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 To build a home

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MessageSujet: To build a home   Mer 10 Jan 2018 - 15:16

Il touche du bout des doigts la couette. Il s’y agrippe, les yeux clos, le corps tendu à l’extrême comme sous un effort violent alors qu’il est immobile, le dos bien contre le matelas. Il s’efforce de ne pas bouger, immobile, encore, immobile, il retient ses réflexes et son instinct qui lui hurlent de se lever d’un coup, hurler, fuir.
Il voudrait relâcher tous ses muscles qui d'un coup réagiraient, comme ils l'ont appris. Il n'y a plus besoin de réfléchir seulement de se laisser aller mais il ne bronche pas, il ne laisse rien dépasser. Dans ces moment là il à l'impression que sa peau va se déchirer et que l'animal ressortira à nouveau, qu'il explosera et foulera le sol sans réfléchir.

Ca n'était pas arrivé une deuxième fois.
Le puma n'était pas réapparu et il ne savait pas le faire revenir.
Il n'y a qu'Anja pour le mettre dans un tel état.

Il ne se rappelle plus de pourquoi exactement il devrait se mettre à courir, le rêve est déjà trop flou, déjà expulsé dans son inconscient pour son propre bien mais la réalité n'est pas encore là. Il est dans ce milieu qui devrait être confortable, ce moment où tout est possible jusqu'à ce qu'on ouvre les yeux mais lui n'y a plus le droit depuis longtemps. Il ressemble à un enfant qui va bientôt ouvrir de grands yeux brillants et innocents sur le monde.

Il se rappelle des mots qu'il avait, une autre fille qui riait aux éclats, il ne se souvient pas bien sauf qu'elle riait et elle était spontanée c'est.. c'est sûrement pour ça qu'elle osait rire aussi fort, pourquoi est-ce qu'elle n'est plus là déjà ?
Pourquoi s'approchait-il de son oreille pour lui murmurer "ne me laisse pas dormir" déjà ?
Green et..

Il ne se souvient pas.

Il sort avec lenteur du sommeil, conscient uniquement du bruit sourd à ses oreille, coeur emballé et affolé qui va à battements rabattus vers une sortie de la cage de thoracique. Il prend le temps de calmer sa respiration et ouvre les yeux. Il ne sait pas où il est pas il est content d’avoir retenu le cri encore dans sa gorge - il ne faudrait pas réveiller ses parents - mais ?
Les parents ?
Son père ?
La pièce est noire mais l’odeur n’est pas sienne. Il fait glisser sa main sur le tissu qui n’est pas le sien non plus non, chez lui c’est usé et élimé mais tellement doux, tellement sûr. Il y est sain et sauf, chez lui.

Il n’est pas chez lui.

Il cherche dans sa mémoire mais il n’y a pas encore accès, encore paralysé de la nuit de sommeil - quelle heure est-il au juste ? Et se redresse avec lenteur dans son lit. Maintenant que son coeur ne froisse plus ses oreilles il entend avec précision la respiration d’une jeune femme à côté de lui. Ce n’est pas quelque chose d’inhabituel, il aime les corps, la sueur qui se mêle et le bruit discret d’une respiration qui atteint l’extase. Il ne supporte pas les filles qui crient, hurlent, parlent, il aime les prunelles brillantes dans l’obscurité et les murmures à moitié évoqués.

Mais quand il tourne la tête, les cheveux blonds éparpillés et l’odeur, cette odeur si particulière lui fait ouvrir les yeux en grand.

C’est vrai, c’est vrai tout ça, c’est vrai qu’il en est là. Qui l’aurait cru ? Pas lui.
Et son père, qui l’a foutu dans cette situation, est-ce qu’il sait ? Ca l’avait torturé, ça, au début. S’il savait l’amour que portait Green pour Anja, lui aurait-il fait cette proposition parce qu’il aimait son fils et le souhaitait heureux ? Ca le faisait grincer des dents d’oser imaginer ça. Pourquoi pense-t-il l’amour au milieu de cette relation familiale ? Ca n’a pas sa place, il devrait le savoir. Mais c’est plus fort que lui, c’est plus fort que lui.

C’est plus fort que lui.

Il se redresse doucement, le drap lui glisse jusqu’aux cuisses. Il est en caleçon, comme il dort chez lui, pas comme il dort avec ses conquêtes - aucune idée de pourquoi il se sent obligé de mettre un short pour dormir, mais c’est bel et bien le cas. Pas ici.

Pourquoi ?

Il ne se souvient pas s'être mis au lit, ça s'est produit, c'est certain. Se sont-ils couchés en même temps ? Ont-ils fait l'amour ? Est-ce qu'il l'a prise dans ses bras pour dormir ?

Il a du mal à retrouver ses repères, tout bouge lentement et il souffle pour se débarrasser de cette sensation d’empoisonnement dans ses tripes. Il a bien conscience de l’odeur qu’il doit dégager : un mélange de peur et de sel, peut être un reste de rêves restés collés sur l’épiderme.
Il se lève finalement en essayant de ne pas faire de bruit. Ce n'est pas franchement un problème, félin comme il est et dérangé mais les craquements sur le parquet il survole le sol, sûrement aidé d’un brin de lévitation pour se glisser dans le reste de l’appartement. Ce n’est pas chez lui - puisqu’en Allemagne, chez lui reste chez les Souls, malheureusement - et il tâtonne un peu pour trouver la salle de bain, se glisse dans la douche et allume le pommeau, les deux mains à plats sur les carreaux. Le jet chauffe rapidement et ce n’est qu’à ce moment là qu’il se rend compte qu’il est toujours en caleçon - qu’il retire en soupirant. C’est toujours la même chose, comme s’il partait tellement loin la nuit qu’il mettrait des années à émerger. Ca lui déplaît.

Ca ne change jamais.

Quand il sort, un peu de buée s’est formée mais il s’enroule dans une serviette, se sèche rapidement sans même le remarquer. Il se glisse à nouveau dans la chambre, toujours incapable de déterminer le jour qu’on est, l’heure même qu’il est - peut être est-il quatre heure de matin, peut être dix, mais il remet un bas propre avant de retourner dans les draps, encore vaseux, encore pâteux mais la peau brûlante et naturellement, sans y réfléchir - il n’en est pas encore capable - il attire le corps d’Anja encore visiblement endormie, peut être seulement somnolente contre le sien, le nez dans son cou, l’amour sur les lèvres.

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MessageSujet: Re: To build a home   Dim 21 Jan 2018 - 21:52

Anja n'écrivait plus.
Elle a toujours considéré qu’écrire était sa plus grande faiblesse. Aussi, les écrivaient-elles enfermée dans son bureau, à l'abris de tous les regards. Puis elle les enfermait dans un coffre qu'elle dissimulait comme d'autres cachent leurs bijoux. Cependant, depuis que Green était venu vivre chez elle, avec elle, jusque dans son lit, elle ne trouvait plus l’inimité suffisante pour se cacher.
Aussi, Anja n’écrivait plus.
La sorcière noire était partagée. Une part d’elle était fascinée par l’être qui partageait sa vie et désirait glisser dans ses bras jusqu’à plus soif. Mais une autre part, qu’elle ne pouvait pas renier, ressentait cette présence comme celle d’un intrus qui envahissait son être. La cheffe de Rosenrot ne savait pas comment concilier ces deux aspects de sa personnalité.
Est-ce qu’un jour tout allait péter ?
Exploser ?

Les draps bougent dans le lit. Anja ouvre les yeux et fixe le mur en face d’elle. Elle sent un corps chaud, brûlant, qui se débat contre le sommeil. Son propre corps se tend comme un arc, à la recherche d’informations ; qui est l’inconnu dans son lit ? Elle tente de se remémorer la veille, de reconnaître un parfum, de se raccrocher aux effluves de sa mémoire.
Green.
Son cœur s’éveille dans sa poitrine alors que sa tête se rappelle. Cela fait plusieurs jours à présent qu’il vit chez elle, chez eux. Pourtant la sorcière noire n’arrive pas à s’habituer à cette présence, constante. Alors qu’elle pensait accueillir l’amour, elle ressent un énervement viscéral et l’impression d’être coincé avec un étranger dans sa maison. [i[Leur[/i] maison.

La sorcière noire sent son compagnon - que ce mot sonne d’une manière étrange lorsqu’il est appliqué à Anja von Duisbourg - se relever à côté d’elle. Les draps plissent, le corps se meut, s’assied, se tend. Une odeur de sueur mêlée de rêve se dégage alors que les draps glissent sur la peau de l’amant. La jeune femme l’entend bouger et pourtant elle ne daigne pas tourner le dos, continuant à fixer le mur droit devant elle, n’osant pas se retourner, affronter l’inconnu, l’étranger, celui qu’elle aime.
Anja ferme les yeux.
De Green émane la torpeur du sommeil ; il souffle, bouge lentement comme si le monde risquait de s’écrouler, comme s’il ne fallait pas sortir trop vite de la nuit. Alors qu’il bouge, sa cuisse effleure les fesses de la sorcière ; elle frissonne, s’est-il seulement rendu compte de ce contact ?
Puis soudain le lit redevient froid. Green s’est éclipsé, il s’est enfuit. Le parquet a à peine craqué sous ses pieds, comme une fuite. Elle sait qu’il a sans doute seulement eu peur de la réveiller et qu’il a dû prendre des précautions pour être silencieux et pourtant, le cœur d’Anja se sert.
Et s’il ne revenait pas ?
S’il l’abandonnait ?
La désertait ?
Voilà que désormais l’étranger lui manque et qu’elle aimerait qu’il revienne envahir ses draps, sa vie, son corps. Le lit froid l’effraie et elle se sent petite fille, seule dans le noir face à ses cauchemars. Le croque-mitaine se cache sous son lit, tout prêt à la dévorer.

