To build a home


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Green Soul
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MessageSujet: To build a home   Mer 10 Jan 2018 - 15:16

Il touche du bout des doigts la couette. Il s’y agrippe, les yeux clos, le corps tendu à l’extrême comme sous un effort violent alors qu’il est immobile, le dos bien contre le matelas. Il s’efforce de ne pas bouger, immobile, encore, immobile, il retient ses réflexes et son instinct qui lui hurlent de se lever d’un coup, hurler, fuir.
Il voudrait relâcher tous ses muscles qui d'un coup réagiraient, comme ils l'ont appris. Il n'y a plus besoin de réfléchir seulement de se laisser aller mais il ne bronche pas, il ne laisse rien dépasser. Dans ces moment là il à l'impression que sa peau va se déchirer et que l'animal ressortira à nouveau, qu'il explosera et foulera le sol sans réfléchir.

Ca n'était pas arrivé une deuxième fois.
Le puma n'était pas réapparu et il ne savait pas le faire revenir.
Il n'y a qu'Anja pour le mettre dans un tel état.

Il ne se rappelle plus de pourquoi exactement il devrait se mettre à courir, le rêve est déjà trop flou, déjà expulsé dans son inconscient pour son propre bien mais la réalité n'est pas encore là. Il est dans ce milieu qui devrait être confortable, ce moment où tout est possible jusqu'à ce qu'on ouvre les yeux mais lui n'y a plus le droit depuis longtemps. Il ressemble à un enfant qui va bientôt ouvrir de grands yeux brillants et innocents sur le monde.

Il se rappelle des mots qu'il avait, une autre fille qui riait aux éclats, il ne se souvient pas bien sauf qu'elle riait et elle était spontanée c'est.. c'est sûrement pour ça qu'elle osait rire aussi fort, pourquoi est-ce qu'elle n'est plus là déjà ?
Pourquoi s'approchait-il de son oreille pour lui murmurer "ne me laisse pas dormir" déjà ?
Green et..

Il ne se souvient pas.

Il sort avec lenteur du sommeil, conscient uniquement du bruit sourd à ses oreille, coeur emballé et affolé qui va à battements rabattus vers une sortie de la cage de thoracique. Il prend le temps de calmer sa respiration et ouvre les yeux. Il ne sait pas où il est pas il est content d’avoir retenu le cri encore dans sa gorge - il ne faudrait pas réveiller ses parents - mais ?
Les parents ?
Son père ?
La pièce est noire mais l’odeur n’est pas sienne. Il fait glisser sa main sur le tissu qui n’est pas le sien non plus non, chez lui c’est usé et élimé mais tellement doux, tellement sûr. Il y est sain et sauf, chez lui.

Il n’est pas chez lui.

Il cherche dans sa mémoire mais il n’y a pas encore accès, encore paralysé de la nuit de sommeil - quelle heure est-il au juste ? Et se redresse avec lenteur dans son lit. Maintenant que son coeur ne froisse plus ses oreilles il entend avec précision la respiration d’une jeune femme à côté de lui. Ce n’est pas quelque chose d’inhabituel, il aime les corps, la sueur qui se mêle et le bruit discret d’une respiration qui atteint l’extase. Il ne supporte pas les filles qui crient, hurlent, parlent, il aime les prunelles brillantes dans l’obscurité et les murmures à moitié évoqués.

Mais quand il tourne la tête, les cheveux blonds éparpillés et l’odeur, cette odeur si particulière lui fait ouvrir les yeux en grand.

C’est vrai, c’est vrai tout ça, c’est vrai qu’il en est là. Qui l’aurait cru ? Pas lui.
Et son père, qui l’a foutu dans cette situation, est-ce qu’il sait ? Ca l’avait torturé, ça, au début. S’il savait l’amour que portait Green pour Anja, lui aurait-il fait cette proposition parce qu’il aimait son fils et le souhaitait heureux ? Ca le faisait grincer des dents d’oser imaginer ça. Pourquoi pense-t-il l’amour au milieu de cette relation familiale ? Ca n’a pas sa place, il devrait le savoir. Mais c’est plus fort que lui, c’est plus fort que lui.

C’est plus fort que lui.

Il se redresse doucement, le drap lui glisse jusqu’aux cuisses. Il est en caleçon, comme il dort chez lui, pas comme il dort avec ses conquêtes - aucune idée de pourquoi il se sent obligé de mettre un short pour dormir, mais c’est bel et bien le cas. Pas ici.

Pourquoi ?

Il ne se souvient pas s'être mis au lit, ça s'est produit, c'est certain. Se sont-ils couchés en même temps ? Ont-ils fait l'amour ? Est-ce qu'il l'a prise dans ses bras pour dormir ?

Il a du mal à retrouver ses repères, tout bouge lentement et il souffle pour se débarrasser de cette sensation d’empoisonnement dans ses tripes. Il a bien conscience de l’odeur qu’il doit dégager : un mélange de peur et de sel, peut être un reste de rêves restés collés sur l’épiderme.
Il se lève finalement en essayant de ne pas faire de bruit. Ce n'est pas franchement un problème, félin comme il est et dérangé mais les craquements sur le parquet il survole le sol, sûrement aidé d’un brin de lévitation pour se glisser dans le reste de l’appartement. Ce n’est pas chez lui - puisqu’en Allemagne, chez lui reste chez les Souls, malheureusement - et il tâtonne un peu pour trouver la salle de bain, se glisse dans la douche et allume le pommeau, les deux mains à plats sur les carreaux. Le jet chauffe rapidement et ce n’est qu’à ce moment là qu’il se rend compte qu’il est toujours en caleçon - qu’il retire en soupirant. C’est toujours la même chose, comme s’il partait tellement loin la nuit qu’il mettrait des années à émerger. Ca lui déplaît.

Ca ne change jamais.

Quand il sort, un peu de buée s’est formée mais il s’enroule dans une serviette, se sèche rapidement sans même le remarquer. Il se glisse à nouveau dans la chambre, toujours incapable de déterminer le jour qu’on est, l’heure même qu’il est - peut être est-il quatre heure de matin, peut être dix, mais il remet un bas propre avant de retourner dans les draps, encore vaseux, encore pâteux mais la peau brûlante et naturellement, sans y réfléchir - il n’en est pas encore capable - il attire le corps d’Anja encore visiblement endormie, peut être seulement somnolente contre le sien, le nez dans son cou, l’amour sur les lèvres.

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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: To build a home   Dim 21 Jan 2018 - 21:52

Anja n'écrivait plus.
Elle a toujours considéré qu’écrire était sa plus grande faiblesse. Aussi, les écrivaient-elles enfermée dans son bureau, à l'abris de tous les regards. Puis elle les enfermait dans un coffre qu'elle dissimulait comme d'autres cachent leurs bijoux. Cependant, depuis que Green était venu vivre chez elle, avec elle, jusque dans son lit, elle ne trouvait plus l’inimité suffisante pour se cacher.
Aussi, Anja n’écrivait plus.
La sorcière noire était partagée. Une part d’elle était fascinée par l’être qui partageait sa vie et désirait glisser dans ses bras jusqu’à plus soif. Mais une autre part, qu’elle ne pouvait pas renier, ressentait cette présence comme celle d’un intrus qui envahissait son être. La cheffe de Rosenrot ne savait pas comment concilier ces deux aspects de sa personnalité.
Est-ce qu’un jour tout allait péter ?
Exploser ?

Les draps bougent dans le lit. Anja ouvre les yeux et fixe le mur en face d’elle. Elle sent un corps chaud, brûlant, qui se débat contre le sommeil. Son propre corps se tend comme un arc, à la recherche d’informations ; qui est l’inconnu dans son lit ? Elle tente de se remémorer la veille, de reconnaître un parfum, de se raccrocher aux effluves de sa mémoire.
Green.
Son cœur s’éveille dans sa poitrine alors que sa tête se rappelle. Cela fait plusieurs jours à présent qu’il vit chez elle, chez eux. Pourtant la sorcière noire n’arrive pas à s’habituer à cette présence, constante. Alors qu’elle pensait accueillir l’amour, elle ressent un énervement viscéral et l’impression d’être coincé avec un étranger dans sa maison. [i[Leur[/i] maison.

La sorcière noire sent son compagnon - que ce mot sonne d’une manière étrange lorsqu’il est appliqué à Anja von Duisbourg - se relever à côté d’elle. Les draps plissent, le corps se meut, s’assied, se tend. Une odeur de sueur mêlée de rêve se dégage alors que les draps glissent sur la peau de l’amant. La jeune femme l’entend bouger et pourtant elle ne daigne pas tourner le dos, continuant à fixer le mur droit devant elle, n’osant pas se retourner, affronter l’inconnu, l’étranger, celui qu’elle aime.
Anja ferme les yeux.
De Green émane la torpeur du sommeil ; il souffle, bouge lentement comme si le monde risquait de s’écrouler, comme s’il ne fallait pas sortir trop vite de la nuit. Alors qu’il bouge, sa cuisse effleure les fesses de la sorcière ; elle frissonne, s’est-il seulement rendu compte de ce contact ?
Puis soudain le lit redevient froid. Green s’est éclipsé, il s’est enfuit. Le parquet a à peine craqué sous ses pieds, comme une fuite. Elle sait qu’il a sans doute seulement eu peur de la réveiller et qu’il a dû prendre des précautions pour être silencieux et pourtant, le cœur d’Anja se sert.
Et s’il ne revenait pas ?
S’il l’abandonnait ?
La désertait ?
Voilà que désormais l’étranger lui manque et qu’elle aimerait qu’il revienne envahir ses draps, sa vie, son corps. Le lit froid l’effraie et elle se sent petite fille, seule dans le noir face à ses cauchemars. Le croque-mitaine se cache sous son lit, tout prêt à la dévorer.

À présent seule dans le noir, le désir d’écrire se fait plus oppressant que jamais. Le besoin de poser sur papier ces cauchemars pour vaincre les monstres qui se glissent dans la nuit. Mais Anja ne peut pas écrire ; Green n’est sans doute pas loin, il rôde. Elle sait qu’il va revenir, elle redoute qu’il revienne, elle espère qu’il revienne.
Dans tous les cas, elle ne peut pas sortir sa plume.
Alors à la place elle écrit dans sa tête. Elle sait que les mots ne tomberont jamais vraiment sur le papier, que cette lettre ne parviendra pas à Elaïa, mais le besoin est trop présent, étouffant. Elle ferme les yeux, et se concentre. Derrière ses paupières closes, les iris s’affolent.

