Visite d'un chat [PV Alicia]


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 Visite d'un chat [PV Alicia]

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Sorcier Noir
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Jeremiah Kanitz
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MessageSujet: Visite d'un chat [PV Alicia]   Ven 2 Mai 2014 - 16:23

Comme à son habitude, Jeremiah flânait dans les rues urbaines, tout entier à ses réflexions que venaient nourrir tout ce qui passait devant ses yeux. Son regard félin observait avec discrétion et précision l’effervescence des citadins, les angoisses, les désirs, les interrogations qu’il cueillait sur les visages et les attitudes. Paris lui plaisait tout particulièrement. C’était l’héroïne d’un paquet de légendes et de mythes roses et romantiques, et, peut-être parce que sa réputation lui assurait toujours une grande attractivité, elle pouvait se permettre d’être en réalité rude et inhospitalière. Les rues allemandes incitent plus à la flânerie : les trottoirs sont plus larges, les gens moins pressés, les boutiquiers plus souriants. La foule de Paris favorise assez moins l’échange humain, et cela faisait sourire Jeremiah. Il calquait son pas sur l’allure rapide des humains qui l’entraînaient en avant, et son regard passait sans s’attarder sur les visages, surtout féminins, qu’il rencontrait. Oh, que ce serait délicieux que tout ce petit monde connaisse la vérité, l’existence de la magie, et reconnaisse la supériorité des sorciers. Cette foule qu’il traversait ne serait plus aussi indifférente à sa présence, il serait comme un capitaine de navire pirate qui fend les flots en se sentant maître de la mer ! Les boulevards bondés de Paris étaient également un excellent entraînement pour développer sa capacité féline dans son corps d’homme ; les mouvements rapides, furtifs, il se glissait partout, presque invisible, baladait ses mains où il le voulait, volait des cigarettes à même le paquet, créait des altercations entre deux personnes, bref, il s’amusait comme un petit fou et se sentait un peu comme catwoman, mais sans la paire de seins. Son petit jeu l’occupa tant qu’il finit par se transformer en chat – en fait, son goût tout félin de la flânerie et de la puissance insoupçonnée faisaient en sorte qu’il était bien plus souvent sous forme animale. En chat, il passa sur les toits et les balcons, passait par les fenêtres ouvertes… La vie parisienne dans son intimité était presque aussi captivante que dans ses rues. Confortablement installé sur le rebord d’une haute lucarne, il observait tranquillement une humaine nue et franchement bien foutue qui faisait cuire du bacon dans une poêle. Chacun ses trips, après tout. Elle lui faisait penser à une esclave qu’il avait connue dans un camp de détention en Sibérie, lors de son grand voyage autour du monde. C’était un camp plutôt petit mais de très bonne qualité, la marchandise venant principalement des contrées pauvres d’Europe de l’est. Quand il y pensait, il avait toujours un petit regret du fait qu’il n’avait pu en ramener, ça n’aurait pas été pratique de se trimbaler une humaine pour un si long voyage. Alors que ses pensées dérivaient en cette direction, il se souvint soudainement qu’il avait reçu un mail de la part du propriétaire du camp, avec qui il s’était brièvement lié d’amitié. Orphéo l’avait repéré et son ami craignait une intervention de ces cons d’exorcistes ; Rosenrot, n’ayant pas trop de temps en ce moment, avait répondu un truc vague à son alerte, et il s’était tourné vers Jeremiah. Qui, non plus, n’avait pas beaucoup sourcillé en lisant ce message. Mais à présent, les bons moments passés dans ce camp lui revenaient en mémoire et, bien que ce ne fût pas un camp très important, il décida d’aller enquêter sur les intentions d'Orphéo à son égard. Surement que cet élan d’altruisme lui passerait dans quelques jours. En l’espace d’un instant, alors que l’humaine s’était retournée pour chercher quelque chose dans un placard, il bondit, vola le bacon encore tout chaud, puis repartit de là où il était venu.
Puisqu’il flânait, autant flâner utile : le QG parisien d’Orphéo ne se trouvait qu’à quelques rues de là. Il courut si vite sur les toits des immeubles qu’il lui semblait voler ; le ciel était immense et tout près, l’air doux. Il se sentait faire une bonne action, pour aider un ami (et ce n’était pas courant), pour soutenir l’esclavage d’humains qui était, somme toutes, dans l’ordre des choses. Il œuvrait donc pour l’ordre des choses, pour l’équilibre du cosmos, tout ça. Bref, il était un peu un héros. Arrivé à destination, par les hauteurs, il se laissa glisser comme du velours sur le toit haussmannien puis sauta sur le premier balcon. Celui-ci donnait sur un riche bureau, décoré simplement mais avec goût. Une jeune femme plus âgée que lui était penchée sur des papiers, la tête dans les mains. Elle était encore mieux foutue que l’humaine de tout à l’heure. Jeremiah avait beaucoup de chances car la fenêtre là encore était ouverte ; après avoir fini de mastiquer son bacon, il sauta sans un bruit. La jeune femme ne tourna même pas la tête, visiblement très concentrée dans sa lecture. Ses sourcils étaient froncés et ses lèvres remuaient sans bruit comme pour appuyer les mots qu’elle lisait.


