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 Kamtchatka - Retour au bercail

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MessageSujet: Kamtchatka - Retour au bercail    Mar 10 Oct 2017 - 15:07

Retour au bercail. Après presque sept ans d’absence, le Kamtchatka lui ouvrait les bras, comme une mère affectueuse heureuse de revoir sa fille partie depuis si longtemps. Et, si Ambre l’avait alors quittée comme on prend la fuite, elle se sentait étonnamment émue, aujourd’hui, de retrouver sa terre natale. Les rivières sauvages, les forêts vierges où règnent les ours, les étendues minérales des chaînes volcaniques… tous ces paysages faisaient resurgir d’outre-tombe les souvenirs d’une vie qui lui paraissait étrange et lointaine, comme ayant appartenu à une autre. Il s’était passé tant de choses, depuis la mort de son père et son envol en ballon au-dessus de la Taïga.

Pendant des années, elle n'avait fait que fuir les conséquences souvent désastreuses de son pouvoir, au point d'en oublier souvent la mission qu'elle s'était alors fixée, protéger sa planète de ceux qui la détruisent. D'explosions imprévues en explosions préméditées, elle avait parcouru le monde, solitaire. Solitaire, jusqu'au jour où elle avait croisé pour la deuxième les vies de Zacharia Smith et Maysar Fjerda.

Alors qu'elle sortait de la forêt à flanc de montagne, et que se dévoilait sous ses yeux le paysage rocailleux au pied du volcan Taunshits , elle repensa à sa seconde entrevue avec le vieil homme, quatre ans plus tôt.

"Tu es un homme étrange, Maysar Fjerda"

"Et tu es une fille surprenante, Ambre Esyll".


Elle l'avait surpris assis en tailleur au milieu d'un cercle de runes scintillantes, dans une caverne au plus profond du volcan Islandais où l'ancien Orphelinat de Mme Mystery avait trouvé refuge. Il scandait à voix basse des mots dont elle n'avait pas compris le sens. Bien décidée à lui parler quoi qu'il en soit, elle l'avait interrompu sans gêne, entamant la conversation d'un ton accusateur sans savoir qu'elle serait l'une des plus importantes de sa vie.


"Pourquoi ne m'avoir rien dit la dernière fois ? Tu m'as hébergée, soignée, nourrie pendant trois jours, sans me dire qui tu étais. Sans me dire que tu étais sorcier. Pourquoi ?"


Il avait eu ce petit sourire triste. Elle avait appris à l'aimer, ce sourire, avec le temps...

"Quelle réaction aurais-tu eue si je t'avais tout raconté ? Aurais-tu accepté de rester si longtemps pour te laisser soigner ?"


Ambre sourit à ce souvenir. C'était parfaitement Maysar. Il disait toujours qu'il ne pouvait pas donner la réponse, seulement aider à trouver la question.

"De plus, je voulais en savoir plus sur la manière dont tu avais échappé à la téléportation. Tu n'es pas la première à avoir essayé de lâcher ton guide, mais à ma connaissance tu es la première à en être sortie vivante ! Et ton don de résistance ne suffit pas à expliquer que tu te sois extraite du néant. Tu as dû, d'une manière où d'une autre, apporter l'énergie magique nécessaire à la fin du processus..."
"Alors c'était pour m'étudier, c'est ça ?"
"Je suis quelqu'un d'extraordinairement curieux ! Et qui peut peut-être t'apporter des réponses si tu me laisses une chance..."


Elle n'avait pas hésité. Des réponses, elle en cherchait depuis bien déjà trop longtemps.

Les jours suivants, ils avaient passé des heures à discuter. Une sorte de magnétisme les poussait à tout se dire, malgré leur différences d'âge, d'origine, de sexe. Comme si leur histoire était écrite par la même personne, ils s'étaient tout raconté. Elle lui avait parlé de son pouvoir, de sa fuite incessante, de sa colère contre Orphéo, de ses doutes quant à l'avenir. Il lui avait livré ses souvenirs de jeunesse, les pertes qu'il avait subies, sa haine des exorcistes, puis sont acceptation. Et surtout, il lui avait parlé des Nazcas, de la chute des Winitran, du Guntray et de ce qu'il avait fait à son ancien élève, Karhel Gueï. Maysar n'en avait jamais parlé à personne, n'avait jamais exprimé cette vieille culpabilité, mêlée d'espoir. Mais il se savait proche de la fin. D'une manière ou d'une autre, il mourrait bientôt, disait-il, et il ne pouvait laisser ces secrets tomber dans l'oubli.
Alors il s'était tourné vers Ambre, déjà happée par son histoire. Il lui avait proposé, demandé même, de le laisser lui transmettre les connaissances des Winitran, les runes ancestrales et les valeurs bienveillantes qui liaient ce peuple aux Poltergeïsts. Et un peu malgré elle, de soir en soir, après une année d'apprentissage, elle était devenue l'une des leurs.

