Profitons d'la vie tant qu'elle est là


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 Profitons d'la vie tant qu'elle est là

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Ren Takahata
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MessageSujet: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Lun 24 Juil 2017 - 18:34

Ils vécurent heureux
Et eurent beaucoup d’enfants


Japon. J’ai l’impression que cela fait des années que je ne me suis pas concentré sur moi-même, que je ne me suis pas offert une seconde de répit pour me poser et réfléchir à celui que je suis devenu. C’est comme si tout ce que j’avais fait jusqu’à présent n’avait duré qu’une petite minute, comme réveillé après un profond sommeil. C’est cela, une émergence. Tout à coup, je sors, m’extraie de l’eau.

Je ressens des émotions contradictoires. Du soulagement et de la nervosité. La libération puis la culpabilité. J’ai sans doute le cafard. Il faut dire que ces derniers mois n’ont pas été les plus joyeux de mon existence. Inscrit, encastré dans une routine de vie jusqu’aux oreilles, j’ai fermé ces derniers au monde magique, en n’autorisant une porte à demi ouverte qu’à de rares contacts. Contacts auxquels je n’ai de toute façon pas pu parler plus de quelques minutes par mois. Un train de vie plus rapide que le shinkansen, des moments passés en famille de plus en plus rares. La naissance de Mitsuo. Mon absence lors de son premier anniversaire. Ces petites choses s’accumulant et menant progressivement à se poser des questions sur soi, sur cette définition de famille. La vérité est que je me sens mal, coupable, incapable d’aimer. Le dur milieu des affaires m’a renforcé dans le mauvais sens du terme. Il m’a forgé comme un métal jusqu’à m’en faire devenir un, froid et solide. Lorsque je regarde mes enfants, je vois l’innocence. Je me vois dans les yeux de mon petit garçon davantage que dans ceux de ma petite fille. Je me remémore avoir vécu mes jeunes années parfois tout seul.

Miyaki a toujours été un soutien indéfectible. Elle n’a jamais bronché, elle a toujours été douce, compréhensive, aimante. Mais je n’arrivais, peu à peu, plus à lui rendre tout cet amour. Par fierté, par agacement, par impuissance, il m’est devenu inconcevable de recevoir ces nombreux témoignages d’amour. A l’angoisse est venue se greffer un profond sentiment de solitude. Plus elle m’aimait et plus ma coquille se rétractait, comme une moule. Et ces petits yeux noisette, ces petites prunelles sombres de Mitsuo furent bientôt les seuls à m’apporter le réconfort nécessaire. Parce que je n’avais pas envie d’être ce père qui m’avait élevé dans la richesse certes, mais dans la solitude.

Je ne m’étais pas transformé depuis plusieurs mois et cela me rendait nerveux, sur mes gardes, attentif. Je me doutais que la deadline approchait. Je voulais terriblement partir en vacances dans les montagnes mais avec l’instance de divorce, cela rendait les choses légèrement plus compliqués. En plus de ça, si Ayumi montrait déjà des signes de magie, Mitsuo restait un petit garçon somme toute tout à fait normal.
Je suis au bout du rouleau, comme on dit.

Et soudain, un jour, j’ai décidé d’appeler Alicia. De passage très certainement au Japon, il est vrai que j’ai profité de l’une de mes dernières amies pour rallier un peu avec le monde magique. Mes connaissances sur Orpheo se sont terriblement raréfiées. Mon père a pris un soin immense à ne pas me préoccuper trop avec les histoires magiques. J’ai eu vent de la guerre mais je dois avouer qu’elle ne m’a pas trop touché. Il faut croire que mon incrustation dans le paysage innocent m’a rendu totalement invisible aux yeux des sorciers noirs. Je ne saurais dire. J’ai un peu honte, quelque part.

Je lui ai donc donné rendez-vous dans un simple café de Tokyo. Suffisamment bon et suffisamment serein. Sans secrétaire, sans garde du corps, sans chauffeur ou superflu. J’ai échangé le costard pour un pantalon noir sobre et un t-shirt bleu aux manches relevées à hauteur de coude, quelques bracelets, une ou deux bagues. Sans alliance. J’ai envie de relier avec le moi d’il y a 7 ans. J’ai envie de confronter cet ancien jeune adulte à ce jeune père déjà si torturé, si fatigué. De lui dire, à ce parent qui ne s’y retrouve plus, que la vie est encore longue et qu’il vaut mieux choisir que de rester enchaîné sous peur de blesser. Car, quoiqu’il arrive, la plaie finira par s’ouvrir.

Je délaisse la voiture et prend le métro. Dix minutes d’avance. J’ai décidé d’emmener mon petit garçon, je ne suis pas sûr que beaucoup soient au courant de sa naissance, même si la petite tête atteint déjà les trois ans et demi. Son regard se tourne à droite et à gauche. Malgré son jeune âge, Mitsuo est un garçon très curieux, qui aime marcher et se dépenser. Il pose beaucoup de questions et est très affectif. Néanmoins, il reste très réservé par rapport aux étrangers. Je l’aime si fort. Sa petite main s’accroche désespérément à la mienne et je peux m’empêcher de la tenir en conséquence.

De fait, nous rentrons dans le café et je me pose sur une des banquettes, Mitsuo bloqué entre moi et la vitre donnant sur l’extérieur. Il n’a pas encore mangé et je m’empresse donc de lui commander un petit menu enfant. Le plat arrive très rapidement et je commence à découper ses petits légumes en silence, le petit garçon ne pouvant s’empêcher de me poser des questions existentielles comme « pourquoi est-ce qu’on voit à travers ? » en indiquant la vitre du doigt ou d’autre choses aussi sensationnelles. Je lui souris et farfouille dans ses cheveux, mes iris blancs plongeant dans les siens sombres.

Adorable petit garçon.

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Alicia Roussel
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Lun 24 Juil 2017 - 19:49

There's really nothing, nothing we can do
Love must be forgotten, life can always start up anew.


Alicia se sentait toujours chez elle lorsqu'elle arrivait au Japon. Malgré quelques regards qui la traitaient de gaijin, malgré la propreté et la modernité qui contrastaient avec ce qu'elle pouvait voir quotidiennement à Paris. Elle parlait la langue. Elle connaissait le pays. Elle y avait vécu. Elle en était tombée amoureuse. Elle y était tombée amoureuse. Ca n'avait pas été très long, mais elle y avait cru, ils y avaient cru tous les deux, probablement. Et au final, ils avaient chacun gagné un ami.

Cela faisait bien longtemps, pour être honnête, qu'Al n'avait pas revu Ren, probablement pas depuis la naissance de sa fille, mais elle n'en était pas moins ravie d'avoir pu saisir une occasion de le revoir. En effet, la sous directrice d'Orpheo Paris-Londres avait été envoyé par commun accord entre sa supérieure et elle-même à Tokyo, discuter avec... Mrs Mystery. Non, pas celle à laquelle tout le monde pense. Mystery-san, ミステリさん pour éviter toute confusion. La nièce de Pandora, Amaterasu. Cette dernière était la directrice du QG de Tokyo, et les deux femmes devaient parler de la guerre. Comment réagir face au conservatisme, ainsi qu'aux enlèvements d'enfants humains. Vaste programme.

Alicia était arrivée dans la capitale japonaise la veille, après une nuit à l'hôtel et une matinée à Shibuya afin de faire un peu les boutiques pour Reever, les triplés, et un petit peu pour elle, elle s'apprêtait à aller prendre un café et/ou déjeuner avec son ex-petit ami. Ex-petit ami qui était à présent marié et père de deux enfants, aux dernières nouvelles. Fou comme le temps passait vite, et comme ils étaient à présent tous deux changés. Elle avait même plus d'enfants que lui alors qu'elle avait commencé après. La vie était trop bizarre.

La française pensait justement à Robin, Javier et Rudy en se dirigeant vers un café, non loin de la gare de Shibuya. Ses petits bouts lui manquaient évidemment, elle ne pouvait s'empêcher de se demandaient ce qu'ils faisaient actuellement, à sept heures de décalage d'elle-même. Ils dormaient probablement encore. Ou empêchaient leur père de dormir. Ce qui était fort probable. A cette pensée, la jeune mère ressentit une certaine culpabilité d'avoir laissé son compagnon seul avec leur horde de bébés. Oui, c'étaient encore des bébés, des bébés qui savaient marcher, l'espèce la plus dangereuse. Donc oui, elle se sentait coupable de flâner dans Tokyo alors que le pauvre Reever n'avait pas assez de ses deux bras pour chopper tout ce petit monde et le remettre dans le droit chemin, quel qu'il soit. Mais au fond, une toute petite part d'elle était soulagée, également. On a beau être maman avant tout, on reste humaine, faut pas déconner, hein.

Alicia poussa laporte du café, de son petit nom "Fuyu no mochi". Le mochi d'hiver. Tout mignon. Et tout de suite, elle le repéra, les cheveux faussement négligés -ne vous laissez pas leurrer, tout est travaillé dans l'apparence de Ren Takahata, tout- couvant du regard un tout petit garçon, pas plus de trois ans, beaucoup trop mignon. Les cheveux un peu en bataille, les joues toutes rondes, des petits lèvres rondes. Alicia était en train de fondre.

Elle fit signe à la serveuse qu'elle était avec l'homme assis sur la banquette, et cette dernière lui prit son manteau. Sans trop se montrer exubérante, car on se trouvait dans le pays de la réserve, après tout, Alicia s'approcha de la table où était assis son ex avec un grand sourire et prit place en face de lui.


-Bonjour Ren ! Comment vas-tu ? Je suis tellement contente de te voir, dit-elle d'un ton enjoué mais tranquille, en japonais. Pas aussi rouillé qu'elle l'aurait cru.

Puis elle s'adressa au petit garçon :

-Bonjour toi. Je m'appelle Alicia, je suis une amie de ton papa. Bon appétit !

Al posa son sac à côté d'elle et prit la carte que la serveuse lui tendait. Elle avait faim. Et la nourriture japonaise l'appelait très fortement. Elle survola rapidement les caractères inscrit sur le papier avant de demander à Ren, espérant qu'il l'accompagnerait :

-Tu as déjeuné ?

Si le petit était en train de manger, lui non plus n'avait peut-être pas eu le temps de se sustenter. Ventre sur pattes un jour Alicia, ventre sur pattes toujours. Elle se souvint que c'était une des premières choses qui avaient surpris son ex nippon chez elle : elle ne se retenait pas sur la nourriture et mangeait tout autant qu'un homme, ce qui n'était pas du tout le cas de la plupart des japonaises.

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Ren Takahata
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Lun 24 Juil 2017 - 23:00

I can’t take no more,
Never felt like this before.


Quand je relève les yeux, je tombe sur sa longue et belle chevelure brune et son visage occidental. J’ai l’impression de la revoir après de nombreuses années et à vrai dire, c’est sans doute le cas. Je me souviens du passé et quelque part cela me fait du bien. Parce que ce que nous avions vécu, ce n’était qu’une petite amourette après tout même si je l’avais énormément aimé. J’ai vécu de belles choses avec ce qui n’était à l’époque qu’un bout de femme et moi un bout d’homme. Alors, quand elle arrive et se pose face à moi, je ne peux m’empêcher de sourire même si la fatigue se lit sur mon visage. Certains appellerons ça de la maturité. Cette même maturité visible sur celui d’Alicia. Mitsuo tape un peu sur la table, peu amène à patienter face aux baguettes suspendues en l’air. Je dirige un instant mon regard vers le garçon pour accéder à sa demande pressante et l’observe mâcher avec amour. C’est dingue ce qu’un enfant fait sur soi.

-Bonjour Ren ! Comment vas-tu ? Je suis tellement contente de te voir.

Je ne peux m’empêcher de cligner des yeux, un peu surpris. L’entendre s’exprimer en japonais me fait tout drôle. J’ai tellement l’habitude de parler en anglais face aux visages occidentaux et asiatiques que cela me fait plaisir de pouvoir m’exprimer librement dans ma langue maternelle. De nouveau, je laisse filtrer un nouveau sourire. Décidément. Cela me fait plus plaisir que je ne l’aurais imaginé. Un peu de nouveauté, auprès d’une très bonne amie. La voilà qui se tourne vers mon enfant et lui adresse de belles petites paroles.

-Bonjour toi. Je m'appelle Alicia, je suis une amie de ton papa. Bon appétit !

Mitsuo, jusqu’à présent très concentré sur son assiette, relève les yeux sur la belle dame et pince les lèvres avant de s’accrocher à mon bras, manquant de me faire lâcher les baguettes. Je me saisis des deux morceaux de bois dans l’autre main et les dépose sur le bord de la table. En donnant mon bras au garçon pour le rassurer, je réponds serein en inclinant un peu la tête de côté, à Alicia :

-Bonjour Alicia. Ça fait vraiment longtemps, je suis heureux de voir que tu te portes bien.

A cela je saisis le petit garçon et l’installe sur mes genoux et passe mes longues mains autour de sa taille. Mitsuo s’installe bien confortablement contre mon torse et fixe la brune avec intensité, avec cet air d’enfant qui donne l’impression qu’ils sondent votre esprit. En dirigeant mon visage vers le petit, je décale une mèche de mon visage et annonce à Alicia :

-Je te présente Mitsuo, mon fils. Il est un peu revêche avec les inconnus mais c’est aussi un grand curieux de la vie. Il me semble que tu as des enfants maintenant aussi non ? Je suis désolé, je ne suis même plus au courant de la vie de mes amis. La vie passe tellement vite.

Je ne saurai dire si cette fin de phrase sonne comme une exclamation ou comme une fatalité. La vie passe vite, surtout à cette période. Devenir parent, être occupé par un métier, devoir assurer sa vie sociale, rentrer et vivre de devoirs et de responsabilités. Le temps file et défile sans se figurer de ce qu’on l’on pense, de ce que l’on veut faire. Profiter, c’est le mot maître. Et j’ai l’impression de ne pas avoir profité. Pas du tout. La serveuse vint lui apporter le menu.

-Tu as déjeuné ?

A vrai dire, je prévoyais de manger avec des collègues et je me réservais donc pour plus tard, mais à la voir maintenant, je devine qu’il serait plutôt malpoli de ma part de la laisser se sustenter seule. Je repense en poussant un petit rire, très léger, à quel point elle pouvait bien manger à l’époque. J’appelle la serveuse afin qu’elle me fournisse également un menu et laisse Mitsuo jouer avec l’enveloppe plastique entourant le papier et réponds :

-Non, pas encore, mais ça peut s’arranger.

Comme je n’ai strictement aucune idée de quoi commander, je confie à Mitsuo le soin de choisir lui-même mon plat à partir des images. Il est tellement fier lorsqu’il doit choisir pour papa qu’il devient tout sérieux et fronce les sourcils de la même manière que moi. C’est tordant de rire. D’ailleurs, je ne peux pas m’empêcher de relever mes lèvres d’un côté de la bouche tout en farfouillant dans ses cheveux. Je relève les yeux.

-Comment vas-tu depuis tout ce temps ? Toujours à Orpheo visiblement. Je suppose que c’est même la raison de ta présence au Japon ? Tu restes pour combien de temps ?

Je ferme subitement la bouche, conscient d’avoir un peu trop laissé mon entrain prendre place sur la table. Alors, un peu gêné, j’ajoute :

-Désolé de t’assommer de questions.

Je suis heureux, c’est vrai. Avoir mon petit garçon sur les genoux, prêt à aider son père et une très bonne amie que je n’ai pas revu depuis des lustres, c’est quelque chose… quelque chose dont il faut profiter.

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Alicia Roussel
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Mer 26 Juil 2017 - 0:30

やさしい気持ちでめざめた朝は、おとなになってもきせきはおこるよ

Alicia sentit l'affection pudique et calme dans le regard de Ren lorsqu'elle s'assit en face de lui. Elle chérit cette instant, et cette relation. Ils avaient été amoureux, et aujourd'hui, ils s'appréciaient et s'estimaient, ce qui n'était pas donné à tout le monde. Ils ne s'étaient pas déchirés, ils avaient eu de la chance.
Elle remarqua également la surprise dans son regard lorsqu'elle se mit à lui parler en japonais, et rit. Quoi, ne se rappelait-il pas qu'elle avait appris sa langue, il y avait des années. Al lui adressa un sourire malicieux, l'air de dire "bah alors, on a la mémoire courte ?".

Le japonais la salua calmement et répondit posément à sa question. Elle le reconnaissait bien là. Avec la sagesse paternelle et d'homme d'entreprise également. Lui, sans même avoir besoin de lui poser la question, avait remarqué qu'elle allait bien. Il la connaissait toujours assez bien, au final. Silencieux, mais observateur, Takahata, toujours. Pas pour rien qu'il se transforme en félins, avec son regard inquisiteur, prêt à sauter sur une proie.

Et actuellement, Alicia le voyait comme un gros papa chat protecteur alors que son fils, un peu apeurée par cette grande femme occidentale qui venait tout à coup lui parler, sortant de nulle part, se réfugiait contre son torse en la regardant lui aussi très intensément. Encore un petit minou dans la famille Takahata ? Si lui aussi s'avérait être un métamorphe, cela pourrait mener à des scènes beaucoup trop kawaï de bébé léopard des neiges roulant avec son papa dans la neige. On pourrait même ajouter des fleurs de cerisiers pour rentre le tout plus poétique.

Mais pour revenir à la réalité présente, Ren lui présentait le petit. Il s'appelait Mitsuo. Alicia se demanda avec quels kanjis cela s'écrivait. Elle se demandait surtout quelle signification Ren avait voulu donner au prénom de son fils. Ren et sa femme, pour être exact. Ils avaient certainement choisi le prénom ensemble. De façon démocratique. Comme Reever et elle. Bon, eux avaient déjà du prendre le temps de se remettre du fait qu'ils allaient avoir trois enfants -était-ce si étonnant sachant que lui-même avait un(e) jumeau(elle) et que chacun des deux membres de la fratrie avait deux personnalités ?- et ensuite, ils avaient eu trois prénoms à décider. Ils avaient donc mixé leurs envies pour finalement tomber sur Rudy Milo, Javier Ewan, et Robin Rowena.

D'ailleurs, s'excusant de l'air peu amène qu'avait pris sa progéniture, Ren lui demandait ce qu'il en était de la sienne. Alicia sourit avec amour en pensant à ses petites têtes brunes. Ils avaient tous les cheveux plus ou moins foncés, entre sa teinte à elle, et celle de Clara, la part féminine de Reever. En passant par l'auburn de celui-ci.

- C'est très joli, Mitsuo. Qu'est-ce que ça signifie ? Et dis-moi bonhomme, tu as quel âge ? Oui tu as raison, des enfants. Le "des" n'était prévu à la base mais... on ne prévoit pas de se retrouver enceinte de triplés alors... Voilà. Autant te dire que c'est le bordel à la maison.

Elle rit doucement, joyeusement. Elle n'allait pas se plaindre. Elle était mère de trois merveilleux -sauf quand ils décidaient de tous faire pousser leurs dents en même temps et donc de ne pas dormir de la nuit- enfants, et vivait avec leur père, dont elle était amoureuse. Très amoureuse. Bref.

Plus intéressant que la niaiserie latente d'Alicia, Ren proposait de manger. Nourriture. Très bonne idée. Bon d'accord, c'était plus ou moins elle qui avait donné l'idée, au départ, mais ils n'avaient qu'à pas se donner rendez-vous à l'heure du déjeuner, aussi. Et la mini-assiette de Mitsuo n'avait qu'à pas avoir l'air aussi appétissante. Bon.
Après s'être attendrie sur le fait que mini-Ren choisissait le plat de Papa-Ren à sa place, Alicia se décida rapidement pour des tempuras de légumes sur un lit de riz, avec une soupe miso et un verre de matcha. Elle aurait bien dégusté un peu d'ume-shuu, mais autant éviter d'arriver à son rendez-vous avez Mystery-san avec de l'alcool dans le sang.
Alicia posa le menu à côté d'elle, et attendit que la serveuse vienne prendre leur commande, ce qui ne tarda pas. Mitsuo récita fièrement ce qu'il avait choisi pour son père, et les adultes sourirent d'un air attendri, Ren passant même une main dans ses cheveux. Ces deux là étaient beaucoup trop mignons, ça aurait valu une photo.

Mais Al n'eut pas le temps de penser à sortir son smartphone afin de mitrailler les Takahata, le plus âgé d'entre eux se mit à lui poser toute une série de questions, avant de s'excuser d'en avoir trop fait. Mais la jeune femme se sentait plutôt valorisée et apprécier, de recevoir tant d'attention. Elle répondit alors de bon cœur, toujours en souriant :


- Mais non, tu ne m'assommes pas. Il y a eu des hauts et des bas, tu sais, mais je vais bien. Oui, toujours à Orpheo... Tu sais, je suis vraiment désolée de ce qu'ils ont fait à Pandora Mystery... Ce n'est pas parce que je fais toujours partie de l'Ordre que j'approuve ce que le Conseil a décidé. Justement, je suis ici pour rencontrer la nièce Mystery, tu as dû en entendre parler, Amaterasu. Orpheo change dangereusement, et nous devons justement nous serrer les coudes entre personnes d'opinions similaires, afin de gagner la guerre comme nous le souhaitons. Je suis ici pour une semaine. J'aurais aimé rester plus, mais je ne peux pas laisser mon compagnon seul pendant trop longtemps avec l'armée des braillards...

Elle fit une pause pour boire une gorgée du verre d'eau qu'on venait de lui apporter, laissant ainsi à Ren le temps de réfléchir à ce qu'elle venait de dire. Elle aurait aimé l'avoir à ses côtés au sein de l'ordre, mais elle savait qu'il était extrêmement occupé avec son entreprise, sa famille, tout. Au point d'être au bord du burn out ? Il n'avait pas l'air épuisé, non, mais un peu las, défait, malgré son style impeccable. Alicia réalisa qu'il n'avait pas répondu à sa question.

-Mais je parle de moi, et toi tu n'as pas répondu à ma question. -Elle avisa Mitsuo un instant, puis reprit, en anglais- tout va bien pour toi ? Je me doute que tu ne voudrais pas me faire part de tes états d'âmes devant le petit mais si jamais...

Alicia n'était absolument pas certaine que quelque chose clochait chez Ren. Son absence de réponse était peut-être simplement due à la pudeur japonaise, et au caractère du trentenaire, tout simplement. A voir.

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Ren Takahata
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Dim 30 Juil 2017 - 0:56

Réveille l’autre moi qui sommeille en moi
La faible lumière qui était éteinte


Les enfants changent la vie. Ils ont changé la mienne, en bien et en mal. Ils m’ont sorti de ma torpeur de jeune adulte, de mon couple. Il y a eu Ayumi, ce magnifique petit cœur. Elle a toujours vécu placée entre nous deux. Pendant ses premières années j’étais un véritable papa poule. Parce qu’elle était ma seule fille, mon seul enfant, la prunelle de mes yeux et aussi celle de Miyaki. Ça n’aurait pas pu aller mieux, même si je m’absentais souvent pour le travail. Puis Mitsuo est né. J’ai un peu changé à ce moment. J’ai appris à me détacher un peu plus de mes enfants pour pouvoir leur fournir un amour identique aux deux. Ayumi adore son petit frère. Elle le protège comme n’importe quel aîné le ferait. Elle est douce et attentionnée, sans jalousie, ce qui est assez rare. Mais elle grandit proche de sa mère, se comporte comme elle, me délaisse un peu et a sans doute une réaction normale compte tenu du temps extrêmement limité pendant lequel je peux clairement passer un moment avec elle. Mitsuo est encore innocent. Il est accroché à moi et j’ai appris de mes erreurs. Je ne veux pas le réitérer avec lui. Parce qu’il est ma copie crachée si l’on exclut ses iris, bruns comme sa mère. Je l’observe très précisément et passe ma main dans ses cheveux soigneusement peignés. Ça fait quelque chose d’être père. Ce n’est certainement pas aussi fort que d’être mère, mais ça reste un moment important dans la vie.

- C'est très joli, Mitsuo. Qu'est-ce que ça signifie ? Et dis-moi bonhomme, tu as quel âge ? Oui tu as raison, des enfants. Le "des" n'était prévu à la base mais... on ne prévoit pas de se retrouver enceinte de triplés alors... Voilà. Autant te dire que c'est le bordel à la maison.

Je relève la tête et passe mes mains autour de la taille du garçon. Des enfants donc. Je m’apprête à comprendre qu’elle était enceinte de jumeau avant qu’elle ne vienne confirmer quelque chose de bien plus problématique. Enfin… comme première progéniture, ce ne doit effectivement pas être facile tous les jours. Des triplés. Je n’imagine même pas l’horreur, les nuits qui n’existent pas, la fatigue qui s’accumule. Je ne peux m’empêcher d’afficher un visage à mi-chemin entre la surprise, le respect et le désespoir, puis ajoute tout en répondant à la fameuse question.