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Alicia Roussel
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MessageSujet: Re: Visite d'un chat [PV Alicia]   Sam 14 Juin 2014 - 19:35

People help the people, and if you're homesick, give me your hand and I'll hold it

Alicia travaillait calmement, les yeux rivés sur un dossier de recrutement dans un foyer pour anciens esclaves au Canada. Orpheo souhaitait les intégrer dans la société magique du mieux qu'ils le pouvaient. La sous directrice planchait là dessus depuis le matin. Elle allait bientôt se rendre sur place pour parler à ces jeunes gens. Elle préparait donc son départ, étudiant les lettres écrites par les ex-esclaves en question, qui représentaient pour certains, une candidature en tant qu'exorcistes, pour d'autres, un simple remerciement. Alicia souriait parfois, souvent émue.

De temps à autres, elle levait les yeux vers la fenêtre. De là, elle pouvait voir la Seine, chevauchée par quelques ponts. Et elle souriait. Elle allait bien. Elle était assez heureuse en ce moment, sa vie était bien remplie, elle s'était faite un nouvel ami, Robb, lui aussi ancien esclave. Elle aimait bien Paris, elle trouvait cette ville apaisante, tout du moins dans les quartiers chics. Oui, Alicia avait un petit côté bourgeoise du XVIe arrondissement, mais elle avait peur des coins sombres et "qui craignent" depuis son enlèvement. C'était comme ça.

Elle était actuellement très concentrée, l'expression écrite du jeune homme qui avait écrit la présente lettre était très approximative. Il ne savait pas très bien ponctuer ses phrases, utilisait des termes étranges, et souvent inexacts, il semblait hésiter comme à l'oral.
Toutefois, cette maladresse de l'écriture ne donnait que plus d'intérêt à Alicia pour cette lettre. A travers elle, elle comprenait que certains esclaves ne comprenaient simplement pas le monde dans lequel ils venaient d'être plongés, ils avaient du mal avec la liberté, la vie en autonomie, les questions philosophiques de la vie...

Tout à coup, Alicia entendit un léger bruit derrière elle. La jeune femme se retourna pour découvrir un chat tout noir, jeune, surement dans la force de l'âge, disons 5 ans maximum. Elle sourit tendrement, elle adorait les félins. Sa fenêtre était ouverte, il avait du passer par là. Elle se pencha pour le grattouiller sous le menton.


-Bonjour Minou, dit-elle alors avec un sourire, remarquant au passage que le félin avait du chaparder quelque chose avant d'entrer ici, il avait le museau et les moustaches qui semblaient huileuses.

Prenant la visite du chat comme une pause bienvenue dans son travail, elle commença à lui caresser le dessus de la tête. Il ne semblait pas particulièrement sauvage. Alicia sourit de plus belle :

-Alors dis-moi, qu'est-ce que tu fais là ?

Elle ne comptait pas vraiment sur le chat pour lui répondre, d'autant qu'elle n'était pas télépathe animale, donc, à quoi bon. Alicia prit le chat et le posa sur ses genoux, continuant à le caresser rêveusement. Son esprit était un peu engourdi, elle avait beaucoup travaillé.