Dans le même temps, Maysar l'avait aidé à mieux comprendre et contrôler son pouvoir instable. Il lui avait fait subir des expériences d'une rigueur scientifique, la contraignant à s'isoler dans un champ de runes jusqu'à ce que son pouvoir se déclenche, la faisant vivre pour un temps dans "l'Autre Lieu" qu'il générait avec son don et où il avait un contrôle total, la mettant volontairement en colère pour tester l'influence des émotions dans le processus, et lui imposant des séances de méditation quotidiennes pour apprendre à anticiper et retenir le déclenchement de sa magie.

Peu à peu, ils avaient découvert sa nature de canal. L'énergie magique pure circulait à travers Ambre qui, ne sachant pas la rediriger, la stockait en elle jusqu'à ce que celle-ci se libère, en prenant forme de manière aléatoire. Elle devait donc apprendre à gérer ce flux, pour être capable de le retenir ou le laisser couler, en le dirigeant vers un objet ou une personne qui lui fasse prendre forme. C'était un travail de longue haleine, auquel elle s'était aussitôt attelée.

***

Ambre s'arrêta au bord d'un petit torrent qui dévalait la montagne. Elle fouilla dans sa sacoche, en sortit un morceau de viande séchée dans lequel elle croqua aussitôt, ainsi qu'une petite montre à gousset en laiton. Huit heures moins cinq. Elle avait vingt minutes d'avance. Elle s'assit, les yeux fixés sur les aiguilles argentées de l'instrument. C'était Zach qui la lui avait offerte, l'accompagnant d'une phrase philosophique sur le temps qu'elle n'avait pas vraiment comprise. Le visage hagard du jeune homme se manifesta à elle et, avec la nostalgie, une grande lassitude. Elle se laissa aller contre le tronc de l'arbre derrière elle.

Elle avait été heureuse, plus que jamais, aux côtés de Zacharia Creed. Entre les cours qu'elle donnait, son rôle de responsable de la surveillance à l'extérieur de la grotte, ses leçons avec Maysar et les interactions avec les professeurs et orphelins, elle trouvait encore du temps à passer avec lui -souvent au détriment de son sommeil. Ils allaient se promener le soir dans les montagnes environnantes. Ils se racontaient leurs passés si différents, leurs visions du monde. Il lui parlait de ses études d'exorcisme, elle lui montrait comment pister les loups et cueillir les plantes médicinales. Ils parlaient des élèves, de ceux qu'il fallait vraiment aider, de ceux qui leurs semblaient prometteurs, de leurs futurs apprentis, si jamais ils devaient en prendre. Ils avaient eu quelques aventures aussi, une fois avec des dealers locaux, bien d'autres à cause de son pouvoir.
Et puis tout ça avait pris fin, brutalement, avec l'arrivée de Hayley York. Soudain, le lieu n'était plus sûr, l'orphelinat était dissout, les enfants étaient répartis dans des familles d'accueil, et Zacharia retrouvait son ancien amour. Désorientée, Ambre avait suivi Maysar jusqu'à Londres, où il ne tarda pas à lui confier une mission de la plus haute importance.

On disait de Maysar Fjerda que lorsque son heure aurait sonné, bon nombre de personnes qui avaient des dettes envers lui auraient à y répondre. C'est semble-t-il ce qui arriva cet automne-là, et la mystérieuse Ambre Esyll y était souvent liée d'une manière où d'une autre...

Il commença par faire effacer toute trace d'elle dans les dossiers d'Orphéo. Les charges qui pesaient contre elle furent abandonnées, elle reçut un statut d'Exorciste au sein de l'Ordre, et aussitôt un ordre de mission à Strasbourg. Bien sûr, Maysar lui donna des instructions bien différentes...

Elle devait se téléporter en Alsace le 16 septembre, en compagnie d'Olga, la même femme qui avait tenté de l'arrêter deux ans plus tôt. Mais dans sa poche, un morceau de papier contenant une rune tracée par Maysar, alimentée par l'énergie magique canalisée grâce à son don après des heures d'entrainement, devait décider d'une toute autre destination. C'est ainsi que, après presque trente secondes d'horreur dans le néant, les deux sorcières à bout de souffle ouvrirent les yeux sur le désert Australien ; Ambre tendant aussitôt une lettre de Maysar à sa compagne incrédule. Une histoire de dette à payer, encore, demandant à Olga d'oublier tout ça. Elle lut le papier, hocha la tête, puis regarda Ambre dans les yeux sans animosité, lui souhaita bonne chance dans sa quête, et repartit sans rien ajouter.

Ce fut le début d'une année bien longue. Elle se rendit au siège d'Orphéo Australie, où, munie d'un diplôme tout frais d'Exorcisme soi-disant obtenu à Moscou, de ses qualités de combattante et de son insolence, elle n'eut aucun mal à se faire embaucher en mettant rapidement hors d'état les cinq agents de sécurité de la section des ressources humaines. Puis elle fit son travail d'exorciste, remplissant les missions, grimpant les échelons, pour se rapprocher au plus de sa cible, le président conservateur Yann Denkle. Maysar avait un très mauvais pressentiment à propos de cet homme terrifiant, qui avait été jusqu'à demander son exclusion d'Orphéo suite à la chute de l'orphelinat. Il le soupçonnait d'être mêlé à l'attaque elle-même, qu'il avait facilité en refusant la protection demandée quelques semaines plus tôt par Pandora et Maysar, d'être mêlé à la crise des Poltergeists en Russie, mais aussi à quelque chose de plus sombre, de plus caché, qu'il ne faisait que pressentir. Et il avait raison.