À présent seule dans le noir, le désir d’écrire se fait plus oppressant que jamais. Le besoin de poser sur papier ces cauchemars pour vaincre les monstres qui se glissent dans la nuit. Mais Anja ne peut pas écrire ; Green n’est sans doute pas loin, il rôde. Elle sait qu’il va revenir, elle redoute qu’il revienne, elle espère qu’il revienne.
Dans tous les cas, elle ne peut pas sortir sa plume.
Alors à la place elle écrit dans sa tête. Elle sait que les mots ne tomberont jamais vraiment sur le papier, que cette lettre ne parviendra pas à Elaïa, mais le besoin est trop présent, étouffant. Elle ferme les yeux, et se concentre. Derrière ses paupières closes, les iris s’affolent.

Liebe Elaïa,

La venue de ton père dans ma vie est l’une des choses les plus étranges à laquelle je dois faire face. Je ne sais pas comment j’avais imaginé tout cela, en acceptant sa main, en lui avouant mon amour, en lui proposant de me rejoindre, mais sans doute pas ainsi.
Je suis déchirée.
Déchirée parce que je l’aime. Ce sentiment m’envahit et me noie dans une mer de guimauve qui devrait m’irriter et pourtant me fascine. Le moindre de ses gestes me laisse pantoise, les baisers sur ses lèvres me font frissonner et ses caresses m’envoient au septième ciel. J’aime son corps, son cœur, sa tête. J’aime les déchirures que je perçois en lui et qui lui confère sa place de fou sur l’échiquier, tellement plus intense et fascinante que ne le sera jamais le roi.
Déchirée parce qu’il m’effraie. En sa présence, j’ai peur de ce que je deviens. Je me relâche. J’épargne les choses et les gens, mes ordres sont plus lâches. Et si quelqu’un l’enlevait, lui glissait un couteau sous la gorge et me sommait d’offrir Rosenrot, que ferais-je ? Qui sauverais-je ? Je ne sais pas et ça m’effraie. Tu sais, c’est exactement la raison pour laquelle je t’ai confiée à mon parrain, parce que je ne voulais pas avoir à prendre cette décision, pas que l’on puisse me faire ce chantage.
Et voilà qu’à présent je revis la même chose avec l’homme que j’aime.

Hier soir, comme souvent, nous avons fait l’amour. Au début, lorsque nos corps ont recommencé à vibrer ensemble, ce n’était pas facile. J’étais maladroite là où lui était trop expérimenté. Nous étions trop brusques puis trop doux, trop désireux, trop rapides. Nous ne nous connaissions pas, ne nous souvenions plus et nous nous échappions. Il a fallu apprendre à se connaître, à s’aimer au creux du même lit.
Peu à peu c’est venu. Désormais lorsque nous faisons l’amour nous rencontre en harmonie. Nous quittons la planète terre pour ne faire plus qu’un. Tout pourrait s’écrouler autour de nous que nous l’oublierions.
Je ne me sens jamais aussi vivante que dans ces moments là. Et, paradoxalement, jamais aussi mortelle. Le cœur ainsi à découvert, il suffirait d’une lame pour l’écorcher, le briser, l’assassiner.
Le fou prend la reine et le roi se trouve à découvert.

Après que nous ayons fait l’amour, Green s’endort souvent avant moi. Je reste de longues heures sans dormir, à le contempler en silence. Il n’est jamais aussi beau que lorsqu’il dort, perdu dans l’innocence du sommeil. Dans les bras de Morphée, il semble presque fragile, tellement que j’ai envie de l’entourer d’une aura protectrice, de le serrer dans mes bras, tout contre moi.
Pourtant quelque chose me retient. Une peur affreuse qui défigure cette image si touchante de l’amant endormi. Encore une fois, j’ai peur. Peur parce que je sais qu’à mon tour il me faudra m’endormir et que je connais les capacités de Green.
Dans la nuit il est mille fois plus puissants que moi.
Ton père marche dans les rêves. Il s’y glisse, les pénètre, les viole. Il devine les gens en rentrant dans ce qu’il y a de plus intime, de plus personnel. Alors chaque nuit, lorsque je ferme les yeux, je tremble un peu.

Et s’il pénétrait dans mes rêves ?
Et si je rêvais de ma peur de lui ?
Et si, en voyant tout ça, il se barrait ?

Le moindre de ses mouvements matinaux me réveille. Et, lorsque le jour l’envahit et qu’il se redresse dans le lit, que les draps bougent autour de nous, mon cœur se calme ; s’il est là c’est qu’il ne s’est pas enfuit pendant la nuit, c’est qu’il n’est pas entré en moi.
Puis, peu après son réveil, généralement ton père se lève et mon cœur recommence sa danse endiablée. Peut-être est-il venu ? Peut-être a-t-il tout vu ? Peut-être qu’il va fuir, à présent ? C’est précisément ce moment que je vis à présent, ce moment où je suis seule dans la chambre, où il n’est pas sorti depuis assez longtemps pour que je devine qu’il ne reviendra plus, mais où il n’est pas encore revenu. Ce moment de doute qui m’assaille.
Jusqu’au moment où il revient.
Il revient toujours.
Pour le moment.

[...]


Un bruit dans le couloir. Anja oublie sa lettre dans un soupir mental alors qu’une raie de lumière éclabousse le parquet de la chambre dans laquelle Green revient. Elle l’entend ouvrir une commode et enfiler un habit avant de revenir vers le lit et de se glisser dans les draps, de se glisser contre elle.
Le jeune homme l’attire, le corps brûlant de sommeil d’Anja défiant celui brûlant de la douche de Green. Elle sent son souffle dans sa nuque et ses bras qui l’entourent, qui la serrent, comme si cela était naturel, comme le résultat d’un rituel mûrement réfléchi et mis en place pendant des décennies d’amour. Comme la répétition orchestrée d’un réveil ayant déjà eu lieu un milliard de fois.
Mais ce n’est pas le cas. Cela ne court que sur quelques jours.
Pourtant Anja se blottit. Sa main attrape le bras qui l’entoure et s’y agrippe, comme pour s’assurer que le corps est bien présent, matériel, que ce n’est pas un fantasme ou un rêve. Sa peur de l’abandon est un instant comblée alors qu’elle s’abandonne contre le torse de son amant.
Green est là.
Pour le moment.

Seulement après s’être ainsi rassurée, la sorcière noire peut se retourner et faire face à celui qu’elle aime. Dans le silence du matin, elle observe alors les cheveux en bataille, la barbe qui court sur le menton et les yeux encore brillants des rêves de la nuit. La main de la femme glisse contre la peau de l’homme, l’effleure dans une caresse. Puis ses lèvres épousent la bouche encore pâteuse dans un mouvement délicat.
Anja ne pense plus à la peur.
Seulement à l’amour.

- Tu m’as manqué.

Aussitôt Anja se mord la lèvre inférieure ; elle a l’impression que ses mots sont ridicules. Green s’est à peine éclipsé pour quelques minutes afin de se laver. Ce genre de propos est sans doute la meilleure idée qu’il soit pour le faire fuir. Le sorcier noir n’a pas besoin d’un être qui s’accroche à lui tel un pou. Où est passé la froideur d’Anja, les mots durs, les regards blessants, le cœur de glace... ?
Tout a fondu.
Explosé.
Ne résonne plus qu’une question dans son esprit fou : et si un jour Green la laissait ?

_________________



« Oiseau moribond, elle est plus proche de l'envol que je ne l'ai jamais été et j'ai mal.
Déchirure.  »



« Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d’ pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures »


- Do you know how to fight ?
- And you, do you know how to die ?
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MessageSujet: Re: To build a home   Mar 23 Jan 2018 - 13:34

Peut être qu’elle va le repousser. Il ne s’en rend pas encore compte mais c’est une possibilité, alors il devrait remettre son masque. Il poserait un peu de colle sur un visage fraîchement moulé pour paraître penaud, puis incisif et méchant, il pourrait la mettre devant ses propres incohérences. Parfois le soir, quand il s’endort il rêve qu’elle lui éclate au visage, qu’elle l’agresse gratuitement et qu’il l’enfonce, qu’il sort sa rage et sa colère sur elle comme il avait pris l’habitude de le faire. Pourtant, il n’a jamais été vraiment en colère contre elle - elle avait tous les droits de la repousser, tous les droits de le blesser. Ce ne sont pas le genre de choses contre lesquelles Green peut s’offusquer. Il n’avait eu envie de la frapper que quand il avait su pour Elaïa, toute petite chose innocente sur laquelle il n’avait aucun droit. Aucun. Elle lui avait retiré tout ça et il était resté seul de son côté du monde.