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Jeremiah Kanitz
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MessageSujet: Re: Visite d'un chat [PV Alicia]   Lun 8 Mai 2017 - 15:46

Cette jeune femme avait le toucher habile. Quand elle le grattait sous l'oreille gauche, elle opérait une pression des doigts contre sa peau puis elle les relâchait doucement tout en le massant. Pression, relâchement. Juste ce qu'il fallait. Tout en se demandant si la main de la jeune femme faisait preuve de la même dextérité avec un sexe masculin, il dardait un œil sur les documents qui jonchaient le bureau. Un foyer d'ex-esclaves du Canada ? Orphéo accueillait vraiment la vermine de tous horizons. A croire qu'ils avaient vraiment de l'argent et du temps à gaspiller. Jer remarqua aussi des enveloppes sur le bureau, adressées à Madame Alicia Roussel. Il releva les yeux et la regarda plus longuement. Elle avait tout l'air d'une petite bourgeoise engoncée dans sa bonne conscience et ses bonnes manies de samaritaine. A tous les coups, elle sauvait des enfants bâtards en leur trouvant un CAP photocopie financé par Orphéo puis allait s'acheter un manteau en fourrure, ou chassait le chien mal odorant du concierge quand il s'approchait de ses chaussures impeccablement cirées. La conscience vernie des sorciers blancs était complètement vomitive. Un jour, Jer était sur le point d'apprendre la politesse à un humain dont le fils lui avait manqué de respect, et il l'avait surpris ramassant un hérisson blessé sur le bord d'une route. Alors il l'avait laissé tranquille, sans un mot, sans se gorger d'une autosatisfaction émue pour tant de mansuétude. Une vie pour une vie, c'était tout.

Roussel lui parlait. Elle lui adressait un sourire vague, comme si elle pensait à autre chose tout en babillant. Comme l'on fait usuellement en s'occupant d'un animal. Toujours, c'est soi-même que l'on regarde, c'est notre propre tendresse qui nous émeut. La boule de poils, on la rejette vite quand elle rappelle, d'un coup, qu'elle n'est pas seulement une peluche, mais un être vivant.

Jer respectait la vie. Il la respectait infiniment ; c'est pour cela qu'il fallait la mériter. Jamais, en tuant, il n'avait rabaissé la qualité d'être vivant d'une de ses victimes.

- Alors dis-moi, qu'est-ce que tu fais là ?

Il se le rappela soudainement. Il avait un ami à mettre à l'abris. Cette Roussel s'occupait d'un foyer d'ex-esclaves au Canada ; certainement, l'affaire d'un camp de traite d'humaines en Europe de l'Est ne devait pas lui être inconnue. C'était plus ou moins la même chose : des humains utilisés pour leurs corps ou force de travail, qu'Orphéo voulait libérer. Ah, le monde était vraiment un Disney pour ces gens-là. Ils aplanissaient tout, ils séparaient tellement le bien et mal qu'ils les confondaient. Ce n'était pas aussi simple. Il n'y avait pas assez de dignité sur Terre pour qu'elle soit partagée par tous, depuis toujours il y avait des asservissants et des asservis. La Grèce Antique fonctionnait sur le fondement de l'esclavage.

Il sauta lestement sur le bureau. Son mouvement fit tomber une liasse de feuilles ; et, tandis qu'elles virevoltaient jusqu'au sol, une forme tracée sur le papier attira soudainement son attention. Comme un flash. Une réminiscence. Un signe égyptien, ou celte, enfin, quelque chose de figuratif et d'ancien. Un rond, non, une spirale plutôt, à mi-chemin entre un œil et un soleil. Roussel s'était déjà penchée pour ramasser le bazar. Jer atterrit sous le bureau et, alors que la jeune femme avançait la main pour ramasser les feuilles, il la griffa sauvagement. Assez vite, du sang barbouilla les feuilles là où, par réflexe, elle avait reculé sa main.

Le signe avait été tracé au bas d'une feuille, une lettre, qui venait de ce foyer au Canada. Et Jeremiah le savait, le sentait autant dans son cœur d'homme qu'avec son instinct d'animal. C'était un signe magique qu'on avait oublié, une fantaisie, ce qu'on appelait dans les histoires une "rune". C'était un délire d'enfant obsessif et trop imaginatif, un enfant qui recherche des repères désespérément, jusqu'aux tréfonds de l'Histoire, jusque dans les fictions.

Il fallait qu'il y aille. Il avait toujours voulu aller au Canada. C'est joli, le Canada, c'est grand. Oh, il allait se faire adopter par la petite bourgeoise. Il allait réclamer ses tendresses.


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Alicia Roussel
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MessageSujet: Re: Visite d'un chat [PV Alicia]   Dim 28 Mai 2017 - 22:29

Soft kitty, warm kitty...