Liebe Elaïa,

La venue de ton père dans ma vie est l’une des choses les plus étranges à laquelle je dois faire face. Je ne sais pas comment j’avais imaginé tout cela, en acceptant sa main, en lui avouant mon amour, en lui proposant de me rejoindre, mais sans doute pas ainsi.
Je suis déchirée.
Déchirée parce que je l’aime. Ce sentiment m’envahit et me noie dans une mer de guimauve qui devrait m’irriter et pourtant me fascine. Le moindre de ses gestes me laisse pantoise, les baisers sur ses lèvres me font frissonner et ses caresses m’envoient au septième ciel. J’aime son corps, son cœur, sa tête. J’aime les déchirures que je perçois en lui et qui lui confère sa place de fou sur l’échiquier, tellement plus intense et fascinante que ne le sera jamais le roi.
Déchirée parce qu’il m’effraie. En sa présence, j’ai peur de ce que je deviens. Je me relâche. J’épargne les choses et les gens, mes ordres sont plus lâches. Et si quelqu’un l’enlevait, lui glissait un couteau sous la gorge et me sommait d’offrir Rosenrot, que ferais-je ? Qui sauverais-je ? Je ne sais pas et ça m’effraie. Tu sais, c’est exactement la raison pour laquelle je t’ai confiée à mon parrain, parce que je ne voulais pas avoir à prendre cette décision, pas que l’on puisse me faire ce chantage.
Et voilà qu’à présent je revis la même chose avec l’homme que j’aime.

Hier soir, comme souvent, nous avons fait l’amour. Au début, lorsque nos corps ont recommencé à vibrer ensemble, ce n’était pas facile. J’étais maladroite là où lui était trop expérimenté. Nous étions trop brusques puis trop doux, trop désireux, trop rapides. Nous ne nous connaissions pas, ne nous souvenions plus et nous nous échappions. Il a fallu apprendre à se connaître, à s’aimer au creux du même lit.
Peu à peu c’est venu. Désormais lorsque nous faisons l’amour nous rencontre en harmonie. Nous quittons la planète terre pour ne faire plus qu’un. Tout pourrait s’écrouler autour de nous que nous l’oublierions.
Je ne me sens jamais aussi vivante que dans ces moments là. Et, paradoxalement, jamais aussi mortelle. Le cœur ainsi à découvert, il suffirait d’une lame pour l’écorcher, le briser, l’assassiner.
Le fou prend la reine et le roi se trouve à découvert.

Après que nous ayons fait l’amour, Green s’endort souvent avant moi. Je reste de longues heures sans dormir, à le contempler en silence. Il n’est jamais aussi beau que lorsqu’il dort, perdu dans l’innocence du sommeil. Dans les bras de Morphée, il semble presque fragile, tellement que j’ai envie de l’entourer d’une aura protectrice, de le serrer dans mes bras, tout contre moi.
Pourtant quelque chose me retient. Une peur affreuse qui défigure cette image si touchante de l’amant endormi. Encore une fois, j’ai peur. Peur parce que je sais qu’à mon tour il me faudra m’endormir et que je connais les capacités de Green.
Dans la nuit il est mille fois plus puissants que moi.
Ton père marche dans les rêves. Il s’y glisse, les pénètre, les viole. Il devine les gens en rentrant dans ce qu’il y a de plus intime, de plus personnel. Alors chaque nuit, lorsque je ferme les yeux, je tremble un peu.

Et s’il pénétrait dans mes rêves ?
Et si je rêvais de ma peur de lui ?
Et si, en voyant tout ça, il se barrait ?

Le moindre de ses mouvements matinaux me réveille. Et, lorsque le jour l’envahit et qu’il se redresse dans le lit, que les draps bougent autour de nous, mon cœur se calme ; s’il est là c’est qu’il ne s’est pas enfuit pendant la nuit, c’est qu’il n’est pas entré en moi.
Puis, peu après son réveil, généralement ton père se lève et mon cœur recommence sa danse endiablée. Peut-être est-il venu ? Peut-être a-t-il tout vu ? Peut-être qu’il va fuir, à présent ? C’est précisément ce moment que je vis à présent, ce moment où je suis seule dans la chambre, où il n’est pas sorti depuis assez longtemps pour que je devine qu’il ne reviendra plus, mais où il n’est pas encore revenu. Ce moment de doute qui m’assaille.
Jusqu’au moment où il revient.
Il revient toujours.
Pour le moment.

[...]


Un bruit dans le couloir. Anja oublie sa lettre dans un soupir mental alors qu’une raie de lumière éclabousse le parquet de la chambre dans laquelle Green revient. Elle l’entend ouvrir une commode et enfiler un habit avant de revenir vers le lit et de se glisser dans les draps, de se glisser contre elle.
Le jeune homme l’attire, le corps brûlant de sommeil d’Anja défiant celui brûlant de la douche de Green. Elle sent son souffle dans sa nuque et ses bras qui l’entourent, qui la serrent, comme si cela était naturel, comme le résultat d’un rituel mûrement réfléchi et mis en place pendant des décennies d’amour. Comme la répétition orchestrée d’un réveil ayant déjà eu lieu un milliard de fois.
Mais ce n’est pas le cas. Cela ne court que sur quelques jours.
Pourtant Anja se blottit. Sa main attrape le bras qui l’entoure et s’y agrippe, comme pour s’assurer que le corps est bien présent, matériel, que ce n’est pas un fantasme ou un rêve. Sa peur de l’abandon est un instant comblée alors qu’elle s’abandonne contre le torse de son amant.
Green est là.
Pour le moment.

Seulement après s’être ainsi rassurée, la sorcière noire peut se retourner et faire face à celui qu’elle aime. Dans le silence du matin, elle observe alors les cheveux en bataille, la barbe qui court sur le menton et les yeux encore brillants des rêves de la nuit. La main de la femme glisse contre la peau de l’homme, l’effleure dans une caresse. Puis ses lèvres épousent la bouche encore pâteuse dans un mouvement délicat.
Anja ne pense plus à la peur.
Seulement à l’amour.

- Tu m’as manqué.

Aussitôt Anja se mord la lèvre inférieure ; elle a l’impression que ses mots sont ridicules. Green s’est à peine éclipsé pour quelques minutes afin de se laver. Ce genre de propos est sans doute la meilleure idée qu’il soit pour le faire fuir. Le sorcier noir n’a pas besoin d’un être qui s’accroche à lui tel un pou. Où est passé la froideur d’Anja, les mots durs, les regards blessants, le cœur de glace... ?
Tout a fondu.
Explosé.
Ne résonne plus qu’une question dans son esprit fou : et si un jour Green la laissait ?

_________________



« Oiseau moribond, elle est plus proche de l'envol que je ne l'ai jamais été et j'ai mal.
Déchirure.  »



« Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d’ pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures »


- Do you know how to fight ?
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Green Soul
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MessageSujet: Re: To build a home   Mar 23 Jan 2018 - 13:34

Peut être qu’elle va le repousser. Il ne s’en rend pas encore compte mais c’est une possibilité, alors il devrait remettre son masque. Il poserait un peu de colle sur un visage fraîchement moulé pour paraître penaud, puis incisif et méchant, il pourrait la mettre devant ses propres incohérences. Parfois le soir, quand il s’endort il rêve qu’elle lui éclate au visage, qu’elle l’agresse gratuitement et qu’il l’enfonce, qu’il sort sa rage et sa colère sur elle comme il avait pris l’habitude de le faire. Pourtant, il n’a jamais été vraiment en colère contre elle - elle avait tous les droits de la repousser, tous les droits de le blesser. Ce ne sont pas le genre de choses contre lesquelles Green peut s’offusquer. Il n’avait eu envie de la frapper que quand il avait su pour Elaïa, toute petite chose innocente sur laquelle il n’avait aucun droit. Aucun. Elle lui avait retiré tout ça et il était resté seul de son côté du monde.

Tout seul de son côté de la barrière.

Mais elle ne le repousse pas. Et l’action dure comme des heures. Il l’attrape, et elle vient se blottir contre lui. Il repose ses pieds sur terre avec douceur - quel moment inattendu, il n’est pas habitué, comment peut-on l’être ? - et souffle. Elle se presse contre lui et l’attrape pour qu’il soit encore plus proche que ça, plus près encore.

intus et in cute

A l’intérieur et sous la peau.
C’est bien là qu’elle est posée Anja, aucun doute là dessus à se faire.

Elle se retourne dans un froissement de draps et l’odeur des matins chauds. Qu’elle est belle. Mais pas seulement, qu’elle est endormie surtout encore, il adore ce moment où elle semble plus détendue que d’ordinaire, pas encore prête à affronter une journée, juste à côté de la plaque. C’est sûrement dans ces moments là qu’il l’aime le plus.

Elle l’embrasse sur bout des lèvres et elle en ferme les yeux. Pas pour savourer, juste pour ne sentir que la peau de la blonde contre la sienne. Moment.

- Tu m’as manqué.

Il pense toujours à ces moments qu’ils ont partagés avant et il en regrette parfois l’intensité des débuts. Tout semblait alors au bord de se déchirer ou de se créer, ils courraient sur les possibles et les interdits. Tout avait le goût de l’aventure et de l’adrénaline en seringue.
Maintenant tout est tassé, il ne reste que ce qui est vrai, ce qui n’est pas poussière au matin mais bien baisers.
Green a toujours été comme ça de toute façon, incroyablement nostalgique, un pied toujours dans le passé et l’autre pas vraiment présent.

Les gens ne changent pas.

Il la serre un peu plus fort avant de roule sur le dos, emportant Anja sur lui. Elle est incroyablement légère, plus que dans ses souvenirs, comme si elle avait tellement représenté l’autorité qu’il lui semblait qu’elle avait toujours pesé des tonnes. Mais ce n’est pas le cas, il a l’impression de porter un nuage et de le poser contre lui, sur son torse, comme s’il n’en avait jamais assez de sa douceur.

Peut être qu’il serait nostalgique de ça, aussi, un jour.
Quand il partirait.
Peut être qu’il regretterait ces fois où il n’était pas seul. The body gets lonely. Maintenant qu’il s’habituait au corps de quelqu’un d’autre, à son odeur, sa voix, comment pourrait-il un jour sans passer ?

Si ça tournait mal, est-ce que seulement il partirait ?

Il la serre et effleure ses cheveux d’une main douce et gorgée de tendresse avant de se redresser sur les fesses. Anja tient au creux de ses bras, au creux de sa vie, si fragile et vulnérable en cet instant. Elle n’est tellement pas comme cette fois là, cette fois où elle était venue chez lui, apprêtée. Cette robe débile, ses cheveux débiles, ce maquillage affreux, ces manières et cette voix qui ne lui appartient pas. Peut être se perd-elle dans ses nombreux masques et ses faux semblants, peut être joue-t-elle encore politique en cet instant.

Comment savoir ?
Comment savoir s’il tient la vérité au creux de ses mains ?

La vérité n’existe pas.

Il le regrette déjà mais l’acidité a déjà glissé sur sa langue alors il l’embrasse mais rester serait mentir alors il se recule pour la déposer sur le matelas et avec douceur et précautions il sort de la chambre. Il ne sait pas pourquoi les moments se gâchent d’eux même. C’est toujours pareil, il ne se sent pas le courage à jouer la mascarade dans ces cas là et il préfère partir que mentir, rester pour rester.
Il sait qu’ils peuvent le faire, qu’ils peuvent s’habituer mais pour ça il faudrait se purger de la rage, la colère et le passé.