Tout seul de son côté de la barrière.

Mais elle ne le repousse pas. Et l’action dure comme des heures. Il l’attrape, et elle vient se blottir contre lui. Il repose ses pieds sur terre avec douceur - quel moment inattendu, il n’est pas habitué, comment peut-on l’être ? - et souffle. Elle se presse contre lui et l’attrape pour qu’il soit encore plus proche que ça, plus près encore.

intus et in cute

A l’intérieur et sous la peau.
C’est bien là qu’elle est posée Anja, aucun doute là dessus à se faire.

Elle se retourne dans un froissement de draps et l’odeur des matins chauds. Qu’elle est belle. Mais pas seulement, qu’elle est endormie surtout encore, il adore ce moment où elle semble plus détendue que d’ordinaire, pas encore prête à affronter une journée, juste à côté de la plaque. C’est sûrement dans ces moments là qu’il l’aime le plus.

Elle l’embrasse sur bout des lèvres et elle en ferme les yeux. Pas pour savourer, juste pour ne sentir que la peau de la blonde contre la sienne. Moment.

- Tu m’as manqué.

Il pense toujours à ces moments qu’ils ont partagés avant et il en regrette parfois l’intensité des débuts. Tout semblait alors au bord de se déchirer ou de se créer, ils courraient sur les possibles et les interdits. Tout avait le goût de l’aventure et de l’adrénaline en seringue.
Maintenant tout est tassé, il ne reste que ce qui est vrai, ce qui n’est pas poussière au matin mais bien baisers.
Green a toujours été comme ça de toute façon, incroyablement nostalgique, un pied toujours dans le passé et l’autre pas vraiment présent.

Les gens ne changent pas.

Il la serre un peu plus fort avant de roule sur le dos, emportant Anja sur lui. Elle est incroyablement légère, plus que dans ses souvenirs, comme si elle avait tellement représenté l’autorité qu’il lui semblait qu’elle avait toujours pesé des tonnes. Mais ce n’est pas le cas, il a l’impression de porter un nuage et de le poser contre lui, sur son torse, comme s’il n’en avait jamais assez de sa douceur.

Peut être qu’il serait nostalgique de ça, aussi, un jour.
Quand il partirait.
Peut être qu’il regretterait ces fois où il n’était pas seul. The body gets lonely. Maintenant qu’il s’habituait au corps de quelqu’un d’autre, à son odeur, sa voix, comment pourrait-il un jour sans passer ?

Si ça tournait mal, est-ce que seulement il partirait ?

Il la serre et effleure ses cheveux d’une main douce et gorgée de tendresse avant de se redresser sur les fesses. Anja tient au creux de ses bras, au creux de sa vie, si fragile et vulnérable en cet instant. Elle n’est tellement pas comme cette fois là, cette fois où elle était venue chez lui, apprêtée. Cette robe débile, ses cheveux débiles, ce maquillage affreux, ces manières et cette voix qui ne lui appartient pas. Peut être se perd-elle dans ses nombreux masques et ses faux semblants, peut être joue-t-elle encore politique en cet instant.

Comment savoir ?
Comment savoir s’il tient la vérité au creux de ses mains ?

La vérité n’existe pas.

Il le regrette déjà mais l’acidité a déjà glissé sur sa langue alors il l’embrasse mais rester serait mentir alors il se recule pour la déposer sur le matelas et avec douceur et précautions il sort de la chambre. Il ne sait pas pourquoi les moments se gâchent d’eux même. C’est toujours pareil, il ne se sent pas le courage à jouer la mascarade dans ces cas là et il préfère partir que mentir, rester pour rester.
Il sait qu’ils peuvent le faire, qu’ils peuvent s’habituer mais pour ça il faudrait se purger de la rage, la colère et le passé.

N’est-ce pas ces choses qui les ont toujours liés ?

Il dit.

- Tu veux du café ?

Il pense « est-ce qu’un jour je saurais ce qu’il y a eu avant dans ta vie ? Est-ce qu’un jour je serais assez près, est-ce qu’un jour tu auras le courage de me raconter ? » mais Anja ne lit pas dans les pensées et lui se noie dans les siennes. Hors de question de sortir des mots boueux au risque de salir la reine.
Au risque de faire fuir la reine.

Il se tait, ombre volage dans la pièce, découpage sombre dans le nid craquelé.
Il entr’ouvre la bouche, ouvre les lèvres et l’inspire - demande, demande, demande, dans l’intimité il faudrait parler - mais se ravise, avale ses mots à nouveau et se suspens à la réponse d’Anja.

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MessageSujet: Re: To build a home   Sam 27 Jan 2018 - 1:44

La vie d’Anja est une bulle de savon. Elle fait rêver les enfants, elle brille de mille éclats et survolent le monde. Les autres la jalousent, aimeraient atteindre une telle perfection, fascinés par la surface parfaitement sphérique de la bulle.
Mais une bulle ça explose.
Inévitablement.
Et avec elle, les rêves des enfants.

La sorcière noire est toujours un peu tendue en la présence de son amant. Elle repense à tous leurs moments ; à cette première fois si particulière dans son bureau, à ce jour où elle a déraciné un arbre par colère contre lui, à ce piège qui s’était refermé sur eux en Slovénie. À chacune de leur rencontre, tout lui semblait tellement intense, tellement fort.
Anja et Green marchent en permanence sur des œufs.
Ce qui les lie est inexplicable. Inexplicable et fragile. Parce qu’ils sont Anja et Green, Green et Anja, deux êtres dévorés pas la vie, bouffés par l’amour. Ils ne croient pas en tout ça, ils ne croient pas en la guimauve ; ils ne peuvent pas. Ils ont trop souvent été blessés, torturés. Par les autres, par eux-mêmes. Green n’a-t-il pas jubilé en prenant la virginité d’Anja ? La jeune femme ne lui a-t-elle pas caché la naissance de leur enfant ? Ne l’a-t-il pas abandonnée dans une forêt alors qu’elle venait de tout péter autour d’eux ?
Ils sont faits pour se détruire, ils sont nés pour se déchirer. Tout n’est qu’une question de temps. Elle le sait, il le sait sans doute également.
Et pourtant, pourtant ils sont là dans ce lit, face à face, dévoré par le désir et la fascination. Qu’est-ce qui les pousse, continuellement, l’un contre l’autre ? Quel est ce brasier qui les consomme, les consume ?
Peuvent-ils seulement encore vivre l’un sans l’autre ?

Le sorcier la serre contre lui avant rouler sur le dos, l’emportant dans son mouvement. Anja s’envole contre le corps de son amant. Elle se fond sur lui, elle se fend en lui. Ainsi, entre ses bras, elle n’est rien d’autre qu’une jeune femme normale, égarée dans un amour heureux, étalée sur l’homme de sa vie. Quiconque assisterait à cette scène conclurait qu’il a devant lui un couple heureux et enfantin.
Heureux, enfantin, mais écartelé.
Il partira, forcément qu’un jour il partira. Quand il comprendra qu’elle ne l’aime pas assez, que Rosenrot passera toujours avant. Peut-être même l’a-t-il déjà compris et l’accepte-t-il ? Mais un jour il ne le supportera plus et alors il partira. C’est écrit, c’est inscrit. Dans le cœur, à la pointe d’un couteau, dans la cicatrice de la douleur. Quand le désir et la folie se seront apaisés, ne restera plus rien d’autre qu’un amour-douleur.
Et Green partira.
Les hommes finissent toujours par partir.

Le problème, ce surtout la haine, la colère, la rage. L’amour existe, l’amour couvre tout, mais l’amour ne suffit pas. Pas pour toujours. Forcément qu’un jour ça ressortira, qu’il débarquera dans son bureau en éclatant la porte et qu’il la plaquera contre un mur pour lui balancer ses quatre vérités. Probablement que les pouvoirs s’en mêleront et que les objets voleront dans tous les sens, peut-être à destination de Green, uniquement dans le but de le blesser.
Tout explosera.
Puis il partira.

Le jeune homme l’embrasse avant de se reculer, presque brusquement, rompant le moment présent pour se glisser hors du lit, hors de la chambre. Seule sa voix reste, alors qu’il lance, comme si tout était normal, comme s’ils étaient un jeune couple banal :

- Tu veux du café ?

Comme un abandon.

La jolie blonde s’étire brièvement dans le lit avant de poser un pied par terre, ajustant le t-shirt et la culotte avec lesquels elle a dormi. Le contact froid du plancher contre la plante de ses pieds fini de la réveiller et elle se met debout avant de répondre :

- Oui. S’il te plaît.

Dialogue teinté de banalité. De médiocrité. La reine s’en veut d’être aussi gueuse. Où sont les diamants, où est la couronne ?
Elle se dirige alors vers la grande armoire qui habille sa chambre à la décoration impersonnelle - elle n’a pas le temps pour accrocher des photos ou arroser des cactus - afin d’en sortir un pantalon et une brassière de sport qu’elle enfile en se plongeant dans ses pensées.
Des pensées à destination d’Elaïa...

[...]