Le chat avait l'air content, il ne ronronnait pas, mais presque. Alicia connaissait assez bien les animaux pour savoir qu'un chat pouvait manifester son contentement autrement qu'en ronronnant. Et que le ronronnement pouvait parfois être signe de douleur. Et puis il ne fallait pas oublier, elle était sortie avec un chat. Eh oui, Ren, Renou le chat, le métamorphe félin, il avait partagé sa vie pendant quelques années. Il faudrait d'ailleurs qu'elle pense à prendre de ses nouvelles. Il était marié, à présent, et papa d'une petite fille. Elle se demanda en souriant d'amusement comment était le nippon en tant que père. Probablement un gaga qui ne s'assume pas. Elle sortit son agenda et nota en bas de la page de la semaine "Passer un coup de fil à Ren pour prendre des nouvelles". Le pauvre devait être overbooké, comme toujours.

Bref, Alicia connaissait les chats.

Après l'avoir observée un long moment comme si c'était une créature digne d'intérêt -que d'égards de la part d'un félidé !- le petit animal sauta sur son bureau, et, nonchalamment, sans aucune gêne, marcha allègrement sur ses papiers, les répandant sur le parquet de son bureau. Al posa son stylo, puis ses mains à plat sur le meuble, et considéra le chat d'un air sévère, avant de déclarer :

-Ce n'est pas très aimable ça, Monsieur Chat.

Monsieur Chat était un surnom qui allait bien au petit matou noir. Il semblait un peu sauvage, mais également élégant, avec le regard qui juge, comme le regard de beaucoup de chats, d'ailleurs.

Alors que la jeune femme baissait la main parmi les papiers éparpillés à récupérer, la bestiole, énervée par elle ne savait quoi, la griffa sèchement, violemment. Elle retira immédiatement la main, des gouttes de sang se perdirent sur les pages. Alicia laissa passer un sifflement de douleur et secoua frénétiquement son extrémité blessée.


-J't'ais fait quoi, tabarnak' ? maugréa l'exorciste, prenant malgré elle l'accent québécois.

Elle planta ses yeux bleus, dans ceux, verts et très beaux, presque magiques, du félidé. Il avait l'air tout innocent. Du genre "j'ai rien fait moi, j'ai un alibi, j'étais au cinéma". Elle fronça de nouveau les sourcils, tout en souriant tout de même parce qu'au final, elle aimait trop les animaux pour leur en vouloir. Par habitude, elle choppa tout de même l'animal par la peau du cou, et l'avança devant son visage -pas trop près, pour ne pas se faire griffer- et lui dit fermement :

-Non.

Vilain matou. Elle le gratifia tout de même d'une caresse distraite et très légère sur le dos et la queue avant d'aller désinfecter sa blessure dans sa salle de bain. Saleté, va.

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Jeremiah Kanitz
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MessageSujet: Re: Visite d'un chat [PV Alicia]   Jeu 19 Avr 2018 - 0:08

La petite bourgeoise disparut dans une pièce adjacente, et Jeremiah entendit un instant plus tard l'eau couler dans un lavabo. Bien. Cela lui donnait l'occasion de poursuivre plus attentivement ses recherches, sans risquer de se faire cajoler ou prendre sur les genoux sans prévenir. Oh, ne nous méprenons pas, il adorait ça, les mignardises, la chaleur du corps féminin, les mains qui se baladent sur toute la longueur de son dos - et même, parfois, quand vraiment il a passé une bonne journée, sur son ventre. Mais pour l'heure, ses pensées étaient occupées de toute autre chose.

Il retrouva sans peine le papier qui avait retenu son attention, encore par terre sous le bureau. Comme souhaité en la griffant, Roussel n'avait pas eu le temps de ranger le bazar. Tout le dossier concernant ce foyer d'esclaves canadien s'était renversé.

C'était une lettre écrite à la main, ou plutôt une photocopie. Très courte, trois paragraphes tracés d'une écriture peu formelle, tordue, sur des lignes se cassant la gueule sur la droite, et des lettres en pattes de mouche. C'était en anglais. Jer lu les premières phrases ; c'était un anglais peu maîtrisé, et il n'était pas facile de comprendre tout de suite de quoi il s'agissait. Jer comprit que c'était un récit de vie ; une requête également, un appel au secours. A fortes probabilités, c'était une demande d'asile, de protection ou d'hébergement, quelque chose comme ça, écrit par un esclave, à l'adresse du foyer financé par Orphéo. Impatient, Jeremiah ne s'attarda pas sur le contenu et agrippa un côté de la feuille avec ses griffes pour la retourner. C'était galère. Mais oui, derrière, la lettre était signée par ce symbole étrange qu'il avait immédiatement reconnu.