-Au temps pour moi, tu as donc l’air d’aller vraiment bien pour vivre avec une mini légion chez toi, de.. de quel âge ? Quant à Mitsuo, son nom est écrit avec les kanji 光 et央. Ils signifient lumière et central. Tout comme pour Ayumi, Mitsuo n’est pas né facilement. J’’en ai fait des cauchemars et sa naissance nous est vraiment apparue comme un miracle, comme une lumière au bout d’un long et sombre tunnel. Pour ce qui est de l’âge, il pourra te le dire mieux que moi. Réponds à Alicia, mon chéri.

Boudant, le petit garçon cala son dos à mon torse et ancra ses petites mains sur les miennes avant de répondre avec une hésitation certaine mêlée de crainte.

-J’ai 3 ans.

Entendre le son de sa voix fait également partie des moments où il m’est facile de sourire. Entendre la voix de son enfant, c’est autre chose. On est toujours plus sensible à son enfant, c’est un lien particulier. Je félicite mon petit garçon et le laisse choisir le plat que je mangerais. Sans douter un instant de ses goûts et relativement peu certain de trouver un plat véritablement mauvais pour mon palais, je n’ouvre pas une seule fois la bouche pour l’orienter. Il a l’air d’apprécier et me propose donc un donburi avec du saumon. C’est classique et ça me va. J’acquiesce de la tête et lui, tout content me répond par un grand sourire. Alicia choisit également son plat et nous voilà de nouveau seuls en face en face. J’ai du mal à réfréner le lot de questions. J’aimerais connaître l’état d’Orphéo, de cette partie de ma vie que j’ai délaissé pour un coût bien trop lourd. Un coût que je n’arrive pas, ou plus, à gérer. Heureusement pour moi, la belle occidentale accueille plutôt bien ma soudaine curiosité et je soupire, discrètement, de soulagement.

- Mais non, tu ne m'assommes pas. Il y a eu des hauts et des bas, tu sais, mais je vais bien. Oui, toujours à Orpheo... Tu sais, je suis vraiment désolée de ce qu'ils ont fait à Pandora Mystery... Ce n'est pas parce que je fais toujours partie de l'Ordre que j'approuve ce que le Conseil a décidé. Justement, je suis ici pour rencontrer la nièce Mystery, tu as dû en entendre parler, Amaterasu. Orpheo change dangereusement, et nous devons justement nous serrer les coudes entre personnes d'opinions similaires, afin de gagner la guerre comme nous le souhaitons. Je suis ici pour une semaine. J'aurais aimé rester plus, mais je ne peux pas laisser mon compagnon seul pendant trop longtemps avec l'armée des braillards...

Effectivement, comme Pandora est venue au Japon, j’ai pu garder pas mal de contacts avec elle. Comment elle a littéralement été écarté de l’orphelinat. Je trouve ça tout simplement révoltant. Cette femme a toujours été d’une droiture sans pareil et a su gérer l’orphelinat d’une main de maître. L’accuser de crimes orchestrés par les sorciers noirs est pour elle une double punition. Elle doit souffrir de la perte de quelques dizaines d’orphelins, si ce n’est plus. Et c’est certainement plus. Je ne sais si c’est par désir de ne pas trop faire ressurgir ces visions, mais les quelques fois où il m’est possible de discuter avec elle, nous parlons rarement d’Orpheo*. Ou bien peut-être a-t-elle été réellement mise à l’écart au point de n’acquérir plus aucune information ? cela me paraît peu probable, les Mystery sont une grande famille, on ne peut pas simplement l’ignorer. Quant à la guerre… La guerre j’en suis détaché. Mon esprit oscille entre lui demander des nouvelles des professeurs, de l’état d’Orpheo et celui de rester dans l’ignorance pour ne pas la brusquer. Sans doute a-t-elle envie de parler d’autres choses, de se vider la tête. Malheureusement, je ne suis pas lecteur de pensée. Malheureusement, ma curiosité est si forte que mes préceptes sont envoyés à l’autre bout de la planète. Je plisse les yeux avant de demander :

-« Orpheo change dangereusement ». Il y a des problèmes au sein même de l’organisation ? Une semaine… Si tu souhaites passer chez moi ou autre, n’hésite pas. C’est toujours un plaisir de parler avec toi. Je n’ai pas non plus envie de monopoliser ton temps, je sais combien tu apprécies ce pays mais si je peux faire quoique ce soit, sens-toi libre de me le demander.

Aussi bien ces informations sont-elles des nouveautés et je peux paraître juste mal informé. Aussi bien datent-elles de quelques années et elle se rendra compte de mon ignorance affolante sur ce monde auquel j’appartiens. Je pèse soigneusement mes mots. Si un petit sourire ne s’affichait pas constamment sur mon visage, on aurait pu croire que je prononçais une phrase solennelle. Elle connaît bien le pays, mais je le connais mieux puisque j’y vis. Je pourrais même lui proposer un guide ou autre. Enfin, ce ne sont que des propositions, je ne suis pas là pour l’inciter à faire ce que je veux. C’est juste une déformation professionnelle.

-Mais je parle de moi, et toi tu n'as pas répondu à ma question. Tout va bien pour toi ? Je me doute que tu ne voudrais pas me faire part de tes états d'âmes devant le petit mais si jamais...

Le changement de tonalité de la phrase, provoqué par le brusque passage en anglais me fit frissonner. Parce qu’il s’agissait de ma langue de travail, de ma langue d’adoption, cette dernière sonnait bien plus grave et elle ramena mon lot de tracas jusque-là ignorés volontairement. Mon sourire se fane assez rapidement et la culpabilité me gagne peu à peu. Affichant rapidement un nouveau sourire de façade, je propose à Mitsuo d’aller demander un coloriage à la serveuse. Trop heureux de pouvoir se dégourdir les pieds, le jeune enfant saute de mes genoux et s’en va clopin-clopant. Même en anglais, même persuadé d’être incompris par le jeune, c’est quelque chose que je ne parviens pas à sortir à proximité de lui. Je tâche de garder un visage avenant, mais la culpabilité se fait rapidement une place dans le fond de mon regard. Je n’ai pas pour habitude de détourner ce dernier et c’est donc ces mêmes prunelles qui, droites, plongent dans celles de ma vis-à-vis. De but en blanc, professionnel, paraissant le plus détaché possible, je me lance, en anglais.

-Je viens de divorcer avec Miyaki. Enfin, c’est en cours. Je n’ai plus la force de répondre à son amour, ni même d’en donner à qui que ce soit d’autres qu’à mes enfants. Mon travail avale mon temps, ma personnalité, mes sentiments, même ma magie. Miyaki est une femme d’amour, qui parvient à donner plus qu’elle ne reçoit sans se plaindre. Elle est un ange et cela fait des années que je deviens une pierre. Je ne veux pas me sentir coupable de ce qu’il adviendra d’elle dans quelques années. Je veux lui laisser l’occasion de refaire sa vie avec quelqu’un qui saura l’aimer mieux que moi.

Aussi contradictoire que cela puisse paraître, mon ton est animé d’un certain amour. D’une certaine nostalgie et d’un désir brûlant de participer à son bonheur. Ses parents ne pourront s’en prendre qu’à moi puisque je suis l’instigateur de cette séparation. Comme cela avait été programmé, nous nous sommes mariés, nous avons eu des enfants, nous avons fondé une famille et des héritiers. Elle a le droit de vivre maintenant et même si je l’ai aimé, même si je l’aime encore d’une amitié sans pareille, je ne suis plus capable de lui fournir ce qu’elle recherche.
Mitsuo revient l’instant d’après avec son coloriage et des petits crayons de couleur. Je remercie du regard la serveuse et installe de nouveau Mitsuo à mes côtés, en le laissant s’occuper l’esprit pendant que nous discutons de choses plus graves.

-Voilà, concrètement, où je me trouve en ce moment. Pardon pour ce monologue, tout est sorti. Être un chef d’entreprise n’est pas de tout repos et je n’ai même plus le temps de profiter de mon argent.

La petite touche amusante pour détendre l’atmosphère. Oui…




*j’ai inventé, mais si ça ne te va pas dis-le moi, c’est juste que Ren ne doit pas être au courant de beaucoup de choses alors faut éviter qu’on lui en parle.

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Alicia Roussel
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Jeu 3 Aoû 2017 - 1:11

The models will have children, will get a divorce
Will find some more models, everything must run its course.


Et voilà, ils étaient toujours complices, Ren se moquait d'elle, discrètement, vantant la grande forme de la jeune mère, visiblement aussi surpris qu'elle l'avait été en apprenant qu'elle était mère de trois enfants d'un coup. Oui, il y avait un peu de quoi se moquer des gens qui se faisaient avoir comme ça par le destin. Pas qu'Ali n'aimait pas les enfants, loin de là. Mais on ne pouvait pas dire qu'elle s'était préparée à... ça. Qui aurait pu ? Décider qu'on va avoir un enfant et en avoir envie, c'est une chose. Découvrir qu'on va en avoir trois d'un coup et le vivre c'en est une autre. Alicia avait assez de recul sur la situation pour imaginer que ça devait être très drôle d'un point de vue extérieur. Elle-même se moquait souvent de sa propre vie, parce que l'autodérision, c'est bon pour la santé.

Ren lui demandait donc quel âge avaient ses triplés, et lui expliquait la signification des kanjis du prénom de son fils. La jeune femme s'en trouva fascinée. Il y avait un vrai raisonnement, une véritable recherche, et c'était très beau, ce prénom racontait une histoire, les kanjis étaient très bien trouvés. Elle hocha la tête, buvant les paroles de son ex-petit ami. Le petit n'était donc pas né si facilement. Elle espérait que Miyaki s'en était remise, et se promit de lui demander des nouvelles de sa femme par la suite.

Mais avant cela, elle se devait d'écouter la réponse du petit Mitsuo à sa question. Elle avait demandé à son père quel âge il avait, et celui-ci avait déclaré que l'enfant était le plus à même de lui répondre, ce qui était vrai. Peut-être allait-elle enfin entendre le son de sa voix.
Cela prit un peu de temps. Le petit garçon s'accrocha fermement à son père, avant de la regarder avec une certaine appréhension et de lui répondre d'une voix tellement adorable que ça aurait du être interdit qu'il avait 3 ans.

Cela fit sourire Ren, qui le couvait du regard, et Alicia se retrouva ainsi en son ami. Elle aussi était toujours émue lorsqu'elle voyait ses petits se mouvoir, parler, faire de nouvelles choses. La jeune femme lui sourit avec affection, et déclara :


-Tu es un grand garçon dis-donc ! Mes enfants à moi ont un an et demi, ce sont encore des bébés. En tous cas, tu as un très joli prénom, ton papa à très bon goût.

La française adressa un sourire malicieux à l'intéressé, et regarda avec intérêt le petit Mitsuo choisir un donburi au saumon pour son papa, un très bon choix en somme, Ren en parut satisfait. Alicia sourit. C'était tellement attendrissant de le voir ainsi. Il faudrait que leurs familles respectives se rencontrent un jour, mais peut-être quand ses triplés seraient plus âgés, ce serait plus intéressant pour Mitsuo et Ayumi, et moins fatiguant pour les adultes.
Mais ce n'était pas le moment de penser à des scènes réjouissantes de barbecue du dimanche midi, visiblement, car Ren lui demandait à présent plus de précisions par rapport aux tensions internes d'Orpheo. La jeune femme était assez surprise qu'il ne soit pas au courant, cela avait tout de même été au centre de l'actualité du monde magique depuis quatre ou cinq ans, le fait que les conservateurs prennent l'avantage au sein de l'Ordre, menant d'ailleurs notamment à la mise à l'écart de Pandora Mystery du Conseil. A présent, la majorité des membres de celui-ci refusait que la vieille femme reprenne la tête de l'orphelinat lorsqu'il serait récupéré, quand bien même le domaine était celui de sa famille.

Puis son ami conclut sur une note plus joyeuse, lui proposant de passer chez lui si elle en avait l'occasion. A vrai dire, Alicia n'avait pas de planning précis pour cette petite escapade au Japon, la perspective de pouvoir passer plus de temps avec Ren la réjouissait donc déjà.


-Tu as dû entendre parler des conservateurs, Ren, non ? Eh bien le fait est qu'ils prennent de plus en plus de pouvoir, ce que je trouve, personnellement, très problématique. Ils sont des idées arriérées et violentes, qui ne nous rendent pas meilleurs que les sorciers noirs, si tu veux mon avis... -Elle soupira- Et puis, leur séparation entre les innocents et les autres est trop stricte, je pense que le monde ne peut pas tenir comme cela. Ils ont écarté Pandora Mystery du Conseil de l'Ordre tu sais...

La française marqua une courte pause avant de sourire de nouveau afin de répondre à la proposition de Ren :


-Je n'ai pas prévu grand chose, je serai ravie de passer du temps avec toi ! Tu sais je ne connais pas non plus Tokyo par cœur, alors si tu as des choses à me faire découvrir, je ne demande que ça !

Elle était réellement enthousiaste, car cela faisait bien longtemps qu'ils n'avaient pas passé du temps ensemble, et c'était l'occasion de se redécouvrir, cette idée l'excitait comme une gamine à qui on a promis une journée à Disneyland. Quoi que Ren ait envie de faire, elle serait partante.

Mais le sujet de la conversation était parti pour dériver sur quelque chose de plus grave et de plus sérieux, dès lors qu'elle était passé à l'anglais, d'ailleurs. Ren envoya son fils se promener, inventant un prétexte, et Alicia se sentit légèrement nerveuse. Elle se demanda ce qui avait pu arriver de si grave pour que son ex ne veuille pas en parler devant Mitsuo, même dans une langue que celui-ci ne comprenait pas.
La jeune femme le regarda s'éloigner en trottinant vers la serveuse pendant un instant, instinct maternel oblige, avant de reporter son attention sur le père du petit bonhomme, qui entamait déjà sa réponse.

Et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'elle ne s'attendait pas à ça. Ren et sa femme divorçaient. Alicia étaient estomaquée. La dernière fois qu'elle les avait vus ensemble, ils étaient heureux, assez complémentaires, pas un couple trop démonstratif en public comme le sont certains, mais harmonieux, bien. Que s'était-il passé pour que cela change ?
A vrai dire, elle ne les connaissait pas intimement, du moins, pas Miyaki, et elle ne pouvait pas savoir ce qui se passait dans leur intimité, ce qui faisait que leur couple fonctionnait, qu'ils étaient heureux ensemble.
Elle écouta donc ce que son ami avait à dire. De ce qu'elle en comprit, il n'arrivait plus à l'aimer. Son travail semblait le ronger de l'intérieur. L'exorciste pinça les lèvres, remuant son verre d'eau dans sa main en écoutant le japonais parler. A vrai dire, de ce qu'elle entendait, elle était plus triste pour Ren en lui même que pour son mariage. En fait, il avait simplement l'air d'aller mal, et cela avait également pourri son couple.

Alicia jeta un œil au petit Mitsuo qui était en grande conversation avec la serveuse du café, avant de répondre d'un ton grave, l'inquiétude se lisant sur son visage :


-Ren, je suis désolée pour toi. Je ne sais pas quoi penser de ton divorce, je te l'avoue, car je ne connais pas ton couple. Mais j'ai tout de même l'impression que tu t'attaques au mauvais problème. Si tu sais que c'est ton travail qui te rend ainsi, c'est à dire malheureux, de ce que j'en vois, il faut y remédier. Je ne veux pas te perdre, et tes enfants ont besoin de toi. Si ta vie telle que tu la mène continue de te changer en pierre, comme tu le dis, il faut y faire quelque chose, tu ne crois pas ?

C'était un peu comme si elle s'adressait à un enfant, ou à un ado rebelle, mais elle ne voulait pas du tout prendre Ren de haut, elle voulait simplement l'aider à prendre du recul, à réaliser ce que devenait sa vie, et les risques qu'il encourait. Tout simplement lui montrer que des gens tenaient à lui et qu'il ne fallait pas faire n'importe quoi. En clair, le trentenaire était perdu, et Al était prête à le soutenir dans ce moment de crise.

La serveuse leur apporta leurs plats respectifs, Mitsuo à sa suite, se rasseyant aux côtés de son père et Ren finit sa tirade en plaisantant sur le fait qu'il ne pouvait même plus profiter de son argent tant il travaillait. Alicia lui lança un regard blasé l'air de dire "on n'me la fait pas à moi, jeune homme", et finit par répondre :

-Je vois. S'il te plait, Ren, ne deviens pas le cliché du businessman japonais, ça me ferait trop de peine. Tu m'as vraiment l'air d'avoir besoin de lever le pied. En tous cas, pour le moment, itadakimasu !

La française sourit et regarda son ami d'un air encourageant. Elle ne le jugeait pas pour ses choix. Elle voulait simplement qu'il soit heureux, et tant mieux si elle pouvait y contribuer.

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Ouais c'est pas faux.
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Ren Takahata
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Lun 7 Aoû 2017 - 21:44

Ce que je vois dans ses si petits yeux grands ouverts,
C’est la naïveté. Et l’espoir.


J’aimerais redevenir un enfant. Fuir les responsabilités, avoir l’impression d’être indépendant sans l’être en réalité. Se voir facilité la vie par des parents protecteurs. Voir le monde sous son meilleur angle, ne pas se prendre la tête. La conscience est sans doute notre pire ennemie. Dès qu’elle se montre, c’est souvent pour nous balader à droite à gauche, pour nous culpabiliser, nous assaillir de devoirs, nous faire prendre, justement, conscience de la vermine du monde. Quelque part, je pense que ce type de réflexion est assez caractéristique d’une personne capable de se métamorphoser. Quand je suis sous forme de léopard, je suis infiniment mieux. Je réagis plus facilement, j’écoute, je perçois, je n’imagine pas. Tout est plus véritable, instantanée. A un tel point que, fatigué, affalé sous ma forme animale, je me surprends à me demander si ma forme primitive ne serait pas, par hasard, ce félin. Une forme qui déteindrait sur ma forme humaine au point de modifier la couleur de mes iris. Je serais, grâce à cette conscience, persuadé d’appartenir à l’espère humaine. La facilité me pousserait à accueillir cette forme si lointaine de mes origines pour me protéger de l’extinction, me protéger en revêtant l’habit du chasseur pour ne pas finir chassé. Mais les animaux seraient-ils alors doués de magie ? Je ne pense pas. Et je suis né de deux humains. Tout me porte à croire que j’ai été un humain et que je le demeurerai jusqu’à ma mort.

Enfin, tout ça pour dire que les petits yeux de mon enfant m’apprennent et reflètent la vision simpliste d’un monde tel qu’il est, sans préjugés et sans poésie. Je passe ma main dans ses cheveux, apprécie le toucher fin et lisse et repasse mes mains autour de sa taille. Il est probable que je défende ce petit but d’homme avec acharnement. Très certainement. Un acharnement que je n’ai pas connu avec Ayumi et que je ne pourrais expliquer. Parce que c’est un homme, parce qu’il est très certainement le dernier de la tribu, le plus sensible, l’héritier d’une fortune inconcevable et d’un lot de devoirs sans limite. Je ne veux pas ça pour lui. Je ne veux pas l’amener aux banquets de la haute société pour finir par devoir l’abandonner dans un coin parce que ces mêmes devoirs m’appellent. Je refuse cela et c’est sans doute la possibilité de repartir de zéro qui m’attire chez ce garçon. Comme pour effacer mes craintes, me refaire une nouvelle identité.
C’est cela, une nouvelle identité.

-Tu es un grand garçon dis-donc ! Mes enfants à moi ont un an et demi, ce sont encore des bébés. En tous cas, tu as un très joli prénom, ton papa à très bon goût.

J’incline un peu la tête en avant et remercie Alicia pour son compliment. J’avoue n’avoir pas beaucoup réfléchi à son prénom. Il s’est… imposé à moi sans plus de cérémonie et Miyaki l’a accepté sans broncher. Oui, nous sommes tombés d’accord sans aucun problème. Elle a toujours tout respecté, tout ce que je faisais. Tout le temps. Jamais elle ne s’est plainte. A chaque fois qu’elle me faisait des reproches, elle se situait toujours par rapport à ma santé, par rapport à ses propres émotions. Je n’ai jamais eu droit à un « Pense à moi » ou un « J’ai envie que tu arrêtes ça parce que je n’aime pas ». Non. Certains penseront que c’est ce qui fait une famille unie, une famille parfaite. Ça ne l’est pas. J’ai besoin de ressentir une résistance. J’ai besoin de hausser le ton parfois, de confronter des points de vue. Peut-être est-ce à cause de mon travail. Peut-être pas.

Je tâche de me recentrer sur la situation au lieu de me lancer dans un débat intérieur sur l’état actuel de ma situation avec Miyaki. Nous parlons fatalement de ce qu’il se produit en ce moment à Orpheo. Du manque d’informations en ma possession et du peu d’intérêt que j’y accorde en vérité. Que je devrais accorder si j’avais plus de temps à perdre. Si j’avais plus de temps tout court. Je soupire. Sans doute va-t-elle m’ouvrir la boîte de Pandore. Celle que je me suis interdit pendant quatre longues années et que mon père a soigneusement pris soin de cacher de mon regard curieux.

-Tu as dû entendre parler des conservateurs, Ren, non ? Eh bien le fait est qu'ils prennent de plus en plus de pouvoir, ce que je trouve, personnellement, très problématique. Ils sont des idées arriérées et violentes, qui ne nous rendent pas meilleurs que les sorciers noirs, si tu veux mon avis... Et puis, leur séparation entre les innocents et les autres est trop stricte, je pense que le monde ne peut pas tenir comme cela. Ils ont écarté Pandora Mystery du Conseil de l'Ordre tu sais...

Je fronce les sourcils. Les conservateurs ? Ça me dit vaguement, mais alors très vaguement quelque chose. Le genre d’informations qui te reste sur le bout de la langue sans parvenir à s’extraire de ta bouche. J’ai effectivement cru comprendre qu’ils n’avaient pas tout à fait la même « méthode » que l’ordre d’Orpheo en général, mais de là à les penser violent, c’est à se demander si l’organisation n’est pas lentement en train de plonger. J’essaye de retenir un maximum d’informations de ce petit monologue sans sur interpréter mais Alicia comprendra bien vite que je ne suis réellement plus présent dans la course magique. Il s’agit donc également d’eux pour Mystery. Je vois.

-Je n'ai pas prévu grand chose, je serai ravie de passer du temps avec toi ! Tu sais je ne connais pas non plus Tokyo par cœur, alors si tu as des choses à me faire découvrir, je ne demande que ça !
-Je suis le premier ravi.

A cela, j’ajoute un petit sourire. Bien, quand à ses précédentes paroles, autant lâcher l’information dès que possible :

-J’ai vécu reclus d’Orpheo non… De la magie en général depuis que je suis ici. Je sais que ça peut paraître surréaliste d’être aussi détaché d’un monde dans lequel on vit en osmose depuis petit, mais je t’assure que c’est possible, aussi pardonne-moi la bêtise dans mes questions mais… ces conservateurs ? Que se passe-t-il au sein d’Orpheo pour que les pensées changent au point de se radicaliser ? Et la guerre ? Je me suis… – le mot a du mal à franchir la barrière des dents – « enfui » avant la prise du Mystery. J’ai cru comprendre que la situation… s’améliorait ?

Oui, alors ça je le tiens de mes rares contacts exorcistes. Et je ne m’avance pas au risque de raconter n’importe quoi. Ça doit rester un sujet assez sensible. Qui sait combien de personnes sont mortes depuis toutes ces années ? je n’ose pas même y penser. Être exorcistes est définitivement un métier à risque. Mieux que l’armée. Et bien pire à la fois.

Malgré toutes mes tentatives de paraître bien portant, Alicia finit par se demander si, par hasard, je n’ai pas quelque chose à lui raconter. Un petit truc. Léger. Peu important. Ou un gros. Une grosse aiguille sous un minuscule caillou. La magie. La séparation. Miyaki. La difficulté du mariage et ma faiblesse par rapport à l’amour. Je l’ai aimé d’amour. Tout comme lorsque j’étais avec Alicia. Mais tout est passé. Tout a disparu et je ne désire plus qu’une chose : rester seul et me recentrer. Avec mon gamin. Je devrais quitter mon travail. Quitter le Japon même. Vivre une nouvelle vie et repartir de rien. Mais en suis-je vraiment capable, satisfait de ma routine ? Je devrais regretter. Je ne sais plus ce que je veux. Je me forge une coquille pour paraître ancré sur mes deux pieds, certain de suivre un chemin tracé alors que ma vie n’a jamais été aussi obscure. Aussi incertaine. Je sais que Mitsuo est capable de faire flancher cette carapace, alors je l’éloigne.