Ton père est comme une ombre dans la maison. Il est là, sa présence rassurante voguant autour de moi, traînant dans le lit, faisant ronronner la machine à café le matin. Je sens la douceur de sa peau, je vois la beauté de son être. Il est là et pourtant, il est absent. Ou plutôt, insaisissable, comme une ombre.
Green Soul reste Green Soul.
Qu’espérer d’autre ?
Les mots ne glissent pas avec lui, ils restent bloqués dans la gorge, sur la langue, contre les dents. Mais ça a toujours été ainsi. J’en dis trop et il n’en dit pas assez. Je me perds dans la langue et lui gagne dans le silence. M’épuise dans son mutisme.
Il faut lire entre les lignes avec lui.
Je ne sais pas le faire.

Même Dorian est plus simple que ton père. Le chef de Croix, tout aussi imposant, sanguinaire et tortionnaire qu’il soit, n’est pas difficile à comprendre. Il est maladroit avec les mots, mais va droit au but. Il se croit un peu plus malin que les autres, ce qui lui inflige une suffisance dans ces paroles ; c’est le genre de méchant des films qui déballe son plan au héros avant de le buter, laissant ainsi le temps aux amis dudit héros de débarquer pour le sauver.
Evidemment, dans la vie réelle, les amis n’arrivent jamais et Dorian tue sommairement et froidement après avoir balancé ses mots.
Toujours est-il que, le fonctionnement de Dorian, bien que cruel, n’est pas fondamentalement difficile à comprendre. Il est, sommes toutes, assez logique et narcissique.
Ton père, c’est tout l’inverse. Il ne dit jamais rien, il faut creuser, frapper, appuyer là où ça fait mal pour obtenir des mots, des vrais mots. Il faut lui balancer sa bague et sa demande en mariage au visage pour qu’il accepte de parler. Ton est agaçant, ton père m’agace.
Il te dirait sans doute tout l’inverse de moi. À quel point les mots sont importants pour moi et combien lui ne le supporte pas, lui qui préfère les poings à la langue, les coups aux syllabes.
Deux longueurs d’onde tellement distincte.
Pourquoi, pourquoi ton père s’acharne-t-il dans son silence ?
Pourquoi tant de différence.

Et surtout, avant tout, une question qui résonne plus fort que tout. N’est-ce pas ces différences qui nous attachent, n’est-ce pas ça et uniquement ça qui vaut la peine dans notre relation ?

[...]


Après avoir lascivement tiré sur la couette pour refaire le lit - un esclave aurait pu le faire, mais Anja refuse que des humains puissent souiller sa maison en y ayant accès, même pour des tâches ménagères - la sorcière se dirige, à pied nu dans la cuisine. L’odeur du café embaume la pièce et elle saisit sa tasse, attrape une banane et s’assied sur le plan de travail pour ouvrir son fruit. Comme tous les matins, après son petit déjeuner, elle ira s’entraîner dans sa salle personnelle. En attendant, elle observe le torse nu de son futur mari, les muscles parfaits, la peau constellée de cicatrices.

- Tu t’entraînes avec moi ce matin ?

S’enfoncer dans les conversations du quotidien pour oublier la déchirure qui naît déjà entre eux.

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MessageSujet: Re: To build a home   Dim 28 Jan 2018 - 9:34

Le sorcier entend les draps se froisser. N’est-ce pas merveilleux à quel point un bruit si simple lui semble si incongru désormais ? Des draps qui se froissent derrière lui, dans son dos, une présence, c’est plus qu’inhabituel c’est presque assourdissant. Il n’a pas l’habitude et il ne sait pas si c’est une habitude qu’il doit prendre. Il n’a pas peur qu’Anja reste, ou parte, il a peur de la perdre et la perdre, cela inclut qu’il parte.
Cinq, dix, vingt ans.
Combien de temps peut-on tenir dans la peau d’un autre ? Repeindre le Mystery avec du sang, égorger, tuer, planter, dépecer, torturer. Il n’a plus peur de tuer mais il est las de la souffrance. Des autres, de la sienne, de celle d’Anja, futurement Elaïa.

Elle ne fait presque pas de bruit, il l’entend se lever mais elle est comme un fantôme. Il évite de la comparer à Chloé, il évite de penser à Myaw, il pousse les deux filles, les deux femmes en dehors de ses murs. Elles ne sont pas les bienvenues ici, elle ne l’ont jamais été. Il se demande s’il retournera encore dans son ancien chez lui, s’il aura besoin de se sentir chez lui à deux endroits, si c’est encore possible, s’il le voudra.

- Oui. S’il te plaît.

Il a envie de se taper la tête contre un mur, de disparaître, de s’ouvrir le crâne. Il déteste quand cela arrive, les mots sont dans ses veines et il ne peut pas les dire, il n’arrive pas à sortir de ce cercle vicieux. Il a l’impression qu’ils s’enferment sans le vouloir et qu’après ils tournent en rond, qu’ils ne peuvent plus partir à moins de rejouer des scènes déjà jouées des centaines de fois par d’autres, par leurs parents peut être.
Qui étaient tes parents, Anja ?

Elle s’assied sur le plan de travail. Il ne se lassera pas de la voir le matin en tout cas, c’est certain. Elle est là, elle est vraiment là aussi étonnamment que ça puisse paraître. Nonchalante, et putain, elle est super belle. Il détaille quelques secondes les doigts serrés autour de la tasse, l’attache du poignet et l’avant bras. Il pourrait en faire le tour avec sa main tellement tout est fin, et puis son coude, son bras, la légère tension face à la tasse de café dont les volutes s’échappent paresseusement. Elle est pieds nus, elle est toute simple, toute Anja - bien qu’il ne puisse pas savoir exactement ce que ça veut dire, ce que ça implique. Est-ce que Anja est celle qu’il voit le matin, celle qu’il croise au bureau ou celle qui le fuit, qui s’enferme, qui se tire dans toutes les coins pourvus qu’il n’y soit pas ? Il ne sait pas et il n’aime pas beaucoup jouer aux devinettes. Non pas que cela soit une perte de temps, plutôt comme s’il était conscient qu’il ne pourrait pas trouver les réponses. Mais s’imagine-t-il vraiment vivre cette vie dix ans durant ?

- Tu t’entraînes avec moi ce matin ?

Il hoche la tête. A vrai dire dans l’instant, il a à nouveau envie de la toucher, l’odeur de café a remplacé son odeur à elle et ça le frustre, le froisse pendant quelques secondes qu’il essaie d’oublier. Elle est encore là, elle est encore vraie.

— On se bat ?

Peut être que ça leur permettrait de lâcher du lest et relâcher les tensions de se battre pour de faux, un peu pour de vrai. Il sait bien qu’elle a été élevé comme ça aussi, la performance et la baston, esquiver, frapper, rouler, frapper encore. A-t-elle eu un entraînement de résistance à la douleur, comme Cyan, comme Green, comme tous les Souls ?
Il ne sait pas, comment peut-il savoir ? Il n’y aura jamais accès.

Il attrape une banane également et la mange sans même y penser, son cerveau déjà dirigé dans ses muscles qu’il faudra chauffer doucement, tirer, prendre soin de son arme la plus fidèle - soi - avant de commencer à bosser et puis à frapper, Anja au milieu, la concentration entièrement dirigée vers lui.

Est-ce qu’en se battant ils pourraient se réparer ?

Il finit son café, rince la tasse, part se changer. La chambre est déserte et il se sent emplit de contradiction, pourquoi Anja n’est-elle plus là ? Pourquoi la pièce est elle vide, désertée, pourquoi est-ce que le lit est-il fait, comme s’ils n’étaient jamais passés par là ?
Pourquoi efface-t-elle les choses ?

Il se change, t-shirt, short. Il aime s’entraîner pieds-nus - et c’est idiot, il doit toujours se battre en chaussures mais lorsqu’il en a l’occasion, il préfère sa peau contre le sol. L’habitude, peut être ?
L’animalité, sûrement.

Il passe devant elle, certaine qu’elle va le suivre. La sorcière a sa salle personnelle, mieux que les autres, plus propre surtout, développée, confortable. C’est peut être le seul endroit de la maison où il s’est senti immédiatement chez lui, à la maison réellement. Apaisé, sûrement. Comme si les armes, la vague odeur de sueur et le bruit des lames construisaient une maison plus efficace qu’un lit, une odeur de café et un salon. Pourquoi ? Pourquoi ne peuvent-ils rien avoir de normal, ni une maison, ni une relation, ni un avant ni un après ? Pourquoi aller se battre semble pour lui une meilleure idée que rester traîner sous la couette. L’habitude, certes, mais après ? C’est bien pour ça qu’il fuit les mots, il évite de formuler quoi que se soit pour être certains de ne pas se tromper, de ne pas se torturer.

Il préfère les coups.

Ceux d’Anja sont ses préférés.

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MessageSujet: Re: To build a home   Mar 30 Jan 2018 - 11:34

Scène du quotidien.
Anja est là, du haut de sa jeunesse, du haut de sa beauté inconsciente, jonchée presque nonchalamment sur le haut du meuble. Green est debout devant elle, don Juan au torse nu, beauté animale et muscles saillants. La froide contre le sauvage, face à face dans la cuisine, à siroter un café matinal. Matin banal dans une cuisine impersonnelle aux couleurs fades.
Alors pourquoi tant de tension ?