N’est-ce pas ces choses qui les ont toujours liés ?

Il dit.

- Tu veux du café ?

Il pense « est-ce qu’un jour je saurais ce qu’il y a eu avant dans ta vie ? Est-ce qu’un jour je serais assez près, est-ce qu’un jour tu auras le courage de me raconter ? » mais Anja ne lit pas dans les pensées et lui se noie dans les siennes. Hors de question de sortir des mots boueux au risque de salir la reine.
Au risque de faire fuir la reine.

Il se tait, ombre volage dans la pièce, découpage sombre dans le nid craquelé.
Il entr’ouvre la bouche, ouvre les lèvres et l’inspire - demande, demande, demande, dans l’intimité il faudrait parler - mais se ravise, avale ses mots à nouveau et se suspens à la réponse d’Anja.

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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: To build a home   Sam 27 Jan 2018 - 1:44

La vie d’Anja est une bulle de savon. Elle fait rêver les enfants, elle brille de mille éclats et survolent le monde. Les autres la jalousent, aimeraient atteindre une telle perfection, fascinés par la surface parfaitement sphérique de la bulle.
Mais une bulle ça explose.
Inévitablement.
Et avec elle, les rêves des enfants.

La sorcière noire est toujours un peu tendue en la présence de son amant. Elle repense à tous leurs moments ; à cette première fois si particulière dans son bureau, à ce jour où elle a déraciné un arbre par colère contre lui, à ce piège qui s’était refermé sur eux en Slovénie. À chacune de leur rencontre, tout lui semblait tellement intense, tellement fort.
Anja et Green marchent en permanence sur des œufs.
Ce qui les lie est inexplicable. Inexplicable et fragile. Parce qu’ils sont Anja et Green, Green et Anja, deux êtres dévorés pas la vie, bouffés par l’amour. Ils ne croient pas en tout ça, ils ne croient pas en la guimauve ; ils ne peuvent pas. Ils ont trop souvent été blessés, torturés. Par les autres, par eux-mêmes. Green n’a-t-il pas jubilé en prenant la virginité d’Anja ? La jeune femme ne lui a-t-elle pas caché la naissance de leur enfant ? Ne l’a-t-il pas abandonnée dans une forêt alors qu’elle venait de tout péter autour d’eux ?
Ils sont faits pour se détruire, ils sont nés pour se déchirer. Tout n’est qu’une question de temps. Elle le sait, il le sait sans doute également.
Et pourtant, pourtant ils sont là dans ce lit, face à face, dévoré par le désir et la fascination. Qu’est-ce qui les pousse, continuellement, l’un contre l’autre ? Quel est ce brasier qui les consomme, les consume ?
Peuvent-ils seulement encore vivre l’un sans l’autre ?

Le sorcier la serre contre lui avant rouler sur le dos, l’emportant dans son mouvement. Anja s’envole contre le corps de son amant. Elle se fond sur lui, elle se fend en lui. Ainsi, entre ses bras, elle n’est rien d’autre qu’une jeune femme normale, égarée dans un amour heureux, étalée sur l’homme de sa vie. Quiconque assisterait à cette scène conclurait qu’il a devant lui un couple heureux et enfantin.
Heureux, enfantin, mais écartelé.
Il partira, forcément qu’un jour il partira. Quand il comprendra qu’elle ne l’aime pas assez, que Rosenrot passera toujours avant. Peut-être même l’a-t-il déjà compris et l’accepte-t-il ? Mais un jour il ne le supportera plus et alors il partira. C’est écrit, c’est inscrit. Dans le cœur, à la pointe d’un couteau, dans la cicatrice de la douleur. Quand le désir et la folie se seront apaisés, ne restera plus rien d’autre qu’un amour-douleur.
Et Green partira.
Les hommes finissent toujours par partir.

Le problème, ce surtout la haine, la colère, la rage. L’amour existe, l’amour couvre tout, mais l’amour ne suffit pas. Pas pour toujours. Forcément qu’un jour ça ressortira, qu’il débarquera dans son bureau en éclatant la porte et qu’il la plaquera contre un mur pour lui balancer ses quatre vérités. Probablement que les pouvoirs s’en mêleront et que les objets voleront dans tous les sens, peut-être à destination de Green, uniquement dans le but de le blesser.
Tout explosera.
Puis il partira.

Le jeune homme l’embrasse avant de se reculer, presque brusquement, rompant le moment présent pour se glisser hors du lit, hors de la chambre. Seule sa voix reste, alors qu’il lance, comme si tout était normal, comme s’ils étaient un jeune couple banal :

- Tu veux du café ?

Comme un abandon.

La jolie blonde s’étire brièvement dans le lit avant de poser un pied par terre, ajustant le t-shirt et la culotte avec lesquels elle a dormi. Le contact froid du plancher contre la plante de ses pieds fini de la réveiller et elle se met debout avant de répondre :

- Oui. S’il te plaît.

Dialogue teinté de banalité. De médiocrité. La reine s’en veut d’être aussi gueuse. Où sont les diamants, où est la couronne ?
Elle se dirige alors vers la grande armoire qui habille sa chambre à la décoration impersonnelle - elle n’a pas le temps pour accrocher des photos ou arroser des cactus - afin d’en sortir un pantalon et une brassière de sport qu’elle enfile en se plongeant dans ses pensées.
Des pensées à destination d’Elaïa...

[...]

Ton père est comme une ombre dans la maison. Il est là, sa présence rassurante voguant autour de moi, traînant dans le lit, faisant ronronner la machine à café le matin. Je sens la douceur de sa peau, je vois la beauté de son être. Il est là et pourtant, il est absent. Ou plutôt, insaisissable, comme une ombre.
Green Soul reste Green Soul.
Qu’espérer d’autre ?
Les mots ne glissent pas avec lui, ils restent bloqués dans la gorge, sur la langue, contre les dents. Mais ça a toujours été ainsi. J’en dis trop et il n’en dit pas assez. Je me perds dans la langue et lui gagne dans le silence. M’épuise dans son mutisme.
Il faut lire entre les lignes avec lui.
Je ne sais pas le faire.

Même Dorian est plus simple que ton père. Le chef de Croix, tout aussi imposant, sanguinaire et tortionnaire qu’il soit, n’est pas difficile à comprendre. Il est maladroit avec les mots, mais va droit au but. Il se croit un peu plus malin que les autres, ce qui lui inflige une suffisance dans ces paroles ; c’est le genre de méchant des films qui déballe son plan au héros avant de le buter, laissant ainsi le temps aux amis dudit héros de débarquer pour le sauver.
Evidemment, dans la vie réelle, les amis n’arrivent jamais et Dorian tue sommairement et froidement après avoir balancé ses mots.
Toujours est-il que, le fonctionnement de Dorian, bien que cruel, n’est pas fondamentalement difficile à comprendre. Il est, sommes toutes, assez logique et narcissique.
Ton père, c’est tout l’inverse. Il ne dit jamais rien, il faut creuser, frapper, appuyer là où ça fait mal pour obtenir des mots, des vrais mots. Il faut lui balancer sa bague et sa demande en mariage au visage pour qu’il accepte de parler. Ton est agaçant, ton père m’agace.
Il te dirait sans doute tout l’inverse de moi. À quel point les mots sont importants pour moi et combien lui ne le supporte pas, lui qui préfère les poings à la langue, les coups aux syllabes.
Deux longueurs d’onde tellement distincte.
Pourquoi, pourquoi ton père s’acharne-t-il dans son silence ?
Pourquoi tant de différence.

Et surtout, avant tout, une question qui résonne plus fort que tout. N’est-ce pas ces différences qui nous attachent, n’est-ce pas ça et uniquement ça qui vaut la peine dans notre relation ?

[...]


Après avoir lascivement tiré sur la couette pour refaire le lit - un esclave aurait pu le faire, mais Anja refuse que des humains puissent souiller sa maison en y ayant accès, même pour des tâches ménagères - la sorcière se dirige, à pied nu dans la cuisine. L’odeur du café embaume la pièce et elle saisit sa tasse, attrape une banane et s’assied sur le plan de travail pour ouvrir son fruit. Comme tous les matins, après son petit déjeuner, elle ira s’entraîner dans sa salle personnelle. En attendant, elle observe le torse nu de son futur mari, les muscles parfaits, la peau constellée de cicatrices.

- Tu t’entraînes avec moi ce matin ?

S’enfoncer dans les conversations du quotidien pour oublier la déchirure qui naît déjà entre eux.

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MessageSujet: Re: To build a home   Dim 28 Jan 2018 - 9:34

Le sorcier entend les draps se froisser. N’est-ce pas merveilleux à quel point un bruit si simple lui semble si incongru désormais ? Des draps qui se froissent derrière lui, dans son dos, une présence, c’est plus qu’inhabituel c’est presque assourdissant. Il n’a pas l’habitude et il ne sait pas si c’est une habitude qu’il doit prendre. Il n’a pas peur qu’Anja reste, ou parte, il a peur de la perdre et la perdre, cela inclut qu’il parte.
Cinq, dix, vingt ans.
Combien de temps peut-on tenir dans la peau d’un autre ? Repeindre le Mystery avec du sang, égorger, tuer, planter, dépecer, torturer. Il n’a plus peur de tuer mais il est las de la souffrance. Des autres, de la sienne, de celle d’Anja, futurement Elaïa.

Elle ne fait presque pas de bruit, il l’entend se lever mais elle est comme un fantôme. Il évite de la comparer à Chloé, il évite de penser à Myaw, il pousse les deux filles, les deux femmes en dehors de ses murs. Elles ne sont pas les bienvenues ici, elle ne l’ont jamais été. Il se demande s’il retournera encore dans son ancien chez lui, s’il aura besoin de se sentir chez lui à deux endroits, si c’est encore possible, s’il le voudra.

- Oui. S’il te plaît.

Il a envie de se taper la tête contre un mur, de disparaître, de s’ouvrir le crâne. Il déteste quand cela arrive, les mots sont dans ses veines et il ne peut pas les dire, il n’arrive pas à sortir de ce cercle vicieux. Il a l’impression qu’ils s’enferment sans le vouloir et qu’après ils tournent en rond, qu’ils ne peuvent plus partir à moins de rejouer des scènes déjà jouées des centaines de fois par d’autres, par leurs parents peut être.
Qui étaient tes parents, Anja ?