-Ren, je suis désolée pour toi. Je ne sais pas quoi penser de ton divorce, je te l'avoue, car je ne connais pas ton couple. Mais j'ai tout de même l'impression que tu t'attaques au mauvais problème. Si tu sais que c'est ton travail qui te rend ainsi, c'est à dire malheureux, de ce que j'en vois, il faut y remédier. Je ne veux pas te perdre, et tes enfants ont besoin de toi. Si ta vie telle que tu la mène continue de te changer en pierre, comme tu le dis, il faut y faire quelque chose, tu ne crois pas ?

Je ne sais si le léger rire s’extirpant à l’instant de mes lèvres est sarcastique ou non, mais il transmet bien mes pensées. Une blague. La situation est « simple » à régler. Il suffirait de quitter mon travail, de le confier à quelqu’un d’autre. Quelqu’un de confiance. Là n’est pas le problème. Le problème, c’est d’accepter délibérément de couper tous les ponts avec ma famille, étant persuadé qu’ils ne me pardonneraient pas l’énorme bêtise que je m’apprête à faire. C’est également potentiellement renoncer à mon héritage si la tempête familiale ne passe pas. Vivre un peu plus comme « tout le monde », perdre cette stature de PDG, vivre à ses propres dépens. C’est le plus gros dilemme de mon existence. Perdre définitivement pour vivre mieux. Cela peut paraître agaçant pour une personne extérieure de me voir me morfondre sur un étalage d’argent et avoir l’impression de perdre mon âme si mes biens matériels me sont supprimés. C’est pourtant le cas. Vivre dans la fortune toute sa vie et devoir revenir à une situation ressentie par la majorité de la population, c’est un traumatisme. Un vrai traumatisme.

-Je vois. S'il te plait, Ren, ne deviens pas le cliché du businessman japonais, ça me ferait trop de peine. Tu m'as vraiment l'air d'avoir besoin de lever le pied. En tous cas, pour le moment, itadakimasu !

Je regarde mon plat, puis Mitsuo assit à côté de moi et me saisit de mes baguettes en souhaitant également un bon appétit à ma compagnie. Alicia pourrait-elle comprendre ? Elle est co-directrice, elle doit être riche. Aussi riche que moi ? Je ne sais pas et je refuse de paraître snob avec elle. Avec quiconque. Alors, je décide de tourner l’histoire dans un autre sens.

-Le problème, il est géographique. La source de mon problème, c’est le Japon. Mes origines, ma famille, mon travail, ma réputation. Tu as raison sur toute la ligne. Ça a commencé avec mon statut de PDG, puis Miyaki. Désolé de te décevoir, mais je corresponds parfaitement à la définition du businessman japonais. Même si je trouve encore le temps de discuter avec des amies.

Je lui souris affectueusement et poursuis, toujours en anglais :

-Je pense quitter le Japon. Redevenir exorciste pour le premier QG qui m’acceptera. J’aime mon travail mais je passe dangereusement une limite que je me suis toujours forcé de ne pas traverser. Je veux pouvoir cesser de me cacher pour me métamorphoser. Enfin… Voilà, tu sais tout. Je parle beaucoup. Je dois avoir l’air de me plaindre, pardonne-moi pour ça mais j’ai tellement peu d’occasions de m’exprimer librement et parler de magie…

Ah ça, pour me plaindre, je me plains. J’ai l’impression de raconter ma vie. C’est sans doute pas juste une impression d’ailleurs. J’aimerais bien lui demander comment ça se passe de son côté. Mais pas pour le moment. Sans doute va-t-elle réagir à tout ce monologue sans fin. Et j’ai bien envie de manger aussi.

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Alicia Roussel
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Ven 11 Aoû 2017 - 0:48

Dear my friend 空を見なよ、今僕らは同じ空を見てんだ。

Alicia regardait Ren sourire doucement en l'écoutant de parler. Il avait l'air content qu'elle voie son fils, et c'était un bonheur réciproque. Elle aimerait bien qu'il voie ses triplés un jour. Il serait probablement vite fatigué, Robin, Javier et Rudy étant beaucoup plus bruyants et indisciplinés que Mitsuo ne semblait l'être. Mais peut-être la française se leurrait-elle. Souvent, devant des inconnus, les enfants sont beaucoup plus sages et agréables qu'ils ne le sont réellement avec leurs parents.

En tous cas, la jeune femme était toute attendrie de voir la fierté et l'amour dans les yeux de son ex-petit ami alors qu'il regardait sa progéniture. Elle n'avait vu la petite Ayumi qu'une fois, bébé, elle se demanda à quoi elle ressemblait maintenant, si elle avait pris la beauté de sa mère. Elle se demanda aussi elle était plus proche de celle-ci, et que son cadet était plus proche de son père ? Al se prit à réfléchir aux triplés. Elle n'avait pas l'impression de se sentir plus proche de l'un des trois en particulier. Peut-être qu'avec le temps, elle serait plus complice avec Robin, parce que c'était une fille ? Mais elle trouvait cela dommage, que les petites filles soient forcément collées à leur maman, et les garçons à leur papa. Elle espérait que ça n'arriverait pas dans sa famille. Pour le moment, elle donnait -ou du moins, avait l'impression de donner- autant d'attention et d'affection à chacun des triplés, et il en était de même pour Reever. Reever qui devait actuellement se les coltiner à lui tout seul. Alicia se mordilla légèrement la lèvre, de culpabilité.


-Et Ayumi, demanda-t-elle alors, comment va-t-elle ? Elle va sur ses 6 ans, si je ne me trompe pas ? Ils s'entendent bien, tous les deux ?

Peut-être que Mitsuo répondrait lui-même en partie à sa question, mais elle en doutait. Le petit garçon lui semblait bien timide. Mais cela faisait partie de son charme, avec ses joues bien rebondies et ses petites lèvres plissées de perplexité. A croquer, cet enfant.

Le sujet suivant que les deux "vieux" amis abordèrent était beaucoup moins mignon. Il s'agissait, d'Orpheo, de guerre, plus ou moins de politique, en somme. Pas de quoi se réjouir, malheureusement. Et Ren n'avait pas l'air d'être très au courant de ce qu'il se passait actuellement dans le monde magique. Alicia allait donc avoir l'honneur de lui expliquer la situation actuelle, ce qui ne la réjouissait que peu, à vrai dire. Son visage s'était légèrement assombri, mais elle tentait tout de même de ne pas avoir l'air déprimée, par égard au petit garçon qui se trouvait avec eux. Elle se demanda s'il avait déjà découvert ses pouvoirs. Par chance, ses triplés n'avaient pas encore de magie. Et tant mieux, car ça de plus à gérer, ce serait probablement du suicide social, physique et mental pour Reever et elle. Cette pensée fit tout de même sourire la jeune mère. Elle s'adressa donc à Ren avec un ton plus positif que le sujet ne s'y prêtait réellement et tenta de lui expliquer la situation.

-Ca me sidère un peu, je t'avoue... Tu as tout de même travaillé au Mystery Orphanage, tu avais des amis proches, là bas, non ? Ce n'est pas un reproche, hein, je suis juste... Surprise. Tu as revu Pandora Mystery depuis qu'elle est au Japon ? Pour répondre à ta question, les conservateurs sont les membres d'Orpheo qui prônent des méthodes d'exorcisme et de combat contre les sorciers et humains noirs plus... Radicales. La peine de mort systématique pour ces derniers, et le refus de l'apaisement de l'âme des premiers. L'est de l'Europe ainsi que la Chine et la Corée sont de plus en plus influencés par ce mode de pensée, que je trouve personnellement dangereux. Certes, de plus en plus de batailles contre Croix et Rosenrot sont gagnées grâce aux tueries systématiques, mais j'ai peur de ce que cela fait de nous, et de ce que cela donnera sur le long terme. Toujours plus de vengeances, selon moi. Comme la vendetta Grey/Cross, par exemple.

Elle s'arrêta de parler pour prendre une longue gorgée d'eau, manger quelques bouchées de son riz et de ses tempura, puis boire du thé. Puis elle réfléchit à ce que lui raconta Ren sur sa situation actuelle, sur son mal-être. Elle aurait aimé être seule avec lui, et dans un endroit plus isolé pour le prendre dans ses bras. Ce qu'il lui disait, en réalité, c'était qu'il était malheureux. Malheureux avec l'espoir, elle le sentait, l'espoir d'améliorer les choses, mais malheureux malgré tout. Alicia le regarda donc avec compassion, et compréhension. Pas de pitié, car il ne méritait pas ça. Et Alicia n'avait pas pitié des gens qu'elle estimait, de toute façon. Elle se contenta de manger lentement, faisant tourner dans sa tête ce qu'elle entendait. En fait, Ren avait une plutôt bonne analyse de son problème, mais le résoudre requérait de prendre des décisions difficiles. Alors, si divorcer de Miyaki pouvait le faire se sentir mieux, pourquoi pas.

Alicia sourit doucement, et s'arrêta un instant de manger pour répondre :


-C'est amusant que ce pays que j'aime tant soit une si grande source de problèmes pour toi. Mais tu as raison, vivre en Ecosse t'allait bien, il me semble que tu étais plus épanoui là bas. Il y avait les enfants de l'Orphelinat, ton grand ami, Takeji... Peut-être que je me trompe, bien sûr, je ne connais pas ta vie aussi bien qu'à une époque mais... Oui peut-être que te plonger dans l'exorcisme te ferait du bien, je sais que les métamorphes ont souvent un besoin physique de revêtir leur forme fusionnelle... Moi-même si je ne suis pas au contact du vent, et que je ne "joue" pas avec, ça peut paraître ridicule, mais je suis un peu déprimée. Donc si je dois te conseiller quelque chose, mon ami, fais ce qui te rend heureux, coupe les ponts avec ce qui est malsain dans ta vie. Réellement, j'aimerais te voir heureux. Sache qu'en tant que sous directrice d'Orpheo Paris-Londres, je serai ravie de t'accueillir dans une de nos équipes. Et non, je sais bien que tu ne te plains pas, tu t'exprimes simplement. J'imagine qu'il n'y a pas tant de personnes que ça à qui tu peux parler de ce genre de chose...

Elle soupira profondément. Elle ne savait pas si ce qu'elle disait pourrait être utile à son ami, mais en tous cas l'écouter parler et lui donner les conseils qu'elle pouvait était important pour elle. Elle lui souriait amicalement, espérant pouvoir un peu l'apaiser. Parfois, simplement parler à une personne permet de mettre les problèmes à plat, Al le savait. Peut importait la réponse de la personne en face de nous, tant qu'il avait une bonne qualité d'écoute. Elle espérait au moins pouvoir être là pour Ren.

L'exorciste posa à nouveau ses yeux sur le petit garçon de son ami, et sourit encore une fois avec attendrissement, avant de demander au jeune papa, toujours en anglais, juste par curiosité :


-Et tes enfants, au fait, ils ont déjà de la magie ?

Une étape redoutée par la plupart des parents doués, mêlés ou sorciers, car n'importe quoi pouvait arriver. C'était aussi pour ça qu'Ali voulait savoir. Au moins pour avoir une idée de ce à quoi elle pourrait s'attendre quand son trio de monstres aurait le déclic magique. Elle avait à la fois hâte, hâte de savoir quelle forme de dons et de pouvoirs se cachaient en aux, mais elle était également terrifiée du jour où cela arriverait.

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Ren Takahata
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Dim 27 Aoû 2017 - 0:02

« On poursuit l’histoire de la famille avec nos enfants.
Et dans 200 ans ils parleront de nous la petite larme à l’œil. »


J’aime bien toucher les cheveux de mon enfant. C’est doux, ça me détend comme un anti-stress, un dopant. Tellement de choses à la fois. Je me dis que je pourrais bien faire n’importe quoi pour lui, renier mes convictions, changer de camp. Je serais bien capable de tout. Même le pire, pour lui. Je pense que ce pourrait être le cas de n’importe quel parent. Par amour maternel ou paternel. Quelque chose de bien trop puissant pour pouvoir y poser des mots justes.

Alors, en prolongement de mes pensées, ma main se porte à ses cheveux. Je souris, un peu niais. C’est tellement difficile d’être parent et pourtant, c’est naturel. Du bonheur, du malheur, des pleurs, des cris et des rires. Des regards. Il est vrai qu’à retourner dans le passé, avant même la connaissance de Miyaki, je ne me serais jamais préparé à être un jour parent. Trop de charges, trop de problèmes à surmonter, une quiétude à jamais perdue, une dépendance à assurer. Aurais-je fait une erreur ? Aurais-je dû rester célibataire et vivre reclu au fin fond de l’Ecosse, avec mes ami animaux, face au silence ? Peut-être. Peut-être que tout ceci n’était qu’une erreur. Pourtant, en tournant mon regard vers l’enfant à mes côtés, un pénible pincement au cœur me fait regretter mes pensées. Une erreur ? Non. L’erreur d’avoir pensé le contraire, plutôt. De toutes ces années passées au Japon, Mitsuo a sans doute été le meilleur souvenir. De par l’incertitude de sa naissance, de son puissant regard et de ses minuscules bras. De l’incroyable retenu dont il fait preuve en public et de l’amour qu’il donne aussi gratuitement en famille. À bien des égards, il n’est pas semblable à sa grande sœur. Il est beaucoup plus… posé et réfléchi.

-Et Ayumi, comment va-t-elle ? Elle va sur ses 6 ans, si je ne me trompe pas ? Ils s'entendent bien, tous les deux ?

Ayumi oui. Une survoltée, très vive, très observatrice mais filante comme une étoile à travers le ciel. Elle a plus d’énergie que notre couple réuni, dès son plus jeune âge. Malicieuse, capricieuse également. Amatrice des bonnes et belles choses. À la différence de Mitsuo, Ayumi a immédiatement fait face à l’incroyable monde de la très sélective richesse japonaise. Elle a toujours vécu entourée de personnes sensibles à son charme dont elle ne se prive pas d’utiliser, les bras pleins de cadeaux. Ayumi aime la richesse, il faut le dire. Elle n’en a pas conscience à son âge, mais ses caprices sont l’une des raisons évidentes pour expliquer cette tendance. Comme Mitsuo, elle est également très câline ce qui provoque parfois des crises de jalousie lorsque papa revient enfin après deux semaines de travail à l’étranger et qu’il est fatigué. Enfin bon.

-Elle va bien. Un peu capricieuse par moments. Elle aura effectivement 6 ans en novembre. En temps normal, ils s’entendent bien. Quand il y a conflit d’intérêt par contre, c’est moins évident.

Un conflit pour un papa par exemple. Pour une maman plus souvent. Pour un jouet très souvent.
Et puis le sujet dérive. La guerre, toutes ces choses que je me suis simplement contenté d’ignorer d’un revers de la main. Par peur. Pour protéger ma famille quelque part. faire comme si de rien n’était. Et ça a plutôt bien marché. Pourtant, parce qu’un exorciste un jour est un exorciste toujours, il me faut reprendre progressivement pied dans ce monde, ce monde qui m’a tant manqué.

-Ca me sidère un peu, je t'avoue... Tu as tout de même travaillé au Mystery Orphanage, tu avais des amis proches, là bas, non ? Ce n'est pas un reproche, hein, je suis juste... Surprise. Tu as revu Pandora Mystery depuis qu'elle est au Japon ?

J’acquiesce alors qu’elle enchaîne. J’ai certes des amis proches mais en général ils n’ont pas trop envie de me parler de ça et savent que c’est assez réciproque. Ce n’est pas une partie de plaisir en ce moment, et je comprends tout à fait que l’on me préfère me parler de ce qu’ont mangé les enfants ce midi plutôt que de m’expliquer en détail en quoi travailler pour Orpheo devient difficile.

-Pour répondre à ta question, les conservateurs sont les membres d'Orpheo qui prônent des méthodes d'exorcisme et de combat contre les sorciers et humains noirs plus... Radicales. La peine de mort systématique pour ces derniers, et le refus de l'apaisement de l'âme des premiers. L'est de l'Europe ainsi que la Chine et la Corée sont de plus en plus influencés par ce mode de pensée, que je trouve personnellement dangereux. Certes, de plus en plus de batailles contre Croix et Rosenrot sont gagnées grâce aux tueries systématiques, mais j'ai peur de ce que cela fait de nous, et de ce que cela donnera sur le long terme. Toujours plus de vengeances, selon moi. Comme la vendetta Grey/Cross, par exemple.

Je fronce un peu les sourcils. Effectivement, pour être radical, c’est radical. Et évidemment, les premiers pays à tomber dedans sont assez prévisibles. Je suis tout de même assez heureux de ne pas entendre mon pays prononcé dans la liste. Ce serait bien triste. Je comprends que ce courant de pensée soit en évolution compte tenu des effets de la guerre, mais est-ce véritablement la bonne solution ? Je ne suis pas sûr. Malheureusement, je n’ai pas de rôle à jouer sur cette scène. Ma place n’est importante que pour les non-doués.

-Je soutiens ton idée. Je comprends ces modes de pensée, mais de là à inciter de plus en plus de personnes à poursuivre cette idéologie, ça me dépasse. D’un point de vue extérieur, effectivement, je ne l’assimile qu’à de la pure vengeance. Et le dicton est le même dans de nombreuses langues : la vengeance ne mène qu’à la vengeance. Je doute que l’on puisse raisonner les sorciers noirs, mais de là à les éliminer pour de bon sans distinction vis-à-vis de leurs motivations, je trouve ça… radical oui.

Le schéma est souvent le même en guerre. On perd des amis, de la famille et la vengeance semble bien souvent la meilleure pour arriver plus vite à ses fins. C’est un sentiment partagé, facilement disséminé et apprécier. Il n’y a qu’à cueillir, rassembler et mener. Un peu de charisme, une bonne persuasion et l’affaire est entendue. Il est difficile de se dissocier de la haine une fois qu’elle investit les pores de notre peau. Au mieux, on essaye de la rejeter, mais la tension est toujours là, n’attendant qu’un signe pour se montrer, plus puissante que jamais. Personne n’aime la guerre.

J’observe Alicia manger et l’imite en jetant quelques petites coups d’œil à mon fils, plus loin. Il est calme, il colorie un dessin, ou peut-être en fait-il un. Il est appliqué, concentré, la langue dehors sur sa bouche fermée, le gros crayon dans sa main en poing. Il est attendrissant, même si la discussion ne l’est pas. Je trouve que la dame joue très biens on rôle de psychologue aujourd’hui. Dommage, que cela se produise après une si longue période sans nouvelle. Je dois juste avoir l’air malheureux et ce n’est donc pas très ragoûtant pour la personne face à moi. Pourtant, la voici qui me sourit une fois mon discours achevé.

-C'est amusant que ce pays que j'aime tant soit une si grande source de problèmes pour toi. Mais tu as raison, vivre en Ecosse t'allait bien, il me semble que tu étais plus épanoui là-bas. […] Donc si je dois te conseiller quelque chose, mon ami, fais ce qui te rend heureux, coupe les ponts avec ce qui est malsain dans ta vie. Réellement, j'aimerais te voir heureux.

J’ai donc réellement l’air malheureux. Ça me met un peu mal à l’aise. Non pas pour moi, mais donner cette impression me fait comprendre moi-même la profondeur de mon mal-être et également ce que je renvoie aux autres. Je me demande si j’ai l’air aussi effacé avec mes enfants, ma femme, mes collègues. S’ils perçoivent à travers mes yeux perçants la douleur dans mon cœur. Il est vrai que la magie qui nous entoure nous fait également vivre. Sans magie, chaque joue paraît terne. Depuis combien de temps ne me suis-je pas transformé ? Je l’ignore. Parfois, il m’arrive de penser que ça y est, mon pouvoir disparaît, parce que je l’ai malmené, forcé à se terre dans une coque trop petite pour lui, comme un pokemon enfermé dans sa pokeball.

-Sache qu'en tant que sous directrice d'Orpheo Paris-Londres, je serai ravie de t'accueillir dans une de nos équipes. Et non, je sais bien que tu ne te plains pas, tu t'exprimes simplement. J'imagine qu'il n'y a pas tant de personnes que ça à qui tu peux parler de ce genre de chose...
-Merci pour tout. Vraiment. Tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait du bien d’avoir une oreille attentive et aussi accessible. Je note ta proposition. – Un silence en arrive à me faire penser à autre chose – Le Mystery… Pardon. – Nouveau silence – Il a été repris ? Je pense que… ma place est là-bas.

J’ai dû mal à exprimer mon ressenti plus clairement. C’est comme si quelque chose se déliait, au fond. Que cette ignorance trop longtemps forcée se remettait doucement en ordre afin de créer un monde dans lequel je puisse trouver ma place, véritablement. L’Ecosse a toujours été ma terre d’adoption. La terre qui me rapproche de mes origines magiques. L’orphelinat a su faire de moi quelqu’un de bon, me formaliser sur les vrais choses de la vie et pas sur le suivi de mes actions. Il m’a fait apprécié tant de choses et lors de sa prise… Je pense que c’est ce qui m’a entraîné dans cette sphère d’ignorance et a su l’entretenir. Parce que la douleur était palpable mais que, pour ma famille, c’était ce qu’il y avait de mieux à faire.

-Et tes enfants, au fait, ils ont déjà de la magie ?

Je relève la tête de mon riz, mange un peu de poisson et répond du tac au tac.

-Ayumi oui. Très tôt, elle n’avait même pas un an. Elle est métamorphe, comme moi. Son don en revanche ne s’est pas encore manifesté. Mitsuo… Mitsuo doit être un psychique. Je ne peux pas le dire avec précision, c’est une sorte… d’intuition de père. – je ris, néanmoins assez réservé – Du coup, je pense que l’on ne saura pas avant un certain temps. Il est pour le moment un petit enfant tout à fait normal, mais je t’avoue que parfois, je balise un peu à l’idée d’emmener les enfants dans le parc public. Et les tiens ? Ça ne doit pas être facile à gérer.

C’est souvent assez fantastique de voir son enfant découvrir sa magie. La surprise qui se lit sur son visage. Ses pleurs quand ils sont jeunes. C’est bien pire que de se blesser. Ça les surprend. En fonction de ces dons, en tant que parent, on sent les futurs problèmes arriver. Lorsqu’il s’agit d’une simple transmission de magie, comme Ayumi, ce n’est pas gênant, on sait le gérer, quoi protéger. En revanche, les nouveaux dons posent plus de problème. Et je ne parle même pas de ceux non répertoriés. La génétique fait parfois d’étonnants mixages. Je n’ose imaginer ce qu’il advient de 3 enfants doués dans une maison.

-J’espère que vous avez bien pensé à protéger la maison. Un enfant seul, c’est déjà quelque chose, mais trois doués, ça sollicite une imagination bien supérieure à la nôtre. Je me souviens d’un moment où, en rentrant à la maison, j’ai pu apercevoir dans notre aquarium un dauphin. Miyaki le regardant, toute mouillée, terriblement inquiète. Elle m’avait expliqué qu’elle l’avait retrouvé accrochée au lustre du salon, en train de se dessécher. Evidemment, elle s’est empressée de le mettre dans l’aquarium en attendant la fin de sa métamorphose. Elle n’avait que deux ans et demi à ce moment. Je t’avoue que j’en ai fait des cauchemars.

Ça demande beaucoup, beaucoup de logistique de gérer des enfants doués. N’en doutez pas. Je lève un peu les mains en défense et sourit, conscient de n’avoir pas tout fait pour la détendre. C’est juste qu’en y repensant, cette histoire est assez insolite et me fait sourire.

-Je ne veux pas t’effrayer. Et puis la métamorphose peut se trouver très dangereuse si elle n’est pas maîtrisée. On devrait se voir, à l’occasion, avec nos enfants. Je suis sûr qu’ils pourraient s’entendre merveilleusement bien.

Et ce serait également l’occasion de penser à autre chose qu’aux enfants, même si les parents ont toujours un œil sur eux.

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Alicia Roussel
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Jeu 21 Sep 2017 - 22:47

Si je m'arrête un instant, pour te parler de la vie, je constate que bien souvent, on choisit pas mais on subit

La façon que son ex-petit ami avait de passer doucement la main dans les cheveux son fils était belle, et si touchante, qu'Alicia n'osait presque plus parler, ni bouger, pour ne pas détruire la fragilité délicate de cet instant, entre père et fils. Probablement que dans quelques années, si Mitsuo se souvenait de la caresse puissante mais légère de la main paternelle dans ses cheveux, dans ce café de Tokyo, il aurait totalement oublié qu'une femme occidentale était assise en face de lui, car ce qui importait réellement à l'enfant, en cet instant, c'était ça. Juste ça. Le geste de son père. Et Alicia était transportée par cela. Elle pensa à un soir, durant lequel, après avoir longuement bataillé pour le bain des petits, ils s'étaient tous les cinq couchés dans le lit parental. Elle s'était lovée contre Reever, portant Robin contre sa poitrine, tandis que lui portait Javier, et que Rudy avait entrepris de lui escalader les jambes. A l'origine, c'était juste pour raconter l'histoire du soir, et pour démêler les petits cheveux. Mais ils étaient tous tellement épuisés qu'ils s'étaient endormis, juste comme ça, les uns sur les autres. C'était ce genre d'instant qui était doux, précieux.