Green hoche la tête à la question de Anja ; elle ne relève pas. Désormais, ils s’entraînent souvent ensemble et ce n’est pas désagréable d’avoir un compagnon d’entraînement, même pour une solitaire comme elle. Le jeune homme est fort, précis. Ses gestes sont droits et parfaits, taillés par la famille Soul. Quand le couple s’entraîne, ils évoluent côte à côte, ils savent où ils vont, ils ne s’handicapent pas.
Anja ne s’est jamais senti aussi proche que Green que lors de ces moments.
Sauf peut-être pendant l’amour. Mais l’amour n’est-il pas un combat à lui tout seul ?

— On se bat ?

C’est tellement logique qu’elle ne réagit pas. Pas de yoga à deux avec des positions artistiques pour les sorciers, mais des combats à main nus. Coup sur coup, sang contre sang. C’est tellement évident lorsqu’on n’a pas les mots de choisir les poings. Surtout pour eux. Rien que pour eux ?
Quel couple est aussi complet qu’ils le sont dans le combat ? Que cherchent-ils au fond ? À se réparer dans les bleus, le sang, les bosses ? Sont-ils tant cassés qu’il ne leur reste désormais que ça pour les relier ?

Anja observe Green manger une banane. Elle regarde ses doigts qui ripent avant de trouver une encoche, la peau qui glissent, lourde comme la robe d’une femme, le fruit qui franchit sa bouche alors que le sorcier n’a pas l’air de réaliser son geste, déjà ailleurs, déjà dans cette salle d’entraînement ou peut-être encore plus loin, si loin de celle qu’il aime, de celle qui l’aime.
Le jeune homme rince ensuite sa tasse avant de retourner dans sa chambre - sans doute pour se changer - pendant que la sorcière reste assise sur le plan de travail, son mug entre les mains, le regard perdu dans l’horizon offert par sa fenêtre. Très peu de gens connaissent l’emplacement de cette maison où elle s’y fait toujours conduire par téléportation afin de s’assurer que personne ne puisse la suivre - jamais trop prudente la cheffe. Aussi, la masure est-elle isolée de la civilisation, la ligne d’horizon offrant des champs de blé et de maïs. La tempête en plein calme. Anja dans les champs.
Green repasse devant elle, simplement vêtu d’un t-shirt et d’un short. Elle regrette qu’il ne soit pas resté torse nu. Non pas pour les muscles, non pas pour la nudité, non pas pour la peau, mais pour cette fine cicatrice, une parmi tant d’autre, qui traverse son torse. Celle infligée par un ennemi en Slovénie, celle qu’elle a soigné, celle contre laquelle elle a plaqué sa main pour lui faire mal, pour se faire du bien. Elle aime quand ses doigts parcourent cette cicatrice, elle aime les souvenirs, cela l’excite, cela l’enrage.

La jeune femme se laisse retomber sur le sol, ses pieds nus heurtant le carrelage glacé. Elle n’a pas vraiment terminé son café, mais jette la fin dans l’évier, trop impatiente de ce combat qui l’attend. Elle prend cependant le temps de laver sa tasse et celle de Green au fond de l’évier alors que son esprit divague vers sa fille.

[...]

Tu dois nous penser fous, et tu n’as peut-être pas tout tort. Qui d’autre que nous est capable de trouver son bonheur dans la douleur ? Sommes-nous masochistes ? Notre seul plaisir est-il donc de nous faire du mal ?
Je ne crois pas. Je ne crois pas parce qu’on s’aime tellement qu’il serait si facile de nous détruire et que, pourtant, nous ne le faisons pas. Mais ce genre de destruction passerait parmi les mots, parmi les fuites, parmi les autres. Et ça ferait infiniment plus mal que des coups qui pleuvent contre la peau.
Peut-être est-ce pour ça que l’on aime tant se battre ? Parce que la douleur des poings semble tellement douce face à tout ce que l’on pourrait se faire, tout ce que l’on pourrait s’infliger autrement.
Expier par le combat. Pour ne pas exécuter l’amour.

Tout ça peut te sembler bien triste et pourtant c’est qui nous sommes. C’est ce que nous sommes. Voilà quelle est la triste vérité Elaïa, celle que je peux t’avouer dans cette lettre que tu ne liras jamais puisqu’elle n’existe nulle part ailleurs que dans ma tête. Cette vérité que je m’avoue difficilement à moi-même. Nous sommes qui nous sommes. Des monstres ? Peut-être. Des êtres branlants, cassés, brisés. C’est sûr.
Un papa et une maman démoli. Quelle malchance tu as.
J’espère sincèrement que Mohamed sera un bon père pour toi, un vrai père. Il a de l’amour à offrir, je crois. Et sa femme... Cette Laure à qui je peine à faire confiance et que tu dois pourtant considérer comme ta mère... L’appelles-tu maman ? Te borde-t-elle le soir ? Est-ce dans ses bras que tu vas te blottir lorsque tu fais un cauchemar ?
Ça me fait mal d’imaginer tout ça.
Anja un peu plus brisée.
Et pourtant c’est moi qui t’ai infligé tout cela, qui nous est infligé tout ça. Par fierté, par peur, par amour, peut-être. Un peu, je l’espère. Est-ce que je me mens encore à moi-même ? Une chose est sûre ; Laure est une meilleure mère que tout ce que j’aurais pu être.

Et Green, et Green... Aurait-il été un bon père ? Aurait-il été capable de t’aimer comme tu le mérites, de ne pas fuir ? T’aurait-il appris à dessiner ou à te battre ? T’aurait-il serré dans ses bras ou gifler ? Je ne le saurai sans doute jamais.
Elaïa, Green, Anja. Trois noms destinés à ne jamais être réunis.
Ça fait tellement mal.
Et tu comprends peut-être mieux maintenant, pourquoi j’aime mieux les coups contre ma peau. Pas pour t’oublier, mais pour matérialiser toute cette douleur que ce cœur crée en moi.

[...]


Cela fait un moment que les tasses sont nettoyées, et qu’elles s’égouttent à côté de l’évier et pourtant, Anja reste droite et brisée, les yeux dans le vague, l’éponge serrée dans sa main. L’eau brûlante fait rougir sa main et pourtant elle ne réagit pas ; son cœur est lourd.
Enfin, elle parvient à s’extraire de sa douleur mentale et à reposer l’éponge sur le bord de l’évier. La sorcière ferme l’eau et observe sa main un peu rouge, à la limite de la brûlure.
Who cares ?
Elle s’éloigne de la cuisine, descend les marches menant à la cave, menant à sa salle d’entraînement blanche, propre, impersonnelle. Encore. Comme tout le reste, comme toute sa vie. Sans un mot, la sorcière s’installe à côté de son amant et échauffe ses muscles, consciencieusement, comme on le lui a appris, soigneusement. Elle enroule ensuite ses cheveux en un chignon destiné à empêcher ses cheveux de tomber devant ses yeux, sans laisser une trop grande prise à Green, comme une queue de cheval l’aurait fait. Puis elle se tourne vers son adversaire, son amoureux.

- Tu es prêt ?

Position de garde.
En garde contre qui ? Green ou l’amour ?

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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 1 Fév 2018 - 19:07

Green l’entend vaguement arriver. Il est déjà en train de s’échauffer, il a toujours adoré prendre soin de ses muscles, délier les fibres petit à petit pour pouvoir mieux réagir, être plus souple, plus performant. Il n’a jamais cherché le corps le parfait, il a toujours cherché le corps utile, le corps qui pourrait le sauver ou briser. Il s’imaginait souvent, jeune, comme invincible, il pourrait écraser les rangs des autres soldats, balayer les armes à feu et tout détruire. Mais ça n’a jamais été le cas. Il n’a rien balayé.
Il a juste été lui-même et ça n’a jamais été assez.
N’est-ce pas, Papa ?
Maman ?

.. Anja ?

Il prend tout temps. Le temps de se rencontrer pour mieux laisser les muscles répondre à sa place, planquer les pensées quelque part et jouer uniquement des réflexes. Se vider de soi-même, faire taire les nerfs et le temps. Il l’a appris il y a bien longtemps qu’on ne se battait pas en réfléchissant, qu’il y aura un moment où il n’y aurait plus la place pour une quelconque réflexion.

Anja fait pareil. Il en fermerait les yeux d’aise d’entendre le bruit des pieds sur le sol, d’entendre les muscles qui tirent, les muscles qui crient, les muscles qui portent et qui chauffent petit à petit. Elle se redresse pour faire un chignon. Elle fait beaucoup plus jeune ainsi, les cheveux relevés strictement et les yeux plus clairs dans l’éclairage de la salle blanche. Elle fait usée, neuve, entretenue. Elle n’est pas personnel, mais qu’est-ce qui l’est, chez Anja ? La couleur de la couette ? La forme du lit ? Le tapis ? La cuisine, la salle de bain, le bois vernis ?

Sûrement rien.

Il continue de balayer, et puis il est prêt.
Il est prêt pour se battre, pour frapper, pour abattre son poing avec force, avec puissance, avec rancoeur. Il ne sait pas du tout d’où ça vient mais il se bat avec ses tripes ; ou alors il est mauvais. Il sait donc qu’il mettra sûrement de longues minutes après ça pour diviser la haine, la laisser partir de ses veines, laisser partir pour de bon la rancoeur.