C'était signé simplement "Willow W.", puis, en-dessous du nom, était tracé directement à la main, le dessin, sorte de tourbillon-soleil-œil aux cinq rayons. Jeremiah s'était figé. Soudainement, ce moment, jusque là anodin, avait pris une densité insoupçonnée, telle qu'il aurait pu la serrer de son poing, et telle également qu'elle était entrée dans sa gorge et rendait son souffle difficile.

Son père s'était souvent moqué de lui, quand il lui parlait du pouvoir des runes. C'était de la magie ancienne, ancestrale, originelle peut-être - et si elle n'était plus directement utilisée, tout, tout venait d'elle. Tout venait de ces petits dessins. Ils étaient la représentation - non ! car elle n'était pas seconde: c'était la présentation, directement, sans -re - des pulsions, des émotions, de la vie et la mort, du sexe et de la violence, de l'amour et de la tendresse, du pouvoir et de la ruse, de la confiance et de l'espoir, qui constituaient, tous ensemble, le flux qui alimentait toutes les énergies du monde. C'était ça la magie. Un mic mac intemporel d'énergies nourrissant et nourries par tous les êtres vivants du monde. Et ces pulsions-là, ces moteurs-là, ils avaient une face, non pas un visage, mais une incarnation, mouvante, mystérieuse, traduisible seulement sous la forme de ces runes. Les runes alors devenaient un outil surpuissant, le premier outil à toute création, combustion, destruction ; les runes étaient le portail de la magie.

Le cœur de Jeremiah, déjà à 110 voire à 140 battements par minute sous sa forme féline, s’accéléra encore. Cela faisait des années qu'il n'avait plus pensé à tout cela. Parfois, bien sûr, quand il passait dans une bibliothèque bien fournie, ou au détour d'une conversation tardive au bout d'une nuit de perdition, il lui arrivait de reprendre son enquête d'enfant, la recherche des runes, et même de la première rune, l'origine de la magie. Cependant, en reconnaître une tracée là, sur un papier, probablement par une main inconnue, lui faisait l'effet d'un électrochoc.

Tout absorbé dans ses pensées, il ne remarqua pas Alicia Roussel qui revenait dans le bureau, et se penchait à nouveau vers lui pour mettre de l'ordre.

Un mythe ! Jeremiah le savait. Les runes n'existaient pas. Ou alors, n'avaient jamais eu aucun pouvoir. Des affabulations. Aucun vieux magicien à la longue barbe blanche, traînant jusqu'au sol, ne lui tendra jamais un doigt noueux pour lui tracer dans les airs le dessin de la rune originelle, celle qui expliquerait tout, et qui serait la force motrice de tous les dynamismes de l'univers. Celle qui, enfin, peut-être, lui indiquerait la direction de son destin, un chemin à suivre, une conviction à défendre, une vérité à croire, une chambre où se coucher. Mais encore et pour toujours, Jeremiah était ce petit garçon à qui le père n'avait jamais autorisé d'être un petit garçon, et qui avait besoin de se raconter des histoires, pour vivre ses aventures de petit garçon quelque part ailleurs que dans son grand manoir froid, ailleurs dans la fiction.

Jer reporta ses grands yeux de félin sur Roussel. Il se sentait soudainement très triste, et c'était l'avantage des chats : ils n'avaient pas besoin d'avoir de la pudeur. Un chat peut s'arroger le droit d'être très communicatif. De toutes façons, il reste un mystère.

Il bondit sur ses genoux. Il fallait qu'elle l'emmène au Canada, à la rencontre de cette main qui avait tracé cet œil tourbillonnant à cinq rayons solaires.

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Alicia Roussel
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MessageSujet: Re: Visite d'un chat [PV Alicia]   Mer 8 Aoû 2018 - 23:49

Little ball of furr...

L'eau coulait rapidement sur la main meurtrie d'Alicia. Elle regarda un instant son visage dans la glace : visage régulier, nez à peu près droit. Un peu froide. Elle haussa les épaules. La vie l'avait rendue comme ça. Elle secoua la tête puis se sourit à elle-même, pour se remonter le moral. Il lui suffisait de voir le fond de ses propres yeux pour se sentir envahie d'une vague mélancolique. Al était une bonne vivante, une française bien clichée qui aimait dévorer la vie à pleine dents. Simplement tout devenait plus compliqué avec les années, et il semblait que le trauma fut inévitable à un moment ou à un autre. D'une manière ou d'une autre.
Elle qui avait eu une enfance et une adolescences rêvées, ou presque.