Et celui-ci passa, lorsque Ren sortit de ses pensées, et revint à leur conversation. Il lui parla de sa fille, Ayumi, qui était bébé, la dernière fois que la française l'avait vue. De la description qu'en fit son père, elle était très différente de son cadet. Un peu capricieuse, mais ils s'entendaient relativement bien. Al sourit. Quelle fratrie n'avait pas ses propres conflits ? Elle-même, bien que sa relation avec ses demi frères et sœurs soient des plus apaisées, et qu'ils ne se soient jamais déchirés entre eux, il y en avait eu, des conflits. Surtout de la jalousie envers les parents, ou pour des jouets, évidemment. Les triplés étaient un peu comme ça. Trois enfants pour deux parents, forcément, ils trouvaient ça un peu... trop peu. Ils recherchaient donc constamment l'attention de l'un ou de l'autre. Mais le fait qu'ils aient tous trois une relation assez fusionnelle aidait grandement les choses, il n'y avait rien de problématique ou d'hors norme dans cette jalousie, heureusement.


-Tu as une photo d'elle récente ? demanda Alicia, curieuse de voir à qui ressemblait le plus la petite. Pour ce qui est du conflit d'intérêt, j'ai le même souci à la maison, mais je crois bien que c'est inévitable. conclut-elle avec un clin d’œil.

D'ailleurs, si Mitsuo venait d'avoir trois ans, il allait sûrement participer au rituel du shichi-go-san, en novembre prochain. C'était un rituel japonais durant lequel les parents japonais emmenaient leurs petits bouts de trois ans, leurs garçons de cinq ans et leurs fillettes de sept ans au temple, habillés en tenues traditionnelles afin de demander aux esprits de leur apporter bonne santé et autres. Al n'avait jamais eu l'occasion d'être témoin de cette cérémonie, n'était pas spécialement proche d'une quelconque famille japonaise ayant de jeunes enfants, mais elle savait que c'était souvent l'occasion de très belles photos de famille. Elle regrettait que de tels rites n'existent plus en Europe, quoi que les anciennes familles de sorciers aient plus de rituels que celles d'innocents.

Lorsque l'exorciste se mit à parler à son ami de l'idéologie conservatrice, elle le vit se renfrogner, et froncer les sourcils. Evidemment, ce n'était pas le genre de chose qui était des plus plaisantes à entendre. D'autant que visiblement, en s'éloignant ainsi du monde magique, le japonais ne s'attendait probablement pas à ce que tout soit autant bouleversé. Ou peut-être que si ? Il savait que c'était la guerre, tout de même. Toutefois, malgré la nonchalance de Ren, l'humaine douée ne parvenait pas à le blâmer pour cela. Il avait eu beaucoup de problèmes personnels à gérer, et elle ne pouvait totalement lui en vouloir d'avoir voulu prendre du recul afin de s'en occuper. Même si au final, il semblait surtout avoir laissé son travail le consumer. Au final, se battre contre les sorciers noirs lui aurait peut-être été plus bénéfique. Enfin, si on excluait la possibilité qu'il se fasse tuer ou rendre infirme sur le champ de bataille, évidemment.

Sans que cela ne surprenne Alicia, il lui expliqua à quel point il trouvait lui aussi cette idéologie insensée. D'ailleurs, elle fut même agréablement surprise de réaliser qu'il formulait mieux qu'elle sa propre opinion sur le sujet. Il compara cela avec de la vengeance, ce qui, en réalité, était selon elle le terme adapté. Elle regardait son ami intensément, le regard à la fois inquiet et passionné. Il avait raison, et elle était heureuse de parler avec quelqu'un qui partageait son opinion sur le sujet. Bien sûr, elle avait apprécié débattre avec des conservateurs comme Elizabeth porter pour échanger leurs points de vue, mais se sentir soutenue par un ami était libérateur. Elle avait écouté Ren avec tant de ferveur qu'elle en avait presque oublié de manger. Elle reprit donc distraitement une bouchée, du bout de ses baguettes, avant de répondre :

-Oui, c'est exactement ça. Je n'aurais pas mieux dit moi même. Je suis contente que tu partages mes opinions. La dernière fois que j'ai débattu là dessus, c'était avec une conservatrice alors... Je me sens soutenue de voir que ces valeurs tiennent à cœur à d'autres qu'à moi. Je pense que la violence et la haine n'engendreront que la violence et la haine...

Al soupira, et regarda Mitsuo, toujours appliqué à faire des coloriages. Il était tellement adorable qu'en cet instant, il n'était même pas besoin de se demander pourquoi ils se battaient. La réponse était sous leurs yeux. Leur avenir, leurs enfants. La jeune femme sourit avec attendrissement, bien que ses yeux soient pleins de peine et de lassitude. Mais elle avait de l'espoir et de la combativité. Elle en avait toujours eu. Le seul moment où sa résolution avait été entamée, ça avait été après son viol par Dorian Cross, et son avortement. Mais elle avait su se soigner, se réparer. Elle avait été bien entourée.

Et probablement que Ren aussi avait besoin d'être bien entouré, en ce moment. Visiblement, elle avait percé un certain mal être à jour, et il en était gêné, de ce qu'elle pouvait déceler. Elle n'était pas empathe, mais était toutefois assez sensible et elle avait été en couple avec cet homme, après tout. Pas très longtemps, mais assez pour pouvoir déceler certaines subtilités de son visage, lui qui était, il ne fallait pas se le cacher, assez inexpressif.

Alicia fut d'ailleurs surprise de ce qu'il lui dit ensuite. Clairement, il la remerciait de l'avoir écouté. L'exorciste haussa les sourcils et entrouvrit la bouche. Ren admettait qu'il avait eu besoin de se confier. Cela prouvait bien qu'il avait certainement atteint une sorte de point de rupture. A tel point que la française tendit rapidement la main pour effectuer une petite pression amicale sur le poignet du solitaire, juste qu'il se sente soutenu, sans pour autant qu'il pense qu'elle soit en train de s'apitoyer. Elle savait qu'il n'aimait pas ça.

Il lui dit avoir pris note de sa proposition. Mais il lui parla du Mystery Orphanage. Et elle sentit au son de sa voix, avant qu'il ne le formule lui-même, qu'un attachement profond à cet endroit le ramènerait vers la vieille bâtisse écossaise. Toutefois, et cela la rendait profondément triste, car elle allait devoir le lui annoncer, l'endroit était toujours aux mains des sorciers noirs. Alicia posa ses baguettes au bord de son assiette et pinça les lèvres.


-Oui je comprends. Par contre... Il faut que tu saches que pour le moment, le Mystery est toujours aux mains des sorciers noirs. Je pensais que tu serais au courant. Je pense également que tu étais épanoui là bas. Evidemment tu es le bienvenu si tu veux nous aider à le reprendre. On ne sera jamais de trop.

Son visage était grave, mais ils réussirent à repartir sur un sujet de conversation plus léger, à savoir la magie de leurs propres enfants. Ayumi avait apparemment hérité du pouvoir de son père, mais n'avait pas encore manifesté de don. Mitsuo n'avait rien pour le moment, mais Ren semblait avoir son avis sur la question. D'après lui, son fils était quelqu'un de psychique. Al hocha la tête. S'il le sentait ainsi, c'est que ça devait être vrai. Elle rit lorsque son ami lui dit qu'il avait parfois peur d'emmener ses petits au parc. Dans toute son insouciance de jeune maman, la française n'y avait encore jamais pensé, mais c'était vrai que cela pouvait se manifester.

Lorsque Ren lui retourna la question, elle était déjà en train d'imaginer les différents scénarios possibles quant à la découverte de la magie de ses triplés. Tapotant légèrement la table du bout des doigts, elle répondit :


-Les triplés n'ont encore aucun don ni magie, mais j'espère être prête quand ça arrivera...

Elle eut un petit rire nerveux, tandis que son ami japonais embrayait sur des conseils à l'usage des jeunes parents doués/sorciers, lui racontant une anecdote somme toute très drôle, mais aussi extrêmement effrayante concernant les pouvoirs d'Ayumi. Ne sachant si elle devait rire ou commencer à paniquer, Alicia poussa un petit "oh" aspiré, tout en portant une main à sa bouche. Puis elle se mit à effectivement rire, mais nerveusement, tandis que Ren tentait de se rattraper en lui expliquant gentiment que son intention n'avait jamais été de l'effrayer, et de finir sur une proposition de faire se rencontrer les deux petites familles, ce à quoi Alicia acquiesça vigoureusement :


-Tu as raison. Bon, peut-être que Javier, Rudy et Robin sont un peu jeunes pour pouvoir pleinement jouer avec Mitsuo et Ayumi, mais les tiens ont de la patience, ça pourrait être amusant. En tous cas dans un an ou deux ils seront assez grands. Il faudra absolument faire ça, en France ou au Japon, comme tu préfères. En tous cas rassure-toi, l'appartement est protégé avec des runes, aux normes d'Orpheo, en tant que sous directrice, ils ne me laissent rien passer, de toute façon.

C'était évident, ils ne pouvaient pas se le permettre. Et puis, Alicia ne pensait pas à tout, on ne pouvait pas dire qu'elle soit une maman modèle supra angoissée de la moindre chose à propos de ses enfants, mais elle avait au moins pensé à ça. Ce qui était, somme toute, pas trop mal, déjà.

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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Ven 22 Déc 2017 - 22:49


"Profitons d'la vie tant qu'elle est là"


Quand on pense à ce que le futur réserve, on peut se demander pourquoi on vit encore. Puis, on pense à toutes les choses de bien qui finissent forcément par venir. Alors, on se lève et on chérit nos enfants, on chérit le futur et on vit pour qu'il soit toujours meilleur.


« C’est parfois si dur de se dire
Que nous ne pourrons pas protéger nos enfants toute leur vie. »


Je ne suis pas un père poule. J’aime mes enfants et fait de mon mieux pour les choyer à cause de mes trop nombreuses absences. J’essaye de rattraper un temps perdu. Si Mitsuo est aussi réservé c’est sans doute parce qu’il est né à la période la plus charnière de ma vie. Je ne lui ai pas offert tout l’amour que j’aurais dû. J’aurais pu faire mieux, je le savais. Sans compter les nombreuses menaces de fausse couche, mon petit garçon avait tout pour demeurer quelqu’un de réservé. Il était fragile mais tellement attentionné. Si cela demeurait ainsi, il risquait de devenir un bouc émissaire au collège. Voir même plus tôt. Certes, il était jeune. Certes, il était probable que je m’en fasse un peu trop pour lui, mais quel père ne le ferait pas pour son enfant ? Comment pourrais-je délibérément accepter cela en fermant les yeux ?

Mitsuo avait l’avantage d’être né dans une famille très, très aisé. Ça ne le protégeait pas des rapaces du milieu, mais au moins de la précarité et cela lui donnait plus de clés en main pour savoir gérer la cupidité du monde. C’est sans doute se moquer de la charité que de dire ça, mais évoluer dans un milieu comme celui-là obligeait rapidement à se forger une façade devant le public. Une protection, entre autre. Le contexte était tellement différent de celui d’Ayumi. Elle, elle était un rayon de soleil. Elle avait eu une vraie enfance pendant ses premières années et semblait totalement se satisfaire des mondanités à présent. Elle avait connu le crescendo, Mitsuo en comparaison y avait été balancé. Devait-on en être fier ou se voiler la face ?

Sans doute retournerons-nous à Little Angleton, là où la vie semble vraiment défiler, lentement, où les saisons animent chaque jour un peu plus l’environnement de nouvelles couleurs. Mitsuo pourrait se poser. Il apprécierait et peut-être ses pouvoirs se montreraient-ils alors, en confiance. J’émettrais plus de doutes sur Ayumi. Cette vie actuelle lui plaisait. Mais elle était encore jeune, il n’était pas trop tard pour la faire changer d’air. Qui sait, sans doute les senteurs lui rappelleraient des souvenirs de sa très jeune enfance. Il fallait tenter. Tout était figé pour l’instant, inséré dans une routine posée sur un rail droit. Il était sans doute temps de changer. De se ressourcer et se faire pardonner des années gâchées pour une renommée et l’avarice. Nul doute que l’on pourrait trouver beaucoup de péchés capitaux dans cette ascension puis ce maintien au plus haut dans l’échelle sociale. Difficile d’annoncer avec certitude ne pas dédaigner les moins riches, soit 95 à 99% de la population nippone. Pour sûr, mes enfants, Miyaki même et moi méritions mieux.

-Tu as une photo d'elle récente ? Pour ce qui est du conflit d'intérêt, j'ai le même souci à la maison, mais je crois bien que c'est inévitable.

Je souris discrètement, d’un air un peu peiné en me sortant doucement de mes propres conflits internes. Je dépose un doux baiser sur le crâne de mon enfant tout en cherchant mon téléphone dans ma poche de veste et le présente l’instant d’après. J’ai besoin de dire que c’est un beau modèle ? Non, vous aurez compris. Mais je me sens forcé de le dire. Tiens, péché d’orgueil. ÇJe les aurais tous faits avant la fin du repas je pense. Je parcoure les photos de tout et de rien. Des cartes de visite de certains partenaires, la tête d’affiche du prochain parfum, quelques très rares selfies. Je remonte rapidement à deux semaines et cela m’effraie de voir que mes enfants n’inondent clairement pas ma carte mémoire. Ayumi pose comme une princesse dans sa… robe de princesse. Enfin une robe traditionnelle s’entend. De la période Heian. La tenue a été faite spécialement pour elle et la satisfaction se lit totalement sur son visage, son éventail rabattu sur sa petite poitrine de garnement. Je hausse un sourcil amusé et pose le téléphone sur la table pour le faire pivoter vers Alicia puis le diriger vers elle.

-C’était à l’anniversaire d’une de ses copines d’école. Ils s’étaient tous habillés en costume de la période Heian. Evidemment, c’est la princesse qui a attiré Ayumi.

Je soupire, amusé par l’attitude prévisible de sa petite fille. Je passe à la photo suivante par un mouvement de l’index et montre l’entièreté des enfants présents. Cinq, dans leurs très belles tenues d’époque. Je passe la photo suivante pour montrer les différentes poses de la princesse qui a su attirer toute l’attention de son papa très occupé. Nul doute qu’ils savent faire preuve d’imagination pour ça.

Je fais sauter Mitsuo de mes genoux et l’incite à aller s’occuper plus loin, assez de nos discussions, même en anglais. Il est encore si fragile, si gentil, si innocent. Il n’y a rien de pire pour moi que de faire grandir un enfant trop vite. Mon enfant par-dessus tout. Parler du climat qui règne à Orpheo me rappelle à quel point je me suis détourné du monde magique. À quel point les choses ont changé depuis. Et visiblement pas en bien. Je me surprends à constater la radicalisation dans les rangs pourtant si relâchés d’Orpheo. Les branches se resserrent et s’opposent. Les divisions sont déjà à craindre au sein du Conseil alors même que les sorciers noirs ne semblent pas totalement mis hors d’état de nuire. Et cette sensation de pure vengeance. Ça n’augure rien de bon. Sans doute devrais-je revenir, bien que mes capacités soient plutôt modestes à présent. Mon gros atout dans cette guerre, à la rigueur, c’est mon porte-monnaie. Mais ce serait aussi un risque à prendre d’exposer l’entreprise et de l’afficher sur des valeurs qi ne sont pas partagés par tous. Ce serait le risque de prendre ma famille pour cible. Or, si j’ai quitté l’Ecosse, c’est précisément pour éviter ce genre de choses. Devrais-je rentrer ou ne le devrais-je pas ?

-Oui, c'est exactement ça. Je n'aurais pas mieux dit moi même. Je suis contente que tu partages mes opinions. La dernière fois que j'ai débattu là dessus, c'était avec une conservatrice alors... Je me sens soutenue de voir que ces valeurs tiennent à cœur à d'autres qu'à moi. Je pense que la violence et la haine n'engendreront que la violence et la haine...

Je fronce un peu les sourcils, pas certain de savoir si ses paroles sont de bonne ou de mauvaise augure.

-Ça ne doit pas être évident. Mais les camps n’ont pas encore l’air totalement divisés, puisque vous pouvez discuter de ça sereinement même entre partis opposés. Orpheo m’a l’air de devenir plus que jamais un véritable gouvernement, avec ses hauts et ses bas. Le climat général m’inquiète, même pour les innocents. Il tend de plus en plus au nationalisme et à la radicalisation.

J’ai parfois peu confiance en l’avenir que nous donnons à nos enfants. J’essaye de leur offrir ce que je peux, avec mes moyens. Je leur offre un futur qu’ils seront libre de posséder, en attendant ils jouissent d’une certaine aisance. Je veux également qu’ils apprennent la valeur des choses et la base de toute chose, non pas par humilité, mais qu’ils puissent un jour se débrouiller si un terrible coup du sort les forcent à sortir des sentiers battus. Une guerre par exemple. Difficile de leur dire que leur papa avait déjà été enfermé dans une prison sans savoir s’il en sortirait un jour et dans quel état. La guerre faisait des ravages et changeait un Homme. Pour ma part, il m’a un peu plus accroché à la vie et a renforcé quelques vilains défauts malheureusement.

Parce qu’elle a su toucher à quelque chose que je n’osais en temps normal pas parler, à savoir mon divorce et les trop nombreux sujets qui en ont découlés, inlassablement, j’ai terminé ma phrase par un remerciement. Clairement, je m’en voulais un peu de lui avoir envoyé tout ça sur la figure, sans qu’elle l’ait vraiment demandé. J’étais gêné de m’être vraiment dévoilé, moi qui était pourtant si doué pour jouer à la sourde oreille. Mais maintenant, je regrette un peu ma fin de phrase. Que faire si elle me prend en pitié ? Elle me connaît, un peu, sans doute ne se permettra-t-elle guère ce genre de sentiment. Sa main se pose sur mon poignet pour me manifester son écoute. Je me sens un peu soutenu, un peu moins coupable d’avoir déversé mon flot. Ça n’arrête pas mes pensées morbides, mais ça permet au moins de les calmer, un peu. Je pourrais lever les yeux vers elle dans un sourire désolé, mais le regard qui remonte alors est juste calme, plat. Par habitude de ne rien laisser paraître sans doute. Elle sait déjà le mal qui me ronge, mais c’est plus fort que moi, il faut que je laisse penser le contraire.

Par la suite, on parla du Mystery. Et là, l’actualité tomba comme une sentence.

-Oui je comprends. Par contre... Il faut que tu saches que pour le moment, le Mystery est toujours aux mains des sorciers noirs. Je pensais que tu serais au courant. Je pense également que tu étais épanoui là bas. Evidemment tu es le bienvenu si tu veux nous aider à le reprendre. On ne sera jamais de trop.

La réponse ne put venir aussi rapidement que je l’aurais souhaité. Je soupire très légèrement. Alors comme ça, depuis tout ce temps, l’orphelinat n’est toujours pas repris. Des orphelins sont toujours esclaves, des enfants n’ont toujours pas obtenus de sépulture décente et doivent avoir été balancé dans une fosse commune et brûlés en tas. C’est insupportable. Mais aussi peu éthique que cela puisse paraître, serais-je délibérément prêt à quitter cet endroit certes chronophage mais sûr pour m’exposer au danger ? Exposer mes enfants au danger également ? Que dirait Miyaki ? Elle voudrait très certainement les garder auprès d’elle mais alors, serais-je capable de partir ? Tout devient plus flou lorsque l’on possède des enfants. On veut sauver des orphelins mais ceux à qui l’on pense en premier, ce sont les nôtres si je devais mourir. Je pourrais me les projeter dans chaque visage rond d’un bambin un tant soit peu asiatique. Dans tous les cas…

-… Je ne peux pas te donner ma réponse tout de suite. Parce que revenir à Orpheo prendra du temps. Et puis, je ne suis pas prêt à abandonner mes enfants à l’autre bout du monde. Miyaki refusera de me les céder si je rentre à Londres dans un climat pareil et je ne peux pas lui en vouloir.

C’était une excuse égoïste mais aussi protectrice. Personne ne s’exposerait volontairement dans une guerre à moins d’avoir une raison suffisante pour mettre sa vie en danger. Je n’ai pas tant peur de la mort, mais j’ai la peur de ceux qui vivront sans moi. J’ai peur de l’image que je laisserai à ma famille, au trou paternel s’étant créé trop tôt. Et aussi cruel que cela puisse paraître, tous les orphelins du monde n’y changeront rien. Je me suis considérablement affaibli. Aussi bien physiquement que psychiquement d’ailleurs. Ce n’est pas la force de diriger que l’on demande à Orpheo, mais des préceptes précis, une loyauté sans faille. D’un point de vue extérieur, peut-être pourrait-on parfois l’assimiler à une secte gardant ce fameux Secret. J’espère qu’elle comprendra, Alicia, même si, mère de trois enfants, elle n’a elle pas peur de faire face aux sorciers noirs sans ciller. Où était donc passée ma détermination ? L’ai-je jamais eue ?

Heureusement, par un heureux hasard, la discussion reprit sur des sujets moins houleux. Sur la magie des enfants. C’est toujours quelque chose d’assez surprenant à découvrir. Un petit plus que les innocents ne pourront jamais vraiment comprendre. Ça peut devenir de véritables sujets de repas de famille. Les paris sont lancés, les vieux sont en général assez prévisibles et misent sur le don héréditaire, les plus jeunes osent parfois même des dons encore peu communs voir jamais répertoriés. On n’a pas le choix, ça nous tombe dessus. Les pouvoirs psychiques sont les pires à mon goût, du temps où j’étais encore à l’orphelinat. Nul doute qu’enseigner à des enfants magiques forge le caractère et permet de palier à bon nombre de situations, même dans son propre esprit. Non, vous n’avez jamais eu affaire à un télépathe humain qui vous harcèle en plein cours pour aller faire pipi alors que vous êtes en train de jouer un quatre main au piano avec un autre élève.

-Les triplés n'ont encore aucun don ni magie, mais j'espère être prête quand ça arrivera...

Pour sûr qu’il faut être littéralement prêt lorsque les premiers dons ou pouvoirs se manifestent. Et diable que cela peut devenir compliqué si le don ou pouvoir en question peut attenter à la vie de l’enfant. Je pourrais dire « n’est-ce pas Ayumi » mais en vérité tous les dons et pouvoirs peuvent avoir de véritables conséquences sur les enfants. Certains ne savent parfois même pas encore parler qu’ils déplacent leurs jouets dans toute la maison. Le problème majeur à mon goût, c’est le manque de contrôle du pouvoir. Ça peut être violent. Vraiment, vraiment violent. N’est-ce pas Ayumi.

Qu’importe, je finis par inviter Alicia à venir rencontrer les diablotins un jour, ensemble. C’est peut-être une mauvaise idée de favoriser ce genre de choses, parce que le mot passe vite entre enfants, mais ce pourrait être amusant. Et puis également l’occasion de discuter un peu plus, cela fit après tout si longtemps que nous ne nous sommes pas revus. La voilà qui répond :

-Tu as raison. Bon, peut-être que Javier, Rudy et Robin sont un peu jeunes pour pouvoir pleinement jouer avec Mitsuo et Ayumi, mais les tiens ont de la patience, ça pourrait être amusant. En tous cas dans un an ou deux ils seront assez grands. Il faudra absolument faire ça, en France ou au Japon, comme tu préfères. En tous cas rassure-toi, l'appartement est protégé avec des runes, aux normes d'Orpheo, en tant que sous directrice, ils ne me laissent rien passer, de toute façon.

Je lève un coin de ma bouche dans un demi-sourire amusé.

-Ayumi, patiente ? Si je l’avais amenée avec Mitsuo, à l’heure qu’il est, elle aurait embarqué son petit-frère dans la rue sans que nous ne nous en soyons aperçus. Sincèrement, ne compte pas sur elle pour éduquer tes enfants, elle les transformerait en diablotins.
-Papa.

