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 Profitons d'la vie tant qu'elle est là

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MessageSujet: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Lun 24 Juil 2017 - 18:34

Ils vécurent heureux
Et eurent beaucoup d’enfants


Japon. J’ai l’impression que cela fait des années que je ne me suis pas concentré sur moi-même, que je ne me suis pas offert une seconde de répit pour me poser et réfléchir à celui que je suis devenu. C’est comme si tout ce que j’avais fait jusqu’à présent n’avait duré qu’une petite minute, comme réveillé après un profond sommeil. C’est cela, une émergence. Tout à coup, je sors, m’extraie de l’eau.

Je ressens des émotions contradictoires. Du soulagement et de la nervosité. La libération puis la culpabilité. J’ai sans doute le cafard. Il faut dire que ces derniers mois n’ont pas été les plus joyeux de mon existence. Inscrit, encastré dans une routine de vie jusqu’aux oreilles, j’ai fermé ces derniers au monde magique, en n’autorisant une porte à demi ouverte qu’à de rares contacts. Contacts auxquels je n’ai de toute façon pas pu parler plus de quelques minutes par mois. Un train de vie plus rapide que le shinkansen, des moments passés en famille de plus en plus rares. La naissance de Mitsuo. Mon absence lors de son premier anniversaire. Ces petites choses s’accumulant et menant progressivement à se poser des questions sur soi, sur cette définition de famille. La vérité est que je me sens mal, coupable, incapable d’aimer. Le dur milieu des affaires m’a renforcé dans le mauvais sens du terme. Il m’a forgé comme un métal jusqu’à m’en faire devenir un, froid et solide. Lorsque je regarde mes enfants, je vois l’innocence. Je me vois dans les yeux de mon petit garçon davantage que dans ceux de ma petite fille. Je me remémore avoir vécu mes jeunes années parfois tout seul.

Miyaki a toujours été un soutien indéfectible. Elle n’a jamais bronché, elle a toujours été douce, compréhensive, aimante. Mais je n’arrivais, peu à peu, plus à lui rendre tout cet amour. Par fierté, par agacement, par impuissance, il m’est devenu inconcevable de recevoir ces nombreux témoignages d’amour. A l’angoisse est venue se greffer un profond sentiment de solitude. Plus elle m’aimait et plus ma coquille se rétractait, comme une moule. Et ces petits yeux noisette, ces petites prunelles sombres de Mitsuo furent bientôt les seuls à m’apporter le réconfort nécessaire. Parce que je n’avais pas envie d’être ce père qui m’avait élevé dans la richesse certes, mais dans la solitude.

Je ne m’étais pas transformé depuis plusieurs mois et cela me rendait nerveux, sur mes gardes, attentif. Je me doutais que la deadline approchait. Je voulais terriblement partir en vacances dans les montagnes mais avec l’instance de divorce, cela rendait les choses légèrement plus compliqués. En plus de ça, si Ayumi montrait déjà des signes de magie, Mitsuo restait un petit garçon somme toute tout à fait normal.
Je suis au bout du rouleau, comme on dit.

Et soudain, un jour, j’ai décidé d’appeler Alicia. De passage très certainement au Japon, il est vrai que j’ai profité de l’une de mes dernières amies pour rallier un peu avec le monde magique. Mes connaissances sur Orpheo se sont terriblement raréfiées. Mon père a pris un soin immense à ne pas me préoccuper trop avec les histoires magiques. J’ai eu vent de la guerre mais je dois avouer qu’elle ne m’a pas trop touché. Il faut croire que mon incrustation dans le paysage innocent m’a rendu totalement invisible aux yeux des sorciers noirs. Je ne saurais dire. J’ai un peu honte, quelque part.

Je lui ai donc donné rendez-vous dans un simple café de Tokyo. Suffisamment bon et suffisamment serein. Sans secrétaire, sans garde du corps, sans chauffeur ou superflu. J’ai échangé le costard pour un pantalon noir sobre et un t-shirt bleu aux manches relevées à hauteur de coude, quelques bracelets, une ou deux bagues. Sans alliance. J’ai envie de relier avec le moi d’il y a 7 ans. J’ai envie de confronter cet ancien jeune adulte à ce jeune père déjà si torturé, si fatigué. De lui dire, à ce parent qui ne s’y retrouve plus, que la vie est encore longue et qu’il vaut mieux choisir que de rester enchaîné sous peur de blesser. Car, quoiqu’il arrive, la plaie finira par s’ouvrir.

Je délaisse la voiture et prend le métro. Dix minutes d’avance. J’ai décidé d’emmener mon petit garçon, je ne suis pas sûr que beaucoup soient au courant de sa naissance, même si la petite tête atteint déjà les trois ans et demi. Son regard se tourne à droite et à gauche. Malgré son jeune âge, Mitsuo est un garçon très curieux, qui aime marcher et se dépenser. Il pose beaucoup de questions et est très affectif. Néanmoins, il reste très réservé par rapport aux étrangers. Je l’aime si fort. Sa petite main s’accroche désespérément à la mienne et je peux m’empêcher de la tenir en conséquence.

De fait, nous rentrons dans le café et je me pose sur une des banquettes, Mitsuo bloqué entre moi et la vitre donnant sur l’extérieur. Il n’a pas encore mangé et je m’empresse donc de lui commander un petit menu enfant. Le plat arrive très rapidement et je commence à découper ses petits légumes en silence, le petit garçon ne pouvant s’empêcher de me poser des questions existentielles comme « pourquoi est-ce qu’on voit à travers ? » en indiquant la vitre du doigt ou d’autre choses aussi sensationnelles. Je lui souris et farfouille dans ses cheveux, mes iris blancs plongeant dans les siens sombres.

Adorable petit garçon.

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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Lun 24 Juil 2017 - 19:49

There's really nothing, nothing we can do
Love must be forgotten, life can always start up anew.


Alicia se sentait toujours chez elle lorsqu'elle arrivait au Japon. Malgré quelques regards qui la traitaient de gaijin, malgré la propreté et la modernité qui contrastaient avec ce qu'elle pouvait voir quotidiennement à Paris. Elle parlait la langue. Elle connaissait le pays. Elle y avait vécu. Elle en était tombée amoureuse. Elle y était tombée amoureuse. Ca n'avait pas été très long, mais elle y avait cru, ils y avaient cru tous les deux, probablement. Et au final, ils avaient chacun gagné un ami.

Cela faisait bien longtemps, pour être honnête, qu'Al n'avait pas revu Ren, probablement pas depuis la naissance de sa fille, mais elle n'en était pas moins ravie d'avoir pu saisir une occasion de le revoir. En effet, la sous directrice d'Orpheo Paris-Londres avait été envoyé par commun accord entre sa supérieure et elle-même à Tokyo, discuter avec... Mrs Mystery. Non, pas celle à laquelle tout le monde pense. Mystery-san, ミステリさん pour éviter toute confusion. La nièce de Pandora, Amaterasu. Cette dernière était la directrice du QG de Tokyo, et les deux femmes devaient parler de la guerre. Comment réagir face au conservatisme, ainsi qu'aux enlèvements d'enfants humains. Vaste programme.

Alicia était arrivée dans la capitale japonaise la veille, après une nuit à l'hôtel et une matinée à Shibuya afin de faire un peu les boutiques pour Reever, les triplés, et un petit peu pour elle, elle s'apprêtait à aller prendre un café et/ou déjeuner avec son ex-petit ami. Ex-petit ami qui était à présent marié et père de deux enfants, aux dernières nouvelles. Fou comme le temps passait vite, et comme ils étaient à présent tous deux changés. Elle avait même plus d'enfants que lui alors qu'elle avait commencé après. La vie était trop bizarre.

La française pensait justement à Robin, Javier et Rudy en se dirigeant vers un café, non loin de la gare de Shibuya. Ses petits bouts lui manquaient évidemment, elle ne pouvait s'empêcher de se demandaient ce qu'ils faisaient actuellement, à sept heures de décalage d'elle-même. Ils dormaient probablement encore. Ou empêchaient leur père de dormir. Ce qui était fort probable. A cette pensée, la jeune mère ressentit une certaine culpabilité d'avoir laissé son compagnon seul avec leur horde de bébés. Oui, c'étaient encore des bébés, des bébés qui savaient marcher, l'espèce la plus dangereuse. Donc oui, elle se sentait coupable de flâner dans Tokyo alors que le pauvre Reever n'avait pas assez de ses deux bras pour chopper tout ce petit monde et le remettre dans le droit chemin, quel qu'il soit. Mais au fond, une toute petite part d'elle était soulagée, également. On a beau être maman avant tout, on reste humaine, faut pas déconner, hein.

Alicia poussa laporte du café, de son petit nom "Fuyu no mochi". Le mochi d'hiver. Tout mignon. Et tout de suite, elle le repéra, les cheveux faussement négligés -ne vous laissez pas leurrer, tout est travaillé dans l'apparence de Ren Takahata, tout- couvant du regard un tout petit garçon, pas plus de trois ans, beaucoup trop mignon. Les cheveux un peu en bataille, les joues toutes rondes, des petits lèvres rondes. Alicia était en train de fondre.

Elle fit signe à la serveuse qu'elle était avec l'homme assis sur la banquette, et cette dernière lui prit son manteau. Sans trop se montrer exubérante, car on se trouvait dans le pays de la réserve, après tout, Alicia s'approcha de la table où était assis son ex avec un grand sourire et prit place en face de lui.


-Bonjour Ren ! Comment vas-tu ? Je suis tellement contente de te voir, dit-elle d'un ton enjoué mais tranquille, en japonais. Pas aussi rouillé qu'elle l'aurait cru.

Puis elle s'adressa au petit garçon :

-Bonjour toi. Je m'appelle Alicia, je suis une amie de ton papa. Bon appétit !

Al posa son sac à côté d'elle et prit la carte que la serveuse lui tendait. Elle avait faim. Et la nourriture japonaise l'appelait très fortement. Elle survola rapidement les caractères inscrit sur le papier avant de demander à Ren, espérant qu'il l'accompagnerait :

-Tu as déjeuné ?

Si le petit était en train de manger, lui non plus n'avait peut-être pas eu le temps de se sustenter. Ventre sur pattes un jour Alicia, ventre sur pattes toujours. Elle se souvint que c'était une des premières choses qui avaient surpris son ex nippon chez elle : elle ne se retenait pas sur la nourriture et mangeait tout autant qu'un homme, ce qui n'était pas du tout le cas de la plupart des japonaises.

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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Lun 24 Juil 2017 - 23:00

I can’t take no more,
Never felt like this before.