Il ne sait pas ce qu’il veut, il ne sait pas ce qu’il a.

- Tu es prêt ?

Il est prêt, bien sûr , mais il ne répond pas et s’élance immédiatement. Le problème avec Anja c’est que maintenant ils se connaissaient bien, elle a des actions et des coups qui se répètent souvent. Comme des rengaines, comme des tournures idiomatiques qu’on absorbe sans trop faire attention et qui nous rendent plus nous même. Les poings d’Anja, ses coups de pieds, sa façon de se plier avant d’expulser d’un coup tout sa violence envers la gorge, tout ça rend la routine plus confortable. Se battre contre quelqu’un régulièrement est plus facile que se battre contre des personnes différentes à chaque fois.

Il vise le visage.

Il vise toujours le visage de toute façon.

Il faisait ça avec ses frères et soeurs, il visait toujours la gorge, sans relâche, sans relâche, encore et encore jusqu’au jour, peut être des semaines après, des mois de raclées plus tard car il était trop prévisible qu’il changeait et éclatait avec rage le nez qui se brisait.

Alors il vise le visage.

Pourtant il n’a pas besoin d’une telle stratégie avec Anja. Le but n’est pas de lui empaler la gorge, ce n’est pas de la blesser mortellement. Elle agit avec plus d’intelligence et lui, plus de réflexe. Il doit trouver le trou dans la garde qu’une pensée trop lourde a laissé.

Il frappe, il esquive, il frappe. Il monte en puissance. Il ne fera pas l’erreur de penser Anja comme sa femme, comme un corps féminin qu’il pourrait stopper d’un mouvement brusque, qu’il pourrait plaquer contre un mur avec violence, le crâne claquerait peut être contre la dalle dure, qu’il pourrait pénétrer avec violence, sans son avis mais avec envie, dans la sécheresse mais le désir sourd, malsain qu’il se sait avoir.
Il le déteste. Il déteste cet instinct bestial, dégoûtant, sale.

Il frappe, se baisse, frappe et puis envoie une main au visage encore, frappe, esquive, frappe. Il sent la transpiration qui commence à perler à la surface de sa peau, chaude mais saine, pleine de l’énergie utilisée, vidée qu’il a passé pour se battre avec la blonde. Sans douleur, sans angoisse, plein de rage. Mais c’est la routine, c’est sans fin.

Il frappe, esquive, frappe, frappe encore et puis frappe au visage.

Il frappe, roule, frappe, frappe.

Il envoie un poing au visage, encore, essaie de balayer les pieds, frappe.

Sa main se referme sur un poignet et il recule en tirant de toutes ses forces. Que l’épaule se déboite, il s’en fiche. Que le coude se luxe, il s’en fiche. Il est dans le bon temps, il le sait, il est dans l’énergie qu’il faut, il le sait aussi. Dans le seul but de balayer Anja et l’envoyer à terre, en bas, en dessous, dans l’échec et la défaite.

Les gens ne se battent jamais pour les mêmes raisons,
Il faut juste s’y faire.

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MessageSujet: Re: To build a home   Mer 14 Fév 2018 - 20:16

Les coups pleuvent dans la salle. Le duel a commencé et ni l'homme ni la femme ne sont prêt à la défaite. Ils se battent comme si leur vie en dépendait, comme si le seul but c'était de blesser l'autre, de le tordre, de le tuer.
Green vise le visage, mais Anja n'est pas surprise. Elle le connaît désormais. Aussi bien dans le sexe que dans le combat. Ses poings visent toujours le visage dans la guerre de même que ses doigts dans l'amour. Ils frappent fort là où ça fait mal aussi bien qu'il caresse délicatement les cheveux, les lèvres, les joues. La sorcière sait qui est son adversaire, elle sait également comment renforcer sa garde, lesquelles de ses parades jouer, quel est le rythme de la bataille. Ça lui semble tellement simple.
Si tellement la vie avec Green était aussi simple.
Les gestes deviennent chorégraphie et Anja se perd dans la routine de la baston. Ironique que des mouvements aussi naturel du quotidien que le sont le réveil ou un café lui semblent tellement plus compliquer que d'envoyer ses poings violemment contre le corps de son amant. La banalité du combat la dévore.

Dans une famille normale, les bleus qui naîtront certainement sur la peau de la jeune femme et ceux qui ternissent déjà son corps lui vaudraient des regards inquiets et inquisiteurs. Est-elle femme battue ? Chez les sorciers noirs, ces marques ne sont pourtant rien d'autre que le quotidien. Dès leur plus jeune âge, les enfants des grandes familles noires se font frapper. Les plus forts apprennent à rendre les coups. Les plus faibles souffrent.
Ni Anja ni Green ne sont faibles.
Monotonie du combat. La guerrière se tend, esquive, envoie, tord. Les corps se frôlent, se cherchent, se foudroient. Les blessures sont encore légères, le temps est à l'esquive. Alors elle fait ce que pourtant elle ne ferait jamais en temps normal ; elle s'enfonce dans ses pensées et s'éloigne du combat. Son corps se bat, mais son esprit n'est plus là. Nous ne sommes pas en temps normal ; Green est entré dans sa vie et elle ne sait pas le gérer.
Elle pense à sa fille.

[...]

Crois-tu que nous aurions pu être une famille normale ?
Tout est de ma faute, je le sais. Ton père a été dressé - il n'y a pas vraiment d'autres termes possibles en ce qui concerne les Soul - à se battre. Il a été élevé pour Rosenrot, petit joyau taillé en forme de diamant mortellement tranchant. Pourtant Green a déjà fuit une fois et je pense qu'il aurait été prêt à le refaire. Quelque chose en moi est convaincue qu'il ne faudrait pas grand chose pour le convaincre de t'enlever et de se casser loin, là où jamais personne ne pourrait nous retrouver. Tout abandonner derrière nous.
Mais c'est moi le problème. Moi qui n'est pourtant pas été élevée pour Rosenrot, moi dont les parents étaient à Croix et qui n'ai eu connaissance de mes pouvoirs et du monde magique que très tardivement.
Tu vois la différence Elaïa ? Green n'a jamais eu le choix. On lui a toujours dit qu'il devait se battre pour les sorciers noirs et mépriser les humains. Moi, j'ai choisi cette voie. J'ai choisi de m'engager dans Croix. J'ai choisi de diriger Rosenrot.
J'ai choisi de t'abandonner.

Alors une même question martèle ma tête tous les jours : que ce serait-il passé si nous avions fuit avec toi ?
On se serait installé loin de tout, dans une petite maison à l'écart du monde. Nous aurions fait pousser des légumes dans le jardin et sans doute élevé quelques animaux afin de ne pas avoir à aller trop souvent à la rencontre de la civilisation. Tu n'aurais pas été à l'école ; je n'aurais pas voulu que tu fréquentes des humains. Trois ermites à l'écart de toute civilisation. Forcément, tu aurais posé des questions, tu aurais sans doute désiré visiter le monde.
Tu n'aurais pas pu ; trop de risque de te faire retrouver par Rosenrot ou Croix.
Aurions-nous été heureux ? Je ne le sais même pas. Aurais-je pu être heureuse en pensant à ce monde tout autour de nous, ce monde affreux dans lequel évolue des mêlés et des humains en toute liberté ?
Sans doute que j'aurais culpabilisé. Peut-être que je serais partie. Sûrement.
Je ne suis pas faite pour cette vie.
Je ne sais même pas si je suis faite pour vivre avec Green à Rosenrot.

[...]


Anja est trop ancrée dans ses pensées, trop déstabilisée par ses mots vides d'encre. Elle ne voit pas le piège tendu par Green et soudain sent une main serrer son poignet. Emportée dans son élan elle ne peut pas se libérer, elle ne peut pas s'arrêter et sent son bras s'arracher dans son dos.
Epaule déboitée.
La sorcière serre les dents ; hors de question de hurler devant son amant. Aussitôt un goût métallique envahit sa bouche et elle comprend qu'elle a dû se mordre la langue en voulant serrer trop fort.
Elle souffre.
Mais se sent tellement vivante.

La combattante est obligée de rompre le combat en reculant de trois pas. La douleur vrille dans son bras, mais elle sait bien qu'un vrai ennemi ne se soucierait guère de sa douleur et en profiterait pour l'achever. Elle ne doit pas se laisser déstabiliser par la souffrance.
Il faut retourner au combat.
Rapidement, elle attrape la bande de boxe posée sur une table à quelques mètres et, grâce à ses pouvoirs, l'enroulent autour de son bras pour le plaquer contre sa poitrine et ainsi l'immobiliser. En quelques secondes elle est de nouveau prête au combat, même si elle sait que ses chances de victoire sont désormais réduite à néant avec un bras en moins contre un adversaire aussi averti que Green.
Son seul espoir serait que le jeune homme soit déstabilisé par l'idée d'avoir blessé celle qu'il aime. Mais Anja ne compte pas là-dessus ; le combattant est bien trop rôdé et entraîné pour se faire trahir par des sentiments. Elle ne gagnera pas.
Et pourtant elle continue à frapper.
Encore et encore.
Inlassablement.
Pour se faire mal. Pour lui faire mal.