Je manque de sursauter tant la présence de mon fils à mon côté me surprend. Il tient ses crayons dans une main et une feuille dans l’autre. Il me demande de m’approcher, chose que j’exécute immédiatement – les enfants savent se faire obéir en quelques secondes – et il me chuchote quelques mots dans l’oreille, très sérieux comme à son habitude. Je souris et acquiesce. Il me tend sa feuille sur lequel il a vaguement dessiné une grande dame qui, d’après la couleur de ce qui semble être les vêtements, semble représenter Alicia. Les traits sont tantôt nets, tantôt incertains, droits ou courbés. Un patatoïde affiné pour le corps et la tête et des cheveux bien lisses. Il y a des petites étoiles aléatoires autour d’elle. Pour un enfant de trois ans, c’est déjà vraiment pas mal. Je le tourne vers Alicia et le lui tend, passant en japonais :

-Mitsuo veut te l’offrir. Il dit que tu es belle.

Sur ces mots, Mitsuo rentre la tête dans les épaules et bombe un peu le torse pour se donner de l’assurance. J’ai envie d’éclater de rire pour son numéro mais il pourrait mal le prendre. Je repasse alors en anglais et glisse en regardant innocemment vers la fenêtre, la main en appui-tête :

-Un futur séducteur hors-pair, comme son père.

Seul mon regard se tourne alors vers Alicia, le reste de mon corps toujours orienté vers l’extérieur et je lui souris avec une certaine espièglerie indigne de mon âge.

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Alicia Roussel
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Dim 7 Jan 2018 - 1:02

Help them to learn, songs of joy instead of burn, baby, burn

Quelque part, Alicia était heureuse d'avoir pu parler avec Ren à ce moment de sa vie, et de la sienne. Leur monde traversait une période charnière, et eux étaient emportés par ce grand mouvement imperturbable, inexorable, un courant trop puissant pour eux.
Elle était heureuse de pouvoir le faire parler un peu de ce qui le tracassait, le soulager un peu, si possible, car il semblait toujours si inaccessible, pris dans son propre tourbillon d'idées, de projets et d'obligations. Au moins lui changeait-elle un peu les idées en l'invitant à comparer leurs marmots respectifs. Sans oublier de lui rappeler gentiment que c'était la guerre, et qu'il pourrait avoir un rôle à jouer en son sein. Evidemment, l'idée n'était pas de l'accabler, mais juste de le mettre légèrement en face des réalités. Elle ne le jugeait pas, elle véhiculait simplement les informations. A lui de faire de qui lui semblait bon avec.

Pour le moment, le grand nippon, qui venait d'embrasser son fils sur le sommet du crâne, sortait un smartphone de compétition de sa poche, reluisant et devant probablement coûter une fortune, afin de lui montrer une photo de la petite Ayumi, habillée dans un costume magnifique qui, lui aussi, n'avait pas dû être donné, que ce soit une location ou un achat.
Malgré le nombre impressionnant de couches qui composaient la robe de princesse sur laquelle la fille de son ami avait jeté son dévolu, cette dernière ne semblait pas écrasée ni mal à l'aise. Au contraire, elle avait un petit sourire satisfait et se tenait comme une vraie jeune fille de la noblesse, droite et fière. Alicia en était impressionnée.

La française jeta un regard moqueur au père de ce petit bijou, et sourit au commentaire qu'il faisait de la photo. Il paraissait bien au courant des défauts et penchants de sa petite, loin d'être un de ces parents qui idéalisaient complètement leur progéniture. Il avait expliqué laconiquement le contexte de la photo. Ali laissa s'échapper un léger éclat de rire.

- En effet, une vraie petite princesse... Comme sa mère, non ? Elle n'est pas trop capricieuse ? Je parle d'Ayumi, évidemment.

Elle ne se serait pas permise de poser une telle question sur l'ex-épouse de Ren, cela aurait trop donné l'impression qu'elle voulait médire sur elle, et dans ce contexte, ce ne serait absolument pas bienvenu. D'autant qu'elle n'avait rien contre Miyaki, elle ne la connaissait finalement que très peu. Elle doutait qu'elles eussent pu avoir beaucoup de sujets de conversation, mais qu'importe. Il était peu probable que les deux femmes se recroisent souvent dans leurs vies.

Après avoir montré à Alicia la petite série de photo d'Ayumi en princesse, Ren décida qu'il était temps de faire descendre le petit Mitsuo de ses genoux. L'exorciste compris qu'il lui enjoignait d'aller jouer plus loin, sûrement pour leur accorder plus de tranquillité, et pour éviter d'ennuyer le petit. Elle pouvait en effet parfaitement comprendre que ce n'était pas la chose la plus passionnante au monde, pour un enfant de cet âge, que d'écouter deux adultes papoter de sujets qu'il ne comprenait probablement pas.
D'autant que s'il décidait de suivre le chemin que lui indiquaient ses pouvoirs, il serait concerné par tous ces problèmes bien assez tôt.

Alicia le regarda avec tendresse alors qu'il s'élançait vers le fond du restaurant, ou trônait un très gros aquarium rempli de poissons rouges et bleus.
Elle n'eut pas le loisir de les admirer très longtemps, car Ren réagissait à ce qu'elle venait de lui expliquer des conservateurs. Il essayait de tâter le terrain, afin de savoir à quel point les opinions étaient divisées, et les conflits importants. Il lui donna également son avis sur la situation politique mondiale actuelle, dans un certain pessimisme que la française ne pouvait malheureusement qu'approuver.
Elle soupira légèrement en hochant la tête à ces derniers mots.


- Oui, cela m'inquiète beaucoup également. Mais c'est également ça qui me donne envie de me battre pour faire imposer des idées plus progressistes, et un climat général moins tendu et radical. Il n'y a que comme ça que le monde pourra devenir meilleur, Ren.

Elle réalisa que ses paroles pouvaient sonner vraiment naïves, et pouffa légèrement en secouant la tête puis ajouta :

- Oui, je suis un peu utopiste mais... Je pense qu'il le faut. Tout en restant pragmatique, bien sûr. C'est en tous cas ma façon de fonctionner. Pour revenir aux conservateurs... En effet, on peut avoir des débats structurés avec certains d'entre eux, mais je t'assure que tous ne sont pas ouverts au dialogue. J'aimerais pouvoir apaiser les tensions avant qu'elles ne dégénèrent, mais c'est évidemment un travail titanesque... On fait de notre mieux.

Entre ça, et les problèmes personnels de crise de la trentaine, c'étaient de drôle de retrouvailles pour cet ex couple, dans ce café Tokyoïte. Enfants, divorce, guerre, conflits d'ordre politique. Tant de sujets d'adultes, de choses dont ils n'auraient certainement pas parlé à l'époque où ils regardaient des films lovés dans les bras l'un de l'autre, en mangeant du nabe.
Malgré tout, Alicia ne regrettait pas cette époque. Tous ses souvenirs avec son ex-petit ami étaient beaux et doux, mais la nostalgie était très légère, ténue. Le présent était trop présent. Elle était trop passionnée par la vie, par la justice et tout ce qui lui restait encore à faire durant toutes ses années de vie, que la douée n'avait que peu de place pour ce genre de considération. Elle aimait à présent un homme, fortement, elle aimait leurs enfants, et elle savait pourquoi elle se levait tous les matins, elle était intellectuellement stimulée par ses collègues, son travail. Et elle espérait que bientôt, Ren pourrait retrouver ce genre de sensation. Elle le lui souhaitait plus que tout.

Mais pour le moment, le choc et la déception, surtout, même légers, se lisaient sur son visage. En fait, il ne savait pas pour le Mystery.
Al se demanda sincèrement ce qui avait pu le pousser à se couper autant du monde magique. Qu'il ne veuille plus travailler pour Orpheo était une chose, mais qu'il n'ait aucune nouvelle, ne serait-ce que par ses anciens collègues, en était une autre, tout à fait différente. La jeune femme pinça les lèvres et planta son regard dans celui de son interlocuteur :

- Je suis désolée de t'apprendre ça. Mais je pense que c'est mieux que d'ignorer. Evidemment, ce n'est pas une décision à prendre à la légère, de s'engager dans Orpheo, et surtout en temps de guerre. Si tu veux y réfléchir, j'en suis déjà heureuse. La protection de tes enfants est peut-être un argument égoïste, mais il est on ne peut plus compréhensible. J'imagine que tu n'as pas consacré près de sept ans de ta vie à t'occuper d'orphelins pour que ton fils et ta fille subissent la même chose. Je ne te jugerai jamais pour ça.

Toutefois, elle était heureuse que son ami ait pris sa suggestion pour une réelle question, quelque chose à laquelle il fallait se donner la peine de réfléchir. Peut-être cela déverrouillerait-il en lui quelque chose, peut-être allait-ce également lui permettre d'aller mieux, d'être plus en paix avec lui même. Peut-être. Mais il fallait laisser le temps à ce type d'idée de faire son chemin. Ce n'était pas quelque chose à prendre à la légère, ce n'était pas la sous directrice qui dirait le contraire.

Tout ça à cause des enfants, donc. Enfants pour lesquels on s'inquiétait, tout le temps. Parfois à tort. Parfois à raison. Parfois trop. Souvent trop. Tant et si bien qu'on s'inquiétait pour leur futur, pour des aspects de leur personne qui n'existaient même pas encore. Leurs futures études, leurs futurs petit.e.s copa.i.n.e.s, et en l’occurrence, leurs futurs pouvoir. Ren semblait pensif. En effet, il semblait en avoir bavé avec Ayumi. De quoi angoisser facilement. La jeune mère préféra chasser cette pensée de sa tête et écouter ce que Takahata père avait à dire sur sa marmaille.
Apparemment, Alicia se trompait fortement sur le caractère de sa fille. Une princesse, certes, mais une princesse capricieuse. Donc, pas une princesse Disney, la gamine. Voilà qui était intéressant. La française sourit en s'imaginant la scène qu'était en train de lui décrire Ren.


- Aha, pardon, je l'imaginais plus sage, mais elle a un sacré caractère, cette petite. C'est une chipie si je comprends bien.

Elle espérait simplement qu'elle ne l'était pas trop, afin que son ami n'aie pas à faire à une enfant capricieuse dans les années à venir. Elle projetait ainsi ses propres craintes sur lui, car c'était vraiment un défaut qu'elle avait du mal à supporter chez les enfants, estimant que cela empirait alors qu'ils avançaient vers l'âge adulte. Elle se trompait peut-être, mais elle trouvait ce travers assez difficile à rattraper.

En tous cas, ce n'était pas l'impression que lui donnait Mitsuo, qui venait, tout doucement, de tenter d'obtenir l'attention de son père. Il avait parlé tout bas, et Ren avait presque sursauté de surprise. En plus d'être vraiment petit, l'enfant était très discret. Ali ne put s'empêcher de penser qu'il ferait un bon exorciste d'infiltration. Déformation professionnelle. Et encore, elle n'était même pas formatrice.

Le fils attira le père à lui, et murmura quelques mots dans son oreille, trop bas pour qu'elle puisse l'entendre. Elle vit un sourire se former sur le visage du mêlé, il hocha la tête, et prit des mains de son garçon une grande feuille de papier, dont l'orientation ne permettait actuellement pas à Alicia de voir ce qui y était représenté. Mais elle n'eut pas à attendre longtemps afin d'assouvir sa curiosité. Ren la lui tendait, disant que c'était pour elle son fils voulant le lui offrir. Car il la trouvait belle. La jeune femme se retint de ne pas éclater de rire, afin de ne pas blesser l'enfant qui bombait le torse de fierté. Cela n'aurait pas été par moquerie, mais autant éviter de traumatiser ce petit. Al était simplement surprise, et touchée de cette attention de la part du fils de son ami. Au moins, le contact était bien passé.

Elle adressa un grand sourire affectueux à Mitsuo, posa une main sur son épaule, et lui dit, en japonais :


- Merci beaucoup, Mitsuo. C'est très joli, ce que tu as fait, et ça me fait très plaisir. Tu dessines souvent ?

Elle regarda le dessin plus attentivement. Bon, c'était vrai, les dessins en soi étaient assez comique. Mais elle appréciait tout particulièrement les petites étoiles qu'il avait rajoutées autour d'elle. En tant que "personne qui aime beaucoup les enfants", Al était réellement ravie que le petit se soit plus ou moins pris d'affection pour elle. Et puis, il était si mignon. Elle ne résistait pas à ce genre de bouille.

Il fallait croire que Ren l'avait bien compris, car, lui jetant un regard malicieux, il commenta en anglais sur son fils marchait sur ses pas en matière de séduction.
Piquée au vif, Al lui lança un petit coup de pied sous la table et répliqua :


- Non mais oh, ça va les chevilles ? Il est bien plus mignon que toi je te signale.

Et voilà, ils étaient redevenus des gamins. Ca faisait plaisir, elle aimait cette sensation, au moins de temps à autres. Se prendre trop au sérieux la fatiguait.

Puis elle se mit à fouiller dans son sac, à la recherche de quelque chose qui pourrait faire plaisir à Mitsuo. Pour le remercier. Elle tomba sur un carambar au caramel, ses préférés, que soit Reever avait mis là pour lui faire plaisir, soit qu'elle avait laissé tomber par inadvertance. En tous cas, la jeune femme fut bien heureuse de le trouver, et le tendit au petit japonais, en lui disant :


- Tiens, c'est pour toi. C'est un bonbon qui vient de mon pays, de France. Fais attention, parce que ça colle aux dents.

Elle réalisa qu'il lui restait encore quelques bouchées avant d'avoir fini son plat, et profita de ce moment de creux dans la conversation pour s'acquitter de cette tache. Elle était rassasiée. Les japonais ne prenaient généralement pas de dessert et à vrai dire, souvent, leurs plats lui suffisaient. Bien entendu, elle ne disait jamais non à un mochi ou à de la glace au matcha, en bonne française gourmande qu'elle était, mais si rien n'était proposé, elle savait parfaitement s'en accommoder. Finir le repas sur un thé vert avait été une habitude pendant le temps qu'elle avait passé au Japon.

En tous cas, elle espérait que Ren allait en prendre un, ou un café, car le repas semblait toucher à sa fin, et elle se sentait bien en compagnie de son ami et de son fils.

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Ouais c'est pas faux.
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Dim 14 Jan 2018 - 13:30


"Profitons d'la vie tant qu'elle est là"


Quand on pense à ce que le futur réserve, on peut se demander pourquoi on vit encore. Puis, on pense à toutes les choses de bien qui finissent forcément par venir. Alors, on se lève et on chérit nos enfants, on chérit le futur et on vit pour qu'il soit toujours meilleur.


J’espère qu’on pourra en rire
Quand on repensera à tout ce qu’on a vécu.


On pourra se souvenir des choses biens et des choses qui le sont un peu moins. En fonction de nos vies, de nos caractères, nous verrons le verre à moitié plein ou à moitié vide. Comment le considèrerai-je ? Aucune idée, je suis encore trop jeune pour me projeter dans cet avenir si lointain d’un siècle au moins. J’espère que j’en rirai et qu’on pourra dire qu’Orpheo ce n’est plus ce que c’était. Qu’à l’époque, les sorciers noirs étaient vraiment méchants et qu’aujourd’hui, on vit enfin en paix, que le Secret serait gardé pour des décennies de siècles encore. J’aimerais ce futur, où mes enfants pourraient vivre sans problème, suivre ce qu’ils ont décidé, même si cela les pousse à aller dans le monde de la magie ou au contraire, les en éloigne. Je veux que ce choix leur appartienne, lorsqu’ils seraient assez grands pour en comprendre les conséquences. Je refuse qu’ils soient mêlés à toute cette pagaille. Pourquoi ne peut-on pas tout simplement vivre en paix ?

La paix, cette paix-ci me va. Celle de deux amis, de deux très anciens amants qui se sont retrouvés dans un bar. Qui parlent de leurs enfants avec un beau regard, doux et attentionné. Qui discutent de ce qu’il se passera lorsqu’ils auront découvert leurs dons, qui échangent sur leurs craintes et sur leurs joies. J’aimerais bien d’une vie comme ça, mais je sais qu’elle finirait par me lasser. Parce que nous désirons tous un peu d’action, un peu de responsabilité, un peu d’adrénaline dans nos veines, surtout à notre âge. Je devrais me sentir capable de déplacer des montagnes et pourtant là c’est plus la vieillesse qui semble me guetter. Mes montagnes, je les déplace déjà au quotidien, comme des fardeaux trop lourds à porter. Pour ma famille, pour mes enfants. Pour Miyaki aussi, comme une rédemption, une excuse quelque part pour ne pas avoir su l’aimer comme il se devait. Pourrais-je, devrais-je revenir à Orpheo ? Mon cœur me brûle de le faire, ma raison me l’interdit.

- En effet, une vraie petite princesse... Comme sa mère, non ? Elle n'est pas trop capricieuse ? Je parle d'Ayumi, évidemment.

Je note la fin de phrase avec une légère raillerie qui transparaît dans mon regard assez discrètement. Miyaki n’est pas vraiment capricieuse, elle véhicule juste trop d’amour et espère donc en recevoir la même dose. Sur une durée bien trop importante. En revanche, il est certain qu’elle sait s’entourer d’un certain confort de vie, mais je ne peux pas vraiment l’en blâmer, je suis moi-même assez matérialiste. Enfin qu’importe, la question ne porte vraisemblablement pas sur elle et Alicia semble avoir suffisamment insisté dessus pour ne pas me froisser. Ayumi donc. Une jeune fille capricieuse. Ça oui. Oh que oui. Mais ce n’est pas tant de sa faute. Je ramène mon téléphone jusqu’à moi et croise les mains par-dessus, comme pour le protéger. Je fixe un instant mes longs doigts puis relève la tête :

-Un peu. Mais nous sommes responsables, nous l’avons bien trop gâtée pendant ses jeunes années. Nous ne lui avons pas fait prendre conscience de la valeur des choses. Et je n’ai pas été assez présent alors elle a certainement dû compenser autrement.

C’est ce que je m’efforce de ne pas reproduire chez Mitsuo, bien qu’ayant conscience de prendre dès à présent le mauvais chemin. Je devrais partir pour Londres. Ou l’Ecosse. Je devrais être là pour lui. Une question soudaine me brûle les lèvres.

-Comment fais-tu ? Tu dois être très occupée avec ton poste et s’occuper de triplés ne doit pas être évident. Comment fais-tu pour être toujours là pour eux ?

Ma question est peut-être logique mais pour moi elle est déterminante. Comment se débrouille-t-elle pour donner toujours de son temps à ses enfants. Trois enfants qui plus est, et bien plus jeunes que les miens. Je trouve la réponse intéressante, pour moi qui n’ai jamais vraiment su quoi faire. Peut-être suis-je simplement un père indigne ou bien simplement apathique. Je ne pense pas. Je ne sais pas.

La situation à Londres, au Mystery, ne m’aide guère à faire mon choix. Qui ne craindrait pas pour ses enfants ? comment le Mystery peut-il encore être aux mains des sorciers noirs ? Comment cela a-t-il pu se produire ? il y a dû y avoir tant de morts. Certains collègues ont dû perdre la vie et à présent, l’orphelinat fonctionnait à l’envers, pour des enfants élevés comme des sorciers noirs, des doués abaissés au rang d’esclave. Le schéma n’est pas bien difficile à se mettre en tête. Ça ne doit pas durer, c’est évident. Et même s’ils parvenaient à reprendre le Mystery, ce dernier serait imbibé d’une drôle d’odeur, d’une drôle d’ambiance, pendant bien longtemps. Et les jeunes orphelins seraient certainement traumatisés. Ce serait comme bâtir un nouvel orphelinat.
En plus de cela, les dissensions au sein d’Orpheo n’avait pas l’air de tout arranger. Ce n’était clairement pas une situation enviable.

- Oui, cela m'inquiète beaucoup également. Mais c'est également ça qui me donne envie de me battre pour faire imposer des idées plus progressistes, et un climat général moins tendu et radical. Il n'y a que comme ça que le monde pourra devenir meilleur, Ren.

Je me perds dans mes pensées pendant un court instant. Offrir au monde un futur plus agréable, meilleur. Maintenant que je suis sorti d’Orpheo, je suis un peu plus mitigé sur les notions de bien et de mal. Tout est basé selon les valeurs avec lesquelles on nous as éduqué. Orpheo protège les humains, les sorciers noirs estiment au contraire qu’il faudrait en faire des esclaves. Compte tenu du passif des sorciers, de l’accueil des innocents à l’existence de la magie, des buchers, n’est-ce pas normal ? Comment pourrions-nous leur en vouloir de vouloir se venger ? Pour moi, tout est devenu tellement plus nuancé. Pourquoi diable ai-je encore besoin de me cacher, au XXIe siècle, pour pouvoir vivre tel que je suis réellement ? Est-ce un crime d’être doué ? Je n’ai pas choisi de naître avec des pouvoirs et cela m’a coûté de les maîtriser. Qui a tort, qui a raison ? Pourquoi devrions-nous être les seuls à subir ? Qu’est-ce qui nous empêche, de main, de prendre le pouvoir ? De faire de nos enfants des guerriers. En quelques générations à peine, avec une intense période de procréation peut-être parviendrons-nous à nous hisser à un pourcentage de population douée suffisamment haute pour pallier aux missiles et armes de destruction des humains. Que peuvent-ils faire contre nous après tout ? Que se passerait-il si toute la communauté magique agissait de concert pour prendre la main sur le monde des non-doués ? Nous sommes une arme de destruction massive. Nous pourrions stopper un missile en vol en étant suffisamment. Nous pourrions tuer des centaines de milliers de personnes.

Quel est le bien, quel est le mal ?

- Oui, je suis un peu utopiste mais... Je pense qu'il le faut. Tout en restant pragmatique, bien sûr. C'est en tous cas ma façon de fonctionner. Pour revenir aux conservateurs... En effet, on peut avoir des débats structurés avec certains d'entre eux, mais je t'assure que tous ne sont pas ouverts au dialogue. J'aimerais pouvoir apaiser les tensions avant qu'elles ne dégénèrent, mais c'est évidemment un travail titanesque... On fait de notre mieux.

Un faible sourire s’affiche sur mes lèvres. Un sourire triste, effacé. Oui, le futur ne tient qu’à un fil et pourtant, il vient toujours. Orpheo se complexifie toujours un peu plus, s’adaptant aux aléa du temps. Il doit gérer toujours un peu plus de choses. Ce n’est qu’une addition de petits problèmes qui mène à une équation à plusieurs inconnues. Je passe ma main en appui-tête pour mon menton et joue un instant avec mes baguettes avant de manger un bout.

-Les hommes ont besoin d’utopie. Nous ne serions plus de ce monde depuis longtemps sinon. Je suis sûr pourtant que tu parviendras à trouver des accords entre les deux courants de pensée. Vous devez pourtant bien avoir des points communs, non ? Après tout, vous venez tous d’Orpheo.

Je ne me rends que tardivement compte du fait d’avoir exclu Orpheo de ma vie en n’employant pas le « nous » mais le « vous ». Je devrais partir, retourner dans le monde magique. Je sais que mon léopard en serait le premier heureux et moi par la même occasion. Mais que se passerait-il alors ? Comment réagirait mon père ? Il se pourrait que je sois déshérité. Ça m’effraie un peu mais je passerais pour quelqu’un d’affreusement égoïste si je venais à en parler en public. Bref. Ôtons-nous ça de la tête.
Le sujet vient à Mystery, l’orphelinat, encore occupé par les sorciers noirs.

- Je suis désolée de t'apprendre ça. Mais je pense que c'est mieux que d'ignorer. Evidemment, ce n'est pas une décision à prendre à la légère, de s'engager dans Orpheo, et surtout en temps de guerre. Si tu veux y réfléchir, j'en suis déjà heureuse. La protection de tes enfants est peut-être un argument égoïste, mais il est on ne peut plus compréhensible. J'imagine que tu n'as pas consacré près de sept ans de ta vie à t'occuper d'orphelins pour que ton fils et ta fille subissent la même chose. Je ne te jugerai jamais pour ça.

Est-ce que je devrais dire que j’ai un peu activement participé à cette ignorance ? Quand je vois Alicia se battre corps et âme pour ce qu’elle juge juste et que moi je suis là, juste un peu effrayé par ce futur-là que je ne veux pas voir, je me dis que j’ai peut-être pas vraiment grandi. Il y a tellement de paradoxes. Est-ce que m’occuper de mes enfants n’est pas une excuse ? Non, je ne pense pas. Ils comptent plus que tout pour moi et je ne les mettrais jamais en danger. Mais peut-être y’a-t-il un « mais » à la fin de sa phrase. Comme « mais ce serait bien de penser aux orphelins justement qui n’ont pas de parents pour veiller sur eux ». Je sais très bien qu’Alicia ne pense pas ça, mais je ne peux m’empêcher d’y songer. C’est ce qui fait que nous ne sommes malheureusement pas tous égaux devant la vie.