Quand je relève les yeux, je tombe sur sa longue et belle chevelure brune et son visage occidental. J’ai l’impression de la revoir après de nombreuses années et à vrai dire, c’est sans doute le cas. Je me souviens du passé et quelque part cela me fait du bien. Parce que ce que nous avions vécu, ce n’était qu’une petite amourette après tout même si je l’avais énormément aimé. J’ai vécu de belles choses avec ce qui n’était à l’époque qu’un bout de femme et moi un bout d’homme. Alors, quand elle arrive et se pose face à moi, je ne peux m’empêcher de sourire même si la fatigue se lit sur mon visage. Certains appellerons ça de la maturité. Cette même maturité visible sur celui d’Alicia. Mitsuo tape un peu sur la table, peu amène à patienter face aux baguettes suspendues en l’air. Je dirige un instant mon regard vers le garçon pour accéder à sa demande pressante et l’observe mâcher avec amour. C’est dingue ce qu’un enfant fait sur soi.

-Bonjour Ren ! Comment vas-tu ? Je suis tellement contente de te voir.

Je ne peux m’empêcher de cligner des yeux, un peu surpris. L’entendre s’exprimer en japonais me fait tout drôle. J’ai tellement l’habitude de parler en anglais face aux visages occidentaux et asiatiques que cela me fait plaisir de pouvoir m’exprimer librement dans ma langue maternelle. De nouveau, je laisse filtrer un nouveau sourire. Décidément. Cela me fait plus plaisir que je ne l’aurais imaginé. Un peu de nouveauté, auprès d’une très bonne amie. La voilà qui se tourne vers mon enfant et lui adresse de belles petites paroles.

-Bonjour toi. Je m'appelle Alicia, je suis une amie de ton papa. Bon appétit !

Mitsuo, jusqu’à présent très concentré sur son assiette, relève les yeux sur la belle dame et pince les lèvres avant de s’accrocher à mon bras, manquant de me faire lâcher les baguettes. Je me saisis des deux morceaux de bois dans l’autre main et les dépose sur le bord de la table. En donnant mon bras au garçon pour le rassurer, je réponds serein en inclinant un peu la tête de côté, à Alicia :

-Bonjour Alicia. Ça fait vraiment longtemps, je suis heureux de voir que tu te portes bien.

A cela je saisis le petit garçon et l’installe sur mes genoux et passe mes longues mains autour de sa taille. Mitsuo s’installe bien confortablement contre mon torse et fixe la brune avec intensité, avec cet air d’enfant qui donne l’impression qu’ils sondent votre esprit. En dirigeant mon visage vers le petit, je décale une mèche de mon visage et annonce à Alicia :

-Je te présente Mitsuo, mon fils. Il est un peu revêche avec les inconnus mais c’est aussi un grand curieux de la vie. Il me semble que tu as des enfants maintenant aussi non ? Je suis désolé, je ne suis même plus au courant de la vie de mes amis. La vie passe tellement vite.

Je ne saurai dire si cette fin de phrase sonne comme une exclamation ou comme une fatalité. La vie passe vite, surtout à cette période. Devenir parent, être occupé par un métier, devoir assurer sa vie sociale, rentrer et vivre de devoirs et de responsabilités. Le temps file et défile sans se figurer de ce qu’on l’on pense, de ce que l’on veut faire. Profiter, c’est le mot maître. Et j’ai l’impression de ne pas avoir profité. Pas du tout. La serveuse vint lui apporter le menu.

-Tu as déjeuné ?

A vrai dire, je prévoyais de manger avec des collègues et je me réservais donc pour plus tard, mais à la voir maintenant, je devine qu’il serait plutôt malpoli de ma part de la laisser se sustenter seule. Je repense en poussant un petit rire, très léger, à quel point elle pouvait bien manger à l’époque. J’appelle la serveuse afin qu’elle me fournisse également un menu et laisse Mitsuo jouer avec l’enveloppe plastique entourant le papier et réponds :

-Non, pas encore, mais ça peut s’arranger.

Comme je n’ai strictement aucune idée de quoi commander, je confie à Mitsuo le soin de choisir lui-même mon plat à partir des images. Il est tellement fier lorsqu’il doit choisir pour papa qu’il devient tout sérieux et fronce les sourcils de la même manière que moi. C’est tordant de rire. D’ailleurs, je ne peux pas m’empêcher de relever mes lèvres d’un côté de la bouche tout en farfouillant dans ses cheveux. Je relève les yeux.

-Comment vas-tu depuis tout ce temps ? Toujours à Orpheo visiblement. Je suppose que c’est même la raison de ta présence au Japon ? Tu restes pour combien de temps ?

Je ferme subitement la bouche, conscient d’avoir un peu trop laissé mon entrain prendre place sur la table. Alors, un peu gêné, j’ajoute :

-Désolé de t’assommer de questions.

Je suis heureux, c’est vrai. Avoir mon petit garçon sur les genoux, prêt à aider son père et une très bonne amie que je n’ai pas revu depuis des lustres, c’est quelque chose… quelque chose dont il faut profiter.

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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Mer 26 Juil 2017 - 0:30

やさしい気持ちでめざめた朝は、おとなになってもきせきはおこるよ

Alicia sentit l'affection pudique et calme dans le regard de Ren lorsqu'elle s'assit en face de lui. Elle chérit cette instant, et cette relation. Ils avaient été amoureux, et aujourd'hui, ils s'appréciaient et s'estimaient, ce qui n'était pas donné à tout le monde. Ils ne s'étaient pas déchirés, ils avaient eu de la chance.
Elle remarqua également la surprise dans son regard lorsqu'elle se mit à lui parler en japonais, et rit. Quoi, ne se rappelait-il pas qu'elle avait appris sa langue, il y avait des années. Al lui adressa un sourire malicieux, l'air de dire "bah alors, on a la mémoire courte ?".

Le japonais la salua calmement et répondit posément à sa question. Elle le reconnaissait bien là. Avec la sagesse paternelle et d'homme d'entreprise également. Lui, sans même avoir besoin de lui poser la question, avait remarqué qu'elle allait bien. Il la connaissait toujours assez bien, au final. Silencieux, mais observateur, Takahata, toujours. Pas pour rien qu'il se transforme en félins, avec son regard inquisiteur, prêt à sauter sur une proie.

Et actuellement, Alicia le voyait comme un gros papa chat protecteur alors que son fils, un peu apeurée par cette grande femme occidentale qui venait tout à coup lui parler, sortant de nulle part, se réfugiait contre son torse en la regardant lui aussi très intensément. Encore un petit minou dans la famille Takahata ? Si lui aussi s'avérait être un métamorphe, cela pourrait mener à des scènes beaucoup trop kawaï de bébé léopard des neiges roulant avec son papa dans la neige. On pourrait même ajouter des fleurs de cerisiers pour rentre le tout plus poétique.

Mais pour revenir à la réalité présente, Ren lui présentait le petit. Il s'appelait Mitsuo. Alicia se demanda avec quels kanjis cela s'écrivait. Elle se demandait surtout quelle signification Ren avait voulu donner au prénom de son fils. Ren et sa femme, pour être exact. Ils avaient certainement choisi le prénom ensemble. De façon démocratique. Comme Reever et elle. Bon, eux avaient déjà du prendre le temps de se remettre du fait qu'ils allaient avoir trois enfants -était-ce si étonnant sachant que lui-même avait un(e) jumeau(elle) et que chacun des deux membres de la fratrie avait deux personnalités ?- et ensuite, ils avaient eu trois prénoms à décider. Ils avaient donc mixé leurs envies pour finalement tomber sur Rudy Milo, Javier Ewan, et Robin Rowena.

D'ailleurs, s'excusant de l'air peu amène qu'avait pris sa progéniture, Ren lui demandait ce qu'il en était de la sienne. Alicia sourit avec amour en pensant à ses petites têtes brunes. Ils avaient tous les cheveux plus ou moins foncés, entre sa teinte à elle, et celle de Clara, la part féminine de Reever. En passant par l'auburn de celui-ci.

- C'est très joli, Mitsuo. Qu'est-ce que ça signifie ? Et dis-moi bonhomme, tu as quel âge ? Oui tu as raison, des enfants. Le "des" n'était prévu à la base mais... on ne prévoit pas de se retrouver enceinte de triplés alors... Voilà. Autant te dire que c'est le bordel à la maison.

Elle rit doucement, joyeusement. Elle n'allait pas se plaindre. Elle était mère de trois merveilleux -sauf quand ils décidaient de tous faire pousser leurs dents en même temps et donc de ne pas dormir de la nuit- enfants, et vivait avec leur père, dont elle était amoureuse. Très amoureuse. Bref.

Plus intéressant que la niaiserie latente d'Alicia, Ren proposait de manger. Nourriture. Très bonne idée. Bon d'accord, c'était plus ou moins elle qui avait donné l'idée, au départ, mais ils n'avaient qu'à pas se donner rendez-vous à l'heure du déjeuner, aussi. Et la mini-assiette de Mitsuo n'avait qu'à pas avoir l'air aussi appétissante. Bon.
Après s'être attendrie sur le fait que mini-Ren choisissait le plat de Papa-Ren à sa place, Alicia se décida rapidement pour des tempuras de légumes sur un lit de riz, avec une soupe miso et un verre de matcha. Elle aurait bien dégusté un peu d'ume-shuu, mais autant éviter d'arriver à son rendez-vous avez Mystery-san avec de l'alcool dans le sang.
Alicia posa le menu à côté d'elle, et attendit que la serveuse vienne prendre leur commande, ce qui ne tarda pas. Mitsuo récita fièrement ce qu'il avait choisi pour son père, et les adultes sourirent d'un air attendri, Ren passant même une main dans ses cheveux. Ces deux là étaient beaucoup trop mignons, ça aurait valu une photo.

Mais Al n'eut pas le temps de penser à sortir son smartphone afin de mitrailler les Takahata, le plus âgé d'entre eux se mit à lui poser toute une série de questions, avant de s'excuser d'en avoir trop fait. Mais la jeune femme se sentait plutôt valorisée et apprécier, de recevoir tant d'attention. Elle répondit alors de bon cœur, toujours en souriant :


- Mais non, tu ne m'assommes pas. Il y a eu des hauts et des bas, tu sais, mais je vais bien. Oui, toujours à Orpheo... Tu sais, je suis vraiment désolée de ce qu'ils ont fait à Pandora Mystery... Ce n'est pas parce que je fais toujours partie de l'Ordre que j'approuve ce que le Conseil a décidé. Justement, je suis ici pour rencontrer la nièce Mystery, tu as dû en entendre parler, Amaterasu. Orpheo change dangereusement, et nous devons justement nous serrer les coudes entre personnes d'opinions similaires, afin de gagner la guerre comme nous le souhaitons. Je suis ici pour une semaine. J'aurais aimé rester plus, mais je ne peux pas laisser mon compagnon seul pendant trop longtemps avec l'armée des braillards...