Elle avait commencé par noter l'inhabituel sommeil de Mr. Denkle. Il dormait presque douze heures par nuit, et s'éclipsait régulièrement dans son bureau, d'où il sortait parfois une heure plus tard avec l'air endormi. Elle avait également suivi ses échanges avec les membres du parti conservateur d'Orphéo. Il les avait tous à sa botte. Il avait d'une manière générale tout le monde à sa botte, grâce à des secrets personnels qu'il glanait avec son don de Connaissance. Puis elle avait fini par pénétrer dans son bureau. Son investigation n'avait pas duré longtemps. Malgré les sorts protecteurs qu'elle avait déjoués, elle n'avait pas détecté le système d'alarme électronique qui protégeait l'ouverture d'un des tiroirs du bureau. Prise de cours, elle n'avait eu que le temps de vider le contenu de la poubelle dans son sac à dos avant de prendre la fuite, poursuivie par la moitié d'Orphéo Australie.

Grand bien lui en avait pris. Cachée dans un camp de réfugiés aux abords de Canberra, elle avait découvert, parmi les documents froissés, les vieux chewing gums à la menthe et les verres en carton, un mystérieux flacon en verre portant l'unique inscription "à boire en même temps". Elle s'était aussitôt rendue chez Nick, un ancien indic avec qui elle avait fait équipe lors d'une mission quelques mois plus tôt, chimiste professionnel et dealer de potions. Il avait ouvert de grands yeux effrayés après avoir reniflé les quelques gouttes de mélange à l'odeur âcre qui restaient au fond du flacon, et avait reposé le récipient précipitamment, comme s'il craignait de se brûler.

"Où est-ce que tu as eu ça ? Tu devrais t'en débarrasser tout de suite avant qu'il ne t'arrive des ennuis !"
"Comment ça des ennuis ? Tu sais ce que fait cette potion ?"
"Fractionnement de l'esprit. Mais je sais surtout qui l'a faite !"
"Qui ? Qui l'a faite ? Réponds !"
"Je... Elle... Elle s'appelle Broune. C'est... C'est un peu une légende parmi les fabricants de potions. Elle a des connaissances incroyables... Mais elle est surtout très dangereuse ! Tu devrais prendre ton flacon et partir d'ici tout de suite ! Je ne veux pas être mêlé à ça."
"Et comment je fais pour la trouver cette Broune ?"
"La... La trouver ? Tu es folle !"
"Dis-moi ! Comment je fais ?"
"Tu.. tu ne peux pas la trouver. C'est..."
"C'est elle qui te trouve."
Avait dit une voix dans leur dos.

Ambre s'était retournée brusquement en dégainant son poignard. En face d'elle, se tenait une femme aux cheveux gris coupés courts, de taille moyenne, à l'apparence d'une sexagénaire bien conservée. Ce qui frappait surtout, c'était ses yeux, d'un bleu délavé, presque blanc ; ils avait l'air de voir au-delà du visible.

"Je m'appelle Brigitt Bételgeuse Aristote. Mais tu peux m'appeler Broune, comme tout le monde. Si tu veux des réponses à tes questions, tu n'as qu'à laisser cet imbécile et venir avec moi."


Elle ne s'était pas faite prier. Broune l'avait guidée sans un mot à travers la ville, pendant plus d'une heure, faisant maints détours qu'Ambre ne manqua pas de noter. Elles avaient fini par entrer dans une vieille maison à la peinture blanche écaillée, quelque part dans la banlieue Ouest. Alors enfin, la vieille femme avait repris la parole.

"C'est une maison que j'utilise parfois, quand je viens en Australie. Elle appartenait à un couple de sorciers qui ont été tués il y a dix ans ; je me suis arrangée pour la récupérer. Ce sera ta maison pour les deux prochains mois. "

Ambre avait reculé d'un pas vers la porte en fronçant les sourcils.

"Je n'avais pas l'intention de rester. Je veux juste -"
"Des informations sur Yann Denkle." Finit Broune. "Sauf que je ne donne pas d'informations sans contrepartie. Surtout des informations comme celles que tu me demandes."


Ambre avait de nouveau froncé les sourcils. Elle n'avait encore rien demandé... Cette femme semblait savoir plus de choses que la logique ne le voudrait. Et elle n'aimait pas ça.

"Et cette contrepartie me prendra deux mois ? Qu'est-ce que vous voulez au juste ?"
"Cinquante-sept jours exactement. Tu commenceras par reprendre les trois séances de méditation quotidiennes que tu n'aurais jamais dû abandonner. Ensuite, tu t'entraineras à retenir et tracer des runes que je t'enseignerai. Tu t'exerceras à diriger l'énergie qui circule à travers toi vers des runes, des animaux ou des humains."
"Attendez... comment vous savez tout ça ? Et quoi cette contrepartie ? Vous voulez m'entraîner ?! Pourquoi ?"
"Disons que j'ai mes raisons. Le reste du temps, tu m'aideras à graver des runes protectrices sur des talismans, et à préparer des potions pour mon commerce."