Elle s’assied sur le plan de travail. Il ne se lassera pas de la voir le matin en tout cas, c’est certain. Elle est là, elle est vraiment là aussi étonnamment que ça puisse paraître. Nonchalante, et putain, elle est super belle. Il détaille quelques secondes les doigts serrés autour de la tasse, l’attache du poignet et l’avant bras. Il pourrait en faire le tour avec sa main tellement tout est fin, et puis son coude, son bras, la légère tension face à la tasse de café dont les volutes s’échappent paresseusement. Elle est pieds nus, elle est toute simple, toute Anja - bien qu’il ne puisse pas savoir exactement ce que ça veut dire, ce que ça implique. Est-ce que Anja est celle qu’il voit le matin, celle qu’il croise au bureau ou celle qui le fuit, qui s’enferme, qui se tire dans toutes les coins pourvus qu’il n’y soit pas ? Il ne sait pas et il n’aime pas beaucoup jouer aux devinettes. Non pas que cela soit une perte de temps, plutôt comme s’il était conscient qu’il ne pourrait pas trouver les réponses. Mais s’imagine-t-il vraiment vivre cette vie dix ans durant ?

- Tu t’entraînes avec moi ce matin ?

Il hoche la tête. A vrai dire dans l’instant, il a à nouveau envie de la toucher, l’odeur de café a remplacé son odeur à elle et ça le frustre, le froisse pendant quelques secondes qu’il essaie d’oublier. Elle est encore là, elle est encore vraie.

— On se bat ?

Peut être que ça leur permettrait de lâcher du lest et relâcher les tensions de se battre pour de faux, un peu pour de vrai. Il sait bien qu’elle a été élevé comme ça aussi, la performance et la baston, esquiver, frapper, rouler, frapper encore. A-t-elle eu un entraînement de résistance à la douleur, comme Cyan, comme Green, comme tous les Souls ?
Il ne sait pas, comment peut-il savoir ? Il n’y aura jamais accès.

Il attrape une banane également et la mange sans même y penser, son cerveau déjà dirigé dans ses muscles qu’il faudra chauffer doucement, tirer, prendre soin de son arme la plus fidèle - soi - avant de commencer à bosser et puis à frapper, Anja au milieu, la concentration entièrement dirigée vers lui.

Est-ce qu’en se battant ils pourraient se réparer ?

Il finit son café, rince la tasse, part se changer. La chambre est déserte et il se sent emplit de contradiction, pourquoi Anja n’est-elle plus là ? Pourquoi la pièce est elle vide, désertée, pourquoi est-ce que le lit est-il fait, comme s’ils n’étaient jamais passés par là ?
Pourquoi efface-t-elle les choses ?

Il se change, t-shirt, short. Il aime s’entraîner pieds-nus - et c’est idiot, il doit toujours se battre en chaussures mais lorsqu’il en a l’occasion, il préfère sa peau contre le sol. L’habitude, peut être ?
L’animalité, sûrement.

Il passe devant elle, certaine qu’elle va le suivre. La sorcière a sa salle personnelle, mieux que les autres, plus propre surtout, développée, confortable. C’est peut être le seul endroit de la maison où il s’est senti immédiatement chez lui, à la maison réellement. Apaisé, sûrement. Comme si les armes, la vague odeur de sueur et le bruit des lames construisaient une maison plus efficace qu’un lit, une odeur de café et un salon. Pourquoi ? Pourquoi ne peuvent-ils rien avoir de normal, ni une maison, ni une relation, ni un avant ni un après ? Pourquoi aller se battre semble pour lui une meilleure idée que rester traîner sous la couette. L’habitude, certes, mais après ? C’est bien pour ça qu’il fuit les mots, il évite de formuler quoi que se soit pour être certains de ne pas se tromper, de ne pas se torturer.

Il préfère les coups.

Ceux d’Anja sont ses préférés.

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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: To build a home   Mar 30 Jan 2018 - 11:34

Scène du quotidien.
Anja est là, du haut de sa jeunesse, du haut de sa beauté inconsciente, jonchée presque nonchalamment sur le haut du meuble. Green est debout devant elle, don Juan au torse nu, beauté animale et muscles saillants. La froide contre le sauvage, face à face dans la cuisine, à siroter un café matinal. Matin banal dans une cuisine impersonnelle aux couleurs fades.
Alors pourquoi tant de tension ?

Green hoche la tête à la question de Anja ; elle ne relève pas. Désormais, ils s’entraînent souvent ensemble et ce n’est pas désagréable d’avoir un compagnon d’entraînement, même pour une solitaire comme elle. Le jeune homme est fort, précis. Ses gestes sont droits et parfaits, taillés par la famille Soul. Quand le couple s’entraîne, ils évoluent côte à côte, ils savent où ils vont, ils ne s’handicapent pas.
Anja ne s’est jamais senti aussi proche que Green que lors de ces moments.
Sauf peut-être pendant l’amour. Mais l’amour n’est-il pas un combat à lui tout seul ?

— On se bat ?

C’est tellement logique qu’elle ne réagit pas. Pas de yoga à deux avec des positions artistiques pour les sorciers, mais des combats à main nus. Coup sur coup, sang contre sang. C’est tellement évident lorsqu’on n’a pas les mots de choisir les poings. Surtout pour eux. Rien que pour eux ?
Quel couple est aussi complet qu’ils le sont dans le combat ? Que cherchent-ils au fond ? À se réparer dans les bleus, le sang, les bosses ? Sont-ils tant cassés qu’il ne leur reste désormais que ça pour les relier ?

Anja observe Green manger une banane. Elle regarde ses doigts qui ripent avant de trouver une encoche, la peau qui glissent, lourde comme la robe d’une femme, le fruit qui franchit sa bouche alors que le sorcier n’a pas l’air de réaliser son geste, déjà ailleurs, déjà dans cette salle d’entraînement ou peut-être encore plus loin, si loin de celle qu’il aime, de celle qui l’aime.
Le jeune homme rince ensuite sa tasse avant de retourner dans sa chambre - sans doute pour se changer - pendant que la sorcière reste assise sur le plan de travail, son mug entre les mains, le regard perdu dans l’horizon offert par sa fenêtre. Très peu de gens connaissent l’emplacement de cette maison où elle s’y fait toujours conduire par téléportation afin de s’assurer que personne ne puisse la suivre - jamais trop prudente la cheffe. Aussi, la masure est-elle isolée de la civilisation, la ligne d’horizon offrant des champs de blé et de maïs. La tempête en plein calme. Anja dans les champs.
Green repasse devant elle, simplement vêtu d’un t-shirt et d’un short. Elle regrette qu’il ne soit pas resté torse nu. Non pas pour les muscles, non pas pour la nudité, non pas pour la peau, mais pour cette fine cicatrice, une parmi tant d’autre, qui traverse son torse. Celle infligée par un ennemi en Slovénie, celle qu’elle a soigné, celle contre laquelle elle a plaqué sa main pour lui faire mal, pour se faire du bien. Elle aime quand ses doigts parcourent cette cicatrice, elle aime les souvenirs, cela l’excite, cela l’enrage.

La jeune femme se laisse retomber sur le sol, ses pieds nus heurtant le carrelage glacé. Elle n’a pas vraiment terminé son café, mais jette la fin dans l’évier, trop impatiente de ce combat qui l’attend. Elle prend cependant le temps de laver sa tasse et celle de Green au fond de l’évier alors que son esprit divague vers sa fille.

[...]

Tu dois nous penser fous, et tu n’as peut-être pas tout tort. Qui d’autre que nous est capable de trouver son bonheur dans la douleur ? Sommes-nous masochistes ? Notre seul plaisir est-il donc de nous faire du mal ?
Je ne crois pas. Je ne crois pas parce qu’on s’aime tellement qu’il serait si facile de nous détruire et que, pourtant, nous ne le faisons pas. Mais ce genre de destruction passerait parmi les mots, parmi les fuites, parmi les autres. Et ça ferait infiniment plus mal que des coups qui pleuvent contre la peau.
Peut-être est-ce pour ça que l’on aime tant se battre ? Parce que la douleur des poings semble tellement douce face à tout ce que l’on pourrait se faire, tout ce que l’on pourrait s’infliger autrement.
Expier par le combat. Pour ne pas exécuter l’amour.

Tout ça peut te sembler bien triste et pourtant c’est qui nous sommes. C’est ce que nous sommes. Voilà quelle est la triste vérité Elaïa, celle que je peux t’avouer dans cette lettre que tu ne liras jamais puisqu’elle n’existe nulle part ailleurs que dans ma tête. Cette vérité que je m’avoue difficilement à moi-même. Nous sommes qui nous sommes. Des monstres ? Peut-être. Des êtres branlants, cassés, brisés. C’est sûr.
Un papa et une maman démoli. Quelle malchance tu as.
J’espère sincèrement que Mohamed sera un bon père pour toi, un vrai père. Il a de l’amour à offrir, je crois. Et sa femme... Cette Laure à qui je peine à faire confiance et que tu dois pourtant considérer comme ta mère... L’appelles-tu maman ? Te borde-t-elle le soir ? Est-ce dans ses bras que tu vas te blottir lorsque tu fais un cauchemar ?
Ça me fait mal d’imaginer tout ça.
Anja un peu plus brisée.
Et pourtant c’est moi qui t’ai infligé tout cela, qui nous est infligé tout ça. Par fierté, par peur, par amour, peut-être. Un peu, je l’espère. Est-ce que je me mens encore à moi-même ? Une chose est sûre ; Laure est une meilleure mère que tout ce que j’aurais pu être.

Et Green, et Green... Aurait-il été un bon père ? Aurait-il été capable de t’aimer comme tu le mérites, de ne pas fuir ? T’aurait-il appris à dessiner ou à te battre ? T’aurait-il serré dans ses bras ou gifler ? Je ne le saurai sans doute jamais.
Elaïa, Green, Anja. Trois noms destinés à ne jamais être réunis.
Ça fait tellement mal.
Et tu comprends peut-être mieux maintenant, pourquoi j’aime mieux les coups contre ma peau. Pas pour t’oublier, mais pour matérialiser toute cette douleur que ce cœur crée en moi.

[...]


Cela fait un moment que les tasses sont nettoyées, et qu’elles s’égouttent à côté de l’évier et pourtant, Anja reste droite et brisée, les yeux dans le vague, l’éponge serrée dans sa main. L’eau brûlante fait rougir sa main et pourtant elle ne réagit pas ; son cœur est lourd.
Enfin, elle parvient à s’extraire de sa douleur mentale et à reposer l’éponge sur le bord de l’évier. La sorcière ferme l’eau et observe sa main un peu rouge, à la limite de la brûlure.
Who cares ?
Elle s’éloigne de la cuisine, descend les marches menant à la cave, menant à sa salle d’entraînement blanche, propre, impersonnelle. Encore. Comme tout le reste, comme toute sa vie. Sans un mot, la sorcière s’installe à côté de son amant et échauffe ses muscles, consciencieusement, comme on le lui a appris, soigneusement. Elle enroule ensuite ses cheveux en un chignon destiné à empêcher ses cheveux de tomber devant ses yeux, sans laisser une trop grande prise à Green, comme une queue de cheval l’aurait fait. Puis elle se tourne vers son adversaire, son amoureux.

- Tu es prêt ?

Position de garde.
En garde contre qui ? Green ou l’amour ?