Elle fit une pause pour boire une gorgée du verre d'eau qu'on venait de lui apporter, laissant ainsi à Ren le temps de réfléchir à ce qu'elle venait de dire. Elle aurait aimé l'avoir à ses côtés au sein de l'ordre, mais elle savait qu'il était extrêmement occupé avec son entreprise, sa famille, tout. Au point d'être au bord du burn out ? Il n'avait pas l'air épuisé, non, mais un peu las, défait, malgré son style impeccable. Alicia réalisa qu'il n'avait pas répondu à sa question.

-Mais je parle de moi, et toi tu n'as pas répondu à ma question. -Elle avisa Mitsuo un instant, puis reprit, en anglais- tout va bien pour toi ? Je me doute que tu ne voudrais pas me faire part de tes états d'âmes devant le petit mais si jamais...

Alicia n'était absolument pas certaine que quelque chose clochait chez Ren. Son absence de réponse était peut-être simplement due à la pudeur japonaise, et au caractère du trentenaire, tout simplement. A voir.

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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Dim 30 Juil 2017 - 0:56

Réveille l’autre moi qui sommeille en moi
La faible lumière qui était éteinte


Les enfants changent la vie. Ils ont changé la mienne, en bien et en mal. Ils m’ont sorti de ma torpeur de jeune adulte, de mon couple. Il y a eu Ayumi, ce magnifique petit cœur. Elle a toujours vécu placée entre nous deux. Pendant ses premières années j’étais un véritable papa poule. Parce qu’elle était ma seule fille, mon seul enfant, la prunelle de mes yeux et aussi celle de Miyaki. Ça n’aurait pas pu aller mieux, même si je m’absentais souvent pour le travail. Puis Mitsuo est né. J’ai un peu changé à ce moment. J’ai appris à me détacher un peu plus de mes enfants pour pouvoir leur fournir un amour identique aux deux. Ayumi adore son petit frère. Elle le protège comme n’importe quel aîné le ferait. Elle est douce et attentionnée, sans jalousie, ce qui est assez rare. Mais elle grandit proche de sa mère, se comporte comme elle, me délaisse un peu et a sans doute une réaction normale compte tenu du temps extrêmement limité pendant lequel je peux clairement passer un moment avec elle. Mitsuo est encore innocent. Il est accroché à moi et j’ai appris de mes erreurs. Je ne veux pas le réitérer avec lui. Parce qu’il est ma copie crachée si l’on exclut ses iris, bruns comme sa mère. Je l’observe très précisément et passe ma main dans ses cheveux soigneusement peignés. Ça fait quelque chose d’être père. Ce n’est certainement pas aussi fort que d’être mère, mais ça reste un moment important dans la vie.

- C'est très joli, Mitsuo. Qu'est-ce que ça signifie ? Et dis-moi bonhomme, tu as quel âge ? Oui tu as raison, des enfants. Le "des" n'était prévu à la base mais... on ne prévoit pas de se retrouver enceinte de triplés alors... Voilà. Autant te dire que c'est le bordel à la maison.

Je relève la tête et passe mes mains autour de la taille du garçon. Des enfants donc. Je m’apprête à comprendre qu’elle était enceinte de jumeau avant qu’elle ne vienne confirmer quelque chose de bien plus problématique. Enfin… comme première progéniture, ce ne doit effectivement pas être facile tous les jours. Des triplés. Je n’imagine même pas l’horreur, les nuits qui n’existent pas, la fatigue qui s’accumule. Je ne peux m’empêcher d’afficher un visage à mi-chemin entre la surprise, le respect et le désespoir, puis ajoute tout en répondant à la fameuse question.

-Au temps pour moi, tu as donc l’air d’aller vraiment bien pour vivre avec une mini légion chez toi, de.. de quel âge ? Quant à Mitsuo, son nom est écrit avec les kanji 光 et央. Ils signifient lumière et central. Tout comme pour Ayumi, Mitsuo n’est pas né facilement. J’’en ai fait des cauchemars et sa naissance nous est vraiment apparue comme un miracle, comme une lumière au bout d’un long et sombre tunnel. Pour ce qui est de l’âge, il pourra te le dire mieux que moi. Réponds à Alicia, mon chéri.

Boudant, le petit garçon cala son dos à mon torse et ancra ses petites mains sur les miennes avant de répondre avec une hésitation certaine mêlée de crainte.

-J’ai 3 ans.

Entendre le son de sa voix fait également partie des moments où il m’est facile de sourire. Entendre la voix de son enfant, c’est autre chose. On est toujours plus sensible à son enfant, c’est un lien particulier. Je félicite mon petit garçon et le laisse choisir le plat que je mangerais. Sans douter un instant de ses goûts et relativement peu certain de trouver un plat véritablement mauvais pour mon palais, je n’ouvre pas une seule fois la bouche pour l’orienter. Il a l’air d’apprécier et me propose donc un donburi avec du saumon. C’est classique et ça me va. J’acquiesce de la tête et lui, tout content me répond par un grand sourire. Alicia choisit également son plat et nous voilà de nouveau seuls en face en face. J’ai du mal à réfréner le lot de questions. J’aimerais connaître l’état d’Orphéo, de cette partie de ma vie que j’ai délaissé pour un coût bien trop lourd. Un coût que je n’arrive pas, ou plus, à gérer. Heureusement pour moi, la belle occidentale accueille plutôt bien ma soudaine curiosité et je soupire, discrètement, de soulagement.

- Mais non, tu ne m'assommes pas. Il y a eu des hauts et des bas, tu sais, mais je vais bien. Oui, toujours à Orpheo... Tu sais, je suis vraiment désolée de ce qu'ils ont fait à Pandora Mystery... Ce n'est pas parce que je fais toujours partie de l'Ordre que j'approuve ce que le Conseil a décidé. Justement, je suis ici pour rencontrer la nièce Mystery, tu as dû en entendre parler, Amaterasu. Orpheo change dangereusement, et nous devons justement nous serrer les coudes entre personnes d'opinions similaires, afin de gagner la guerre comme nous le souhaitons. Je suis ici pour une semaine. J'aurais aimé rester plus, mais je ne peux pas laisser mon compagnon seul pendant trop longtemps avec l'armée des braillards...

Effectivement, comme Pandora est venue au Japon, j’ai pu garder pas mal de contacts avec elle. Comment elle a littéralement été écarté de l’orphelinat. Je trouve ça tout simplement révoltant. Cette femme a toujours été d’une droiture sans pareil et a su gérer l’orphelinat d’une main de maître. L’accuser de crimes orchestrés par les sorciers noirs est pour elle une double punition. Elle doit souffrir de la perte de quelques dizaines d’orphelins, si ce n’est plus. Et c’est certainement plus. Je ne sais si c’est par désir de ne pas trop faire ressurgir ces visions, mais les quelques fois où il m’est possible de discuter avec elle, nous parlons rarement d’Orpheo*. Ou bien peut-être a-t-elle été réellement mise à l’écart au point de n’acquérir plus aucune information ? cela me paraît peu probable, les Mystery sont une grande famille, on ne peut pas simplement l’ignorer. Quant à la guerre… La guerre j’en suis détaché. Mon esprit oscille entre lui demander des nouvelles des professeurs, de l’état d’Orpheo et celui de rester dans l’ignorance pour ne pas la brusquer. Sans doute a-t-elle envie de parler d’autres choses, de se vider la tête. Malheureusement, je ne suis pas lecteur de pensée. Malheureusement, ma curiosité est si forte que mes préceptes sont envoyés à l’autre bout de la planète. Je plisse les yeux avant de demander :

-« Orpheo change dangereusement ». Il y a des problèmes au sein même de l’organisation ? Une semaine… Si tu souhaites passer chez moi ou autre, n’hésite pas. C’est toujours un plaisir de parler avec toi. Je n’ai pas non plus envie de monopoliser ton temps, je sais combien tu apprécies ce pays mais si je peux faire quoique ce soit, sens-toi libre de me le demander.

Aussi bien ces informations sont-elles des nouveautés et je peux paraître juste mal informé. Aussi bien datent-elles de quelques années et elle se rendra compte de mon ignorance affolante sur ce monde auquel j’appartiens. Je pèse soigneusement mes mots. Si un petit sourire ne s’affichait pas constamment sur mon visage, on aurait pu croire que je prononçais une phrase solennelle. Elle connaît bien le pays, mais je le connais mieux puisque j’y vis. Je pourrais même lui proposer un guide ou autre. Enfin, ce ne sont que des propositions, je ne suis pas là pour l’inciter à faire ce que je veux. C’est juste une déformation professionnelle.

-Mais je parle de moi, et toi tu n'as pas répondu à ma question. Tout va bien pour toi ? Je me doute que tu ne voudrais pas me faire part de tes états d'âmes devant le petit mais si jamais...

Le changement de tonalité de la phrase, provoqué par le brusque passage en anglais me fit frissonner. Parce qu’il s’agissait de ma langue de travail, de ma langue d’adoption, cette dernière sonnait bien plus grave et elle ramena mon lot de tracas jusque-là ignorés volontairement. Mon sourire se fane assez rapidement et la culpabilité me gagne peu à peu. Affichant rapidement un nouveau sourire de façade, je propose à Mitsuo d’aller demander un coloriage à la serveuse. Trop heureux de pouvoir se dégourdir les pieds, le jeune enfant saute de mes genoux et s’en va clopin-clopant. Même en anglais, même persuadé d’être incompris par le jeune, c’est quelque chose que je ne parviens pas à sortir à proximité de lui. Je tâche de garder un visage avenant, mais la culpabilité se fait rapidement une place dans le fond de mon regard. Je n’ai pas pour habitude de détourner ce dernier et c’est donc ces mêmes prunelles qui, droites, plongent dans celles de ma vis-à-vis. De but en blanc, professionnel, paraissant le plus détaché possible, je me lance, en anglais.

-Je viens de divorcer avec Miyaki. Enfin, c’est en cours. Je n’ai plus la force de répondre à son amour, ni même d’en donner à qui que ce soit d’autres qu’à mes enfants. Mon travail avale mon temps, ma personnalité, mes sentiments, même ma magie. Miyaki est une femme d’amour, qui parvient à donner plus qu’elle ne reçoit sans se plaindre. Elle est un ange et cela fait des années que je deviens une pierre. Je ne veux pas me sentir coupable de ce qu’il adviendra d’elle dans quelques années. Je veux lui laisser l’occasion de refaire sa vie avec quelqu’un qui saura l’aimer mieux que moi.