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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 15 Fév 2018 - 12:07

Un flottement s’étire entre les deux. Anja est là, pas vraiment, Green est ici, n’y a jamais été. Doit-on toujours perdre des morceaux de soi pour que la vie continue ? Peut être n’est-il jamais revenu de ce voyage finalement. Allen pense l’avoir ramené mais il l’a juste scindé en deux, condamnant son fils a errer à l’infini pour retrouver une moitié - sa propre moitié - qu’il a perdu, loin des considérations de Platon et des hommes qui chercheraient leur moitié humaine.
Il a beau frapper Anja, encore et encore il ne se retrouve pas. Il reprend pied à chaque coup qu’il donne, il s’imagine les os de sa main se compresser quand il en abat le tranchant sur le bras de sa belle.
De sa dame.

Cette vie est un cauchemar, n’est-ce pas ?

Pourtant dans un sens il a ce qu’il a voulu, non ? Mais qui a voulu Anja, le fou, ou Green ? L’envie de pouvoir, l’envie de se perdre ? Peut être voulait-il Anja au début car il était sûr de ne pas l’avoir - il est toujours bien plus facile de se remettre d’un amour platonique et impossible que d’une vraie relation. Peut être pensait-il se suicidait en prenant Anja dans une permission tacite, la faisant saigner dans son propre bureau.
Il n’est pas mort, il est emporté dans un flot qu’il ne maîtrise pas, une histoire de fiançailles qui l’angoissent. Il aime Anja, mais pourquoi ? Pour ses mots qu’elle ne dit pas mais qu’elle crève d’envie de recevoir ? Certains soirs elle n’est même plus humaine, il est en elle en serrant ses hanches sur son propre corps mais elle n’est pas toujours là, il aimerait l’arrimer à son corps, là où lui-même n’est pas.

Sauf quand il frappe Anja.

Elle est partie et lui pas encore rentré mais les coups pleuvent, il sent ses muscles se raidir et se contracter. Il pense à quand il était enfant et qu’il fondait en larmes dans son lit au beau milieu de la nuit à l’idée d’y retourner le lendemain. A Bleuann qui recevait les mêmes traitements, Bleu si petite, Bleu et son sourire; il chasse tout ça de sa tête. Il chasse Cyan, il chasse Bleu, il chasse Silver.

Il garde Anja.

Il tire et l’épaule se déboîte dans un bruit sourd. Il a senti presque au sein de sa paume les ligaments s’étirer et l’articulation sauter. Ou peut être a-t-il cru sentir passer la douleur ? Elle ne dit rien mais elle n’a pas besoin de parler, son corps parle pour elle. La douleur ne lui scie peut être pas le ventre mais au moins brise-t-elle l’harmonie sur son visage qui se crispe, se déforme et Green la regarde, hermétique à la douleur. Combien de fois a-t-il brisé ses frères, sa soeur, des inconnus ? Un corps n’est qu’un corps, ça se tanne, ça se plie, ça se force. Alors qu’un coeur, vous savez..

Elle se recule de trois pas et il fait de même, essayant à la surface de son front un peu d’humidité qui glisse de ses cheveux, de sa peau, de sa perte. Il la regarde se bander comme elle peut - pour lui il a gagné. C’est tout, c’est fini. Elle se remet en position et attaque a nouveau et il répond par les coups et virevolte. Il est plus lourd qu’elle mais elle n’est plus équilibrée avec un bras en écharpe et il profite d’une ouverture pour taper aussi fort qu’il peut du bout de ses doigts dans l’articulation déboiter pour faire reculer Anja.

- C’est fini, j’ai gagné. En combat réel, tu n’aurais pas eu le temps de faire ça.

Il désigne d’un bras le bandage. Il trouve ça ridicule. Peut être veut-elle prouver quelque chose ? Qu’elle est forte, que la blessure ne l’arrêtera pas ? Elle a tord, la blessure l’a arrêtée. Elle s’est stoppée, mise sur le côté, il aurait pu l’égorger ou la balayer comme un foetus de paille. Il fait deux pas en arrière, relâche sa garde et ses muscles. Son père lui aurait rit au nez s’il avait arrêté de tabasser Bianco parce que ce dernier demandait grâce.
L’amour paternel m’voyez. On ne demande pas grâce, on roule, on se protège, on survit. Peut être la famille Soul a-t-elle au moins légué ça à ses fils, la survie ?
Même pas.
On n’échappe pas à une organisation en entière, on n’échappe pas aux pièges, n’est-ce pas Evan, qui a totalement disparu ? Il est mort, Green en est certain et, même si cela ne lui fait ni chaud ni froid, il sait qu’il pourrait être le prochain, que maintenant qu’il est le fou de la reine il se met en danger. Peut être qu’Orpheo ne sait pas encore, peut être que Croix ne sait pas mais tout est une question de temps.
Elle le met en danger, et tout ça pour quoi ?

- En combat réel tu serais morte.

Il a ce visage si particulier, celui qui lui donne l’air un peu plus jeune encore, les sourcils froncé et l’air maussade comme un adolescent. Il a gagné, c’est tout. Elle n’a qu’a aller se soigner maintenant. Elle lui semble à des kilomètres, piégée comme une souris ; comment a-t-il réussi à lui déboîter l’épaule ? N’était-elle pas assez bien sur ses gardes ? Pourquoi n’a-t-elle pas tapé plus fort ; elle aurait du taper plus fort.
Il sait au fond que si toutes les émotions le traversent quand il pense à Anja c’est surtout à cause de lui, qu’il ne sait pas penser de tout ça et qu’il est dans un monde qu’il ne maîtrise pas. Mais elle ne lui fait pas beaucoup de place, Anja.

Elle ne laisse pas beaucoup de place à la normalité, Anja.
Ni à l’amour.
Ni à sa fille.
A Green, un peu, dans son lit.
Mais finalement, malgré un pot à brosse à dents partagé, il sait qu’il n’a rien à faire dans sa vie.

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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 15 Fév 2018 - 14:56

Anja sait déjà qu'elle a perdu. Son bras est lourd, la douleur vrille dans son articulation et la déséquilibre, ses coups sont maladroits. Green l'évite sans problème, malgré son poids plus importants, il vole alors qu'elle se vautre. Le sorcier profite de la première erreur de la jeune femme pour frapper sur l'épaule déboîtée et la faire reculer dans un râle.

- C’est fini, j’ai gagné. En combat réel, tu n’aurais pas eu le temps de faire ça.

Green désigne le bandage bricolé alors que la sorcière serre les dents. Maintenant que le combat est terminé, l'adrénaline redescend et la douleur pulse dans sa chair. Anja ne prend pas la peine de répondre à la provocation et crache par terre, un mélange de salive et de sang. Elle est déçue contre elle même, pas tant d'avoir perdu, mais surtout de s'être laissée distraire ainsi. Et cela ne fait que renforcer ses doutes ; est-elle faite pour vivre avec Green si elle n'arrive même plus à se concentrer sur l'entraînement ?

- En combat réel tu serais morte.

Les mots de l'homme tombent comme une sentence. Elle sait qu'il a raison et pourtant elle peine à l'accepter. Elle a envie de rétorquer qu'en combat réel elle aurait utilisé ses pouvoirs et que, surtout, elle ne se serait pas laissée distraire. Qu'un combat réel ne se passe pas dans la cave de la maison qu'elle partage avec son amant, une maison rempli de doute et une raison biaisée.
Anja ne dit pas tout ça. Ça serait fourbe, lâche et méprisable d'utiliser de telles excuses pour ne pas reconnaître son infériorité. Elle préfère donc ne pas répondre et retirer méthodiquement la bande autour de son corps.
L'épaule a gonflé et la jeune femme sait qu'elle doit la remettre en place pour contenir la douleur et empêcher les complications. La sorcière fait abstraction de tout le reste, entièrement concentrée sur son corps à présent. La présence de Green à ses côtés ne l'importe même plus ; tout ce qu'elle voit c'est sa main droite qui doit saisir son bras pour tirer lentement et remettre l'articulation en place, sans à-coup. La douleur sourde irradie dans son bras, mais il ne faut pas lâcher désormais et se concentrer entièrement sur la réparation de son corps. La blonde se tend, survivante à la douleur.

Enfin le bras est remis et la souffrance reflue peu à peu, sans vraiment s'éteindre. Anja repositionne la bande afin d'en faire une attelle et ainsi soulager la blessure. Elle se tourne alors vers son amant et l'observe ; les sourcils froncés, l'air maussade, la moue boudeuse. Il a l'air d'un enfant ainsi, un enfant à qui on dirait "non" pour la première fois, un enfant qui sait qu'il a gagné. Elle l'observe et un mot heurte son esprit.
Onsra
C'est le mot qu'utilise les indiens pour décrire l'amertume qui naît lorsqu'on sent qu'un amour va s'éteindre.
Onsra
Est-ce que c'est ça leur destin ?
Onsra
Un amour dans la souffrance qui ne peut être remplacé que par ce goût amer d'un amour dans le décès ?

Elle observe Green et son esprit divague.

[...]