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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 1 Fév 2018 - 19:07

Green l’entend vaguement arriver. Il est déjà en train de s’échauffer, il a toujours adoré prendre soin de ses muscles, délier les fibres petit à petit pour pouvoir mieux réagir, être plus souple, plus performant. Il n’a jamais cherché le corps le parfait, il a toujours cherché le corps utile, le corps qui pourrait le sauver ou briser. Il s’imaginait souvent, jeune, comme invincible, il pourrait écraser les rangs des autres soldats, balayer les armes à feu et tout détruire. Mais ça n’a jamais été le cas. Il n’a rien balayé.
Il a juste été lui-même et ça n’a jamais été assez.
N’est-ce pas, Papa ?
Maman ?

.. Anja ?

Il prend tout temps. Le temps de se rencontrer pour mieux laisser les muscles répondre à sa place, planquer les pensées quelque part et jouer uniquement des réflexes. Se vider de soi-même, faire taire les nerfs et le temps. Il l’a appris il y a bien longtemps qu’on ne se battait pas en réfléchissant, qu’il y aura un moment où il n’y aurait plus la place pour une quelconque réflexion.

Anja fait pareil. Il en fermerait les yeux d’aise d’entendre le bruit des pieds sur le sol, d’entendre les muscles qui tirent, les muscles qui crient, les muscles qui portent et qui chauffent petit à petit. Elle se redresse pour faire un chignon. Elle fait beaucoup plus jeune ainsi, les cheveux relevés strictement et les yeux plus clairs dans l’éclairage de la salle blanche. Elle fait usée, neuve, entretenue. Elle n’est pas personnel, mais qu’est-ce qui l’est, chez Anja ? La couleur de la couette ? La forme du lit ? Le tapis ? La cuisine, la salle de bain, le bois vernis ?

Sûrement rien.

Il continue de balayer, et puis il est prêt.
Il est prêt pour se battre, pour frapper, pour abattre son poing avec force, avec puissance, avec rancoeur. Il ne sait pas du tout d’où ça vient mais il se bat avec ses tripes ; ou alors il est mauvais. Il sait donc qu’il mettra sûrement de longues minutes après ça pour diviser la haine, la laisser partir de ses veines, laisser partir pour de bon la rancoeur.

Il ne sait pas ce qu’il veut, il ne sait pas ce qu’il a.

- Tu es prêt ?

Il est prêt, bien sûr , mais il ne répond pas et s’élance immédiatement. Le problème avec Anja c’est que maintenant ils se connaissaient bien, elle a des actions et des coups qui se répètent souvent. Comme des rengaines, comme des tournures idiomatiques qu’on absorbe sans trop faire attention et qui nous rendent plus nous même. Les poings d’Anja, ses coups de pieds, sa façon de se plier avant d’expulser d’un coup tout sa violence envers la gorge, tout ça rend la routine plus confortable. Se battre contre quelqu’un régulièrement est plus facile que se battre contre des personnes différentes à chaque fois.

Il vise le visage.

Il vise toujours le visage de toute façon.

Il faisait ça avec ses frères et soeurs, il visait toujours la gorge, sans relâche, sans relâche, encore et encore jusqu’au jour, peut être des semaines après, des mois de raclées plus tard car il était trop prévisible qu’il changeait et éclatait avec rage le nez qui se brisait.

Alors il vise le visage.

Pourtant il n’a pas besoin d’une telle stratégie avec Anja. Le but n’est pas de lui empaler la gorge, ce n’est pas de la blesser mortellement. Elle agit avec plus d’intelligence et lui, plus de réflexe. Il doit trouver le trou dans la garde qu’une pensée trop lourde a laissé.

Il frappe, il esquive, il frappe. Il monte en puissance. Il ne fera pas l’erreur de penser Anja comme sa femme, comme un corps féminin qu’il pourrait stopper d’un mouvement brusque, qu’il pourrait plaquer contre un mur avec violence, le crâne claquerait peut être contre la dalle dure, qu’il pourrait pénétrer avec violence, sans son avis mais avec envie, dans la sécheresse mais le désir sourd, malsain qu’il se sait avoir.
Il le déteste. Il déteste cet instinct bestial, dégoûtant, sale.

Il frappe, se baisse, frappe et puis envoie une main au visage encore, frappe, esquive, frappe. Il sent la transpiration qui commence à perler à la surface de sa peau, chaude mais saine, pleine de l’énergie utilisée, vidée qu’il a passé pour se battre avec la blonde. Sans douleur, sans angoisse, plein de rage. Mais c’est la routine, c’est sans fin.

Il frappe, esquive, frappe, frappe encore et puis frappe au visage.

Il frappe, roule, frappe, frappe.

Il envoie un poing au visage, encore, essaie de balayer les pieds, frappe.

Sa main se referme sur un poignet et il recule en tirant de toutes ses forces. Que l’épaule se déboite, il s’en fiche. Que le coude se luxe, il s’en fiche. Il est dans le bon temps, il le sait, il est dans l’énergie qu’il faut, il le sait aussi. Dans le seul but de balayer Anja et l’envoyer à terre, en bas, en dessous, dans l’échec et la défaite.

Les gens ne se battent jamais pour les mêmes raisons,
Il faut juste s’y faire.

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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: To build a home   Mer 14 Fév 2018 - 20:16

Les coups pleuvent dans la salle. Le duel a commencé et ni l'homme ni la femme ne sont prêt à la défaite. Ils se battent comme si leur vie en dépendait, comme si le seul but c'était de blesser l'autre, de le tordre, de le tuer.
Green vise le visage, mais Anja n'est pas surprise. Elle le connaît désormais. Aussi bien dans le sexe que dans le combat. Ses poings visent toujours le visage dans la guerre de même que ses doigts dans l'amour. Ils frappent fort là où ça fait mal aussi bien qu'il caresse délicatement les cheveux, les lèvres, les joues. La sorcière sait qui est son adversaire, elle sait également comment renforcer sa garde, lesquelles de ses parades jouer, quel est le rythme de la bataille. Ça lui semble tellement simple.
Si tellement la vie avec Green était aussi simple.
Les gestes deviennent chorégraphie et Anja se perd dans la routine de la baston. Ironique que des mouvements aussi naturel du quotidien que le sont le réveil ou un café lui semblent tellement plus compliquer que d'envoyer ses poings violemment contre le corps de son amant. La banalité du combat la dévore.

Dans une famille normale, les bleus qui naîtront certainement sur la peau de la jeune femme et ceux qui ternissent déjà son corps lui vaudraient des regards inquiets et inquisiteurs. Est-elle femme battue ? Chez les sorciers noirs, ces marques ne sont pourtant rien d'autre que le quotidien. Dès leur plus jeune âge, les enfants des grandes familles noires se font frapper. Les plus forts apprennent à rendre les coups. Les plus faibles souffrent.
Ni Anja ni Green ne sont faibles.
Monotonie du combat. La guerrière se tend, esquive, envoie, tord. Les corps se frôlent, se cherchent, se foudroient. Les blessures sont encore légères, le temps est à l'esquive. Alors elle fait ce que pourtant elle ne ferait jamais en temps normal ; elle s'enfonce dans ses pensées et s'éloigne du combat. Son corps se bat, mais son esprit n'est plus là. Nous ne sommes pas en temps normal ; Green est entré dans sa vie et elle ne sait pas le gérer.
Elle pense à sa fille.

[...]

Crois-tu que nous aurions pu être une famille normale ?
Tout est de ma faute, je le sais. Ton père a été dressé - il n'y a pas vraiment d'autres termes possibles en ce qui concerne les Soul - à se battre. Il a été élevé pour Rosenrot, petit joyau taillé en forme de diamant mortellement tranchant. Pourtant Green a déjà fuit une fois et je pense qu'il aurait été prêt à le refaire. Quelque chose en moi est convaincue qu'il ne faudrait pas grand chose pour le convaincre de t'enlever et de se casser loin, là où jamais personne ne pourrait nous retrouver. Tout abandonner derrière nous.
Mais c'est moi le problème. Moi qui n'est pourtant pas été élevée pour Rosenrot, moi dont les parents étaient à Croix et qui n'ai eu connaissance de mes pouvoirs et du monde magique que très tardivement.
Tu vois la différence Elaïa ? Green n'a jamais eu le choix. On lui a toujours dit qu'il devait se battre pour les sorciers noirs et mépriser les humains. Moi, j'ai choisi cette voie. J'ai choisi de m'engager dans Croix. J'ai choisi de diriger Rosenrot.
J'ai choisi de t'abandonner.

Alors une même question martèle ma tête tous les jours : que ce serait-il passé si nous avions fuit avec toi ?
On se serait installé loin de tout, dans une petite maison à l'écart du monde. Nous aurions fait pousser des légumes dans le jardin et sans doute élevé quelques animaux afin de ne pas avoir à aller trop souvent à la rencontre de la civilisation. Tu n'aurais pas été à l'école ; je n'aurais pas voulu que tu fréquentes des humains. Trois ermites à l'écart de toute civilisation. Forcément, tu aurais posé des questions, tu aurais sans doute désiré visiter le monde.
Tu n'aurais pas pu ; trop de risque de te faire retrouver par Rosenrot ou Croix.
Aurions-nous été heureux ? Je ne le sais même pas. Aurais-je pu être heureuse en pensant à ce monde tout autour de nous, ce monde affreux dans lequel évolue des mêlés et des humains en toute liberté ?
Sans doute que j'aurais culpabilisé. Peut-être que je serais partie. Sûrement.
Je ne suis pas faite pour cette vie.
Je ne sais même pas si je suis faite pour vivre avec Green à Rosenrot.

[...]


Anja est trop ancrée dans ses pensées, trop déstabilisée par ses mots vides d'encre. Elle ne voit pas le piège tendu par Green et soudain sent une main serrer son poignet. Emportée dans son élan elle ne peut pas se libérer, elle ne peut pas s'arrêter et sent son bras s'arracher dans son dos.
Epaule déboitée.
La sorcière serre les dents ; hors de question de hurler devant son amant. Aussitôt un goût métallique envahit sa bouche et elle comprend qu'elle a dû se mordre la langue en voulant serrer trop fort.
Elle souffre.
Mais se sent tellement vivante.

La combattante est obligée de rompre le combat en reculant de trois pas. La douleur vrille dans son bras, mais elle sait bien qu'un vrai ennemi ne se soucierait guère de sa douleur et en profiterait pour l'achever. Elle ne doit pas se laisser déstabiliser par la souffrance.
Il faut retourner au combat.
Rapidement, elle attrape la bande de boxe posée sur une table à quelques mètres et, grâce à ses pouvoirs, l'enroulent autour de son bras pour le plaquer contre sa poitrine et ainsi l'immobiliser. En quelques secondes elle est de nouveau prête au combat, même si elle sait que ses chances de victoire sont désormais réduite à néant avec un bras en moins contre un adversaire aussi averti que Green.
Son seul espoir serait que le jeune homme soit déstabilisé par l'idée d'avoir blessé celle qu'il aime. Mais Anja ne compte pas là-dessus ; le combattant est bien trop rôdé et entraîné pour se faire trahir par des sentiments. Elle ne gagnera pas.
Et pourtant elle continue à frapper.
Encore et encore.
Inlassablement.
Pour se faire mal. Pour lui faire mal.