Aussi contradictoire que cela puisse paraître, mon ton est animé d’un certain amour. D’une certaine nostalgie et d’un désir brûlant de participer à son bonheur. Ses parents ne pourront s’en prendre qu’à moi puisque je suis l’instigateur de cette séparation. Comme cela avait été programmé, nous nous sommes mariés, nous avons eu des enfants, nous avons fondé une famille et des héritiers. Elle a le droit de vivre maintenant et même si je l’ai aimé, même si je l’aime encore d’une amitié sans pareille, je ne suis plus capable de lui fournir ce qu’elle recherche.
Mitsuo revient l’instant d’après avec son coloriage et des petits crayons de couleur. Je remercie du regard la serveuse et installe de nouveau Mitsuo à mes côtés, en le laissant s’occuper l’esprit pendant que nous discutons de choses plus graves.

-Voilà, concrètement, où je me trouve en ce moment. Pardon pour ce monologue, tout est sorti. Être un chef d’entreprise n’est pas de tout repos et je n’ai même plus le temps de profiter de mon argent.

La petite touche amusante pour détendre l’atmosphère. Oui…




*j’ai inventé, mais si ça ne te va pas dis-le moi, c’est juste que Ren ne doit pas être au courant de beaucoup de choses alors faut éviter qu’on lui en parle.

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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Jeu 3 Aoû 2017 - 1:11

The models will have children, will get a divorce
Will find some more models, everything must run its course.


Et voilà, ils étaient toujours complices, Ren se moquait d'elle, discrètement, vantant la grande forme de la jeune mère, visiblement aussi surpris qu'elle l'avait été en apprenant qu'elle était mère de trois enfants d'un coup. Oui, il y avait un peu de quoi se moquer des gens qui se faisaient avoir comme ça par le destin. Pas qu'Ali n'aimait pas les enfants, loin de là. Mais on ne pouvait pas dire qu'elle s'était préparée à... ça. Qui aurait pu ? Décider qu'on va avoir un enfant et en avoir envie, c'est une chose. Découvrir qu'on va en avoir trois d'un coup et le vivre c'en est une autre. Alicia avait assez de recul sur la situation pour imaginer que ça devait être très drôle d'un point de vue extérieur. Elle-même se moquait souvent de sa propre vie, parce que l'autodérision, c'est bon pour la santé.

Ren lui demandait donc quel âge avaient ses triplés, et lui expliquait la signification des kanjis du prénom de son fils. La jeune femme s'en trouva fascinée. Il y avait un vrai raisonnement, une véritable recherche, et c'était très beau, ce prénom racontait une histoire, les kanjis étaient très bien trouvés. Elle hocha la tête, buvant les paroles de son ex-petit ami. Le petit n'était donc pas né si facilement. Elle espérait que Miyaki s'en était remise, et se promit de lui demander des nouvelles de sa femme par la suite.

Mais avant cela, elle se devait d'écouter la réponse du petit Mitsuo à sa question. Elle avait demandé à son père quel âge il avait, et celui-ci avait déclaré que l'enfant était le plus à même de lui répondre, ce qui était vrai. Peut-être allait-elle enfin entendre le son de sa voix.
Cela prit un peu de temps. Le petit garçon s'accrocha fermement à son père, avant de la regarder avec une certaine appréhension et de lui répondre d'une voix tellement adorable que ça aurait du être interdit qu'il avait 3 ans.

Cela fit sourire Ren, qui le couvait du regard, et Alicia se retrouva ainsi en son ami. Elle aussi était toujours émue lorsqu'elle voyait ses petits se mouvoir, parler, faire de nouvelles choses. La jeune femme lui sourit avec affection, et déclara :


-Tu es un grand garçon dis-donc ! Mes enfants à moi ont un an et demi, ce sont encore des bébés. En tous cas, tu as un très joli prénom, ton papa à très bon goût.

La française adressa un sourire malicieux à l'intéressé, et regarda avec intérêt le petit Mitsuo choisir un donburi au saumon pour son papa, un très bon choix en somme, Ren en parut satisfait. Alicia sourit. C'était tellement attendrissant de le voir ainsi. Il faudrait que leurs familles respectives se rencontrent un jour, mais peut-être quand ses triplés seraient plus âgés, ce serait plus intéressant pour Mitsuo et Ayumi, et moins fatiguant pour les adultes.
Mais ce n'était pas le moment de penser à des scènes réjouissantes de barbecue du dimanche midi, visiblement, car Ren lui demandait à présent plus de précisions par rapport aux tensions internes d'Orpheo. La jeune femme était assez surprise qu'il ne soit pas au courant, cela avait tout de même été au centre de l'actualité du monde magique depuis quatre ou cinq ans, le fait que les conservateurs prennent l'avantage au sein de l'Ordre, menant d'ailleurs notamment à la mise à l'écart de Pandora Mystery du Conseil. A présent, la majorité des membres de celui-ci refusait que la vieille femme reprenne la tête de l'orphelinat lorsqu'il serait récupéré, quand bien même le domaine était celui de sa famille.

Puis son ami conclut sur une note plus joyeuse, lui proposant de passer chez lui si elle en avait l'occasion. A vrai dire, Alicia n'avait pas de planning précis pour cette petite escapade au Japon, la perspective de pouvoir passer plus de temps avec Ren la réjouissait donc déjà.


-Tu as dû entendre parler des conservateurs, Ren, non ? Eh bien le fait est qu'ils prennent de plus en plus de pouvoir, ce que je trouve, personnellement, très problématique. Ils sont des idées arriérées et violentes, qui ne nous rendent pas meilleurs que les sorciers noirs, si tu veux mon avis... -Elle soupira- Et puis, leur séparation entre les innocents et les autres est trop stricte, je pense que le monde ne peut pas tenir comme cela. Ils ont écarté Pandora Mystery du Conseil de l'Ordre tu sais...

La française marqua une courte pause avant de sourire de nouveau afin de répondre à la proposition de Ren :


-Je n'ai pas prévu grand chose, je serai ravie de passer du temps avec toi ! Tu sais je ne connais pas non plus Tokyo par cœur, alors si tu as des choses à me faire découvrir, je ne demande que ça !

Elle était réellement enthousiaste, car cela faisait bien longtemps qu'ils n'avaient pas passé du temps ensemble, et c'était l'occasion de se redécouvrir, cette idée l'excitait comme une gamine à qui on a promis une journée à Disneyland. Quoi que Ren ait envie de faire, elle serait partante.

Mais le sujet de la conversation était parti pour dériver sur quelque chose de plus grave et de plus sérieux, dès lors qu'elle était passé à l'anglais, d'ailleurs. Ren envoya son fils se promener, inventant un prétexte, et Alicia se sentit légèrement nerveuse. Elle se demanda ce qui avait pu arriver de si grave pour que son ex ne veuille pas en parler devant Mitsuo, même dans une langue que celui-ci ne comprenait pas.
La jeune femme le regarda s'éloigner en trottinant vers la serveuse pendant un instant, instinct maternel oblige, avant de reporter son attention sur le père du petit bonhomme, qui entamait déjà sa réponse.

Et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'elle ne s'attendait pas à ça. Ren et sa femme divorçaient. Alicia étaient estomaquée. La dernière fois qu'elle les avait vus ensemble, ils étaient heureux, assez complémentaires, pas un couple trop démonstratif en public comme le sont certains, mais harmonieux, bien. Que s'était-il passé pour que cela change ?
A vrai dire, elle ne les connaissait pas intimement, du moins, pas Miyaki, et elle ne pouvait pas savoir ce qui se passait dans leur intimité, ce qui faisait que leur couple fonctionnait, qu'ils étaient heureux ensemble.
Elle écouta donc ce que son ami avait à dire. De ce qu'elle en comprit, il n'arrivait plus à l'aimer. Son travail semblait le ronger de l'intérieur. L'exorciste pinça les lèvres, remuant son verre d'eau dans sa main en écoutant le japonais parler. A vrai dire, de ce qu'elle entendait, elle était plus triste pour Ren en lui même que pour son mariage. En fait, il avait simplement l'air d'aller mal, et cela avait également pourri son couple.

Alicia jeta un œil au petit Mitsuo qui était en grande conversation avec la serveuse du café, avant de répondre d'un ton grave, l'inquiétude se lisant sur son visage :


-Ren, je suis désolée pour toi. Je ne sais pas quoi penser de ton divorce, je te l'avoue, car je ne connais pas ton couple. Mais j'ai tout de même l'impression que tu t'attaques au mauvais problème. Si tu sais que c'est ton travail qui te rend ainsi, c'est à dire malheureux, de ce que j'en vois, il faut y remédier. Je ne veux pas te perdre, et tes enfants ont besoin de toi. Si ta vie telle que tu la mène continue de te changer en pierre, comme tu le dis, il faut y faire quelque chose, tu ne crois pas ?

C'était un peu comme si elle s'adressait à un enfant, ou à un ado rebelle, mais elle ne voulait pas du tout prendre Ren de haut, elle voulait simplement l'aider à prendre du recul, à réaliser ce que devenait sa vie, et les risques qu'il encourait. Tout simplement lui montrer que des gens tenaient à lui et qu'il ne fallait pas faire n'importe quoi. En clair, le trentenaire était perdu, et Al était prête à le soutenir dans ce moment de crise.

La serveuse leur apporta leurs plats respectifs, Mitsuo à sa suite, se rasseyant aux côtés de son père et Ren finit sa tirade en plaisantant sur le fait qu'il ne pouvait même plus profiter de son argent tant il travaillait. Alicia lui lança un regard blasé l'air de dire "on n'me la fait pas à moi, jeune homme", et finit par répondre :

-Je vois. S'il te plait, Ren, ne deviens pas le cliché du businessman japonais, ça me ferait trop de peine. Tu m'as vraiment l'air d'avoir besoin de lever le pied. En tous cas, pour le moment, itadakimasu !

La française sourit et regarda son ami d'un air encourageant. Elle ne le jugeait pas pour ses choix. Elle voulait simplement qu'il soit heureux, et tant mieux si elle pouvait y contribuer.

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Ouais c'est pas faux.
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Lun 7 Aoû 2017 - 21:44

Ce que je vois dans ses si petits yeux grands ouverts,
C’est la naïveté. Et l’espoir.