Le boulot. Cette pensée lui remit un peu de baume au cœur. Se jeter à corps perdu dans ses papiers et dans l'idée qu'elle se faisait d'un monde plus juste l'aidait indéniablement. Peut-être aurait-elle dû se freiner parfois, il arrivait à sa cheffe de lui lancer des regards réprobateurs, surtout depuis sa séquestration, mais elle n'avait encore jamais fait de burn out.

Et puis, elle avait un chat qui avait décidé de squatter son bureau pendant un petit moment, cela ne pouvait qu'être positif.
C'est donc avec un sourire plus léger sur les lèvres qu'elle revint à son bureau, où le jeune chat semblait désemparé devant tant de paperasse, qu'elle entreprit de remettre en ordre.


- Pousse-toi, toi, dit-elle gentiment à l'animal.

Il y avait des dossiers sur des runes, sur des esclaves à placer en foyers d'accueil, sur des complots potentiels au sein des organisations noires, et puis quelques notes de frais qu'elle n'avait pas encore reporté au service comptabilité d'Orpheo. Evidemment, ce type de département existait. C'était magique, mais bien ancré dans le monde réel. L'Ordre avait toujours voulu cohabiter avec le système Innocent. Cela ne voulait pas dire qu'il avait encouragé ou cautionné ses travers, bien entendu, quoi que cela n'avait jamais été totalement évité. Il avait simplement essayé d'être en harmonie. Utopie un peu improbable, mais qui valait le coup d'être travaillée, au moins on arrivait parfois à des compromis pas trop sales.

Al vint se rasseoir sur sa chaise, et reprit la lecture de la lettre. Elle aurait bientôt fini. Mais elle se sentit rapidement observée. Les yeux vert et profonds du félin étaient posés sur elle. Elle sourit machinalement, comme pour faire bonne figure. Alors que c'était un chat. Mais il avait un regard très puissant, cet animal.

Tout à coup, il bondit sur ses genoux. Un léger rire éclaboussa les lèvres d'Alicia. Elle trouva cette sensation plaisante, tout comme la chaleur du soleil de mai qui caressait ses épaules. C'était la fin de l'après midi. Elle se mit à grattouiller le menton du petit félin. La sensation des poils soyeux sous ses doigts la ravirent instantanément, elle espérait qu'il se mettrait à ronronner. Son autre main parcourait doucement le dos recouvert de fourrure de jais, et elle se trouva là à presque abandonner son travail, pour de petits frottements réguliers sur le corps du chat. C'était réconfortant. Elle finit par fermer les yeux, sentir les vibrations de l'autre êtres dans tous ses membres et son corps, l'air du presque été se faufilant dans ses narines. Les responsabilités s'étaient évanouies. Al avait l'impression d'une symbiose avec le félin, ne serait-ce que passager.

Elle se laissa même aller à poser ses lèvres sur le sommet du crâne du minet et à les y presser fort, quelques instants.


- Comme tu es beau et doux... Murmura-t-elle.

Alicia aurait presque oublié qu'il l'avait griffée quelques instants auparavant. Elle pardonnait très facilement aux animaux, c'était une de ses grandes faiblesses.
A bien y réfléchir, elle pardonnait globalement facilement. C'était à la fois un atout et un inconvénient pour le poste relativement politique qu'elle occupait. On lui demandait souvent de faire preuve de diplomatie, mais il ne fallait tout de même pas se laisser faire. Heureusement que Selena avait pile le bon caractère pour la contrebalancer.

La jeune femme inspira profondément, se sentant revigorée, puis acheva de lire la lettre de l'ex-esclave, de prendre quelques notes. Puis, elle clôt le dossier. Dix-sept heures. C'était un vendredi, et elle savait qu'elle avait fini (ou presque) son travail de préparation pour aller au Canada, elle allait donc partir.

L'exorciste commença donc à ranger ses papiers, à éteindre ses appareils électroniques et à mettre ses affaires dans son sac.
Au moment de fermer la fenêtre de son bureau, elle réalisa que le chat était toujours là. Elle le considéra d'un air perplexe, et fit un signe de tête qui l'intimait de sortir. Elle ne pouvait pas le laisser enfermé ici tout le week-end.


- Allez, va minou.

Al émit un petit bruit avec ses lèvres pour l'inciter à s'engager par l'interstice ouvert vers les toits parisiens, la liberté.

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