Je n’ai rien à dire. J’acquiesce simplement à toute cette tirade. On ne ferait que tourner en rond si cette discussion se poursuivait. Non pas que je ne l’apprécierais pas, mais j’aimerais revenir à des sujets plus… confortables. Qui ne me demandent pas de me placer d’un côté ou de l’autre. Ni même de me remettre en question. Voilà, laissons les choses là où elles sont, nous y réfléchirons quand elles se seront calmées.

Les sujets plus légers, donc, viennent à porter sur les enfants. Comment ne pas s’attendrir sur leurs réactions, leurs caractères respectifs si opposés et pourtant issus d’une même fratrie ? Peut-être sommes-nous un peu des meutes. On se laisse guider par les grands lorsqu’on est petits, et inversement. On apprécie avoir un grand frère ou une grande sœur, ou on le/la déteste. Tout dépend des climats. Tout dépend d’une multitude de choses.

- Aha, pardon, je l'imaginais plus sage, mais elle a un sacré caractère, cette petite. C'est une chipie si je comprends bien.

Un discret soupir s’échappe de mes lèvres, mais un soupir un peu exaspéré. Pas vis-à-vis d’Alicia, mais plutôt au simple souvenir des innombrables actions de la petite. Comme vider un tube de rouge à lèvres sur sa tête. Vider oui. Elle avait eu la tête toute rouge pendant quelques jours après ça, vu la qualité du gloss ultra waterproof qui tient 48h. Don’t deal with the Takahata family.

-Une vraie chipie, ça oui. Heureusement, ce n'est pas le cas avec le petit dernier.

Petit dernier venant tirer sur ma manche et m’appeler. Il est tellement mignon, avec sa toute petite tête ronde et ses cheveux noirs aux reflets bruns. Je lui tapoterai bien la tête mais il a l’air si concentré et parallèlement si anxieux qu’on ne peut faire autrement que de l’écouter avec attention.

Un cadeau hein. On donne un cadeau aux étrangers mais pas à son papa hein. Ah oui. Haha. Je ne peux m’empêcher de sourire lorsqu’il se montre aussi fier qu’un jeune adolescent prêt à faire sa déclaration. Il a beau connaître le visage de pas mal d’occidentaux, il est vrai que, même pour moi, ces visages ont toujours eu un petit quelque chose d’intriguant. Des visages allongés, des yeux colorés et grands, des nez fins. Autant de choses anormales pour un petit enfant japonais habitué à côtoyer d’autres enfants japonais. Ça peut déclencher des jalousies mais ce n’est heureusement pas le cas de Mitsuo.

Alicia pose alors sa main sur l’épaule du petit et j’observe tranquillement la scène se dérouler devant mes yeux.

- Merci beaucoup, Mitsuo. C'est très joli, ce que tu as fait, et ça me fait très plaisir. Tu dessines souvent ?

Mitsuo agite la tête en signe d’acquiescement et repart immédiatement vers moi. Y’a pas de problème, ce garçon ne perd pas son temps. Un futur dragueur, n’est-ce pas. En m’exprimant sur cette idée à haute voix, Alicia me donne un gentil coup de pied sous la table. Je dégage aussitôt mon pied pour éviter le coup – bien que je me le sois tout de même pris – et me met à rire, amusé.

- Non mais oh, ça va les chevilles ? Il est bien plus mignon que toi je te signale.
-Moins bien depuis que tu les as maltraités. Mais hey, quels sont tes critères de comparaison ?

Je ne saurais dire si voir son visage me rappelle à mes jeunes années, mais il est vrai que rire en plein milieu d’un lieu public ne fait pas partie de mes habitudes. En a rarement fait partie même. J’inspire profondément afin de me calmer et termine mon plat tout en laissant filtrer un sourire amusé.

- Tiens, c'est pour toi. C'est un bonbon qui vient de mon pays, de France. Fais attention, parce que ça colle aux dents.

Je relève la tête au moment où Mitsuo se saisit du bonbon. Je reconnais facilement la marque et termine ma soupe à cet instant. Mitsuo tourne la tête vers moi, l’air de me demander la permission de le manger maintenant. Il a fini de manger son plat alors pourquoi pas. Je pose mon index sur ma bouche et lui dit alors :

-D’accord, mais pas un mot à maman.

Il acquiesce vigoureusement de la tête et repars vers ses crayons et ses feuilles.

-Ils grandissent tellement vite. Parfois, j’ai l’impression de cligner des yeux et de les voir avec une tête de plus l'instant d'après.

Ma main me sert d’appui-tête pour observer le petit garçon ouvrir son carambar et s’attaquer à un nouveau dessin.

-Fais attention, parti comme il est, tu vas repartir avec un porte document plein de dessins, il adore faire ça. J’en ai même retrouvé un dans un dossier de presse, c’est dire. Tu vas voir, quand les tiens vont commencer à dessiner, ça va devenir compliqué à gérer. On a remplacé le bas des murs de la chambre de Mitsuo par de l’ardoise, comme ça il peut dessiner autant qu’il veut et tout effacer si ça l’arrange. C’est la meilleure décision que l’on ait prise à ce jour.

Quand il s’agit de parler des enfants, j’ai une montagne d’anecdotes. Et encore, je ne suis pas souvent à la maison. Et dire qu’il y a quelques années à peine, j’exécrais de devenir père. Quelle drôle d’idée.

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Alicia Roussel
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Lun 22 Jan 2018 - 20:24

Mais au bout du ch'min dis moi c'qui va rester, de not' p'tit passage dans ce monde effréné ?

Ren sembla perdu dans ses pensées pendant un moment, réfléchissant certainement à la question que lui avait posé Alicia, et partant peut-être en esprit bien plus loin que nécessaire.
La jeune française le vit machinalement croiser ses mains sur son téléphone portable, son regard changeant légèrement à la mention par Al de sa future ex-épouse. Elle se demanda alors, et s'en voulut de cette curiosité, quelles étaient les réelles failles qui s'étaient insinuées dans ce couple, les bords coupants qui n'avaient pas pu être adoucis et les avaient rendus amers. Peut-être l'un envers l'autre, peut-être un seul à sens unique.
Mais ce n'était pas le moment de poser ce genre de question, ce ne le serait peut-être jamais, d'ailleurs, c'était peut-être quelque chose que Ren devrait garder dans son cœur, le remuer, le malaxer dans tous les sens, jusqu'à être en paix. Peut-être que ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait partager avec des mots. Un couple, c'était quelque chose de fragile, de mystérieux, un équilibre absurde toujours en mouvement. Équilibre qui requérait du travail, incessamment retourner la terre, l'abreuver, tenter de toujours voir quelque chose d'exaltant dans cet effort, sous peine de cassure, de mort. Parfois inévitable.

Ces réflexions lui donnèrent le vertige. Elle n'avait jamais vraiment compris l'amour. Elle était laissée emporter par celui qu'elle partageait avec Reever, et n'avait presque pas le temps de se poser des questions. Oh elle le faisait, bien sûr, car il était fragile, et elle était toujours à cent à l'heure. Elle devait toujours apprendre à se poser, pour lui, assez délicatement pour ne pas le froisser. Et la recherche de cet équilibre là la passionnait toujours, même après quatre ans de vie commune. Tant mieux.

Ren finit donc par répondre, qu'en effet, sa fille aînée était un peu une chipie, mais que Miyaki et lui l'avaient un peu cherché.
Alicia hocha la tête. De toute façon, difficile de faire autrement quand on a tout et plus encore. Comment se retenir d'en faire profiter ses enfants au maximum ?
En tous cas, elle pouvait sentir que son ami regrettait ses erreurs, inévitables, en fait. Si ça n'avait pas été ça, ça aurait été autre chose. Il aurait pu être trop sévère, de peur de sombrer dans l'écueil inverse. Il aurait pu être trop papa-poule. Al sourit pour le réconforter :


- Je comprends. Ce n'est pas une excuse, car les enfants sont ce que nous avons de plus précieux, mais tous les parents font des erreurs. Au moins, tu reconnais les tiennes et tu peux essayer de changer. Je suis sûre que si on regarde globalement, tu es un super papa.

Elle lui sourit avec complicité, tout en observant du coin de l’œil le petit Mitsuo qui dessinait, encore et toujours. Un artiste acharné, ce petit bout.

Après s'être confié sur ses regrets, Ren lui demanda à son tour, la regardant si intensément qu'elle s'en sentit presque gênée, comment elle faisait pour être toujours présente. Alicia se figea. Était-elle, effectivement, toujours présente ? Elle ne savait pas. Elle supposait que si c'était le cas, Reever le lui dirait. Mais il était parfois plongé dans un mutisme impénétrable, qu'elle préférait ne pas déranger, car jusqu'à indication contraire, il lui appartenait à lui seule.
La trentenaire plissa les lèvres et commença à tapoter la table du bout des doigts, à la recherche de la réponse la plus honnête possible.
Elle finit par expirer lentement par le nez, puis répondit :


- Je ne sais pas... si je suis toujours là pour eux. A vrai dire, Reever, mon compagnon, ne travaille pas, et il faut admettre ce qui est, c'est lui qui est le plus présent à leurs côtés. Bon, je ne dis pas que je passe ma vie au QG, non, ce serait mentir, et ma directrice est très compréhensive avec moi. D'ailleurs, j'accepte rarement les heures supplémentaires ou les événements en soirée, j'essaie de tracer une ligne bien définie, mais ce n'est jamais évident. Surtout quand mon boulot ne représente pas des produits, ni des chiffres en bourse, mais des vies humaines... Alors j'essaie de m'en tenir à cette ligne de conduite, de ne pas trop me laisser happer par le travail, et de ne pas trop écouter ma fatigue, mais je ne sais pas si c'est toujours un succès. Et je compte d'ailleurs sur Reever pour me prévenir si je vais trop loin.

Elle avait essayé d'être à la fois synthétique et complète, histoire que son ami puisse avoir un aperçu complet de la situation. Il verrait certainement qu'elle ne mentait pas, qu'elle n'avait pas essayé de lui donner une image trop méliorative de la réalité. Ren était honnête avec elle, elle devait donc l'être avec lui. Elle n'était de toute façon pas vraiment bonne menteuse. Lorsqu'il s'agissait de diplomatie, elle préférait tourner les faits légèrement autrement plutôt que de dire quelque chose de faux. Se taire tout simplement, était parfois une bonne option également.

Leur conversation à propos de la situation actuelle du monde magique était d'ailleurs visiblement en train d'accaparer les pensées du japonais. Même si elle n'aimait pas vraiment le voir aussi soucieux, Ali se trouvait également ravie de lui donner matière à réfléchir. Evidemment, elle ne voulait pas rendre orphelins Ayumi et Mitsuo, mais elle connaissait la valeur du trentenaire en tant qu'exorciste, lui qui avait été un professeur apprécié et respecté au Mystery Orphanage. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que ses talents étaient gâchés à s'occuper d'une entreprise, fut-elle familiale. Bien sûr, le travail qu'il prodiguait était admirable, il était dédié à ses tâches, mais produire des objets, produire de la richesse, était-ce aussi honorable, aussi significatif que de contribuer à l'épanouissement d'enfants, ou de sauvegarder une civilisation ?
Elle se trouva un peu présomptueuse de porter ainsi des jugements de valeurs sur leurs activités respectives, mais elle ne pouvait s'en empêcher. Elle préférait le Ren professeur, le Ren en phase avec sa magie. C'était celui qu'elle avait connu, même si l'homme d'affaires avait, au fond, toujours été présent.

Et puis il eut ce petit sourire triste, presque las, qui lui fendit le cœur. Comme s'il réalisait, tout à coup, que leurs vies étaient plongées dans un hiver, épuisant, froid. Et voir le printemps requérait peut-être un trop grand effort.
Il était songeur, la moue de son menton reposant maintenant dans une de ses mains, l'autre jouant adroitement avec ses baguettes. Al sourit avec amusement. Lui avala une bouchée. Il se mit ensuite à parler, rassurant.

Il était gentil, c'en était presque étonnant. Pas qu'il fut méchant, non, simplement, Ren Takahata n'était pas quelqu'un qu'elle aurait naturellement qualifié de gentil, ou de rassurant. Plutôt de détaché, blasé. Il était comme ça, tout simplement.
Pourtant, en cet instant, il se comportait comme un ami. Alicia était émue, profondément touchée. Elle lui sourit en retour. Elle aussi lasse, mais aussi pleine d'espoir.


- Tu es gentil de me donner du courage. Merci. Je ferais de mon mieux pour donner corps à tes certitudes. Bien sûr, nous avons des points communs, et nous devons trouver des consensus, au moins pendant la guerre, mais tu vois... Je n'ai pas encore 40 ans, il me reste peut-être plus d'une centaine d'années à vivre, et cette idéologie, ce n'est pas ce que je veux pour l'avenir d'Orpheo.

Lorsque la jeune femme déclara au nippon qu'elle ne le jugerai pas pour vouloir simplement une vie confortable avec ses enfants, celui-ci hocha la tête, sans rien ajouter. Elle sentait qu'il avait besoin de rester encore enfermé dans sa réalité, en dehors d'Orpheo, de la guerre et du reste, afin que tout ce qu'elle ait pu lui dire, et que ce qu'il savait et pensait par ailleurs se mélange, et fasse son petit bout de chemin dans son esprit. Peut-être que cela donnerait quelque chose, peut-être pas. Au moins Alicia aurait-elle essayé. Et Ren aurait fait son choix de vie en accord avec sa conscience, ses valeurs et ce qu'il chérissait le plus. C'était l'essentiel.

Comme il ne disait rien, la conversation avait naturellement dérivé vers les enfants, gros sujet de cette discussion, en dehors de la guerre et d'Orpheo.
Al avait fini par soupçonner, Ayumi donnait du fil à retordre à ses parents, et le jeune père avait soupiré lorsque la française avait mentionné la petite. Il devait en avoir vu des vertes et des pas mûres. Intéressant. Elle souriait toujours. Elle aurait bien aimé voir Ren se battre contre une petite réplique féminine de lui-même, haute comme trois pommes.
Heureusement, d'après lui, Mitsuo n'était pas taillé dans le même bois que son aînée.

Un peu moqueuse, la sous-directrice demanda :


- Ah oui ? Tu as des anecdotes ? J'aimerais bien te voir aux prises avec ta fille.

Elle jeta un coup d’œil complice à Mitsuo :

- Qui est le chef à la maison ? Papa, ou ta grande-sœur ?

On dit bien que la vérité sort de la bouche des enfants. Alors, pourquoi ne pas tester cette technique ? Elle fixait maintenant son ex-petit ami d'un regard moqueur, attendant l'éventuelle réponse du petit garçon. S'il répondait, car il avait l'air somme toute assez timide, et peut-être trouverait-il d'ailleurs la question bizarre.
En tous cas, il semblait très fier de lui affirmer que oui, il dessinait beaucoup, et la joie qu'Ali ait l'air d'apprécier ce qu'il lui avait fait était lisible sur son visage. La jeune femme fondait littéralement. Il avait une bouille à croquer, avec ses joues toutes rondes et ses minuscules lèvres. Sans oublier les cheveux de jais coiffés un peu comme ceux de son père, ayant l'air d'être en bataille, mais en fait, pas vraiment. Trop de beauté. Elle allait finir par repartir à Paris avec. Non. Elle n'avait pas envie de se frotter à Papa Ren la Panthère.

Panthère qui rit à sa provocation, et lui demanda sur quoi elle se basait pour juger de la beauté de son fils par rapport à la sienne. Alicia soupira d'un air faussement agacé, et répondit :


- Pas besoin de critères objectives pour voir que cet enfant est juste un futur beau gosse en puissance. Ca se sent, c'est tout.

Elle le gratifia d'un clin d’œil, consciente que son argumentation n'en était pas une, mais cela l'amusait.
Pendant ce temps, le petit bout demandait au paternel l'autorisation de manger le carambar qu'elle venait de lui offrir, ce que Ren accepta avec complicité, avant que l'enfant ne reparte elle ne savait où.

Ce fut alors l'instant nostalgie précoce pour le japonais, qui lui avoua avoir la sensation qu'il grandissait trop vite.
Bizarrement, Alicia avait du mal à partager ce sentiment. Mais après tout, peut-être qu'elle y viendrait.


- C'est une chose qu'on me dit souvent... J'avoue que ma vie est tellement remplie que je n'ai pas l'impression qu'elle passe trop vite, juste qu'elle passe, et que les instants que je vis avec ma famille sont pleins et complets... Mais peut-être que je n'ai juste pas encore eu le temps de m'arrêter et de me pencher sur mes émotions de mère pour ressentir ça...

Ren observait de nouveau son fils, l'air béat. Elle aurait aimé capturer l'instant, mais si elle avait sorti son portable, il aurait tourné la tête, et l'instant aurait été brisé. Autant le laisser se défaire de lui même, et se servir de sa mémoire, pour s'imprégner de l'image de son ami en adoration devant son petit enfant de trois ans. Alicia ferma un court instant les yeux.

L'instant d'après, l'ancien exorciste lui racontait la passion du petit pour le dessin, et l'ingénieuse idée que Miyaki et lui avaient eu, d'installer des ardoises en guise de pans de murs dans la chambre de Mitsuo. Al entrouvrit les lèvres, fascinée. Elle trouvait l'idée géniale.

- Oh, c'est tellement intelligent d'avoir pensé à ça. Il doit adorer... Je ne sais pas si j'arriverai à trouver des solutions aussi créatives aux problèmes que je rencontrerai avec mes triplés... C'est vrai qu'ils ne dessinent pas encore vraiment, ils gribouillent sur des feuilles, parfois, avec des pastels, et c'est vrai que ça salit, mais je n'ai pas l'impression que ce soit une activité qui les intéresse plus que ça... Pour le moment !

Elle rit légèrement, puis jeta un œil à son portable, histoire d'avoir l'heure. Le rendez-vous avec Amaterasu Mystery était prévu pour quinze heures, soit dans un peu plus d'une heure. Hélant la serveuse pour demander un café (café gourmand, avec une glace au matcha et un mochi à la pâte de haricots rouges, parce qu'elle s'était laissée tenter, c'était tout de même à l'origine un café spécialisé dans les desserts) et l'addition, la jeune femme déclara à son compagnon :

- Je prends le dessert et ensuite je ne vais pas tarder, je dois rencontrer la directrice du QG de Tokyo à quinze heures. Tu travailles, toi, cet après-midi ?

Elle se demanda si elle allait encore se sentir trop lourde et avoir un coup de barre, mais elle était au Japon, et faire l'impasse sur toute possibilité de nourriture lui semblait un peu trop difficile. Elle proposerait un peu de glace à Mitsuo pour se donner bonne conscience. A son père aussi, s'il ne prenait pas de dessert pour lui-même, et s'il était sage.

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Ouais c'est pas faux.
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Mer 14 Fév 2018 - 21:21


"Profitons d'la vie tant qu'elle est là"


Quand on pense à ce que le futur réserve, on peut se demander pourquoi on vit encore. Puis, on pense à toutes les choses de bien qui finissent forcément par venir. Alors, on se lève et on chérit nos enfants, on chérit le futur et on vit pour qu'il soit toujours meilleur.


« Faites grandir les enfants,
Sans trop les faire rêver. »


- Je comprends. Ce n'est pas une excuse, car les enfants sont ce que nous avons de plus précieux, mais tous les parents font des erreurs. Au moins, tu reconnais les tiennes et tu peux essayer de changer. Je suis sûre que si on regarde globalement, tu es un super papa.

Ce devrait être si simple d’être papa. D’être maman. Après tout, c’est naturel, tout le monde est intrinsèquement préparé à ça, volontairement ou non. On vit pour se reproduire et notre cerveau est là pour nous faire prendre conscience d’autres choses. Ça nous perturbe un peu mais au final on garde tout de même dans nos gènes toute cette préparation physique et mentale. Enfin… c’est ce que l’on pourrait croire. Les seuls conseils sont ceux qui se transmettent de bouche à oreille, depuis des générations, comme une pendule qu’on remet à l’heure, machinalement. Il n’y a pas de mode d’emploi et chaque enfant réagit à sa manière, par ses gènes, par un milliard de choses qui font qu’il sera différent de son prochain, parfois même de son jumeau ou de sa jumelle.

Je peux le dire, je ne ressemble pas à ma jumelle. Nous avons vécu séparés l’un de l’autre et même si je la fréquente davantage, pour le moment je ne peux pas vraiment dire que nos courants de pensées soient les mêmes. C’est davantage une inconnue pour moi, une personne que j’apprends lentement à connaître. Et Mitsuo sera différent d’Ayumi. En vérité, ils ne se ressemblent déjà pas du tout, pourtant leur éducation est la même. Parce que c’est une fille et un garçon ? Si on s’en tient à ça, Mitsuo devrait être le plus extraverti puisque c’est un homme. Mais ce ne sont que des préjugés tout ça, n’est-ce pas ? Pardon d’être un peu vieux jeu.

J’en viens alors à lui demander ce que c’est que d’être une mère disponible. D’apprendre par elle quelques petites choses, même infimes. Parvenir à devenir un père avant d’être un chef d’entreprise. Etre un peu plus présent dans cette famille débordée.

- Je ne sais pas... si je suis toujours là pour eux. A vrai dire, Reever, mon compagnon, ne travaille pas, et il faut admettre ce qui est, c'est lui qui est le plus présent à leurs côtés. Bon, je ne dis pas que je passe ma vie au QG, non, ce serait mentir, et ma directrice est très compréhensive avec moi. D'ailleurs, j'accepte rarement les heures supplémentaires ou les événements en soirée, j'essaie de tracer une ligne bien définie, mais ce n'est jamais évident. Surtout quand mon boulot ne représente pas des produits, ni des chiffres en bourse, mais des vies humaines... Alors j'essaie de m'en tenir à cette ligne de conduite, de ne pas trop me laisser happer par le travail, et de ne pas trop écouter ma fatigue, mais je ne sais pas si c'est toujours un succès. Et je compte d'ailleurs sur Reever pour me prévenir si je vais trop loin.

Alors comme ça, le travail reste le travail. Il y en a toujours un pour rester à la maison quand l’autre n’est absolument pas disponible. J’aimerais dire que c’est pour ramener de l’argent le soir, mais c’est plus le serpent qui se mord la queue dans mon cas. Une obligation puis une passion. Puis une routine, et finalement on finit par ne plus se questionner, on oublie que l’enfant mérite son parent et ainsi on s’en rend compte des années plus tard. Quand l’enfant devenu adulte te répond par un « tu n’étais pas là. » Je n’ai pas envie de savoir ce que cette phrase pourrait me faire ressentir, mais je m’attends à l’entendre de la bouche d’Ayumi. Un jour.

Je parais subitement impassible sur sa fin de phrase. L’envie de serrer les dents me tiraille mais je ne laisse rien paraître. Non, son travail n’est clairement pas assimilable au mien. C’est vrai, elle doit gérer des vies humaines, des gens. Pas de chiffres hein. Je sais que sa phrase n’est venue qu’à titre d’exemple, mais elle me traverse de toute part. Qu’on m’amène à me questionner, même indirectement, de la raison de mon métier, c’est… agaçant. Après tout, je ne vis que pour le profit, pour des chiffres, pour la bourse, pour l’achat, pour le marketing. Pour des tas de choses inutiles mais qui nous permettent de vivre bien au-delà de nos moyens. Des tas de personnes doivent me détester. Je suis dans la paraître et pas tellement dans l’être. Dans la grande distribution et les produits de luxe. Pour alimenter la consommation. Pour rien. Que tu aies dépensé ta vie pour rien ? Ça a de quoi rendre amer. Les mots font des ravages sur l’esprit.

Au final, je n’arrive plus trop à me sortir ça de la tête. Est-ce que j’ai bien fait, est-ce que j’ai mal fait ? Pas de réponse. La problématique des enfants disparait loin derrière moi, porté par un vent plus puissant. Je pourrais nier, mais je vis assez dans le déni comme ça pour continuer à l’accepter sans ciller. C’est vrai, ma vie aurait plus d’intérêt si elle venait à être utilisée pour Orpheo. Je redeviendrais moi-même et mes enfants pourraient sans doute être paradoxalement mieux protégés. Eduqués. Mais l’incertitude est ancrée en moi.

Ce n’est pas à l’écoute de la situation actuelle d’Orpheo que cette même émotion disparaîtra. Je m’en veux un peu de ne pouvoir lui donner de réponses décisives. Trop de peur pour entrer dans cette guerre, trop d’hésitation pour ne pas y entrer. Et puis tous les amis délaissés sur le bord de la route depuis tout ce temps. Comment m’accueilleraient-ils ? Takeji ? Depuis combien de temps ne l’ai-je pas appelé ? À quel moment ai-je déraisonnablement décidé de tout arrêter. De lâcher prise comme ça pour un monde qui me plaisait et m’ouvrait petit à petit. Je suis lassé. On pourrait me foutre une baffe que ça n’y changerait rien. Peu importe les choix.