Ambre n'avait su que répondre face à cette femme. Elle commençait à comprendre la peur qu'elle inspirait à Nick. Mais elle avait accepté ; que faire d'autre ? Sans ces informations elle n'avait rien.

Au fil des jours, Broune était apparue bien moins sévère qu'elle ne le semblait. Si elle se montrait exigeante avec Ambre sur son entraînement, elle n'en était pas mois pédagogue et patiente. Pendant les repas qu'elles partageaient, elle se montrait plus souriante et naturelle. Elles se racontaient leurs vie : Ambre partageait ses innombrables aventures, elle lui parlait de son commerce, de ses voyages et de ses accords avec ses clients.

Ambre n'avait pas tardé à comprendre que Broune était voyante. Elle avait souvent des comportements étranges, tendant un torchon à Ambre juste avant qu'elle ne renverse le thé, anticipant les demandes de ses clients en lui demandant de préparer des potions à l'avance, et s'arrêtant parfois, le regard dans le vide, immobile pendant dix secondes, avant de repartir comme s'il ne s'était rien passé. Quelques fois, elle s'était même interrompue brusquement dans une tâche, ou au milieu d'une phrase, se levant précipitamment et attrapant un sac à dos en annonçant à Ambre qu'elle partait pour le Vénézuéla, le Congo ou l'Irlande. Lorsqu'Ambre avait fini par lui poser la question, elle n'avait pas cherché à nier son pouvoir. Répondant à ses questions, elle avait toutefois refusé une fois de plus de lui dire pourquoi elle pensait qu'il était important qu'Ambre s'entraine de la sorte.

Ambre avait donc passé deux mois chez Broune, sans vraiment savoir pourquoi, s'attachant peu à peu à la vieille femme étrange avec qui elle vivait. Et au bout de cinquante-sept jours, comme elle l'avait annoncé, son séjour prit fin. Broune ne lui avait toutefois pas dit que ce serait à cause de l'arrivée soudaine des services spéciaux d'Orphéo Australie. Elle s'était précisément absentée à ce moment-là, disant mystérieusement à Ambre de la rejoindre près du Marché lorsque "ce serait fini", et de se dépêcher de terminer "cette fichue rune". De fait, c'était cette rune précisément qui l'avait sauvée. Ambre l'avait finie et activée selon les instructions de Broune, juste au moment où les Sorciers d'Orphéo défonçaient la porte d'entrée. Un brouillard dense s'était alors élevé dans toute la pièce, impénétrable même aux lampes des intrus. Ambre connaissait la maison, et n'avait pas eu de mal à se diriger jusqu'à la porte du garage. Les clefs étaient déjà sur le contact de la vieille Ford de Broune, comme attendant qu'elle s'y installe. Elle avait défoncé la porte du garage, et percé les défenses des gardes qui encerclaient la maison, avant de filer à toute allure vers le Marché. Avisant Broune qui l'attendait calmement, elle était sortie en claquant la portière et avait foncé en furie vers la vieille femme.

"Et tu pouvais pas juste me dire qu'ils allaient venir et me faire sortir avec toi ? Non, tu préférais les laisser m'attraper ? Dans quel camp es-tu franchement, Brigitt Bételgeuse Aristote ?"

Broune avait répondu d'une voix égale.

"Il fallait qu'ils te voient. Et puis je t'ai donné de quoi t'échapper non ?"
"Qu'ils me voient ?! Comment ç.."


Elle l'avait interrompue d'une voix ferme.

"Pas le temps pour des explications. Maintenant tu vas m'écouter attentivement. L'homme que tu recherches s'appelle Joaquin Rejés. C'est un polyincarné, il se fabrique des corps qu'il habite tous en même temps. Yann Denkle est l'un de ses corps. Il est partout ; à Orphéo, à Rosenrot , dans les organisations terroristes des humains. Il cherche à semer le chaos pour son enrichissement personnel. La potion que je lui ai vendue lui a permis de compartimenter son esprit pour agir simultanément avec tous ses corps, le jour de l'attaque du Mystery. Il est également responsable de la crise des Poltergeist en Russie. Le seul moyen d'en finir définitivement est de tuer son corps primaire, celui de Joaquin Rejés, qui navigue sur une vieille goélette avec l'équipage d'élite qu'il a rassemblé. Mais ce n'est pas celui que tu devras attaquer en premier...

"Prends ce billet d'avion. Il part dans 2 heures pour Londres. Au dos, j'y ai marqué des coordonnées GPS. C'est quelque part au large du Pays de Galles. Tu dois t'y rendre le soir du 19 décembre ; le bateau de Rejés y sera. Sache que tu ne pourras pas l'atteindre à ce moment-là. Mais tu devrais pouvoir y récolter des preuves.

"Maintenant, prends la voiture et file à l'aéroport ; ils sont déjà sur tes traces. Fait un détour par Lincoln Street, et n'oublie pas ton passeport et ta sacoche qui sont dans la boîte à gants."

***

Ambre se releva. Il était huit heures et quart. Elle déchira une bande de tissu dans l'écharpe en lambeaux qu'elle portait autour du cou, et la noua autour de l'arbre contre lequel elle s'était appuyée. Puis, s'enroulant dans son long manteau brun, elle jeta un rapide regard derrière elle avant de reprendre la marche, descendant toujours vers la vallée en contrebas. Encore plongée dans ses souvenirs, elle se sentait évoluer entre les arbres comme dans un rêve. Que de peines elle avait surmontées...

