenir caché en mon sein, gagnant chaque jour plus de légitimité dans cette vie.
Mais aussi vite qu'il était apparu, j'ai effacé Green de mon esprit, espérant que tu n'aies pas vu mon trouble ou alors si vite que tu aies juste eu le temps de t'interloquer sur la raison, sans vraiment y penser consciemment, la question s'effaçant d'elle même pour laisser place à une nouvelle pensée.

- Vers le destin. Pourquoi ne pas dire finalement que c'est vers vous que je courrais ?

Après tout, rien ni personne ne m'attend. Ne m'attend vraiment, je veux dire. Car Rosenrot attend les ordres d'Anja, Croix insiste pour faire alliance contre Orpheo, Jack désire sûrement me mettre une bonne claque à notre prochaine rencontre et des gens comme Mike ou Redwan doivent bouillir d'impatience de se voir affubler d'une nouvelle mission sanguinaire.
Mais ce n'est pas Lilli qu'ils attendent. C'est Anja.
Lilli elle est libre. Elle n'a que cette vie qui grandit en elle et à laquelle elle devrait peut-être porter plus d'attention.

Le café au fond de ma tasse s'était un peu refroidi et je l'ai porté à mes lèvres, avalant quelques gorgées dans le silence. Un léger vent s'amusait à jouer avec mes cheveux et des rires d'enfants commençaient à résonner dans les rues de Paname. Au loin un accordéoniste enchaînait les chansons françaises, comme s'il espérait que le matin rendrait les gens plus clément pour lui filer une pièce ou deux. Le silence n'était donc pas si silencieux.
Mais j'avais envie d'entendre ta voix. Je m'en fichais de ce que tu pouvais bien me dire, tu pouvais me réciter le dictionnaire ou me raconter la plus passionnante des histoires, ça m'était bien égal. Tout ce que je voulais c'est le son de ta voix résonnant à mes oreilles. Mais pouvais-je vraiment te demander ça ? De parler ? Ça ne semblait pas très poli.

À la place j'ai saisi le journal posé devant toi et j'ai regardé les petites lettres tracées minutieusement dans les carrés. À vrai dire ça semblait être quelque chose de bien ennuyant pour toi qui était un être si passionnant.

- Tu n'aimes pas réellement les mots croisés, n'est-ce pas ?

Ce n'était pas vraiment une question.

[...]


Lilli aimait bien Elio. Peut-être un peu trop. Anja avait intérêt à veiller au grain si elle ne voulait pas se perdre dans un sentimentalisme qui ne ressemblait pas à la chef de Rosenrot...

_________________



« Oiseau moribond, elle est plus proche de l'envol que je ne l'ai jamais été et j'ai mal.
Déchirure.  »



« Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d’ pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures »


- Do you know how to fight ?
- And you, do you know how to die ?
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