- Tu es gentil de me donner du courage. Merci. Je ferais de mon mieux pour donner corps à tes certitudes. Bien sûr, nous avons des points communs, et nous devons trouver des consensus, au moins pendant la guerre, mais tu vois... Je n'ai pas encore 40 ans, il me reste peut-être plus d'une centaine d'années à vivre, et cette idéologie, ce n'est pas ce que je veux pour l'avenir d'Orpheo.

Je ne comprends pas le problème. Enfin, en partie seulement. Comme elle le dit, il lui reste de belles années à faire à Orpheo, à son poste. Si ce genre d’idéologie se développe, elle sera toujours là pour faire front et je doute qu’elle soit toute seule. Elle possède un pouvoir décisionnel énorme par le simple fait d’être jeune, de gagner sans cesse en maturité et en notoriété. Je trouverais ça plus décourageant de finir ses vieux jours et de savoir qu’un futur sombre est en place, sans pouvoir y changer quoi que ce soit. De savoir que tes enfants, petits et arrière-petits-enfants auront à lutter contre ça. Que tu ne pourras plus les aider. Ça, c’est démoralisant.

Il y a toujours de l’espoir en l’avenir. Nos enfants font souvent mieux que nous. Et puis ces genre d’idéologie n’est applicable que dans le cas de guerres. Sitôt la paix revenue, il sera plus difficile d’appliquer la torture par exemple. Ça se passe toujours comme ça. Des compromis entre le bien et le mal en réaction à son environnement.

- Ah oui ? Tu as des anecdotes ? J'aimerais bien te voir aux prises avec ta fille.

Je sors presque d’une bulle lorsqu’elle me demande ça. Sur les enfants. Sur Ayumi. Sur la chipie de service. Des anecdotes ? Oh la la, même en n’ayant pas trop l’occasion de la voir, je dois avouer que ce n’est pas une mais trente mille anecdotes. Je suis bien trop occupé à réfléchir à mon best of pour répondre immédiatement. Alicia ajoute donc :

- Qui est le chef à la maison ? Papa, ou ta grande-sœur ?

Mitsuo regarde Alicia avec ses grands yeux bien ouverts, puis les recentre sur moi. Il n’a pas l’air de savoir s’il doit parler ou non. Prend le temps de réfléchir. N’a pas l’air très à l’aise. Puis fonce dans mes bras, vraiment gêné. Dommage, je ne suis pas télépathe. Si ça se trouve, il aurait voulu dire Ayumi mais n’osait pas de peur que je le prenne mal. Ce n’est pas dans ma nature de gronder, mais je peux effectivement devenir sévère assez facilement. La faute à mon emploi du temps dingue, ne me laissant pas trop le temps de respirer. Plus facile de gérer des adultes que des enfants. Je le rassure en passant une main dans ses cheveux tout doux, sans sourire mais sans animosité non plus. Tout à coup imperturbable. Je suis simplement concentré. Prend néanmoins le temps de m’excuser.

-Pardonne-le, je crois que la question l’a un peu gêné. Quant à Ayumi, elle aime beaucoup tout essayer. Tout vider sans rien remettre à sa place. A la maison comme à l’extérieur malheureusement. Je te laisse imaginer ce que vingt secondes d’inattention peuvent faire dans un magasin de vêtements.

Pour sûr, Ayumi est très dépensière. Pour le moment elle est encore trop jeune pour pouvoir tout s’acheter par elle-même, mais quand elle grandira, ça va devenir plus compliqué à gérer. Comment apprendre le « non » à une adolescente qui n’a toujours vécu qu’au travers du « oui » ? Ce n’est vraiment pas bien.
La discussion part un sujet encore plus léger et c’est après un coup dans les jambes que je finis par lui demander sur quels critères elle se base pour juger la beauté. J’étais aussi beau que lui à son âge. Mignon plutôt. Je suis certaine qu’elle fondrait si elle me voyait bébé. Peut-être même lui ai-je déjà montré des photos de moi du temps où nous étions ensemble.

- Pas besoin de critères objectives pour voir que cet enfant est juste un futur beau gosse en puissance. Ca se sent, c'est tout.

Je relève un coin de lèvres. Ben voyons. Enfin, je n’en doute pas, Mitsuo sera très certainement un très beau garçon. Il attirera les foules, à moins qu’il ne reste encore aussi réservé qu’actuellement. Enfin… il va bien falloir qu’il se forge un caractère. Il est encore jeune mais il va être amené à évoluer dans un milieu particulièrement carnassier. A moins que je ne disparaisse de ce même monde pour revenir vers celui quitté des années auparavant. Ça me paraît tellement vieux…

Alicia me fait un clin d’œil. C’était donc ironique. Oh, mais je le prends tout à fait sérieusement. Aucun doute, Mitsuo sera un beau garçon. Au-dessus des critères. Avec des parents comme nous, en même temps, faudrait vraiment qu’il y ait un gros problème de génétique pour faire naître un bébé moche. Mais je ne vais pas lui dire ça sinon je vais encore me prendre une réflexion.
Les enfants grandissent trop vite. On se retourne et pouf, deux centimètres. Encore quelques secondes, et dix de plus. Le langage, la marche, la course, la nage, la découverte des pouvoirs. Ça se passe en un claquement de doigts en comparaison avec les nombreuses années qui leur resteront.

- C'est une chose qu'on me dit souvent... J'avoue que ma vie est tellement remplie que je n'ai pas l'impression qu'elle passe trop vite, juste qu'elle passe, et que les instants que je vis avec ma famille sont pleins et complets... Mais peut-être que je n'ai juste pas encore eu le temps de m'arrêter et de me pencher sur mes émotions de mère pour ressentir ça...

C’est étonnant. Elle doit être l’une des premières à me dire que le temps passe normalement. Lorsqu’on est occupé au contraire, en général, le temps passe plus vite. Trop vite, comme une tornade qui emporte tout sur son passage. Clairement, les dernières années n’ont jamais été aussi rapides. Du temps de mon emploi d’exorciste, le temps passait nettement moins vite. J’avais le temps de respirer. Ce n’est plus trop le cas aujourd’hui et Alicia doit également avoir des emplois du temps bien chargés. Je ne sais vraiment pas comment elle fait pour apprécier chaque moment à sa vitesse. Technique de française, ça. Ils savent peut-être mieux gérer le temps que chez nous. Aucune idée, à vrai dire.

-Tu es bien la première à me dire ça… C’est une chance.

Puis, nous parlons progressivement de l’idée d’avoir installé un mur d’ardoise à portée des mains de Mitsuo. Parfois, je me demande si cet enfant ne serait pas dessinateur. Le pouvoir. Avec une bonne imagination, il pourrait effectivement développer cette capacité. Découvrir le pouvoir d’un enfant, c’est un peu comme le voir naître une seconde fois. Le voir pleurer et le rassurer. Lui dire que les choses sont normales. Devoir attendre pour lui expliquer pourquoi ses camarades ne sont pas capables de la même chose. Être parfois obligé de sceller ses pouvoirs d’une rune pour une sortie scolaire. Tout pourrait rapidement tourner au drame si on ne fait pas attention. Et même solitaire, Orpheo est là pour taper sur les doigts. Surtout avec un passé d’exorciste. Pas d’excuses, en quelque sorte. Ils ont raison, s’il n’y avait pas de « lois » pour protéger le Secret, cela ferait longtemps qu’il aurait été découvert.

- Oh, c'est tellement intelligent d'avoir pensé à ça. Il doit adorer... Je ne sais pas si j'arriverai à trouver des solutions aussi créatives aux problèmes que je rencontrerai avec mes triplés... C'est vrai qu'ils ne dessinent pas encore vraiment, ils gribouillent sur des feuilles, parfois, avec des pastels, et c'est vrai que ça salit, mais je n'ai pas l'impression que ce soit une activité qui les intéresse plus que ça... Pour le moment !

C’est vrai, tous les enfants n’aiment pas nécessairement dessiner. Au début c’est surtout la couleur qui les intéresse. Suivre des arrondis. Gribouiller. Certains se détachent rapidement de cette activité pour en favoriser d’autres. C’était le cas d’Ayumi, pas une grande fan de coloriage. Il lui fallait les robes, de la matière, pas des choses aussi abstraites que le dessin. Enfin, c’est mon interprétation. Elle n’a peut-être jamais aimé ça.

-Je crois que c’est un gène de parent de trouver des solutions aux problèmes de ses enfants. Pour la préservation des meubles et des murs dans ce cas présent.

Parce que, avouons-le, devoir nettoyer les bas de murs toutes les semaines c’est moyennement agréable. Donc c’est avant tout pour nous. Et dans une autre mesure pour l’émancipation de ses propres activités. Ah, les enfants.
Alciia appelle subitement la serveuse.

- Je prends le dessert et ensuite je ne vais pas tarder, je dois rencontrer la directrice du QG de Tokyo à quinze heures. Tu travailles, toi, cet après-midi ?

Ah. Un rapide tour sur ma montre. Une heure et quelques. Le QG n’est pas tout proche, ça m’arrive de passer devant quelques fois. Je l’observe du coin de l’œil, sans vraiment le vouloir. En regrettant quelque fois. Si je devais redevenir exorciste, je ne resterai pas ici. J’aime mon île, mais elle est bien trop reliée à ma vie professionnelle humaine. Ma vie d’exorciste est en Europe et la distinction est claire dans ma tête.

-Mon après-midi est libre, je vais la passer avec ma famille. Il n’y a que ce soir que je suis occupé. Une réception, entre autre. La directrice ? Il y a un problème ? Enfin, si c’est confidentiel, tu n’as pas à m’en parler je comprendrais parfaitement.

La serveuse vient ramasser nos plats. Je refuse le dessert, je n’ai plus très faim. Mitsuo fait un peu la moue au loin. Je sais qu’il aurait voulu un dessert mais il y a des chances pour que nous nous arrêtions chez un pâtissier plus tard alors je préfèrerai qu’il se réserve. Il ne le sait pas encore et croit certainement que je lui en veux. Il s’imagine rapidement des choses, mais je veux lui faire la surprise.

Je soupire, en repensant à autre chose.

-Je crois que ce qui me manque le plus dans le métier d’exorciste, c’est de muter. Il y a des semaines entières pendant lesquelles je suis forcé de rester sous cette forme et ça peut devenir usant. Pareil pour mes yeux. Devoir porter des lentilles de couleur de temps en temps pour faire croire que ma vraie couleur est en fait une coloration. Ça passe plutôt bien dans mon milieu, mais j’ai toujours l’impression de me cacher.

Je ne sais pas pourquoi je mets ça sur le tapis. Peut-être parce que je ne peux pas en parler. En réalité, ça doit faire des années que je n’ai pas prononcé le mot « muter ». Être magique, ce n’est pas quelque chose que l’on choisit et qu’on peut abandonner du jour au lendemain. Être exorciste, c’est en quelque sorte s’autoriser le droit d’être différent et d’échanger avec des personnes subissant le même type de problème face au monde. Certains dons passent mieux que d’autre, mais la métamorphose, ça fait vraiment partie de ces pouvoirs qu’on ne maîtrise jamais vraiment et qui se voit. A force de garder mon léopard en moi, je suis plus facilement à cran et lorsque je m’autorise des moments de métamorphose, il arrive que j’ai quelques difficultés à redevenir humain. Comme s’il y avait une autre partie de moi là-bas qui ne demandait qu’à vivre autant que moi. J’ai quitté le monde de la magie assez brusquement en ayant atteint un certain niveau de maîtrise de mon pouvoir et ça n’a pas été facile de tout lâcher d’un moment à l’autre.

Je me demande comment elle gèrerai ce type de problèmes ?

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Alicia Roussel
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Dim 8 Juil 2018 - 21:14

Puisqu'on n'sera pas toujours là, comme on le fut au premier pas

Ren était pensif, et Mitsuo la regardait avec de grands yeux, la bouche entrouverte, sans savoir quoi répondre à sa question. Il était peut-être encore un peu jeune pour comprendre ce genre d'humour, pensa Alicia. Après un petit temps d'incompréhension sidérée, il finit par se jeter dans les bras de son père. En manque de mots, soit il ne comprenait pas, soit il ne voulait pas répondre à la question, qui pouvait sembler déplacée à un petit enfant comme lui. Alicia rit doucement, et regarda un moment Ren câliner son fils, puis caressa à son tour les cheveux du petit garçon, et lui dit :


- Pardonne-moi Mitsuo, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, c'était juste pour rire.

Puis elle s'adressa à son père qui venait de s'excuser auprès d'elle pour l'enfant, puis enchaînait en lui racontant ce que c'était de vivre avec une petite Ayumi. Une petite Ayumi visiblement curieuse et n'ayant cure des efforts de ses parents pour garder la maison en ordre. Cela lui faisait un peu penser à Rudy. C'était le plus foufou des trois, et il aimait bien tout vider dans la maison, tout mettre à sa bouche, tout dépiauter, etc. Al s'était déjà retrouvée aux urgences parce qu'il avait avalé un bouchon de stylo. Probablement un des pires jours de sa vie. Elle sourit donc avec amusement aux anecdotes de son ami et lui répondit :

- Oui je vois bien ce que tu veux dire. J'ai un peu les mêmes à la maison, ils s’entraînent mutuellement dans diverses explorations... Mais le plus curieux d'entre eux reste Rudy. J'espère que Miyaki et toi avez assez de patience et pas trop de honte... J'imagine que ça vous a déjà mis dans des situations embarrassantes, non ?

Surtout dans un pays où la politesse et la réserve étaient de mise, devoir se trimballer un enfant sans respect pour l'ordre établi devait être une épreuve quotidienne. Alicia sourit pour elle même tout en plaignant Ren en son for intérieur. Pendant ce temps, celui-ci esquissait un demi-sourire, probablement à cause de son commentaire sur le physique futur de son fils. Al le lui rendit, elle savait qu'elle avait raison. Comment imaginer que ces jolies petites boucles noires et ces grands yeux en amande ne puissent pas faire chavirer toutes les têtes dans quelques décennies ?

En attendant, Ren semblait envier sa capacité à vivre pleinement chaque instant de sa vie. Elle devait bien admettre que comme elle avait toujours su bien s'organiser et gérer son temps, elle ne se sentait que rarement débordée par les événements. Peut-être d'ailleurs voulait-elle absolument tout parfaitement gérer pour ne pas ressentir cette situation de manque de contrôle. Peut-être avait-elle des choses à résoudre avec elle-même. Peut-être était-ce simplement sa façon de faire face aux difficultés de la vie, et de rester forte. Pour ses enfants, pour Reever, pour Orpheo.
Même si elle ne se sentait pas aussi créative et pleine de ressources que Ren pour élever ses petits, celui-ci la rassura laconiquement, d'une façon qui lui ressemblait tellement, lui affirmant qu'elle avait ça dans ses "gènes de parent". C'était gentil et doux. Al apprécia le conseil et le fit sentir à son ami d'un simple regard complice et d'un hochement de tête. Elle eut un petit rire à sa boutade :


- Je te remercie d'avoir aussi pleinement confiance en mon instinct de préservation Ren.

Elle venait de signifier au nippon qu'elle ne pourrait pas s'éterniser après le dessert. Celui-ci regarda donc rapidement sa montre, et lui expliqua son programme pour le reste de la journée, comme elle le lui avait demandé. Une fois n'était pas coutume, il était libre pour l'après midi, et allait passer son temps avec sa famille, il aurait une réception dans la soirée, c'était tout. Certainement liée à son travail. Il lui demanda d'ailleurs la raison de sa présence au Japon, car elle lui avait dit avoir une réunion avec Amaterasu Mystery, la directrice du QG Tokyoïte, tout en lui affirmant qu'elle n'avait aucune obligation de répondre, car c'était peut-être confidentiel. Elle appréciait sa discrétion et sa politesse habituelle.

- Tu en as de la chance Mitsuo, tu vas avoir ton papa pour toi cet après-midi ! dit la jeune femme en souriant de plus belle au bambin, espérant qu'il ne lui en voulait pas pour leur dernière interaction.

Puis elle se retourna vers le père et continua :


- Une réception professionnelle ? Oh tu sais, il y a toujours des problèmes. Il se trouve que Mystery-san, Mrs Deslilas et moi partageons à peu près les mêmes idées politiques face à la guerre et à la montée du conservatisme. Nous voulons donc nous entretenir à ce propos. Et sinon, de plus en plus d'enfants humains sont enlevés dans le but d'être élevés comme esclaves, tant en Asie qu'en Europe, nous voulons donc combattre cela. Et ne t'en fais pas. Ce n'est rien que nos "ennemis" ne savent pas déjà, ce sera plus le contenu de notre entrevue qu'il faudra garder secret.

Puis la serveuse vint ramasser leurs couverts, et prit les commandes de dessert. Ren déclina l'offre, pour lui comme pour Mitsuo. Alicia demanda une glace au matcha, et fit un petit clin d’œil à l'enfant qui signifiait qu'il pourrait goûter s'il en avait envie. Elle remarqua alors qu'elle était beaucoup moins stricte avec les enfants des autres qu'avec les siens. Elle aurait certainement agi comme Ren dans la même situation. Mais n'était-ce pas le rôle des parrains, marraines, oncles, tantes, et autres amis des parents et membres de la famille de jouer ce rôle d'adulte merveilleux, avec qui tout semble possible alors que nos parents nous semblent toujours tellement ennuyeux et fermés d'esprit ?
Al aimait bien cette figure, et espérait que ses enfants la trouveraient dans ses propres amis, ainsi que dans ses frères et sœurs, notamment.

La française entendit Ren soupirer, et leva un sourcil interrogateur vers lui. Il n'aimait probablement pas refuser ce genre de choses à son fils. C'était compréhensible.
C'est toujours dur de refuser quelque chose, pensa-t-elle, car on prend toujours le risque de le vexer, de se le mettre à dos, et c'est quelque chose de très dur pour un jeune parent. On a l'impression de perdre un peu de leur amour, mais c'est un piège dans lequel il ne faut pas tomber. Notre rôle est de les éduquer, et ils ne nous aimeront que plus pour cela, même s'il leur faudra peut-être des années pour s'en rendre compte. Un enfant a énormément de pouvoir sur ses parents. Un simple "t'es plus ma Maman" peut bouleverser un cœur et causer de nombreuses insomnies. Les petits ne parlaient pas encore assez bien pour ce genre de chose, heureusement pour Al. Elle voulait tellement être aimée et appréciée, qu'elle avait tendance à prendre ce genre de choses à cœur, même dites sous l'effet de la colère. Il faudrait qu'elle s'endurcisse d'ici l'adolescence de ses triplés.

Son attention se reporta sur Ren qui lui expliquait que muter lui manquait énormément. Bien sûr. C'était un métamorphe. Un pouvoir qui implique souvent un besoin incontrôlable d'être utilisé. Pas étonnant qu'il ait l'impression de se cacher. Comme si elle devait toujours se retenir de jouer avec le vent. Alicia hocha la tête, une expression douloureuse sur le visage. Elle avait du mal avec ce mode de vie. Pour elle, trop essayer de se fondre parmi les innocents n'était pas une bonne chose. On pouvait, certes, très bien s'intégrer parmi eux, mais il ne fallait pas pour autant se renier soi même. Toutefois, elle ne voulait pas se permettre de juger Ren, elle ne savait pas ce qu'il traversait et endurait au quotidien, quelles étaient ses obligations... Il avait probablement ses raisons.
Elle voulut tout de même lui apporter son point de vue, et peut-être, des conseils à ce sujet.

- Je comprends, ça doit être douloureux. Mais à la maison, est-ce que tu t'autorises à muter ? Est-ce que tes enfants, par exemple, t'ont déjà vu sous forme de léopard ? Je ne connais pas ton emploi du temps, et Dieu sait qu'il doit être chargé, mais je pense que tu devrais te réserver du temps pour ça, être toi même en tant que sorcier. Ça te ferait du bien et t'aiderait à ensuite être plus épanoui dans les temps où tu dois vivre comme un Innocent, non ? Peut-être que tu pourrais acheter ou louer une maison de campagne pour ça, ne serait-ce que pour y passer quelques semaines par an...

Nul doute qu'il avait les moyens de faire ce genre de chose, quant à savoir ce qui le retenait de le faire et de vivre pleinement cet aspect de sa personnalité... Alicia n'était pas lectrice de pensées, heureusement, d'ailleurs, pensait-elle. Elle n'aurait pas aimé, surtout dans les débuts. Un lecteur de pensée inexpérimenté est souvent sujet aux vagues incontrôlables émanant des autres, et peut parfois découvrir des choses qu'il aurait préféré ne pas savoir.

La serveuse la coupa dans ses pensées et déposa devant elle un petit bol en bois où se trouvaient une boule au matcha et une boule aux haricots rouges, ornées d'une petite gaufrette. Alicia la retira, déposa un peu de glace dessus avec sa cuiller et la tendit avec Mitsuo avec un sourire. Puis, elle prit une première bouchée de glace au thé vert, profitant de l'instant avec délices. Elle fit dans le même temps signe à Ren que s'il voulait goûter, il pouvait évidemment se servir.

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Ouais c'est pas faux.
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Mer 29 Aoû 2018 - 12:33


"Profitons d'la vie tant qu'elle est là"


Quand on pense à ce que le futur réserve, on peut se demander pourquoi on vit encore. Puis, on pense à toutes les choses de bien qui finissent forcément par venir. Alors, on se lève et on chérit nos enfants, on chérit le futur et on vit pour qu'il soit toujours meilleur.


« C’est parfois dur de vivre
De vivre pour soi »


Mitsuo donne tout l’air de ne pas savoir où se placer. Réfléchir sérieusement au questionnement d’Alicia, sans trouver la réponse ou sans vouloir l’annoncer. Ce gamin est bien, bien trop sérieux. A bien des égards, avoir vécu toute sa vie de bambin au Japon l’a rendu aussi introverti que la majorité des nippons. Ayumi, au contraire, s’est retrouvée bercée par l’air européen et sa soif constante de revendication, d’extraversion et de sens très voire trop critique. Voilà aussi l’une des raisons pour laquelle mon garçon doit voir autre chose. Il doit cesser de prendre peur à la moindre possibilité de faire du tort à quelqu’un. A plus forte raison s’il entre dans le monde de la magie et s’en retrouve forcé de trouver les clés pour se défendre non pas seulement physiquement mais également psychiquement. Bien qu’Ayumi n’ait jamais totalement su s’imprégner de l’univers japonais et de ses délicatesses, il est certain que sa présence ici l’ait au moins calmée. Mais ce n’est pas quelque chose à lui rabattre sur le dos. Nous sommes après tout partis précipitamment et le stress qui filtrait sous chaque pore de ma peau n’a certainement pas aidé à son éducation.

- Pardonne-moi Mitsuo, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, c'était juste pour rire.

Non, Mitsuo n’aime pas perdre la face, à son âge déjà. S’il peut éviter les situations de disputes, il le fait. Voir, à son âge, même à les fuir. Timide et introverti. Je passe une main dans ses cheveux tandis qu’il s’accroche désespérément à mes vêtements. L’innocence de son visage a toujours été une bouffée d’air frais pour moi, une échappatoire aux requins de mon milieu, à la recherche du profit alors que l’argent coule déjà. J’ai tellement besoin de redonner du sens à ma vie, laisser couler l’adrénaline avant de courir après des chiffres.

J’observe Alicia tandis que nous nous intéressons aux petites fantaisies de nos enfants. Nul doute qu’il serait possible de tenir un journal quotidien sur tous les méfaits de l’aînée. Que ce soit dans la sphère privée ou publique. D’ailleurs, il n’est pas rare de devoir lui trouver une nourrice plutôt que de risquer sa présence à un dîner ou autre. Bien que cet affichage familial soit bon pour l’image de marque et pour son côté « tout public », j’avoue que mes enfants tendent tout de même à passer avant mon entreprise.
« Enfin », devrais-je dire après toutes ces années.

- Oui je vois bien ce que tu veux dire. J'ai un peu les mêmes à la maison, ils s’entraînent mutuellement dans diverses explorations... Mais le plus curieux d'entre eux reste Rudy. J'espère que Miyaki et toi avez assez de patience et pas trop de honte... J'imagine que ça vous a déjà mis dans des situations embarrassantes, non ?

C’est vrai qu’avec des triplés, ça ne doit pas être facile au quotidien. Et pus ils grandiront, plus de nouvelles difficultés se dresseront sur le passage des parents. L’adolescence, entre autres. La remise en question de l’autorité, de la hiérarchie, des codes sociaux et autre, la recherche de soi. C’est tout un cheminement, obligatoire et bien souvent désagréable pour les parents. Mais ça ne rendra les relations que plus saines par la suite si l’orage est bien passé. C’est le cheminement de la vie.