Je devrais pourtant profité de ces moments. Je voulais Green, je l'espérais, je le désirais et je l'ai eu. Dans mon lit, dans ma vie, dans mon coeur. Il a tout envahie, tout submergé, tout recouvert de son âme et de ses blessures.
Je devrais profité de ces moments car je sais bien qu'ils ne sont pas éternel. Non pas à cause de notre mortalité, mais plutôt car je sais que, tôt ou tard, il partira et que je me fermerais.
Tout est déjà terminé avant même d'avoir commencé. Il existe peut-être dans ce monde des gens qui sont destinés à être ensemble, à vivre heureux, à se compléter. Pour nous, c'est l'inverse ; nous allons forcément nous détruire et nous déchirer. Le seul doute réside dans le moment de cette fêlure.
Demain ?
Le jour de notre mariage ?
Dans vingt ans ?
Alors on devrait profiter de ce qu'on a désormais. De ce brouillon d'amour qui nous broie les tripes. Nous devrions passer nos journées au lit, parler afin de vraiment se connaître, se regarder comme deux abrutis dans le blanc des yeux. Mais nous ne devrions pas être là, dans cette salle d'entraînement, à cracher du sang et se briser encore plus, toujours un peu plus.

Pourquoi est-ce si compliqué de s'aimer ?
Pourtant le désir existe en moi. Il me dévore et mon corps brûle de rencontrer celui de ton père, encore et encore. Mon esprit également, a envie d'être capable de lui faire la place suffisante pour qu'il s'installe ici, avec moi. Que ce soit chez nous, que tout ça soit bien plus que deux cafés le matin partagés dans une cuisine froide.
Mais comment créer un "chez nous" alors qu'ici n'est même pas chez moi ?

L'amour c'est comme tout le reste. Du bullshit mortel dans l'immensité écrasante et tellement supérieure de l'Univers.

[...]


Anja tend la main de son bras valide à Green.

- Tu as raison. Je dois m'entraîner plus. Bien joué.

La jeune sorcière serre la main de son adversaire avant de remonter les escaliers pour chercher une poche de glace dans le congélateur et l'appliquer sur sa blessure. Elle en profite également pour se connecter à sa boîte mail sur l'ordinateur qui trône au milieu du salon. La cheffe de Rosenrot lit rapidement quelques messages secondaires tout en pressant la compresse sur son épaule avant d'arriver à un message laconique de son secrétaire personnel :

"L'héritage de Diego Von Hammersbrück, après de longues procédures a pu être débloqué et vous héritez de sa maison ainsi que d'une partie de ses biens pécuniaires. La somme d'argent a été directement versée sur votre compte et la clé de la maison nous a été envoyée et se trouve désormais au QG. Désirez-vous que j'envoie une équipe faire le nettoyage de la maison ?"

Un bruit dans le dos d'Anja. Sans se retourner, la jeune femme referma sa boîte mail avant de lâcher quelques mots :

- Que dirais-tu de faire un tour à Rhinstraße 13 à Berlin ?

Faire un tour dans le passé pour ne plus souffrir au présent.

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« Oiseau moribond, elle est plus proche de l'envol que je ne l'ai jamais été et j'ai mal.
Déchirure.  »



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Leur filer des coups d’ pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures »


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MessageSujet: Re: To build a home   Ven 16 Fév 2018 - 15:34

Il y a un espace entre ce qu’il est, et ce qu’il voudrait être. Une distance qu’il n’arrive pas à combler, surtout pas aujourd’hui, surtout pas maintenant. Surtout pas avec Anja. On ne lui a pas appris à être lui-même, on lui a appris a obéir, être utile, présent. Et puis c’est tout.
On ne lui a pas laissé le temps de trouver le reste, on lui a dit de laisser tomber.
Il n’a pas laissé tomber, alors on lui a pris ces trouvailles et bains et on les a brûlés en même temps que Chloé.

Leçon retenue.

Anja tend la main, formelle. Elle n’est plus à porté de main, il pourrait essayer de refermer les bras autour d’elle, elle le repousserait. Le temps parfait est parti. Il n’a rien vu venir, à croire qu’il est aveugle.

- Tu as raison. Je dois m'entraîner plus. Bien joué.

Il se pince les lèvres mais accepte la main qu’elle lui tend. Il voudrait tirer et sentir le sel sur la peau de la blonde ; il lâche la main et elle remonte les escaliers. Il reste quelques minutes dans la salle d’entraînement qui résonne de ses pas sur les matelas presque neufs. Il prend le temps de s’étirer, laissant son buste tomber sur ses jambes, les doigts au ras du sol et la nuque relâchée. Ses cuisses crient un peu mais il reste ainsi, immobile, tire sur son dos et puis se redresse et tire ses bras, ses mollets, ses adducteurs, ses abdos. Il aime toujours infiniment ce moment qui ne veut dire qu’une chose : l’effort est fini. Le reste lui appartient.

Il remonte les escaliers sans faire du bruit, incroyablement conscient des matières qui se succèdent sous ses pieds nus, sans savoir pouvoir. Il voit Anja sur l’ordinateur et il fronce les sourcils. Elle ne décroche jamais de l’organisation pour la simple et unique raison qu’elle e s t Rosenrot.
Et puis c’est tout.

- Que dirais-tu de faire un tour à Rhinstraße 13 à Berlin ?

Il s’approche. Elle a un morceau de glace sur l’épaule, il serait plus prudent d’appeler un guérisseur mais ce n’est pas à Green d’être prudent pour sa chef, son amante, sa pire angoisse. Il l’aime, la déteste, la veut et la possède mais la méprise, l’admire et la craint, la fuit.
Elle lui manque.

Il s’imagine avec précision se glisser dans son dos et l’entourer de ses bras avec douceur, sans lui faire mal, sans oublier la souffrance qui irradie de son épaule qu’il a lui même causé. Il s’imagine glisser ses lèvres avec douceur dans son cou, pas pour lui proposer de faire l’amour mais pour la goûter, pour la serrer, pour l’étouffer de tout ce qu’il ressent. Il voudrait faire le tour de sa douleur avec ses bras mais il ne saura pas de quel douleur on parle, ici.

Anja ressent-elle ce genre de choses ?
A-t-elle pleuré pour Elaïa ?

Il déglutit, conscient du temps qu’il met à répondre.

- Oui.

Et puis c’est tout, parce que la plupart du temps Anja ne pose pas de questions, elle impose, elle demande mais c’est un ordre. Peut-il dire non ?
Sûrement pas.
Il n’a aucune idée de ce qu’il se passe là-dedans mais il ira, bien entendu. Il pourrait à l’instant attraper Anja en riant, sans lui faire mal toujours et puis, la poser sous la douche et l’eau froide. Il pourrait appeler un guérisseur, il pourrait des millions de choses mais on ne décide pas à la place de mademoiselle von Duisbourg. On ne la double pas, on ne choisit pas à sa place, on ne la surprend pas. On reste à sa place et elle, à la sienne. Et si elle avait voulu plus de lest autour d’elle, il ne fallait pas devenir chef.

Il attrape un couteau de cuisine et fait une croix sur la pulpe de son index, là où les terminaisons nerveuses sont les plus nombreuses. Ca lui fait toujours aussi mal mais il a appris à être différent de la douleur. Son doigt souffre, pas lui. La souffrance est là-bas, au bout de son doigt. Elle est au bout de son bras, au loin, elle n’est pas à la base de son crâne.
Il trace avec précision une rune. Il serait sûrement plus utile de faire quelque chose contre la douleur, mais il ne se permettrait pas. Elle a ouvert sa garde, elle pensait à autre chose sûrement, et elle a fait une faute, mais lui. Elle a provoqué elle-même sa douleur. Qu’elle soit donc libre de la ressentir.
Il trace un début de guérison avec son propre sang, sans appuyer sur la blessure, sur l’articulation disloquée mais visiblement déjà remise en place, mais il ne peut pas s’empêcher et entoure de son bras le ventre de la jeune femme qui lui fait dos. Il l’embrasse sur la tempe et disparaît.

Ses pas le trainent sous la douche - encore - et il se glisse sous l’eau chaude. Les ordres sont tellement ancrés en lui qu’il ne pense même pas à demander ce qu’ils vont faire là-bas, si c’est une mission ou même si Anja aussi y va. Elle a dit « tu » elle n’a pas dit « on ». Mais Anja ou pas, cela ne change rien.
Il ne sait même pas comment se préparer et enfile donc un jean souple, des baskets souples, un t-shirt et un hoodie gris laminé par le temps avant de retourner au salon où il demande à voix haute :

- C’est pour une mission de routine ?

Il demande cela pour savoir quelles armes emporter, quelles lames surtout et quelles chances d’y rester. Il dit ça de son ton de soldat qui dit « informe-moi » mais qui n’est déjà plus là, qui s’est renié. Comme si à chaque fois qu’il allait devoir tuer et torturer il repoussait sa personnalité au fond de lui même pour devenir utile et efficace. Est-ce qu’elle le voit ?
Bien sûr qu’elle le sait, n’est-ce pas ? Qu’il n’est pas fait pour être là, qu’il avait choisi à un moment donné de sa vie de ne plus y être, qu’il voulait partir et qu’on l’a ramené. Qu’il ne choisit rien.

Mais elle, est-ce qu’il l’a choisie, elle ?


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