J’aimerais redevenir un enfant. Fuir les responsabilités, avoir l’impression d’être indépendant sans l’être en réalité. Se voir facilité la vie par des parents protecteurs. Voir le monde sous son meilleur angle, ne pas se prendre la tête. La conscience est sans doute notre pire ennemie. Dès qu’elle se montre, c’est souvent pour nous balader à droite à gauche, pour nous culpabiliser, nous assaillir de devoirs, nous faire prendre, justement, conscience de la vermine du monde. Quelque part, je pense que ce type de réflexion est assez caractéristique d’une personne capable de se métamorphoser. Quand je suis sous forme de léopard, je suis infiniment mieux. Je réagis plus facilement, j’écoute, je perçois, je n’imagine pas. Tout est plus véritable, instantanée. A un tel point que, fatigué, affalé sous ma forme animale, je me surprends à me demander si ma forme primitive ne serait pas, par hasard, ce félin. Une forme qui déteindrait sur ma forme humaine au point de modifier la couleur de mes iris. Je serais, grâce à cette conscience, persuadé d’appartenir à l’espère humaine. La facilité me pousserait à accueillir cette forme si lointaine de mes origines pour me protéger de l’extinction, me protéger en revêtant l’habit du chasseur pour ne pas finir chassé. Mais les animaux seraient-ils alors doués de magie ? Je ne pense pas. Et je suis né de deux humains. Tout me porte à croire que j’ai été un humain et que je le demeurerai jusqu’à ma mort.

Enfin, tout ça pour dire que les petits yeux de mon enfant m’apprennent et reflètent la vision simpliste d’un monde tel qu’il est, sans préjugés et sans poésie. Je passe ma main dans ses cheveux, apprécie le toucher fin et lisse et repasse mes mains autour de sa taille. Il est probable que je défende ce petit but d’homme avec acharnement. Très certainement. Un acharnement que je n’ai pas connu avec Ayumi et que je ne pourrais expliquer. Parce que c’est un homme, parce qu’il est très certainement le dernier de la tribu, le plus sensible, l’héritier d’une fortune inconcevable et d’un lot de devoirs sans limite. Je ne veux pas ça pour lui. Je ne veux pas l’amener aux banquets de la haute société pour finir par devoir l’abandonner dans un coin parce que ces mêmes devoirs m’appellent. Je refuse cela et c’est sans doute la possibilité de repartir de zéro qui m’attire chez ce garçon. Comme pour effacer mes craintes, me refaire une nouvelle identité.
C’est cela, une nouvelle identité.

-Tu es un grand garçon dis-donc ! Mes enfants à moi ont un an et demi, ce sont encore des bébés. En tous cas, tu as un très joli prénom, ton papa à très bon goût.

J’incline un peu la tête en avant et remercie Alicia pour son compliment. J’avoue n’avoir pas beaucoup réfléchi à son prénom. Il s’est… imposé à moi sans plus de cérémonie et Miyaki l’a accepté sans broncher. Oui, nous sommes tombés d’accord sans aucun problème. Elle a toujours tout respecté, tout ce que je faisais. Tout le temps. Jamais elle ne s’est plainte. A chaque fois qu’elle me faisait des reproches, elle se situait toujours par rapport à ma santé, par rapport à ses propres émotions. Je n’ai jamais eu droit à un « Pense à moi » ou un « J’ai envie que tu arrêtes ça parce que je n’aime pas ». Non. Certains penseront que c’est ce qui fait une famille unie, une famille parfaite. Ça ne l’est pas. J’ai besoin de ressentir une résistance. J’ai besoin de hausser le ton parfois, de confronter des points de vue. Peut-être est-ce à cause de mon travail. Peut-être pas.

Je tâche de me recentrer sur la situation au lieu de me lancer dans un débat intérieur sur l’état actuel de ma situation avec Miyaki. Nous parlons fatalement de ce qu’il se produit en ce moment à Orpheo. Du manque d’informations en ma possession et du peu d’intérêt que j’y accorde en vérité. Que je devrais accorder si j’avais plus de temps à perdre. Si j’avais plus de temps tout court. Je soupire. Sans doute va-t-elle m’ouvrir la boîte de Pandore. Celle que je me suis interdit pendant quatre longues années et que mon père a soigneusement pris soin de cacher de mon regard curieux.

-Tu as dû entendre parler des conservateurs, Ren, non ? Eh bien le fait est qu'ils prennent de plus en plus de pouvoir, ce que je trouve, personnellement, très problématique. Ils sont des idées arriérées et violentes, qui ne nous rendent pas meilleurs que les sorciers noirs, si tu veux mon avis... Et puis, leur séparation entre les innocents et les autres est trop stricte, je pense que le monde ne peut pas tenir comme cela. Ils ont écarté Pandora Mystery du Conseil de l'Ordre tu sais...

Je fronce les sourcils. Les conservateurs ? Ça me dit vaguement, mais alors très vaguement quelque chose. Le genre d’informations qui te reste sur le bout de la langue sans parvenir à s’extraire de ta bouche. J’ai effectivement cru comprendre qu’ils n’avaient pas tout à fait la même « méthode » que l’ordre d’Orpheo en général, mais de là à les penser violent, c’est à se demander si l’organisation n’est pas lentement en train de plonger. J’essaye de retenir un maximum d’informations de ce petit monologue sans sur interpréter mais Alicia comprendra bien vite que je ne suis réellement plus présent dans la course magique. Il s’agit donc également d’eux pour Mystery. Je vois.

-Je n'ai pas prévu grand chose, je serai ravie de passer du temps avec toi ! Tu sais je ne connais pas non plus Tokyo par cœur, alors si tu as des choses à me faire découvrir, je ne demande que ça !
-Je suis le premier ravi.

A cela, j’ajoute un petit sourire. Bien, quand à ses précédentes paroles, autant lâcher l’information dès que possible :

-J’ai vécu reclus d’Orpheo non… De la magie en général depuis que je suis ici. Je sais que ça peut paraître surréaliste d’être aussi détaché d’un monde dans lequel on vit en osmose depuis petit, mais je t’assure que c’est possible, aussi pardonne-moi la bêtise dans mes questions mais… ces conservateurs ? Que se passe-t-il au sein d’Orpheo pour que les pensées changent au point de se radicaliser ? Et la guerre ? Je me suis… – le mot a du mal à franchir la barrière des dents – « enfui » avant la prise du Mystery. J’ai cru comprendre que la situation… s’améliorait ?

Oui, alors ça je le tiens de mes rares contacts exorcistes. Et je ne m’avance pas au risque de raconter n’importe quoi. Ça doit rester un sujet assez sensible. Qui sait combien de personnes sont mortes depuis toutes ces années ? je n’ose pas même y penser. Être exorcistes est définitivement un métier à risque. Mieux que l’armée. Et bien pire à la fois.

Malgré toutes mes tentatives de paraître bien portant, Alicia finit par se demander si, par hasard, je n’ai pas quelque chose à lui raconter. Un petit truc. Léger. Peu important. Ou un gros. Une grosse aiguille sous un minuscule caillou. La magie. La séparation. Miyaki. La difficulté du mariage et ma faiblesse par rapport à l’amour. Je l’ai aimé d’amour. Tout comme lorsque j’étais avec Alicia. Mais tout est passé. Tout a disparu et je ne désire plus qu’une chose : rester seul et me recentrer. Avec mon gamin. Je devrais quitter mon travail. Quitter le Japon même. Vivre une nouvelle vie et repartir de rien. Mais en suis-je vraiment capable, satisfait de ma routine ? Je devrais regretter. Je ne sais plus ce que je veux. Je me forge une coquille pour paraître ancré sur mes deux pieds, certain de suivre un chemin tracé alors que ma vie n’a jamais été aussi obscure. Aussi incertaine. Je sais que Mitsuo est capable de faire flancher cette carapace, alors je l’éloigne.

-Ren, je suis désolée pour toi. Je ne sais pas quoi penser de ton divorce, je te l'avoue, car je ne connais pas ton couple. Mais j'ai tout de même l'impression que tu t'attaques au mauvais problème. Si tu sais que c'est ton travail qui te rend ainsi, c'est à dire malheureux, de ce que j'en vois, il faut y remédier. Je ne veux pas te perdre, et tes enfants ont besoin de toi. Si ta vie telle que tu la mène continue de te changer en pierre, comme tu le dis, il faut y faire quelque chose, tu ne crois pas ?

Je ne sais si le léger rire s’extirpant à l’instant de mes lèvres est sarcastique ou non, mais il transmet bien mes pensées. Une blague. La situation est « simple » à régler. Il suffirait de quitter mon travail, de le confier à quelqu’un d’autre. Quelqu’un de confiance. Là n’est pas le problème. Le problème, c’est d’accepter délibérément de couper tous les ponts avec ma famille, étant persuadé qu’ils ne me pardonneraient pas l’énorme bêtise que je m’apprête à faire. C’est également potentiellement renoncer à mon héritage si la tempête familiale ne passe pas. Vivre un peu plus comme « tout le monde », perdre cette stature de PDG, vivre à ses propres dépens. C’est le plus gros dilemme de mon existence. Perdre définitivement pour vivre mieux. Cela peut paraître agaçant pour une personne extérieure de me voir me morfondre sur un étalage d’argent et avoir l’impression de perdre mon âme si mes biens matériels me sont supprimés. C’est pourtant le cas. Vivre dans la fortune toute sa vie et devoir revenir à une situation ressentie par la majorité de la population, c’est un traumatisme. Un vrai traumatisme.

-Je vois. S'il te plait, Ren, ne deviens pas le cliché du businessman japonais, ça me ferait trop de peine. Tu m'as vraiment l'air d'avoir besoin de lever le pied. En tous cas, pour le moment, itadakimasu !

Je regarde mon plat, puis Mitsuo assit à côté de moi et me saisit de mes baguettes en souhaitant également un bon appétit à ma compagnie. Alicia pourrait-elle comprendre ? Elle est co-directrice, elle doit être riche. Aussi riche que moi ? Je ne sais pas et je refuse de paraître snob avec elle. Avec quiconque. Alors, je décide de tourner l’histoire dans un autre sens.

-Le problème, il est géographique. La source de mon problème, c’est le Japon. Mes origines, ma famille, mon travail, ma réputation. Tu as raison sur toute la ligne. Ça a commencé avec mon statut de PDG, puis Miyaki. Désolé de te décevoir, mais je corresponds parfaitement à la définition du businessman japonais. Même si je trouve encore le temps de discuter avec des amies.