Car à Londres, Orphéo l'attendait à la sortie de l'avion. Incapable de s'échapper cette fois, elle avait été capturée, et emmenée sous bonne garde jusqu'à une cellule du siège de Londres. Elle y était restée trois mois, prisonnière. Elle avait déjà fait de la prison, plus longtemps que ça même, et avait su user de patience. Mais là, elle tournait en rond comme un lion en cage, tant l'idée de manquer la date indiquée par Broune la hantait. Les parois spéciales l'empêchaient d'utiliser la magie, elle n'avait rien, aucune distraction, seulement trois assiettes de riz blanc et deux pichets d'eau par jour. Et aucun contact avec l'extérieur. Elle imaginait Maysar, là dehors, essayant d'obtenir sa libération malgré sa culpabilité évidente. Pourtant, ce n'était pas Maysar qui était venu.

Non, c'était quatre orphelins qui l'avaient secouru. Brian, Elsa, Gwenaëlle et Peter avaient ouvert la porte de sa cellule et, sans plus d'explications, l'avaient conduite vers la sortie. Ambre avait vu trois gardes évanouis sur leur chemin ; elle reconnaissait là le pouvoir de Elsa. Peter détectait grâce à son ouïe surdéveloppée les gardes et exorcistes qui circulaient dans le bâtiment, et les guidait par les endroit sûrs. Jusqu'à ce que sa fuite soit découverte, qu'une alarme se déclenche et qu'ils se mettent à courir. Les quatre adolescents avaient su user de toutes leurs capacités pour se sortir de là. Et, avant que les membres d'Orphéo n'aient véritablement compris ce qu'il se passait, ils étaient dehors, à courir sur Trafalgar Square, puis dans le métro, prenant ensuite un bus, et marchant enfin jusqu'à une maison abandonnée dans la campagne anglaise. Une fois assis dans un grand canapé, les quatre adolescents s'était esclaffés.

"Hahaha ! Au nez et à la barbe d'Orphéo ! Ils vont en faire une tête, vous allez voir !"
"Oui, et je pense que cet imbécile de Thomson va en prendre pour son grade ! Mis KO par une gamine de 16 ans !"
"C'est grâce à ça qu'on a réussi ! Qui se méfie de quatre petits morveux venus à la recherche de Jonathan Taylor ? C'était tellement insensé que personne n'a réagi à temps !"

Ambre n'en croyait pas ses oreilles. Eux, les quatre inséparables, ses élèves favoris, qui se proclamaient artistes et avaient repeint en une nuit tout un pan de leur caverne en Islande, eux qu'elle avait poursuivis, une nuit, à travers les forêts où ils s'étaient enfuis, et qu'elle avait finalement retrouvés autour d'un feu, en train d'essayer un rituel mystique pour invoquer une vieille déesse antique. Eux qu'elle avait ramenés à la caverne avec un visage dur, et pourtant fière, au fond d'elle, d'être leur professeur. Eux, ces trois ados de 16 ans, étaient venus à sa rescousse. Quand il avait appris qu'Ambre avait été capturée, Brian avait aussitôt contacté ses amis. Ils avaient fugué de leurs familles d'accueil respectives, et s'étaient retrouvés dans cette vieille maison pour élaborer un plan. Un plan qui avait fonctionné à merveille ! Ambre ne pourrait jamais dire à quel point elle les aimait. Elle regrettait de ne pas avoir pu passer plus de temps avec eux. Car elle était partie le lendemain matin, après leur avoir donné un message à transmettre à Maysar. On était le 18 décembre, et elle ne pouvait pas traîner.

Elle s'était rendue en deux jours au Pays de Galles, avec l'appareil photo et le téléphone de Gwen. Les coordonnées GPS indiquaient un point près de la côte, dans une petite baie habitée d'un unique village de pêcheurs. Elle s'était postée en haut des falaises. Une petite goélette était arrivée et avait jeté l'ancre près du rivage. Une barque avait débarqué une demi-douzaine de marins, qui avaient pillé sans ménagement la petite supérette du village. L'un d'eux était un grand homme aux longs cheveux noirs, avec un anneau scintillant à l'oreille droite et un grand chapeau. C'était certainement Joaquin Rejés ! Ambre l'avait suivi discrètement, alors qu'il s'éloignait seul du village sur un chemin forestier. Il avait marché jusqu'à une clairière, au milieu de laquelle s'élevait un dolmen solitaire ; trois immenses dalles de granit, l'une sur les deux autres, comme une table géante. Le pirate avait sorti une vieille carte qu'il avait consulté longuement, et était allé s'assoir en tailleur au sommet du mégalithe. Il avait alors pris dans sa sacoche un flacon étrangement familier... Il avait avalé les dernières gouttes qu'il contenait, puis était resté là, immobile pendant presque une heure.
De temps à autres, il murmurait pour lui-même des phrases incohérentes :

"Le cercle n'est pas complet. Les écureuils.. non ça on s'en fiche. Kare a oublié son fils à l'école aujourd'hui... ça c'est intéressant ! Un poltergeist lié à Meiko Greyjoy est avec moi en Tchétchénie, c'est quelque chose comme son arrière grand-oncle. Erdogan a fait un nouvel accord avec la Syrie... Ali doit faire attention au Kurdes, ils sont plus avancés que je ne le pensais. Le mari de Laura part demain à Sidney. Laura Belt... elle est jolie dis-donc ! On va bien s'amuser tous les deux demain... Il y a une mine de Salpêtre pas loin, sur la droite.. ça peut servir si je trouve du souffre."