- Je te remercie d'avoir aussi pleinement confiance en mon instinct de préservation Ren.

Je réponds à son rire d’un sourire simple. Un instinct de préservation. Oui, c’est plutôt ça. Un instinct sous-jacent, présent à notre naissance, s’inspirant de notre éducation, de nos parents, prêt à refleurir, mâture et paradoxalement hésitant lorsque nos mains frôlent le dos frêle de notre premier enfant. Un instinct qui surgit, prêt à soulever des marées pour le petit bout d’homme ou de femme respirant ses premières bouffées d’oxygène. Dans l’espoir de lui transmettre à son tour une fleur encore plus magnifique, prête à refleurir à la prochaine génération. On le possède tous plus ou moins au fond de nous, cet instinct.

La discussion dérive sur notre occupation de l’après-midi. Il est vrai que le temps file lorsqu’on se pose. Depuis combien de minutes parlons-nous ? J’ai presque l’impression de compter en heures, mais ça ne doit pas être le cas. Heureusement pour moi, grâce à mon exceptionnel travail des derniers jours, la dernière phase de création du nouveau parfum a pu se terminer en avance. Une après-midi libre avant une réception. Quelque chose d’important et de probablement tardif, mais plus sympathique qu’être bloqué devant un bureau.

- Tu en as de la chance Mitsuo, tu vas avoir ton papa pour toi cet après-midi !

Je lui souris qu’il dirige sa bouille vers moi, des étoiles dans les yeux, avant de recentrer son attention sur l’occidentale en acquiesçant vigoureusement de la tête. A son âge, on se fiche pas mal de l’endroit où l’on va. A bien des égards c’est plus facile d’emmener un enfant en balade qu’une copine. Bon, disons simplement que c’est totalement autre chose et que la comparaison n’a probablement pas lieu d’être. Je sais que Mitsuo est eu fervent amateur d’art. Oui oui. Il m’est déjà arrivé de devoir l’emmener dans une galerie contemporaine en plein travail – une sombre histoire de nounou machiavélique congédiée depuis lors – et mon garçon s’était littéralement posé en plein milieu de la pièce, prenant un temps infini pour poser son regard sur chacune des œuvres. J’ai tout aussi bien pu mal interprété ses agissements et il est probable qu’il ait simplement tranquillement attendu, mais ma fibre paternelle me porte à croire qu’il s’intéresse vraiment à ces « drôles de choses ».

- Une réception professionnelle ? Oh tu sais, il y a toujours des problèmes. Il se trouve que Mystery-san, Mrs Deslilas et moi partageons à peu près les mêmes idées politiques face à la guerre et à la montée du conservatisme. Nous voulons donc nous entretenir à ce propos. Et sinon, de plus en plus d'enfants humains sont enlevés dans le but d'être élevés comme esclaves, tant en Asie qu'en Europe, nous voulons donc combattre cela. Et ne t'en fais pas. Ce n'est rien que nos "ennemis" ne savent pas déjà, ce sera plus le contenu de notre entrevue qu'il faudra garder secret.

J’acquiesce. Les dissensions au sein d’Orpheo ne sont vraiment pas bon signe. Si même l’organisation principale de protection des humains commence à se fissurer, c’est aussi le monde de la magie qui risque de s’écrouler. Qu’arrivera-t-il le jour où la magie ne sera plus protégée du Secret ? Qu’adviendra-t-il de nous ? Faudra-t-il se cacher ? Se battre contre ceux que nous jurons de protéger en entrant dans l’Ordre ? Je suis plein d’espoir mais pas pour autant benêt. Les non-doués ne pourront pas simplement ignorer notre présence s’ils en sont informés. Les gangs se formeront, sans compter la présence des humains noirs. Nous semblons doucement remonter la pente que déjà, les nuages noirs sont présents au loin. La magie est une montagne russe aux mains de ceux qui possèdent. Beaucoup seraient prêts à tout pour s’en saisir, bravant l’impossible. Et à toute quête impossible son lot de misère.

-L’éthique n’a jamais fait partie des valeurs noires mais des enfants esclaves... Quand donc cette folie prendra-t-elle fin. Sinon oui, une réception professionnelle. Rien de bien fou à vrai dire.

Je lui aurais bien proposé de venir tester les nouveaux produits si elle le souhaite, mais la simple idée d’associer dans un même discours mon travail et le manque d’éthique des sorciers noirs m’en a déconseillé. Car après tout, la traite des enfants humains ne date pas d’hier. Mais il est vrai que depuis la chute du Mystery, les sorciers noirs ont l’air de s’être encore plus renfermés sur leurs méthodes les plus abominables. Et malheureusement, ça ne fait que renforcer les idées destructrices de ces conservateurs. Une boucle infernale destinée à se répéter à l’infini.
Une boucle qui m’amène à mes propres paradoxes, à ma peur de perdre tout lien avec ma forme fusionnelle. Au besoin infini qui scie parfois ma colonne vertébrale de le faire sortir et rugir. Mon histoire est aussi une boucle.

- Je comprends, ça doit être douloureux. Mais à la maison, est-ce que tu t'autorises à muter ? Est-ce que tes enfants, par exemple, t'ont déjà vu sous forme de léopard ? Je ne connais pas ton emploi du temps, et Dieu sait qu'il doit être chargé, mais je pense que tu devrais te réserver du temps pour ça, être toi-même en tant que sorcier. Ça te ferait du bien et t'aiderait à ensuite être plus épanoui dans les temps où tu dois vivre comme un Innocent, non ? Peut-être que tu pourrais acheter ou louer une maison de campagne pour ça, ne serait-ce que pour y passer quelques semaines par an...

Je l’observe d’un air peiné. Douloureux ? Oui, très. Trop. Mais le mot le plus adéquat serait incontrôlable. Si mes enfants m’ont déjà vu sous cette forme ? Ayumi, oui. Mitsuo... Je me suis arrêté avant. J’aimerais, oui j’aimerais pouvoir m’accorder ce temps nécessaire à mon propre épanouissement. Mais c’est aussi quelque chose que d’un côté je répugne. Je m’en veux de ne pas être assez fort pour le retenir. C’est comme si deux entités s’opposaient subitement après avoir vécues en harmonie pendant si longtemps. Forcées de cohabiter également jusqu’à la fin. J’ai un peu honte de le dire, mais parfois, parfois il m’est arrivé de songer aux manières de m’en débarrasser. En général, cette simple pensée suffisait à provoquer une chair de poule immense. Impossible de dire si elle était due à la peur de ma forme fusionnelle ou si elle était un écho à ma propre peur de vouloir une chose pareille. Quoi qu’il en soit, ça suffisait à me calmer pour une nouvelle semaine.
J’entremêle mes doigts et laisse Mitsuo goûter à la glace, en refusant pour ma part poliment la proposition d’Alicia. Est-ce que je fais bien de parler de tout ça ? Je me sens presque honteux de m’exposer ainsi après avoir souffert dans mon coin à me croire plus fort que le monde.

-Je ne peux pas muter à proximité des maisons ou chez moi. D’une part, parce qu’il y a de nombreux non-doués. D’autre part à cause de... l’acharnement de ma panthère. Moins je mute, plus son agressivité grimpe. La dernière fois, je suis parti seul à la montagne 2-3 jours pour muter et... j’en suis revenu certes calmé mais complètement amnésique. La fureur de ma forme m’a rendu complètement aveugle sur ses agissements. C’était une première, cette... dissociation complète. Disons que je suis depuis en manque certain mais que la simple idée d’oublier mes agissements sur deux jours m’effraye au plus haut point.

Je me mets à rire très discrètement, sacrément gêné. Je pourrais en dire plus, mais je ne veux pas non plus paraître pitoyable.

-Il est hors de question que mes enfants restent à proximité de moi quand elle est de sortie. C’est trop dangereux. Pour le moment, je n’ai pas le choix. Je réfléchis à de nombreuses opportunités mais je pense qu’avant de redevenir exorciste, je devrais commencer par une bonne cure de désintox.

Ma main se pose instinctivement sur mon poignet. Les nombreuses opportunités sont déjà tranchées depuis longtemps en vérité et il me semble que la seule méthode la plus efficace soit de brider ses pouvoirs à l’aide de rune. Une rune, principalement, posée sur mon poignet. Assez puissante pour endormir ma forme fusionnelle. Assez puissante aussi pour consommer ma magie à longueur de journée et ainsi parvenir à un pseudo équilibre d’humain innocent, trop fatigué pour utiliser une quelconque magie supplémentaire. C’est après tout le maître mot dans un monde cerné par les non-doués. Il m’a fallu plusieurs jours avant de perfectionner la rune sur la dose de magie à inoculer, mais je m’en satisfais à présent plus ou moins.

-Enfin, je suis désolé, j’ignore pourquoi j’amène ça sur le tapis, tu as certainement beaucoup de problèmes à régler de ton côté aussi. Mais ça me fait plaisir de pouvoir échanger avec toi.

Car, tout de même, il est probable qu’elle doive bientôt partir et loin de moi l’envie de la retenir. Chacun vit sa vie et parfois on se retrouve pour se reperdre. C’est normal et c’est aussi agréable. Peut-être même qu’en retournant à Orpheo Londres, il me sera plus simple de retrouver Alicia. Que la prochaine fois, on discutera de choses avec des allures un peu moins lointaines. Je ne sais pas, la vie est tellement surprenante parfois.

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Alicia Roussel
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Dim 14 Oct 2018 - 18:19

Pulvérisés, sur l'autel, de la violence éternelle

Alicia se trouvait à présent désemparée, et à vrai dire, un peu honteuse, devant la réaction de Mitsuo. Mais en y réfléchissant un peu plus près, il n'était pas si surprenant qu'un enfant élevé dans le carcan de la société japonaise, qui plus est dans une famille noble, développe ce type de caractère. Si jeune déjà. Et puis, s'il fallait être totalement honnête, Ren aussi avait toujours été réservé, aussi loin qu'elle l'avait connu. Pas étonnant donc, que sa progéniture ne soit pas spécialement extravertie.
Progéniture qui s'accrochait désespérément aux vêtements bien repassés de son géniteur, dans l'espoir, probablement, qu'il le sauve de l'étrangère avec un accent et un humour douteux.
Elle considérait donc le petit garçon avec un profond regard d'excuse. Puis, voyant qu'elle avait l'air de l'angoisser plus qu'autre chose, et un peu dépitée, elle reporta son attention sur le papa japonais en question.

Son ami lui souriait, et elle appréciait l'honnêteté qu'elle voyait dans ses yeux. Ils avaient vieilli, évolué, après s'être aimés, un peu fait la tronche, toujours appréciés, et maintenant, ils se retrouvaient sur tellement d'aspirations, de craintes et de troubles. C'était rassurant, quelque part. Heureusement que parler des enfants permettait de rire et de souffler un peu, quand on n'était pas rongé par les inquiétudes diverses à leur égard.

Alicia était tellement diplomate, à vouloir tout concilier, rendre tout le monde content -elle avait tout de même fini par se faire une raison par rapport à certains aspects de son métier-, qu'elle s'inquiétait même pour les enfants des autres, en l’occurrence Mitsuo.
Au grand soulagement de l'exorciste, le visage du petit s'illumina lorsqu'elle mentionna le fait qu'il allait passer son après midi en tête à tête avec son père. Al aurait presque pu pleurer en observant l'admiration et l'amour sans bornes qu'elle pouvait lire dans le regard du garçon alors qu'il contemplait son papa, et l'idée de passer du temps avec lui.

Il lui semblait tellement sage. C'était incroyable. Aucun de ses triplés n'était aussi calme et posé. Elle ne savait pas si elle enviait cela, ou si elle se serait trouvée angoissée d'avoir mis au monde un enfant si peu bavard. Elle qui aimait tellement la communication verbale, et rêvait que l'on se confiât à elle, la plupart du temps.
Parfois, elle se disait qu'elle allait mal vivre les crises d'adolescence de ses enfants. Mieux valait ne pas y penser, elle en faisait de l'hyper ventilation rien qu'à l'évocation de ces mots. Peut-être qu'au final, ce serait Mitsuo le pire de tous dans une dizaine d'années. Elle ne l'espérait pas. Elle voyait également mal Ren gérer un ado. N'avait-il pas d'ailleurs été tuteur d'une petite orpheline du Mystery ? Ren ne l'avait pas mentionnée depuis longtemps. Al décida de ne pas ramener le sujet sur le tapis. Son ami avait déjà pris une mine assez sombre, à l'évocation d'enlèvements d'enfants. En tant que père, le nippon devait lui aussi avoir ces écrasants rouages de métal qui broyaient ses entrailles rien qu'à imaginer ses petits victimes de la violence, d'une violence telle qu'elle faisait bourdonner le crane, tuait les espoirs, anéantissait la justice.

Et c'était ce qu'il affirmait d'un ton grave, constatant l'ampleur des dégâts. En théorie, Mitsuo et Ayumi pourraient également être enlevés, confiés à une famille de sorciers noirs ou à l'Orphelinat, pour y être éduqués selon cette idéologie, incités à renier leurs parents. Une perspective à trembler, à vouloir enfermer sa famille à double tour. A pleurer, pour un peu qu'on s'y laisse aller.

Ren finit sa tirade en confirmant qu'il avait bien une réception professionnelle. Il avait presque l'air déprimé. Que ce soit à la perspective de son dîner, ou à cause de ce que la sous-directrice venait de lui expliquer. Al se tordit légèrement les mains. Elle s'en voulait de lui faire ainsi du mal, mais elle avait toujours eu besoin de dire la vérité, de la laisser faire son chemin, malgré la douleur. Toujours. Et pourtant elle était diplomate. Elle croyait en la franchise.

Elle vit son ami serrer ses doigts entre eux, à l'évocation de son pouvoir, preuve qu'il était réellement mal à l'aise, et probablement, au moins pour cet aspect de sa vie, malheureux. Alicia voyait même son regard l'éclat triste du félin réprimé, qui rugissait de frustration, d'être ainsi ferré, confiné. Elle soupira légèrement et tendit le visage vers Ren, l'incitant à parler, si cela pouvait le soulager au moins un peu.
Ce qu'il lui raconta la peina profondément. Elle avait entendu parler de telles dissociations, notamment chez des Innocents ne sachant pas comment gérer leur pouvoir, ou étant dans le déni. La jeune femme plissa les lèvres. Pourquoi un exorciste aussi doué que Ren Takahata en était-il arrivé là ? Il s'était un peu mené seul là dedans, mais les circonstances étaient aussi à blâmer, et elle était compatissante. Ce qu'il disait était effrayant, tant pour lui et sa santé mentale, que pour la sécurité des autres.

Jetant un œil attendri à Mitsuo qui goûtait sa glace, Alicia réfléchit un peu à sa réponse. Elle ne voulait pas faire la morale. Mais elle voulait aider. Situation délicate. Elle croisa les bras et se renfonça dans son siège.


- C'est terrible, dit-elle en anglais. Et inquiétant. Je pense que la montagne était une bonne solution, mais en effet, comment savoir si tu n'as blessé personne pendant ce temps... Je comprends tout à fait tes réticences. Ah, tiens, je pense à quelque chose.

Elle sortit carnet de son sac et en déchira une feuille, et nota une adresse et un contact dessus, en commentant :

- Tiens, si jamais ça t'intéresse, c'est un centre de réhabilitation aux pouvoirs et dons dangereux, notamment métamorphes animaux, en Alabama. Il me semble que ça appartient à Blaidd Ddrgw. Ils ont un grand espace isolé qui permet aux visiteurs de muter tranquillement, sans risque. Et il y a des thérapeutes spécialisés qui sont là pour aider à reprendre la maîtrise de sa magie. Je me doute que tu n'as peut-être pas le temps pour ça, et ce n'est pas tout près d'ici, mais si tu as un jour le sentiment que cela devient problématique... Je trouve ça tellement dommage pour toi, Ren. Rien que pour ton confort de vie. Et puis, sans vouloir te jeter des fleurs, tu es un des meilleurs exorcistes de notre génération, à mon humble avis.

La française finit sa glace et se tut, ayant l'impression d'avoir encore une fois trop parlé. D'autant que Mitsuo l'observait de façon très interrogative, n'ayant aucune idée de ce qu'ils pouvaient bien raconter, son papa et cette dame si bizarre. Ce dernier avait bien sûr raison de ne vouloir en aucun cas muter à proximité de ses enfants dans l'état actuel de son pouvoir. C'était bien trop dangereux. Et il avait bien raison de parler de cure de désintox. La magie trop contenue était comme tout besoin humain non comblé, elle dérivait en diverses pathologies, dangereuses. Al n'était absolument pas calée là dessus, mais en avait souvent entendu parler, au détour de dossier au boulot. Elle hocha la tête :


- Tu as bien raison, il ne faut pas mettre tes enfants en danger. Il faut que tu réfléchisses à la question pour désenvenimer la situation, je pense que tu ne veux pas t'enfoncer là dedans à long terme.

Elle donna un petit coup sec sur la table, du plat de la main.

- Et surtout ne t'en fais pas. Je trouve nos conversations très enrichissantes, je suis heureuse de pouvoir de parler. Mais malheureuse que cela ne dure que si peu de temps.

Sur ces mots, elle appela la serveuse pour demander l'addition et régla le tout pour Ren, Mitsuo et elle par carte bancaire. Puis, elle adressa un sourire satisfait à son ami, au cas où il aurait eu l'intention de payer séparément ou de l'inviter. C'était puéril, mais il fallait bien ce genre de jeu absurde pour détendre l'atmosphère.
Ils commencèrent à rassembler leurs affaires pour prendre congé l'un de l'autre.

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Ouais c'est pas faux.
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MessageSujet: Re: Profitons d'la vie tant qu'elle est là   Lun 29 Oct 2018 - 17:25


"Profitons d'la vie tant qu'elle est là"


Quand on pense à ce que le futur réserve, on peut se demander pourquoi on vit encore. Puis, on pense à toutes les choses de bien qui finissent forcément par venir. Alors, on se lève et on chérit nos enfants, on chérit le futur et on vit pour qu'il soit toujours meilleur.

« Comment parler de souffrance,
Lorsqu’elle vit dans notre quotidien ? »


La fin de ma tirade m’amène à la pensée suivante : pourquoi ? Je me suis exprimé du fond du cœur et à présent la gêne semble m’entourer de ses bras visqueux. Voilà bien longtemps que je ne me suis pas posé sur ses problèmes. Ce problème, principalement. Il a su devenir une part de moi-même parce que j’ai fini par l’accepter à contre cœur. À l’ignorer. Je sais que je mets également ma santé en jeu en refoulant ma forme fusionnelle à cette extrémité et la perspective même lointaine d’un non-retour m’effraye grandement. D’un jour où, en me levant, mon moi léopard aura décidé de briser le lien et disparaîtra. Peut-on seulement perdre son pouvoir ? Est-ce qu’on ne deviendrait pas fou ? J’ai beau parfaitement connaître mon pouvoir et la métamorphose en général pour l’avoir enseigné de nombreuses années, ces questions-ci me sont encore assez obscures. Chacun réagit à sa manière. Du peu de témoignages récupérés s’étend une palette de réactions variées.

Un jour, je prendrais mon courage à deux mains et j’irais parler à mon père de toute cela. De la douleur dans laquelle ce travail m’a mené, des concessions faites, de la situation avec Miyaki, de mon désir de redevenir exorciste, d’apprendre la magie à mes enfants malgré le climat actuel. Peut-être aura-t-on besoin de moi.

- C'est terrible. Et inquiétant. Je pense que la montagne était une bonne solution, mais en effet, comment savoir si tu n'as blessé personne pendant ce temps... Je comprends tout à fait tes réticences. Ah, tiens, je pense à quelque chose.

C’est exactement le problème. Risquer de muter devant mes enfants sans avoir la moindre certitude de garder mon sang-froid, c’est inconcevable. Ma panthère est très puissante, plus puissante que moi à l’heure actuelle à en juger par la rune très offensive mise en place sur mon poignet. Qui sait ce qu’il adviendrait même. Je pourrais sortir dans la rue sous cette forme. Peut-être me mettrait-on dans un zoo alors et ce serait une catastrophe pour moi et mon entreprise. Je n’ai même pas envie de penser à ça.
Néanmoins, je ne peux masquer mon intérêt lorsqu’elle semble extirper de son sac de quoi écrire. Elle griffonne des mots, une adresse visiblement et me la tend tout en détaillant le sujet. Un centre de réhabilitation aux pouvoirs et dons dangereux ? Je récupère doucement le papier en m’inclinant à moitié pour l’en remercier. Effectivement, l’adresse suit les codes postaux américains. L’Alabama n’est pas tout proche d’ici et n’étant plus affilié à Orpheo, je ne pourrais pas bénéficier d’éventuels téléporteurs ou de portails. Bah, c’est pas plus mal, la téléportation et moi, c’est pas trop trop ça. Je fronce à moitié les sourcils, par curiosité. Je ne pensais pas faire appel à des spécialistes malgré ma qualification de « cure de désintoxication », mais si Alicia semble juger qu’il le faut, peut-être devrais-je y réfléchir plus sérieusement. Ce serait un bon début à ma transition. Il faudra bien entendu régler les papiers avec Miyaki, passer en garde alternée pour les enfants, mais je pourrais prendre ce point comme départ pour redevenir exorciste.
Je laisse échapper un discret demi-sourire lorsqu’elle me classe dans les meilleurs exorcistes de la génération. Eh bien, le niveau ne doit pas monter bien haut si malgré toutes ces années à agir comme un humain, on me qualifie encore dans la top list des exorcistes les plus efficaces.

-C’est gentil, merci.

Pour l’adresse, pour le petit mot gentil, pour sa présence et tout le reste. Je sais que la fin de cette conversation approche et je trouve que cette petite phrase n’a pas toute la profondeur que j’aurais aimé lui envoyer mais tant pis. J’ajoute un sourire et l’observe manger sa glace sans pour autant la fixer. Je vois bien que Mitsuo tente de comprendre la nature de la conversation et ses sourcils sont joints dans un immense effort de concentration. Il m’amuse et je passe une fois de plus ma main dans ses cheveux. Patience petit enfant, avec moi tu peux être certain d’apprendre l’anglais. Je n’ai pas l’intention de te laisser vivre toute ta vie sur cette petite île. Il faut découvrir le monde, forger son esprit critique, apprendre la tolérance, tant de choses. Moi-même, je suis encore à la masse sur nombre de ces thématiques.

- Tu as bien raison, il ne faut pas mettre tes enfants en danger. Il faut que tu réfléchisses à la question pour désenvenimer la situation, je pense que tu ne veux pas t'enfoncer là dedans à long terme.

Certainement pas, non. Je sais que la situation finira tôt ou tard par me retomber dessus, si la courbe n’est pas déjà en train de s’inverser. Et à toute courbe son point de rupture. A moi de ne pas l’atteindre de sitôt. Elle s’agite subitement et j’ouvre de grands yeux un peu surpris.

- Et surtout ne t'en fais pas. Je trouve nos conversations très enrichissantes, je suis heureuse de pouvoir de parler. Mais malheureuse que cela ne dure que si peu de temps.

En effet. C’est réciproque.

-Nos prochaines retrouvailles se produiront peut-être plus tôt que prévu, qui sait.

Je lui lance un regard énigmatique tandis qu’elle demande à la serveuse d’apporter l’addition. Après tout, nous avons encore un long chemin à parcourir, des milliers d’opportunités à saisir. Sans doute me déciderai-je un jour à revenir dans le monde de la magie, plus tôt que prévu grâce à l’aide bienveillante d’une française. Elle règle le tout sans m’avoir laissé le temps de sortir ma carte bancaire et je me retrouve bien penaud, incompris. Elle me répond d’un air satisfait et je souffle, amusé par la situation, en terminant par un :

-Et je saisirai aussi ta carte bancaire avant de manger pour cette prochaine fois.

Je crois bien qu’on ne m’a pas invité depuis longtemps d’une manière aussi pittoresque. L’homme d’affaire multimillionnaire -chiffres bien entendus vu à la baisse – qui se fait inviter lui et son enfant par une amie venue d’occident. Je passe ma langue sur mes lèvres, faussement agacé et me décale de la banquette avant de prendre la main tendue de Mitsuo.
Arrivés devant l’entrée, je me tourne vers Alicia et m’incline respectueusement, prestement imité par mon fils. Je repasse en japonais pour dire :

-Merci pour tout. J’espère que tes propres problèmes se résoudront, je te remercie en tout cas d’avoir grandement participé à la résolution des miens. Passe une bonne après-midi. À bientôt.

Et sur ces mots, je quitte le restaurant et la vie normale reprend.

[FIN]

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