Je lui souris affectueusement et poursuis, toujours en anglais :

-Je pense quitter le Japon. Redevenir exorciste pour le premier QG qui m’acceptera. J’aime mon travail mais je passe dangereusement une limite que je me suis toujours forcé de ne pas traverser. Je veux pouvoir cesser de me cacher pour me métamorphoser. Enfin… Voilà, tu sais tout. Je parle beaucoup. Je dois avoir l’air de me plaindre, pardonne-moi pour ça mais j’ai tellement peu d’occasions de m’exprimer librement et parler de magie…

Ah ça, pour me plaindre, je me plains. J’ai l’impression de raconter ma vie. C’est sans doute pas juste une impression d’ailleurs. J’aimerais bien lui demander comment ça se passe de son côté. Mais pas pour le moment. Sans doute va-t-elle réagir à tout ce monologue sans fin. Et j’ai bien envie de manger aussi.

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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Ven 11 Aoû 2017 - 0:48

Dear my friend 空を見なよ、今僕らは同じ空を見てんだ。

Alicia regardait Ren sourire doucement en l'écoutant de parler. Il avait l'air content qu'elle voie son fils, et c'était un bonheur réciproque. Elle aimerait bien qu'il voie ses triplés un jour. Il serait probablement vite fatigué, Robin, Javier et Rudy étant beaucoup plus bruyants et indisciplinés que Mitsuo ne semblait l'être. Mais peut-être la française se leurrait-elle. Souvent, devant des inconnus, les enfants sont beaucoup plus sages et agréables qu'ils ne le sont réellement avec leurs parents.

En tous cas, la jeune femme était toute attendrie de voir la fierté et l'amour dans les yeux de son ex-petit ami alors qu'il regardait sa progéniture. Elle n'avait vu la petite Ayumi qu'une fois, bébé, elle se demanda à quoi elle ressemblait maintenant, si elle avait pris la beauté de sa mère. Elle se demanda aussi elle était plus proche de celle-ci, et que son cadet était plus proche de son père ? Al se prit à réfléchir aux triplés. Elle n'avait pas l'impression de se sentir plus proche de l'un des trois en particulier. Peut-être qu'avec le temps, elle serait plus complice avec Robin, parce que c'était une fille ? Mais elle trouvait cela dommage, que les petites filles soient forcément collées à leur maman, et les garçons à leur papa. Elle espérait que ça n'arriverait pas dans sa famille. Pour le moment, elle donnait -ou du moins, avait l'impression de donner- autant d'attention et d'affection à chacun des triplés, et il en était de même pour Reever. Reever qui devait actuellement se les coltiner à lui tout seul. Alicia se mordilla légèrement la lèvre, de culpabilité.


-Et Ayumi, demanda-t-elle alors, comment va-t-elle ? Elle va sur ses 6 ans, si je ne me trompe pas ? Ils s'entendent bien, tous les deux ?

Peut-être que Mitsuo répondrait lui-même en partie à sa question, mais elle en doutait. Le petit garçon lui semblait bien timide. Mais cela faisait partie de son charme, avec ses joues bien rebondies et ses petites lèvres plissées de perplexité. A croquer, cet enfant.

Le sujet suivant que les deux "vieux" amis abordèrent était beaucoup moins mignon. Il s'agissait, d'Orpheo, de guerre, plus ou moins de politique, en somme. Pas de quoi se réjouir, malheureusement. Et Ren n'avait pas l'air d'être très au courant de ce qu'il se passait actuellement dans le monde magique. Alicia allait donc avoir l'honneur de lui expliquer la situation actuelle, ce qui ne la réjouissait que peu, à vrai dire. Son visage s'était légèrement assombri, mais elle tentait tout de même de ne pas avoir l'air déprimée, par égard au petit garçon qui se trouvait avec eux. Elle se demanda s'il avait déjà découvert ses pouvoirs. Par chance, ses triplés n'avaient pas encore de magie. Et tant mieux, car ça de plus à gérer, ce serait probablement du suicide social, physique et mental pour Reever et elle. Cette pensée fit tout de même sourire la jeune mère. Elle s'adressa donc à Ren avec un ton plus positif que le sujet ne s'y prêtait réellement et tenta de lui expliquer la situation.

-Ca me sidère un peu, je t'avoue... Tu as tout de même travaillé au Mystery Orphanage, tu avais des amis proches, là bas, non ? Ce n'est pas un reproche, hein, je suis juste... Surprise. Tu as revu Pandora Mystery depuis qu'elle est au Japon ? Pour répondre à ta question, les conservateurs sont les membres d'Orpheo qui prônent des méthodes d'exorcisme et de combat contre les sorciers et humains noirs plus... Radicales. La peine de mort systématique pour ces derniers, et le refus de l'apaisement de l'âme des premiers. L'est de l'Europe ainsi que la Chine et la Corée sont de plus en plus influencés par ce mode de pensée, que je trouve personnellement dangereux. Certes, de plus en plus de batailles contre Croix et Rosenrot sont gagnées grâce aux tueries systématiques, mais j'ai peur de ce que cela fait de nous, et de ce que cela donnera sur le long terme. Toujours plus de vengeances, selon moi. Comme la vendetta Grey/Cross, par exemple.

Elle s'arrêta de parler pour prendre une longue gorgée d'eau, manger quelques bouchées de son riz et de ses tempura, puis boire du thé. Puis elle réfléchit à ce que lui raconta Ren sur sa situation actuelle, sur son mal-être. Elle aurait aimé être seule avec lui, et dans un endroit plus isolé pour le prendre dans ses bras. Ce qu'il lui disait, en réalité, c'était qu'il était malheureux. Malheureux avec l'espoir, elle le sentait, l'espoir d'améliorer les choses, mais malheureux malgré tout. Alicia le regarda donc avec compassion, et compréhension. Pas de pitié, car il ne méritait pas ça. Et Alicia n'avait pas pitié des gens qu'elle estimait, de toute façon. Elle se contenta de manger lentement, faisant tourner dans sa tête ce qu'elle entendait. En fait, Ren avait une plutôt bonne analyse de son problème, mais le résoudre requérait de prendre des décisions difficiles. Alors, si divorcer de Miyaki pouvait le faire se sentir mieux, pourquoi pas.

Alicia sourit doucement, et s'arrêta un instant de manger pour répondre :


-C'est amusant que ce pays que j'aime tant soit une si grande source de problèmes pour toi. Mais tu as raison, vivre en Ecosse t'allait bien, il me semble que tu étais plus épanoui là bas. Il y avait les enfants de l'Orphelinat, ton grand ami, Takeji... Peut-être que je me trompe, bien sûr, je ne connais pas ta vie aussi bien qu'à une époque mais... Oui peut-être que te plonger dans l'exorcisme te ferait du bien, je sais que les métamorphes ont souvent un besoin physique de revêtir leur forme fusionnelle... Moi-même si je ne suis pas au contact du vent, et que je ne "joue" pas avec, ça peut paraître ridicule, mais je suis un peu déprimée. Donc si je dois te conseiller quelque chose, mon ami, fais ce qui te rend heureux, coupe les ponts avec ce qui est malsain dans ta vie. Réellement, j'aimerais te voir heureux. Sache qu'en tant que sous directrice d'Orpheo Paris-Londres, je serai ravie de t'accueillir dans une de nos équipes. Et non, je sais bien que tu ne te plains pas, tu t'exprimes simplement. J'imagine qu'il n'y a pas tant de personnes que ça à qui tu peux parler de ce genre de chose...

Elle soupira profondément. Elle ne savait pas si ce qu'elle disait pourrait être utile à son ami, mais en tous cas l'écouter parler et lui donner les conseils qu'elle pouvait était important pour elle. Elle lui souriait amicalement, espérant pouvoir un peu l'apaiser. Parfois, simplement parler à une personne permet de mettre les problèmes à plat, Al le savait. Peut importait la réponse de la personne en face de nous, tant qu'il avait une bonne qualité d'écoute. Elle espérait au moins pouvoir être là pour Ren.

L'exorciste posa à nouveau ses yeux sur le petit garçon de son ami, et sourit encore une fois avec attendrissement, avant de demander au jeune papa, toujours en anglais, juste par curiosité :


-Et tes enfants, au fait, ils ont déjà de la magie ?

Une étape redoutée par la plupart des parents doués, mêlés ou sorciers, car n'importe quoi pouvait arriver. C'était aussi pour ça qu'Ali voulait savoir. Au moins pour avoir une idée de ce à quoi elle pourrait s'attendre quand son trio de monstres aurait le déclic magique. Elle avait à la fois hâte, hâte de savoir quelle forme de dons et de pouvoirs se cachaient en aux, mais elle était également terrifiée du jour où cela arriverait.

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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Dim 27 Aoû 2017 - 0:02

« On poursuit l’histoire de la famille avec nos enfants.
Et dans 200 ans ils parleront de nous la petite larme à l’œil. »


J’aime bien toucher les cheveux de mon enfant. C’est doux, ça me détend comme un anti-stress, un dopant. Tellement de choses à la fois. Je me dis que je pourrais bien faire n’importe quoi pour lui, renier mes convictions, changer de camp. Je serais bien capable de tout. Même le pire, pour lui. Je pense que ce pourrait être le cas de n’importe quel parent. Par amour maternel ou paternel. Quelque chose de bien trop puissant pour pouvoir y poser des mots justes.

Alors, en prolongement de mes pensées, ma main se porte à ses cheveux. Je souris, un peu niais. C’est tellement difficile d’être parent et pourtant, c’est naturel. Du bonheur, du malheur, des pleurs, des cris et des rires. Des regards. Il est vrai qu’à retourner dans le passé, avant même la connaissance de Miyaki, je ne me serais jamais préparé à être un jour parent. Trop de charges, trop de problèmes à surmonter, une quiétude à jamais perdue, une dépendance à assurer. Aurais-je fait une erreur ? Aurais-je dû rester célibataire et vivre reclu au fin fond de l’Ecosse, avec mes ami animaux, face au silence ? Peut-être. Peut-être que tout ceci n’était qu’une erreur. Pourtant, en tournant mon regard vers l’enfant à mes côtés, un pénible pincement au cœur me fait regretter mes pensées. Une erreur ? Non. L’erreur d’avoir pensé le contraire, plutôt. De toutes ces années passées au Japon, Mitsuo a sans doute été le meilleur souvenir. De par l’incertitude de sa naissance, de son puissant regard et de ses minuscules bras. De l’incroyable retenu dont il fait preuve en public et de l’amour qu’il donne aussi gratuitement en famille. À bien des égards, il n’est pas semblable à sa grande sœur. Il est beaucoup plus… posé et réfléchi.

-Et Ayumi, comment va-t-elle ? Elle va sur ses 6 ans, si je ne me trompe pas ? Ils s'entendent bien, tous les deux ?