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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 15 Fév 2018 - 12:07

Un flottement s’étire entre les deux. Anja est là, pas vraiment, Green est ici, n’y a jamais été. Doit-on toujours perdre des morceaux de soi pour que la vie continue ? Peut être n’est-il jamais revenu de ce voyage finalement. Allen pense l’avoir ramené mais il l’a juste scindé en deux, condamnant son fils a errer à l’infini pour retrouver une moitié - sa propre moitié - qu’il a perdu, loin des considérations de Platon et des hommes qui chercheraient leur moitié humaine.
Il a beau frapper Anja, encore et encore il ne se retrouve pas. Il reprend pied à chaque coup qu’il donne, il s’imagine les os de sa main se compresser quand il en abat le tranchant sur le bras de sa belle.
De sa dame.

Cette vie est un cauchemar, n’est-ce pas ?

Pourtant dans un sens il a ce qu’il a voulu, non ? Mais qui a voulu Anja, le fou, ou Green ? L’envie de pouvoir, l’envie de se perdre ? Peut être voulait-il Anja au début car il était sûr de ne pas l’avoir - il est toujours bien plus facile de se remettre d’un amour platonique et impossible que d’une vraie relation. Peut être pensait-il se suicidait en prenant Anja dans une permission tacite, la faisant saigner dans son propre bureau.
Il n’est pas mort, il est emporté dans un flot qu’il ne maîtrise pas, une histoire de fiançailles qui l’angoissent. Il aime Anja, mais pourquoi ? Pour ses mots qu’elle ne dit pas mais qu’elle crève d’envie de recevoir ? Certains soirs elle n’est même plus humaine, il est en elle en serrant ses hanches sur son propre corps mais elle n’est pas toujours là, il aimerait l’arrimer à son corps, là où lui-même n’est pas.

Sauf quand il frappe Anja.

Elle est partie et lui pas encore rentré mais les coups pleuvent, il sent ses muscles se raidir et se contracter. Il pense à quand il était enfant et qu’il fondait en larmes dans son lit au beau milieu de la nuit à l’idée d’y retourner le lendemain. A Bleuann qui recevait les mêmes traitements, Bleu si petite, Bleu et son sourire; il chasse tout ça de sa tête. Il chasse Cyan, il chasse Bleu, il chasse Silver.

Il garde Anja.

Il tire et l’épaule se déboîte dans un bruit sourd. Il a senti presque au sein de sa paume les ligaments s’étirer et l’articulation sauter. Ou peut être a-t-il cru sentir passer la douleur ? Elle ne dit rien mais elle n’a pas besoin de parler, son corps parle pour elle. La douleur ne lui scie peut être pas le ventre mais au moins brise-t-elle l’harmonie sur son visage qui se crispe, se déforme et Green la regarde, hermétique à la douleur. Combien de fois a-t-il brisé ses frères, sa soeur, des inconnus ? Un corps n’est qu’un corps, ça se tanne, ça se plie, ça se force. Alors qu’un coeur, vous savez..

Elle se recule de trois pas et il fait de même, essayant à la surface de son front un peu d’humidité qui glisse de ses cheveux, de sa peau, de sa perte. Il la regarde se bander comme elle peut - pour lui il a gagné. C’est tout, c’est fini. Elle se remet en position et attaque a nouveau et il répond par les coups et virevolte. Il est plus lourd qu’elle mais elle n’est plus équilibrée avec un bras en écharpe et il profite d’une ouverture pour taper aussi fort qu’il peut du bout de ses doigts dans l’articulation déboiter pour faire reculer Anja.

- C’est fini, j’ai gagné. En combat réel, tu n’aurais pas eu le temps de faire ça.

Il désigne d’un bras le bandage. Il trouve ça ridicule. Peut être veut-elle prouver quelque chose ? Qu’elle est forte, que la blessure ne l’arrêtera pas ? Elle a tord, la blessure l’a arrêtée. Elle s’est stoppée, mise sur le côté, il aurait pu l’égorger ou la balayer comme un foetus de paille. Il fait deux pas en arrière, relâche sa garde et ses muscles. Son père lui aurait rit au nez s’il avait arrêté de tabasser Bianco parce que ce dernier demandait grâce.
L’amour paternel m’voyez. On ne demande pas grâce, on roule, on se protège, on survit. Peut être la famille Soul a-t-elle au moins légué ça à ses fils, la survie ?
Même pas.
On n’échappe pas à une organisation en entière, on n’échappe pas aux pièges, n’est-ce pas Evan, qui a totalement disparu ? Il est mort, Green en est certain et, même si cela ne lui fait ni chaud ni froid, il sait qu’il pourrait être le prochain, que maintenant qu’il est le fou de la reine il se met en danger. Peut être qu’Orpheo ne sait pas encore, peut être que Croix ne sait pas mais tout est une question de temps.
Elle le met en danger, et tout ça pour quoi ?

- En combat réel tu serais morte.

Il a ce visage si particulier, celui qui lui donne l’air un peu plus jeune encore, les sourcils froncé et l’air maussade comme un adolescent. Il a gagné, c’est tout. Elle n’a qu’a aller se soigner maintenant. Elle lui semble à des kilomètres, piégée comme une souris ; comment a-t-il réussi à lui déboîter l’épaule ? N’était-elle pas assez bien sur ses gardes ? Pourquoi n’a-t-elle pas tapé plus fort ; elle aurait du taper plus fort.
Il sait au fond que si toutes les émotions le traversent quand il pense à Anja c’est surtout à cause de lui, qu’il ne sait pas penser de tout ça et qu’il est dans un monde qu’il ne maîtrise pas. Mais elle ne lui fait pas beaucoup de place, Anja.

Elle ne laisse pas beaucoup de place à la normalité, Anja.
Ni à l’amour.
Ni à sa fille.
A Green, un peu, dans son lit.
Mais finalement, malgré un pot à brosse à dents partagé, il sait qu’il n’a rien à faire dans sa vie.

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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 15 Fév 2018 - 14:56

Anja sait déjà qu'elle a perdu. Son bras est lourd, la douleur vrille dans son articulation et la déséquilibre, ses coups sont maladroits. Green l'évite sans problème, malgré son poids plus importants, il vole alors qu'elle se vautre. Le sorcier profite de la première erreur de la jeune femme pour frapper sur l'épaule déboîtée et la faire reculer dans un râle.

- C’est fini, j’ai gagné. En combat réel, tu n’aurais pas eu le temps de faire ça.

Green désigne le bandage bricolé alors que la sorcière serre les dents. Maintenant que le combat est terminé, l'adrénaline redescend et la douleur pulse dans sa chair. Anja ne prend pas la peine de répondre à la provocation et crache par terre, un mélange de salive et de sang. Elle est déçue contre elle même, pas tant d'avoir perdu, mais surtout de s'être laissée distraire ainsi. Et cela ne fait que renforcer ses doutes ; est-elle faite pour vivre avec Green si elle n'arrive même plus à se concentrer sur l'entraînement ?

- En combat réel tu serais morte.

Les mots de l'homme tombent comme une sentence. Elle sait qu'il a raison et pourtant elle peine à l'accepter. Elle a envie de rétorquer qu'en combat réel elle aurait utilisé ses pouvoirs et que, surtout, elle ne se serait pas laissée distraire. Qu'un combat réel ne se passe pas dans la cave de la maison qu'elle partage avec son amant, une maison rempli de doute et une raison biaisée.
Anja ne dit pas tout ça. Ça serait fourbe, lâche et méprisable d'utiliser de telles excuses pour ne pas reconnaître son infériorité. Elle préfère donc ne pas répondre et retirer méthodiquement la bande autour de son corps.
L'épaule a gonflé et la jeune femme sait qu'elle doit la remettre en place pour contenir la douleur et empêcher les complications. La sorcière fait abstraction de tout le reste, entièrement concentrée sur son corps à présent. La présence de Green à ses côtés ne l'importe même plus ; tout ce qu'elle voit c'est sa main droite qui doit saisir son bras pour tirer lentement et remettre l'articulation en place, sans à-coup. La douleur sourde irradie dans son bras, mais il ne faut pas lâcher désormais et se concentrer entièrement sur la réparation de son corps. La blonde se tend, survivante à la douleur.

Enfin le bras est remis et la souffrance reflue peu à peu, sans vraiment s'éteindre. Anja repositionne la bande afin d'en faire une attelle et ainsi soulager la blessure. Elle se tourne alors vers son amant et l'observe ; les sourcils froncés, l'air maussade, la moue boudeuse. Il a l'air d'un enfant ainsi, un enfant à qui on dirait "non" pour la première fois, un enfant qui sait qu'il a gagné. Elle l'observe et un mot heurte son esprit.
Onsra
C'est le mot qu'utilise les indiens pour décrire l'amertume qui naît lorsqu'on sent qu'un amour va s'éteindre.
Onsra
Est-ce que c'est ça leur destin ?
Onsra
Un amour dans la souffrance qui ne peut être remplacé que par ce goût amer d'un amour dans le décès ?

Elle observe Green et son esprit divague.

[...]

Je devrais pourtant profité de ces moments. Je voulais Green, je l'espérais, je le désirais et je l'ai eu. Dans mon lit, dans ma vie, dans mon coeur. Il a tout envahie, tout submergé, tout recouvert de son âme et de ses blessures.
Je devrais profité de ces moments car je sais bien qu'ils ne sont pas éternel. Non pas à cause de notre mortalité, mais plutôt car je sais que, tôt ou tard, il partira et que je me fermerais.
Tout est déjà terminé avant même d'avoir commencé. Il existe peut-être dans ce monde des gens qui sont destinés à être ensemble, à vivre heureux, à se compléter. Pour nous, c'est l'inverse ; nous allons forcément nous détruire et nous déchirer. Le seul doute réside dans le moment de cette fêlure.
Demain ?
Le jour de notre mariage ?
Dans vingt ans ?
Alors on devrait profiter de ce qu'on a désormais. De ce brouillon d'amour qui nous broie les tripes. Nous devrions passer nos journées au lit, parler afin de vraiment se connaître, se regarder comme deux abrutis dans le blanc des yeux. Mais nous ne devrions pas être là, dans cette salle d'entraînement, à cracher du sang et se briser encore plus, toujours un peu plus.

Pourquoi est-ce si compliqué de s'aimer ?
Pourtant le désir existe en moi. Il me dévore et mon corps brûle de rencontrer celui de ton père, encore et encore. Mon esprit également, a envie d'être capable de lui faire la place suffisante pour qu'il s'installe ici, avec moi. Que ce soit chez nous, que tout ça soit bien plus que deux cafés le matin partagés dans une cuisine froide.
Mais comment créer un "chez nous" alors qu'ici n'est même pas chez moi ?