Ambre avait arrêté la vidéo qu'elle prenait. Laura Belt, la fiole et une drôle de ressemblance avec Yann Denkle... elle avait les preuves qu'elle était venue chercher. Laissant le navire et son horrible capitaine, elle était retournée à Londres. Dans la vieille maison, elle avait retrouvé les quatre adolescents et Maysar, qui venait d'arriver. Elle s'était jetée dans ses bras de soulagement de le voir. Elle s'était rendue compte, alors, qu'elle s'était sentie bien seule cette dernière année. Où était passée la jeune fille solitaire et associable qu'elle avait été autrefois ? Elle avait tout expliqué à son vieil ami : l'Australie, Yann Denkle, Broune, la polyincarnation, et Joaquin Rejés. Il avait soupiré de lassitude.

"Cela explique beaucoup de choses. Vraiment beaucoup... (il resta silencieux un moment, le regard dans le vide). Il nous faut arrêter cet homme avant qu'il ne soit trop tard. J'avais brièvement entendu parler de Broune Bételgeuse avant que tu ne m'en parles. C'est une femme étrange et dangereuse. Les voyantes le sont toujours. Mais je pense que dans le cas présent, nous devons tenir compte de ses conseils. Rejés est trop fort pour que nous l'attaquions directement. C'est Denkle que nous devons atteindre en premier. Tant qu'il sera là à nous menacer de l'intérieur, nous ne pourrons rien faire."

Ils étaient donc retournés à Orphéo ; Maysar, elle, et les quatre adolescents. On avait tenté de les arrêter à l'entrée, mais la jeune Olga, sur un signe de Maysar, avait donné deux ordres brefs qui leur avaient ouvert la voie jusqu'au bureau de Nathaniel. Fidèle au Mystery, il n'avait pas été difficile à convaincre. Mais la vidéo d'Ambre, disait-il, ne constituait pas une preuve suffisante pour agir par la voie légale, car il était pieds et poings liés par les membres du parti conservateur. Il convoqua Olga dans son bureau.

"Je vous veux prêts à partir, vous et votre équipe, dans vingt minutes. Vous allez vous rendre avec Ambre en Australie, et arrêter Yann Denkle à son domicile. Vous allez prendre un jet privé jusqu'à l'aérodrome le plus proche de chez lui. Il vous attendra pour le ramener ici en toute sécurité. Prenez vos précautions. Il apprendra sûrement grâce à son don votre venue une heure avant que vous n'arriviez."

L'opération avait été menée rapidement et efficacement. Les gardes qui attendaient effectivement leur venue avaient été vite mis hors d'état de nuire par la brigade spéciale d'Olga. Elles avaient intercepté Denkle alors qu'il fuyait en voiture vers le siège d'Orphéo. Ambre et la jeune femme s'étaient découvertes très complémentaires dans l'action, et leur animosité d'origine s'était peu à peu transformée en autre chose. Autre chose avec de longs regards, puis des sourires timides, puis une nuit, bien plus tard, dans une chambre...

Tout avait ensuite été très vite. Elles avaient ramené Yann Denkle au siège de Londres, où il avait été aussitôt mis en examen. Les experts l'avaient soumis à un test magique qui avait dévoilé son lien télépathique avec ses autres corps. Les preuves étaient alors assez fortes pour l'incarcérer. Un jugement rapide avait eu lieu avant qu'il ne soit conduit en cellule. Cela avait entraîné un soulèvement des conservateurs, réclamant un appel et la libération de leur leader. Londres avait tenu tête au parti majoritaire, suivi par les quelques rares nations encore progressistes ; mais Maysar savait que ce ne serait qu'une question de temps avant que Denkle ne soit libéré. Ils devaient agir vite. Ordonnant à Ambre de rester à Orphéo pour retenir Denkle le plus longtemps possible, il partit lui-même en Russie pour tenter de bloquer le double corps de Rejés qui y semait le chaos.

Mais Ambre n'avait pas suivi son ordre. Surveillée de près par les services secrets liés aux membres conservateurs, elle n'avait dû son salut qu'à Olga, qui l'avait faite échapper et conduite par téléportation jusqu'à l'aéroport, où elle avait pu prendre l'avion treize heures seulement après celui de Maysar. Arrivée à Moscou, en territoire bien connu, elle avait volé une voiture et pris la route de la Tchétchénie, où se rassemblaient les Poltergeist. Une fois sur place, elle n'avait eu aucun mal à retrouver la trace du "vieil européen avec une barbe blanche", en parlant russe avec les locaux. Et elle l'avait enfin retrouvé. Au moment crucial. Au moment où tout était dévoilé.