Ayumi oui. Une survoltée, très vive, très observatrice mais filante comme une étoile à travers le ciel. Elle a plus d’énergie que notre couple réuni, dès son plus jeune âge. Malicieuse, capricieuse également. Amatrice des bonnes et belles choses. À la différence de Mitsuo, Ayumi a immédiatement fait face à l’incroyable monde de la très sélective richesse japonaise. Elle a toujours vécu entourée de personnes sensibles à son charme dont elle ne se prive pas d’utiliser, les bras pleins de cadeaux. Ayumi aime la richesse, il faut le dire. Elle n’en a pas conscience à son âge, mais ses caprices sont l’une des raisons évidentes pour expliquer cette tendance. Comme Mitsuo, elle est également très câline ce qui provoque parfois des crises de jalousie lorsque papa revient enfin après deux semaines de travail à l’étranger et qu’il est fatigué. Enfin bon.

-Elle va bien. Un peu capricieuse par moments. Elle aura effectivement 6 ans en novembre. En temps normal, ils s’entendent bien. Quand il y a conflit d’intérêt par contre, c’est moins évident.

Un conflit pour un papa par exemple. Pour une maman plus souvent. Pour un jouet très souvent.
Et puis le sujet dérive. La guerre, toutes ces choses que je me suis simplement contenté d’ignorer d’un revers de la main. Par peur. Pour protéger ma famille quelque part. faire comme si de rien n’était. Et ça a plutôt bien marché. Pourtant, parce qu’un exorciste un jour est un exorciste toujours, il me faut reprendre progressivement pied dans ce monde, ce monde qui m’a tant manqué.

-Ca me sidère un peu, je t'avoue... Tu as tout de même travaillé au Mystery Orphanage, tu avais des amis proches, là bas, non ? Ce n'est pas un reproche, hein, je suis juste... Surprise. Tu as revu Pandora Mystery depuis qu'elle est au Japon ?

J’acquiesce alors qu’elle enchaîne. J’ai certes des amis proches mais en général ils n’ont pas trop envie de me parler de ça et savent que c’est assez réciproque. Ce n’est pas une partie de plaisir en ce moment, et je comprends tout à fait que l’on me préfère me parler de ce qu’ont mangé les enfants ce midi plutôt que de m’expliquer en détail en quoi travailler pour Orpheo devient difficile.

-Pour répondre à ta question, les conservateurs sont les membres d'Orpheo qui prônent des méthodes d'exorcisme et de combat contre les sorciers et humains noirs plus... Radicales. La peine de mort systématique pour ces derniers, et le refus de l'apaisement de l'âme des premiers. L'est de l'Europe ainsi que la Chine et la Corée sont de plus en plus influencés par ce mode de pensée, que je trouve personnellement dangereux. Certes, de plus en plus de batailles contre Croix et Rosenrot sont gagnées grâce aux tueries systématiques, mais j'ai peur de ce que cela fait de nous, et de ce que cela donnera sur le long terme. Toujours plus de vengeances, selon moi. Comme la vendetta Grey/Cross, par exemple.

Je fronce un peu les sourcils. Effectivement, pour être radical, c’est radical. Et évidemment, les premiers pays à tomber dedans sont assez prévisibles. Je suis tout de même assez heureux de ne pas entendre mon pays prononcé dans la liste. Ce serait bien triste. Je comprends que ce courant de pensée soit en évolution compte tenu des effets de la guerre, mais est-ce véritablement la bonne solution ? Je ne suis pas sûr. Malheureusement, je n’ai pas de rôle à jouer sur cette scène. Ma place n’est importante que pour les non-doués.

-Je soutiens ton idée. Je comprends ces modes de pensée, mais de là à inciter de plus en plus de personnes à poursuivre cette idéologie, ça me dépasse. D’un point de vue extérieur, effectivement, je ne l’assimile qu’à de la pure vengeance. Et le dicton est le même dans de nombreuses langues : la vengeance ne mène qu’à la vengeance. Je doute que l’on puisse raisonner les sorciers noirs, mais de là à les éliminer pour de bon sans distinction vis-à-vis de leurs motivations, je trouve ça… radical oui.

Le schéma est souvent le même en guerre. On perd des amis, de la famille et la vengeance semble bien souvent la meilleure pour arriver plus vite à ses fins. C’est un sentiment partagé, facilement disséminé et apprécier. Il n’y a qu’à cueillir, rassembler et mener. Un peu de charisme, une bonne persuasion et l’affaire est entendue. Il est difficile de se dissocier de la haine une fois qu’elle investit les pores de notre peau. Au mieux, on essaye de la rejeter, mais la tension est toujours là, n’attendant qu’un signe pour se montrer, plus puissante que jamais. Personne n’aime la guerre.

J’observe Alicia manger et l’imite en jetant quelques petites coups d’œil à mon fils, plus loin. Il est calme, il colorie un dessin, ou peut-être en fait-il un. Il est appliqué, concentré, la langue dehors sur sa bouche fermée, le gros crayon dans sa main en poing. Il est attendrissant, même si la discussion ne l’est pas. Je trouve que la dame joue très biens on rôle de psychologue aujourd’hui. Dommage, que cela se produise après une si longue période sans nouvelle. Je dois juste avoir l’air malheureux et ce n’est donc pas très ragoûtant pour la personne face à moi. Pourtant, la voici qui me sourit une fois mon discours achevé.

-C'est amusant que ce pays que j'aime tant soit une si grande source de problèmes pour toi. Mais tu as raison, vivre en Ecosse t'allait bien, il me semble que tu étais plus épanoui là-bas. […] Donc si je dois te conseiller quelque chose, mon ami, fais ce qui te rend heureux, coupe les ponts avec ce qui est malsain dans ta vie. Réellement, j'aimerais te voir heureux.

J’ai donc réellement l’air malheureux. Ça me met un peu mal à l’aise. Non pas pour moi, mais donner cette impression me fait comprendre moi-même la profondeur de mon mal-être et également ce que je renvoie aux autres. Je me demande si j’ai l’air aussi effacé avec mes enfants, ma femme, mes collègues. S’ils perçoivent à travers mes yeux perçants la douleur dans mon cœur. Il est vrai que la magie qui nous entoure nous fait également vivre. Sans magie, chaque joue paraît terne. Depuis combien de temps ne me suis-je pas transformé ? Je l’ignore. Parfois, il m’arrive de penser que ça y est, mon pouvoir disparaît, parce que je l’ai malmené, forcé à se terre dans une coque trop petite pour lui, comme un pokemon enfermé dans sa pokeball.

-Sache qu'en tant que sous directrice d'Orpheo Paris-Londres, je serai ravie de t'accueillir dans une de nos équipes. Et non, je sais bien que tu ne te plains pas, tu t'exprimes simplement. J'imagine qu'il n'y a pas tant de personnes que ça à qui tu peux parler de ce genre de chose...
-Merci pour tout. Vraiment. Tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait du bien d’avoir une oreille attentive et aussi accessible. Je note ta proposition. – Un silence en arrive à me faire penser à autre chose – Le Mystery… Pardon. – Nouveau silence – Il a été repris ? Je pense que… ma place est là-bas.

J’ai dû mal à exprimer mon ressenti plus clairement. C’est comme si quelque chose se déliait, au fond. Que cette ignorance trop longtemps forcée se remettait doucement en ordre afin de créer un monde dans lequel je puisse trouver ma place, véritablement. L’Ecosse a toujours été ma terre d’adoption. La terre qui me rapproche de mes origines magiques. L’orphelinat a su faire de moi quelqu’un de bon, me formaliser sur les vrais choses de la vie et pas sur le suivi de mes actions. Il m’a fait apprécié tant de choses et lors de sa prise… Je pense que c’est ce qui m’a entraîné dans cette sphère d’ignorance et a su l’entretenir. Parce que la douleur était palpable mais que, pour ma famille, c’était ce qu’il y avait de mieux à faire.

-Et tes enfants, au fait, ils ont déjà de la magie ?

Je relève la tête de mon riz, mange un peu de poisson et répond du tac au tac.

-Ayumi oui. Très tôt, elle n’avait même pas un an. Elle est métamorphe, comme moi. Son don en revanche ne s’est pas encore manifesté. Mitsuo… Mitsuo doit être un psychique. Je ne peux pas le dire avec précision, c’est une sorte… d’intuition de père. – je ris, néanmoins assez réservé – Du coup, je pense que l’on ne saura pas avant un certain temps. Il est pour le moment un petit enfant tout à fait normal, mais je t’avoue que parfois, je balise un peu à l’idée d’emmener les enfants dans le parc public. Et les tiens ? Ça ne doit pas être facile à gérer.

C’est souvent assez fantastique de voir son enfant découvrir sa magie. La surprise qui se lit sur son visage. Ses pleurs quand ils sont jeunes. C’est bien pire que de se blesser. Ça les surprend. En fonction de ces dons, en tant que parent, on sent les futurs problèmes arriver. Lorsqu’il s’agit d’une simple transmission de magie, comme Ayumi, ce n’est pas gênant, on sait le gérer, quoi protéger. En revanche, les nouveaux dons posent plus de problème. Et je ne parle même pas de ceux non répertoriés. La génétique fait parfois d’étonnants mixages. Je n’ose imaginer ce qu’il advient de 3 enfants doués dans une maison.

-J’espère que vous avez bien pensé à protéger la maison. Un enfant seul, c’est déjà quelque chose, mais trois doués, ça sollicite une imagination bien supérieure à la nôtre. Je me souviens d’un moment où, en rentrant à la maison, j’ai pu apercevoir dans notre aquarium un dauphin. Miyaki le regardant, toute mouillée, terriblement inquiète. Elle m’avait expliqué qu’elle l’avait retrouvé accrochée au lustre du salon, en train de se dessécher. Evidemment, elle s’est empressée de le mettre dans l’aquarium en attendant la fin de sa métamorphose. Elle n’avait que deux ans et demi à ce moment. Je t’avoue que j’en ai fait des cauchemars.

Ça demande beaucoup, beaucoup de logistique de gérer des enfants doués. N’en doutez pas. Je lève un peu les mains en défense et sourit, conscient de n’avoir pas tout fait pour la détendre. C’est juste qu’en y repensant, cette histoire est assez insolite et me fait sourire.

-Je ne veux pas t’effrayer. Et puis la métamorphose peut se trouver très dangereuse si elle n’est pas maîtrisée. On devrait se voir, à l’occasion, avec nos enfants. Je suis sûr qu’ils pourraient s’entendre merveilleusement bien.

Et ce serait également l’occasion de penser à autre chose qu’aux enfants, même si les parents ont toujours un œil sur eux.