L'amour c'est comme tout le reste. Du bullshit mortel dans l'immensité écrasante et tellement supérieure de l'Univers.

[...]


Anja tend la main de son bras valide à Green.

- Tu as raison. Je dois m'entraîner plus. Bien joué.

La jeune sorcière serre la main de son adversaire avant de remonter les escaliers pour chercher une poche de glace dans le congélateur et l'appliquer sur sa blessure. Elle en profite également pour se connecter à sa boîte mail sur l'ordinateur qui trône au milieu du salon. La cheffe de Rosenrot lit rapidement quelques messages secondaires tout en pressant la compresse sur son épaule avant d'arriver à un message laconique de son secrétaire personnel :

"L'héritage de Diego Von Hammersbrück, après de longues procédures a pu être débloqué et vous héritez de sa maison ainsi que d'une partie de ses biens pécuniaires. La somme d'argent a été directement versée sur votre compte et la clé de la maison nous a été envoyée et se trouve désormais au QG. Désirez-vous que j'envoie une équipe faire le nettoyage de la maison ?"

Un bruit dans le dos d'Anja. Sans se retourner, la jeune femme referma sa boîte mail avant de lâcher quelques mots :

- Que dirais-tu de faire un tour à Rhinstraße 13 à Berlin ?

Faire un tour dans le passé pour ne plus souffrir au présent.

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MessageSujet: Re: To build a home   Ven 16 Fév 2018 - 15:34

Il y a un espace entre ce qu’il est, et ce qu’il voudrait être. Une distance qu’il n’arrive pas à combler, surtout pas aujourd’hui, surtout pas maintenant. Surtout pas avec Anja. On ne lui a pas appris à être lui-même, on lui a appris a obéir, être utile, présent. Et puis c’est tout.
On ne lui a pas laissé le temps de trouver le reste, on lui a dit de laisser tomber.
Il n’a pas laissé tomber, alors on lui a pris ces trouvailles et bains et on les a brûlés en même temps que Chloé.

Leçon retenue.

Anja tend la main, formelle. Elle n’est plus à porté de main, il pourrait essayer de refermer les bras autour d’elle, elle le repousserait. Le temps parfait est parti. Il n’a rien vu venir, à croire qu’il est aveugle.

- Tu as raison. Je dois m'entraîner plus. Bien joué.

Il se pince les lèvres mais accepte la main qu’elle lui tend. Il voudrait tirer et sentir le sel sur la peau de la blonde ; il lâche la main et elle remonte les escaliers. Il reste quelques minutes dans la salle d’entraînement qui résonne de ses pas sur les matelas presque neufs. Il prend le temps de s’étirer, laissant son buste tomber sur ses jambes, les doigts au ras du sol et la nuque relâchée. Ses cuisses crient un peu mais il reste ainsi, immobile, tire sur son dos et puis se redresse et tire ses bras, ses mollets, ses adducteurs, ses abdos. Il aime toujours infiniment ce moment qui ne veut dire qu’une chose : l’effort est fini. Le reste lui appartient.

Il remonte les escaliers sans faire du bruit, incroyablement conscient des matières qui se succèdent sous ses pieds nus, sans savoir pouvoir. Il voit Anja sur l’ordinateur et il fronce les sourcils. Elle ne décroche jamais de l’organisation pour la simple et unique raison qu’elle e s t Rosenrot.
Et puis c’est tout.

- Que dirais-tu de faire un tour à Rhinstraße 13 à Berlin ?

Il s’approche. Elle a un morceau de glace sur l’épaule, il serait plus prudent d’appeler un guérisseur mais ce n’est pas à Green d’être prudent pour sa chef, son amante, sa pire angoisse. Il l’aime, la déteste, la veut et la possède mais la méprise, l’admire et la craint, la fuit.
Elle lui manque.

Il s’imagine avec précision se glisser dans son dos et l’entourer de ses bras avec douceur, sans lui faire mal, sans oublier la souffrance qui irradie de son épaule qu’il a lui même causé. Il s’imagine glisser ses lèvres avec douceur dans son cou, pas pour lui proposer de faire l’amour mais pour la goûter, pour la serrer, pour l’étouffer de tout ce qu’il ressent. Il voudrait faire le tour de sa douleur avec ses bras mais il ne saura pas de quel douleur on parle, ici.

Anja ressent-elle ce genre de choses ?
A-t-elle pleuré pour Elaïa ?

Il déglutit, conscient du temps qu’il met à répondre.

- Oui.

Et puis c’est tout, parce que la plupart du temps Anja ne pose pas de questions, elle impose, elle demande mais c’est un ordre. Peut-il dire non ?
Sûrement pas.
Il n’a aucune idée de ce qu’il se passe là-dedans mais il ira, bien entendu. Il pourrait à l’instant attraper Anja en riant, sans lui faire mal toujours et puis, la poser sous la douche et l’eau froide. Il pourrait appeler un guérisseur, il pourrait des millions de choses mais on ne décide pas à la place de mademoiselle von Duisbourg. On ne la double pas, on ne choisit pas à sa place, on ne la surprend pas. On reste à sa place et elle, à la sienne. Et si elle avait voulu plus de lest autour d’elle, il ne fallait pas devenir chef.

Il attrape un couteau de cuisine et fait une croix sur la pulpe de son index, là où les terminaisons nerveuses sont les plus nombreuses. Ca lui fait toujours aussi mal mais il a appris à être différent de la douleur. Son doigt souffre, pas lui. La souffrance est là-bas, au bout de son doigt. Elle est au bout de son bras, au loin, elle n’est pas à la base de son crâne.
Il trace avec précision une rune. Il serait sûrement plus utile de faire quelque chose contre la douleur, mais il ne se permettrait pas. Elle a ouvert sa garde, elle pensait à autre chose sûrement, et elle a fait une faute, mais lui. Elle a provoqué elle-même sa douleur. Qu’elle soit donc libre de la ressentir.
Il trace un début de guérison avec son propre sang, sans appuyer sur la blessure, sur l’articulation disloquée mais visiblement déjà remise en place, mais il ne peut pas s’empêcher et entoure de son bras le ventre de la jeune femme qui lui fait dos. Il l’embrasse sur la tempe et disparaît.

Ses pas le trainent sous la douche - encore - et il se glisse sous l’eau chaude. Les ordres sont tellement ancrés en lui qu’il ne pense même pas à demander ce qu’ils vont faire là-bas, si c’est une mission ou même si Anja aussi y va. Elle a dit « tu » elle n’a pas dit « on ». Mais Anja ou pas, cela ne change rien.
Il ne sait même pas comment se préparer et enfile donc un jean souple, des baskets souples, un t-shirt et un hoodie gris laminé par le temps avant de retourner au salon où il demande à voix haute :

- C’est pour une mission de routine ?

Il demande cela pour savoir quelles armes emporter, quelles lames surtout et quelles chances d’y rester. Il dit ça de son ton de soldat qui dit « informe-moi » mais qui n’est déjà plus là, qui s’est renié. Comme si à chaque fois qu’il allait devoir tuer et torturer il repoussait sa personnalité au fond de lui même pour devenir utile et efficace. Est-ce qu’elle le voit ?
Bien sûr qu’elle le sait, n’est-ce pas ? Qu’il n’est pas fait pour être là, qu’il avait choisi à un moment donné de sa vie de ne plus y être, qu’il voulait partir et qu’on l’a ramené. Qu’il ne choisit rien.

Mais elle, est-ce qu’il l’a choisie, elle ?


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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 22 Fév 2018 - 16:25

La vie n’est qu’amertume, de cela Anja en est persuadée. Il y a des moments plus doux, bien sûr, comme partout. Mais tout réside dans l’amertume, vrille dans l’acidité, boursoufle dans l’iodé. Il ne peut en être autrement. Pas ici et surtout pas maintenant.
Monde de merde.
Inondé d’humains et de mêlés, même si le pire sont peut-être ces sorciers d’Orpheo qui délassent leur race pour sauver ces êtres inférieurs qui ne devraient même pas exister ou, à la limite, être réduits en esclavage. Si ceux à la solde des idéologies de Rosenrot et Croix sont des sorciers noirs, alors que sont-ils eux ? Des sorciers blancs.
La vie n’est pas manichéenne. Personne ne peut être blanc ou noir, tout est fait de gris. Fifty shades of grey version cruelle, violente et sadique. Du vrai sadisme, pas celui édulcoré d’Hollywood. Une vie amère et grise dans laquelle il y a ceux qui vivent pour leurs idées et les autres. Au moins Anja respecte ça, chez les gens d’Orpheo ; ils sont moins lâches que ces solitaires qui se terrent parmi les humains pour ne pas prendre parti. Certes, les exorcistes ne partagent pas la même idéologie que la jeune femme, mais au moins eux sont prêts à mourir pour elle. Tout comme la cheffe de Rosenrot.

Green met du temps à répondre, beaucoup trop de temps. Les secondes s’étirent dans la vie amère et grise. Anja ne dit rien ; elle a appris à être patiente, que ce soit au boulot ou dans la vie. Il faut attendre pour obtenir les informations, mais il ne faut pas tarder à les utiliser. Patience et réactivité.
Enfin l’homme répond, hésitant :

- Oui.

Juste un mot, prononcé comme une souffrance, comme si on lui arrachait la tête. Pourquoi a-t-il tardé, pourquoi met-il toujours tant de temps à parler, se réduisant au silence et à des kilomètres de celle qui l’aime. Que se passe-t-il dans la tête de Green ?
Anja ne le lui demandera pas. Elle sait qu’il ne répondra pas, qu’il fuira, qu’il évitera la confrontation. Parfois la jeune femme aimerait être télépathe ; pas juste comme la fois où elle a réussi à parler dans l’esprit de son amant - cela ne s’est d’ailleurs plus jamais reproduit -, mais plutôt être capable de lire dans les pensées, déshabiller les gens de l’intérieur. Enfin elle serait, tout ce qui se cache derrière ce regard gris, tous les non-dits, les secrets, les mystères.