Maysar avait éliminé Ari, le corps secondaire de Joaquin, effacé les runes géantes qu'il avait tracées pour attirer les Poltergeist, et tracer d'autres runes pour apaiser et disperser les spectres. Ambre s'était cachée derrière un arbre pour l'observer, lorsqu'Il était arrivé. Joaquin Rejés était apparu entre les arbres, vêtu du même manteau et du même chapeau sombre que la dernière fois. Il avait raillé Maysar, disant qu'il ne savait rien, RIEN, de la toile d'araignée qu'il avait tissé autour de lui.

"Tu es mort, vieillard" avait-il craché.

Alors, il l'avait fait venir. Sa botte secrète, son arme ultime, son monstrueux allié. Le Guntray. Un être de cendre et de fumée, de colère glacée, terrifiante ; avec, au fond de son esprit, l'âme du jeune Karhel prisonnier. Maysar avait ouvert de grands yeux, puis avait pâli et, tremblant, avait reculé de quelques pas.

Rejés lui avait tout expliqué avec un air de triomphe : comment il avait dénoncé les Winitran à leurs ennemis, comment il l'avait utilisé, lui, pour transformer le jeune Duham en une arme absolue qu'il n'avait eu aucun mal à rallier à son compte, comment il avait semé le chaos dans le monde magique, juste sous son nez, depuis plus de dix ans.

"Tu es fini, Fjerda. Tu vas mourir des mains de ta monstrueuse création. Seul, abandonné."
"Non, pas seul."


Ambre était sortie de sa cachette, pour aller se placer aux côtés de Maysar. Elle lui avait pris la main. Il l'avait serrée, d'une étreinte tremblante.

"Comme c'est touchant... Mais un ou deux morts, quelle différence ? Le résultat sera le même." avait craché Joaquin. Mais il ne riait plus.

Sans prévenir, il avait dégainé son sabre et s'était jeté sur Ambre. Du coin de l'œil, elle avait vu le Guntray fondre sur Maysar.

Tout s'était précipité. Ils combattaient depuis à peine cinq minutes lorsque Yann Denkle était arrivé avec une jeune femme blonde et un jeune homme brun qui devaient être d'autre de ses corps secondaires. Ambre, qui reprenait alors l'avantage, avait été débordée par le nombre d'assaillants. Elle sautait de tous les côtés pour éviter de se faire prendre en revers par ses adversaires, s'essoufflant de plus un plus. A côté, elle voyait Maysar qui peinait à contrer les attaques du monstres, à coups de runes, de sortilèges et de fenêtres dans l'Autre Lieu. Profitant d'une seconde de répit, il lui avait crié :

"Ambre ! Tu es un canal ! Un canal !"

Elle avait évité de justesse un coup de sabre. Un canal... Oui ! Alors elle avait lâché prise, ouvrant toutes les portes, toutes les vannes, plus grand que jamais, laissant l'énergie magique circuler en elle. Elle avait senti une grande chaleur l'envahir, l'envelopper. Elle n'était plus essoufflée, et bougeait avec fluidité, sans penser. Elle était instinct. Et elle avait fini par comprendre la faiblesse de son agresseur : il ne pouvait contrôler ses trois quatre corps en même temps, il devait passer de l'un à l'autre... Alors, changeant sa façon de voir, elle avait vite trouvé une faille, et porté un coup sous la clavicule de Yann Denkle. Elle avait vu le sang jaillir. Les autres avait hurlé de douleur. Au même moment, elle avait vu Maysar s'effondrer en poussant un cri. Alors, désespérée, elle s'était jetée sur Joaquin, qui avait reculé en faisant battre son sabre devant lui. Le visage crispé, il tentait de séparer son esprit du corps du mourant, qui le faisait blêmir de douleur. Se concentrant sur son don, Ambre avait avancé sur lui en laissant le sabre s'abattre sur elle sans la blesser. Il lui avait saisi le poignet qui tenait le couteau, d'une main de fer. Elle avait tenté une clef de bras, des coups aux points vitaux, qu'il avait parés facilement. Ils étaient engagés dans un duel rapproché, intime même, un duel où, plus fort et plus grand, il avait l'avantage. A moins que... Ambre avait encore tout lâché, ses principe, son humanité ; seul restait son instinct d'animal, de prédateur. Elle avait lancé sa tête en avant, et mordu à pleines dans dans la carotide de son adversaire. Elle avait mordu fort, fort, à s'en déchirer la mâchoire, et tiré, coupé, arraché. Le sang avait jailli. Il avait crié. Elle avait rugi. Et elle avait recommencé, mordant, déchirant, agrandissant le trou béant dans le cou de l'homme qui ne criait déjà plus, et tombait au sol en l'emportant dans sa chute. Au même moment, d'autres corps s'effondraient autour d'eux. Ambre resta quelques instants au sol, reprenant ses esprits. Il y avait quelque chose d'urgent... de vital...

"MAYSAR !"


Elle s'était levée d'un bond, la bouche sanglante, lâchant aussitôt un cri de désespoir. Maysar était au sol, immobile. A quelques mètres de lui, s'ouvrait une fenêtre dans l'Autre Lieu, par laquelle le Guntray avait passé la moitié de son corps. Un râle glaçant s'en échappait, comme si le monstre aspirait toute l'énergie du lieu. L'énergie de Maysar. L'énergie...