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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Jeu 21 Sep 2017 - 22:47

Si je m'arrête un instant, pour te parler de la vie, je constate que bien souvent, on choisit pas mais on subit

La façon que son ex-petit ami avait de passer doucement la main dans les cheveux son fils était belle, et si touchante, qu'Alicia n'osait presque plus parler, ni bouger, pour ne pas détruire la fragilité délicate de cet instant, entre père et fils. Probablement que dans quelques années, si Mitsuo se souvenait de la caresse puissante mais légère de la main paternelle dans ses cheveux, dans ce café de Tokyo, il aurait totalement oublié qu'une femme occidentale était assise en face de lui, car ce qui importait réellement à l'enfant, en cet instant, c'était ça. Juste ça. Le geste de son père. Et Alicia était transportée par cela. Elle pensa à un soir, durant lequel, après avoir longuement bataillé pour le bain des petits, ils s'étaient tous les cinq couchés dans le lit parental. Elle s'était lovée contre Reever, portant Robin contre sa poitrine, tandis que lui portait Javier, et que Rudy avait entrepris de lui escalader les jambes. A l'origine, c'était juste pour raconter l'histoire du soir, et pour démêler les petits cheveux. Mais ils étaient tous tellement épuisés qu'ils s'étaient endormis, juste comme ça, les uns sur les autres. C'était ce genre d'instant qui était doux, précieux.

Et celui-ci passa, lorsque Ren sortit de ses pensées, et revint à leur conversation. Il lui parla de sa fille, Ayumi, qui était bébé, la dernière fois que la française l'avait vue. De la description qu'en fit son père, elle était très différente de son cadet. Un peu capricieuse, mais ils s'entendaient relativement bien. Al sourit. Quelle fratrie n'avait pas ses propres conflits ? Elle-même, bien que sa relation avec ses demi frères et sœurs soient des plus apaisées, et qu'ils ne se soient jamais déchirés entre eux, il y en avait eu, des conflits. Surtout de la jalousie envers les parents, ou pour des jouets, évidemment. Les triplés étaient un peu comme ça. Trois enfants pour deux parents, forcément, ils trouvaient ça un peu... trop peu. Ils recherchaient donc constamment l'attention de l'un ou de l'autre. Mais le fait qu'ils aient tous trois une relation assez fusionnelle aidait grandement les choses, il n'y avait rien de problématique ou d'hors norme dans cette jalousie, heureusement.


-Tu as une photo d'elle récente ? demanda Alicia, curieuse de voir à qui ressemblait le plus la petite. Pour ce qui est du conflit d'intérêt, j'ai le même souci à la maison, mais je crois bien que c'est inévitable. conclut-elle avec un clin d’œil.

D'ailleurs, si Mitsuo venait d'avoir trois ans, il allait sûrement participer au rituel du shichi-go-san, en novembre prochain. C'était un rituel japonais durant lequel les parents japonais emmenaient leurs petits bouts de trois ans, leurs garçons de cinq ans et leurs fillettes de sept ans au temple, habillés en tenues traditionnelles afin de demander aux esprits de leur apporter bonne santé et autres. Al n'avait jamais eu l'occasion d'être témoin de cette cérémonie, n'était pas spécialement proche d'une quelconque famille japonaise ayant de jeunes enfants, mais elle savait que c'était souvent l'occasion de très belles photos de famille. Elle regrettait que de tels rites n'existent plus en Europe, quoi que les anciennes familles de sorciers aient plus de rituels que celles d'innocents.

Lorsque l'exorciste se mit à parler à son ami de l'idéologie conservatrice, elle le vit se renfrogner, et froncer les sourcils. Evidemment, ce n'était pas le genre de chose qui était des plus plaisantes à entendre. D'autant que visiblement, en s'éloignant ainsi du monde magique, le japonais ne s'attendait probablement pas à ce que tout soit autant bouleversé. Ou peut-être que si ? Il savait que c'était la guerre, tout de même. Toutefois, malgré la nonchalance de Ren, l'humaine douée ne parvenait pas à le blâmer pour cela. Il avait eu beaucoup de problèmes personnels à gérer, et elle ne pouvait totalement lui en vouloir d'avoir voulu prendre du recul afin de s'en occuper. Même si au final, il semblait surtout avoir laissé son travail le consumer. Au final, se battre contre les sorciers noirs lui aurait peut-être été plus bénéfique. Enfin, si on excluait la possibilité qu'il se fasse tuer ou rendre infirme sur le champ de bataille, évidemment.

Sans que cela ne surprenne Alicia, il lui expliqua à quel point il trouvait lui aussi cette idéologie insensée. D'ailleurs, elle fut même agréablement surprise de réaliser qu'il formulait mieux qu'elle sa propre opinion sur le sujet. Il compara cela avec de la vengeance, ce qui, en réalité, était selon elle le terme adapté. Elle regardait son ami intensément, le regard à la fois inquiet et passionné. Il avait raison, et elle était heureuse de parler avec quelqu'un qui partageait son opinion sur le sujet. Bien sûr, elle avait apprécié débattre avec des conservateurs comme Elizabeth porter pour échanger leurs points de vue, mais se sentir soutenue par un ami était libérateur. Elle avait écouté Ren avec tant de ferveur qu'elle en avait presque oublié de manger. Elle reprit donc distraitement une bouchée, du bout de ses baguettes, avant de répondre :

-Oui, c'est exactement ça. Je n'aurais pas mieux dit moi même. Je suis contente que tu partages mes opinions. La dernière fois que j'ai débattu là dessus, c'était avec une conservatrice alors... Je me sens soutenue de voir que ces valeurs tiennent à cœur à d'autres qu'à moi. Je pense que la violence et la haine n'engendreront que la violence et la haine...

Al soupira, et regarda Mitsuo, toujours appliqué à faire des coloriages. Il était tellement adorable qu'en cet instant, il n'était même pas besoin de se demander pourquoi ils se battaient. La réponse était sous leurs yeux. Leur avenir, leurs enfants. La jeune femme sourit avec attendrissement, bien que ses yeux soient pleins de peine et de lassitude. Mais elle avait de l'espoir et de la combativité. Elle en avait toujours eu. Le seul moment où sa résolution avait été entamée, ça avait été après son viol par Dorian Cross, et son avortement. Mais elle avait su se soigner, se réparer. Elle avait été bien entourée.

Et probablement que Ren aussi avait besoin d'être bien entouré, en ce moment. Visiblement, elle avait percé un certain mal être à jour, et il en était gêné, de ce qu'elle pouvait déceler. Elle n'était pas empathe, mais était toutefois assez sensible et elle avait été en couple avec cet homme, après tout. Pas très longtemps, mais assez pour pouvoir déceler certaines subtilités de son visage, lui qui était, il ne fallait pas se le cacher, assez inexpressif.

Alicia fut d'ailleurs surprise de ce qu'il lui dit ensuite. Clairement, il la remerciait de l'avoir écouté. L'exorciste haussa les sourcils et entrouvrit la bouche. Ren admettait qu'il avait eu besoin de se confier. Cela prouvait bien qu'il avait certainement atteint une sorte de point de rupture. A tel point que la française tendit rapidement la main pour effectuer une petite pression amicale sur le poignet du solitaire, juste qu'il se sente soutenu, sans pour autant qu'il pense qu'elle soit en train de s'apitoyer. Elle savait qu'il n'aimait pas ça.

Il lui dit avoir pris note de sa proposition. Mais il lui parla du Mystery Orphanage. Et elle sentit au son de sa voix, avant qu'il ne le formule lui-même, qu'un attachement profond à cet endroit le ramènerait vers la vieille bâtisse écossaise. Toutefois, et cela la rendait profondément triste, car elle allait devoir le lui annoncer, l'endroit était toujours aux mains des sorciers noirs. Alicia posa ses baguettes au bord de son assiette et pinça les lèvres.


-Oui je comprends. Par contre... Il faut que tu saches que pour le moment, le Mystery est toujours aux mains des sorciers noirs. Je pensais que tu serais au courant. Je pense également que tu étais épanoui là bas. Evidemment tu es le bienvenu si tu veux nous aider à le reprendre. On ne sera jamais de trop.

Son visage était grave, mais ils réussirent à repartir sur un sujet de conversation plus léger, à savoir la magie de leurs propres enfants. Ayumi avait apparemment hérité du pouvoir de son père, mais n'avait pas encore manifesté de don. Mitsuo n'avait rien pour le moment, mais Ren semblait avoir son avis sur la question. D'après lui, son fils était quelqu'un de psychique. Al hocha la tête. S'il le sentait ainsi, c'est que ça devait être vrai. Elle rit lorsque son ami lui dit qu'il avait parfois peur d'emmener ses petits au parc. Dans toute son insouciance de jeune maman, la française n'y avait encore jamais pensé, mais c'était vrai que cela pouvait se manifester.

Lorsque Ren lui retourna la question, elle était déjà en train d'imaginer les différents scénarios possibles quant à la découverte de la magie de ses triplés. Tapotant légèrement la table du bout des doigts, elle répondit :


-Les triplés n'ont encore aucun don ni magie, mais j'espère être prête quand ça arrivera...

Elle eut un petit rire nerveux, tandis que son ami japonais embrayait sur des conseils à l'usage des jeunes parents doués/sorciers, lui racontant une anecdote somme toute très drôle, mais aussi extrêmement effrayante concernant les pouvoirs d'Ayumi. Ne sachant si elle devait rire ou commencer à paniquer, Alicia poussa un petit "oh" aspiré, tout en portant une main à sa bouche. Puis elle se mit à effectivement rire, mais nerveusement, tandis que Ren tentait de se rattraper en lui expliquant gentiment que son intention n'avait jamais été de l'effrayer, et de finir sur une proposition de faire se rencontrer les deux petites familles, ce à quoi Alicia acquiesça vigoureusement :


-Tu as raison. Bon, peut-être que Javier, Rudy et Robin sont un peu jeunes pour pouvoir pleinement jouer avec Mitsuo et Ayumi, mais les tiens ont de la patience, ça pourrait être amusant. En tous cas dans un an ou deux ils seront assez grands. Il faudra absolument faire ça, en France ou au Japon, comme tu préfères. En tous cas rassure-toi, l'appartement est protégé avec des runes, aux normes d'Orpheo, en tant que sous directrice, ils ne me laissent rien passer, de toute façon.

C'était évident, ils ne pouvaient pas se le permettre. Et puis, Alicia ne pensait pas à tout, on ne pouvait pas dire qu'elle soit une maman modèle supra angoissée de la moindre chose à propos de ses enfants, mais elle avait au moins pensé à ça. Ce qui était, somme toute, pas trop mal, déjà.

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