Ambre s'était précipitée vers son ancien mentor. Il était inconscient et ne respirait plus. Elle avait pris sa tête dans ses bras.

"Tiens bon ! Il faut que tu refermes la fenêtre. Je vais t'aider..."

Elle s'était ouverte à nouveau au flux d'énergie, le dirigeant autant qu'elle pouvait vers Maysar. Après quelques secondes, il avait pris une grande inspiration et avait ouvert les yeux.

"Ambre... ça ne suffira pas. Il a compris que j'étais le seul à fournir l'énergie de l'Autre Lieu. Il la pompera jusqu'à ce que je meure. "
"Et la fenêtre ? Si tu la refermes, il..."


Elle s'était interrompue pour se concentrer. Il fallait à tout prix qu'elle maintienne le flux d'énergie.

"Il est assez puissant pour m'en empêcher. Ambre.. Il n'y a plus rien à faire. Je savais que ça arriverait bientôt, de toute façon. Mais ton intervention n'aura pas été inutile... Elle m'aura donné du répit pour te parler. Le Guntray... Une terrible erreur... Tu dois l'arrêter Ambre. Orphéo a les moyens de le détruire, mais ils ne s'embêteront pas à sauver Karhel. Il faut sauver Karhel. Tout est de ma faute. (Il pleurait, à présent). "
"Mais comment ? Karhel est prisonnier dans son esprit ! Je ne peux pas rentrer dans un esprit !"

"D'autres le peuvent. Trouve Pandora Mystery. Avec l'aide de ton énergie, elle pourra pénétrer l'esprit du Guntray. Utilise la rune que Broune t'a apprise pour la contacter. Elle avait prévu ça, d'une manière ou d'une autre... Utilise la rune... Et prends mon manteau. Garde-le.. En souvenir... Dans la poche de poitrine, il y a une lettre qu'elle m'avait envoyée... Pandora est au Japon... Tout ça devrait t'aider à lui envoyer un message. "
"Je le ferai. C'est promis. Mais comment faire pour..."


Il avait fermé les yeux à nouveau.

"Je n'ai... plus le temps. Tu devras te débrouiller seule. Tu es forte, Ambre Esyll... Garde... le savoir des Winitran... et transmets-le à ton tour. Moi... Il me reste une dernière chose à tenter... Adieu, Ambre..."

Il avait poussé son dernier souffle. Et, alors que l'air s'échappait une dernière fois de ses poumons, une lumière presque invisible s'était échappée elle aussi. La fenêtre de l'Autre Lieu avait disparu. Et, alors que le Guntray se retournait vers eux avec un cri de triomphe, la petite lumière avait foncé tout droit au coeur de ses ténèbres...

Ambre avait retiré en tremblant le manteau de l'homme mort entre ses bras, alors que le Guntray se rapprochait lentement de sa prochaine proie. Puis elle s'était levée, le laissant là, son mentor et ami. Le grand-père qu'elle n'avait jamais eu. Il serait bientôt recouvert par les épines de pins... Elle avait couru jusqu'à la voiture, et roulé pendant plusieurs heures. Le Guntray le suivrait, elle le savait. Mais il prenait son temps. Il aimait la traque. Elle avait tracé des runes pour dissimuler sa trace. Ca le ralentirait. Et elle était repartie, vers l'Est. Elle roulait quelques heures, laissait un morceau de tissus pour attirer le monstre, puis traçait une nouvelle rune pour le ralentir. Deux jours plus tard, elle avait contacté Pandora. Un message à sens unique, expliquant l'essentiel. Elle n'avait plus qu'à espérer que la vieille sorcière serait au rendez-vous.

***

Et le rendez-vous, c'était aujourd'hui, au pied du volcan Taunshits, au Kamtchatka. Ambre se laissa glisser dans les épines de pins pour les derniers mètres de descente. De temps en temps, elle grimaçait. Elle n'avait pas encore récupéré du Elle continua jusqu'au cours d'eau qui contournait le mont, le traversa à la nage puis remonta la pente à travers un pierrier pour atteindre un petit lac sulfureux, d'où partait une petite piste carrossable. Pandora n'était pas encore arrivée. Elle regarda de nouveau sa montre. Elle avait pile le temps qu'il fallait.

Posant sa sacoche par terre, elle entreprit de déplacer des pierres sur le sol. A la manière des Nazcas... Peu à peu, des lignes apparaissaient, s'entremêlant pour former une rune complexe. Puis, tout autour, elle plaça des carrés de tissus préparés il y a des jours, sur lesquels elle avait peint d'autre runes, de trois sortes, que lui avait apprises la vieille Broune.

Lorsqu'elle eut fini, enfin, elle s'assit en tailleur au milieu du complexe, méditant sur son pouvoir en attendant l'arrivée de l'ancienne directrice du Mystery. Beaucoup de choses dépendraient de cette rencontre, et de ce qui allait s'ensuivre...

Elle eut une pensée triste pour son ancien mentor, et s'enroula plus fort dans le manteau du vieil homme. Elle était prête.

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