Le sorcier choisit ce moment pour attraper un couteau de cuisine et ouvrir le bout de son doigt, faisant perler une goutte de sang écarlate sur la peau albâtre. Green pose ensuite ce doigt qui saigne sur l’épaule de la blonde, dessinant une rune du bout des doigts, du bout de son cœur. Elle doit retenir une légère grimace face à la pression contre sa blessure, mais aussitôt la rune dessinée elle sent ses os se renforcer, même si la douleur continue de vriller dans son bras, descendant jusque dans son poignet, qui pulse.
Et, alors qu’elle observe le dessin qui déjà sèche et s’assombrit sur sa peau, elle sent le bras de Green sur son ventre, qui l’entoure et la retient. Puis ses lèvres sur sa tempe, si légères qu’elle croirait rêver ; la jeune femme ferme les yeux.
Lorsqu’elle les rouvre il n’est plus là. Anja sait qu’il n’est pas parti ; elle entend la douche qui coule dans la pièce voisine. La sorcière s’imagine alors ranger sa fierté de côté, oublier les tensions étranges qui les ont toujours séparés et rejoindre son amant sous la douche, comme n’importe quel couple normal. Elle rêve du corps parfait de cette homme, de sa nudité contre la sienne, de leur bonheur enfin conjugué au présent. Il suffirait de pas grand-chose ; à peine quelques pas qui la sépare de la salle de bain.
Anja ne bouge pas, restant perdue dans son imagination.
Lorsque l’eau enfin se calme, elle se dirige à son tour dans la douche, alors que Green est déjà dans la chambre pour s’habiller. Une fois de plus ils se croisent sans se voir.
Une fois de plus ils ignorent leur amour.
La sorcière se déshabille puis laisse couler l’eau brûlante sur elle, jusqu’à ce que sa peau rougisse de la chaleur. Et sous les vapeurs brûlantes qui l’enhardissent, elle écrit dans sa tête.

[...]

En t’éloignant de tes parents, je t’ai également éloigné du reste de la famille. Or crois moi Elaïa, s’il y a bien une chose que tu peux ne pas regretter, c’est eux. Autant de mon côté que de celle de ton père.
Bien sûr je t’ai déjà écrit sur la famille Soul. Dirigée par une main de fer dans un gant acéré par Allen et secondé par sa dévouée épouse, la toute aussi rugueuse Aria. Et leur sept enfants, leur arc-en-ciel de noirceur : Redwan - psychopathe qui jouit à la vue du sang -, Cyan et Olive - les jumeaux si fusionnels qu’ils en oublient le reste du monde -, Bianco - trop ambitieux pour être honnête -, Silver - défoncé en permanence - et Bleuann - perdue et mal dans sa peau. Si, pour la plupart, ils constituent des bons soldats une fois les déviants remis dans le droit chemin, je ne suis pas sûre qu’ils soient ce qu’on peut considérer comme un environnement sain pour une enfanrt.
Et de mon côté ? Et bien de mon côté il n’y a plus personne si ce n’est un demi-frère alcoolique que je ne considère même pas comme de ma famille. Tu apprendras cependant que les morts ont parfois plus de poids que les vivants.
Il y a mon géniteur, bien évidemment. Un homme abject qui a préféré tout abandonner et fuir Croix lâchement. Il a été tué pour ça.
Il y a Mutti également. Une femme droite, donnant peu de tendresse, très froide. C’est elle qui a tué mon père pour laver son honneur. Elle est cependant morte dans la honte d’avoir désobéit à un ordre direct, exécutée par son propre père.
Diego. Meurtrier de Mutti, l’homme froid et incapable d’amour qui m’a élevée. Alors comment grandir dans une telle famille, entourée d’adulte qui ont fait de la haine leur raison de vivre ? Je ne sais pas. J’imagine que je n’ai eu d’autre choix que de survivre et que c’est peut-être pour ça que, désormais, je suis moi-même amputée du cœur.
Freud s’amuserait bien avec moi.

[...]


Anja laisse ses pensées se perdre dans la moiteur avant de sortir de la douche. La jeune femme essore ses longs cheveux blonds et se sèche rapidement à l’aide d’une serviette qu’elle abandonne sur le radiateur. Puis elle sort de la pièce humide, entièrement nue et les cheveux encore mouillés, s’apprêtant à rejoindre la chambre pour s’habiller, lorsqu’une voix parvient du salon :

- C’est pour une mission de routine ?

La sorcière noire bifurque sa trajectoire pour rejoindre son amant dans la pièce principale, des gouttes d’eau vacillant de ses cheveux jusque sur le tapis qui décore la pièce. Le sang laissé précédemment sur son épaule s’est maintenant effacé, mais la blessure n’est plus aussi douloureuse, signe que la guérison est sur la bonne voie.
La blonde se plante devant Green, sans s’embarrasser de sa nudité afin de lui répondre :

- Non. C’est plus... personnel.

Elle saisit alors son portable laissé sur la table basse afin d’adresser un message à Frank afin de lui demander de venir les chercher dans un quart d’heure pour téléporter le couple au QG berlinois.

- Je dois m’occuper des affaires de la maison de Diego. Le père de ma mère.

Elle n’a pas dit grand-père, elle n’y parvient pas. Ça serait accorder trop d’importance à ce lien qui ne l’a jamais vraiment reliée à cet homme incapable du moindre sentiment. Et puis elle ne l’a jamais appelé « grand-papa » ou « papy », pour elle ça a toujours été « Diego ».
Il n’y a pas grand-chose de plus que ce prénom qui le sépare du statut d’inconnu.

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MessageSujet: Re: To build a home   Sam 17 Mar 2018 - 22:33

Il l’imagine nue. Il ne peut pas s’en empêcher et il ne peut pas nier que l’idée lui effleure l’esprit comme une caresse sirupeuse. Il sait que ça lui fait ça quelques fois quand il écoute une fille, quelle qu’elle soit il ne peut pas s’emêcher d’imaginer, une histoire de lèvres et de corps, une histoire d’attention surtout. Il arriverait que peut être quelqu’un lui donne de l’attention. Qu’une fille se retourne sur lui mais qu’elle le remarque, l’arrête aussi. Qu’elle n’ait pas été obligée de le remarquer. Il s’est introduit dans la vie d’Anja sans vraiment se soucier dans son avis et maintenant.. il ne sait plus. Maintenant il l’imagine alors qu’elle ne le remarque plus, il la dessine plutôt que toucher sa peau nue.

Il l’entend arriver suite à sa question. Et quand elle arrive à la lumière, à ses yeux, elle est comme il l’avait imaginé. Mais pas vraiment. Elle se tient sur le tapis avec le bruit sourd des gouttes qui tombent sur le sol. Pas un bruit sourd, non, un bruit mat. Elle est incroyablement présente mais réelle surtout et ses cheveux blonds prennent une teinte plus foncée mouillés et il tressaille; il aimerait juste être retrouvé.

Elle le perd. Anja est un labyrinthe dont il ne sait plus si il en cherche la sortie ou le centre.

Avec les cheveux comme ça, nue, elle ne semble même pas plus fragile. Elle occupe toujours le salon avec sa présence, il ne pourrait pas l’ignorer ou lui tourner le dos et pourtant il aimerait juste vivre comme un fantôme de temps en temps. Mais là est le dilemme, en agissant comme ça il serait agacé qu’elle lui fasse la remarque, enragé qu’elle ne le remarque pas. Il est coincé comme un lapin dans les phares.

- Non. C’est plus... personnel.

Il déglutit, les lèvres closes ; que répondre à cela ?

- Oh.

Ca a glissé de ses lèvres comme une goutte de plomb. Depuis quand est-ce personnel, quand a-t-elle décidé que c’était le moment de l’inclure plus que ça ? Peut être Anja occupe-t-elle la place qu’il refuse de prendre. Comme quelqu’un qui assaille l’autre de messages et d’attentions qui ne peut laisser à l’autre l’espace d’en faire de même ?
Parfois Green se demande jusqu’où il pourrait investir leur relation. Ne plus laisser assez de place à Anja pour penser à le faire entrer dans son monde. C’est ce qu’il voulait, pourtant, non ? Et maintenant qu’il est, c’est toujours la même chose, il est en colère et il ne sait absolument pas pourquoi. Il a envie de faire le gamin immature et dire qu’il en a rien à battre de ses déchets personnels et qu’elle peut se les garder, mais de l’autre côté il est quelque peu émerveillé par la petite place qu’elle lui fait de son passé.
Il est tiraillé et il aurait bien du mal à l’expliquer. Est-il en colère pour Elaïa ? Oui. Mais ça ne peut pas être ça, pas vraiment. Ce n’est pas ça, pas totalement. Il était en colère avant. Elle représente la tête du serpent, le serpent qui l’empêche de quitter la maison.

Elle tapote sur un téléphone, patpatpatpat et le son s’amplifie à ses oreilles jusqu’à devenir un sifflement.

- Je dois m’occuper des affaires de la maison de Diego. Le père de ma mère.

Il est alors angoissé et il se pince les lèvres, déglutit, lui qui est si physique et pesant dans l’espace se retrouve à souhaiter d’être plus léger, plus discret, de flotter derrière Anja sans la gêner. En bon soldat.
Quelle est sa part là dedans ?
Est-ce qu’il fait vraiment partie de tout ça ?

Et elle, toujours nue, le téléphone entre le main et les cheveux qui gouttent sur le parquet. Il a mille questions qui coulent de ses lèvres mais il n’arrive à en formuler aucune. Que deviennent-elles ? Il doit se noyer. Il se noie, sûrement. Il se noie mais il s’en fou qu’Anja ne soit pas sa bouée, il brise la distance d’un pas décidé et l’attrape, la soulève et la colle contre mur. Il la porte, une main clairement sous la fesses et l’autre dans sa nuque et l’embrasse à pleine bouche. Il est emplit subitement d’un désir brutal, animal mais ses mains restent douces et tendres, Anja, Anja, Anja, elle était si loin et maintenant elle est si proche, contre lui contre sa bouche contre son souffle. Anja, Anja, Anja. Elle lui laisse une place et il la prend, peut être était-ce ça la vérité, peut être qu’il avait besoin qu’elle le laisse entrer, qu’elle ouvre la porte.

Sans la lui claquer au nez.

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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: To build a home   Mar 24 Avr 2018 - 23:24

Diego.
Un être abjecte, froid, loin du papy gâteau des contes de fée. Un homme qui l’a élevée, durement, sans amour. Avait-il seulement un cœur ? Diego a-t-il pleuré une seule fois dans sa vie, a-t-il ressenti un instant ce pincement aux entrailles, si particulier, que vit parfois la sorcière lorsqu’elle pense à Elaïa ?
Anja.
Une Anja différente, juvénile, innocente. Une jeune femme qui ne connaissait rien de la magie, rien d’autre que ce qu’en disait les livres : mirages irréel et enfantin. Elle était une adolescente, à peine sortie de l’enfance et pleine d’espoir face à un monde inconnu et violent. Que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui a pu se briser à ce point pour que la fillette souriante et timide des cours de récré devienne ce monstre capable de tuer de sang froid pour un idéal et d’abandonner son propre enfant ?

- Oh.

Un seul mot qui tombe lourdement sur le silence de la pièce. De la surprise ? Anja peine à identifier le ressenti de son amant. Tout comme elle peine à l’interpréter ; lui qui lui reproche sans cesse de le délaisser, de le fuir, est-il pour autant prêt à ce qu’elle le laisse rentrer dans sa vie ?

Message envoyé à Frank comme une bouteille à la mer. Une mer vive et agitée ; à travers ces mots elle espère que son sbire se dépêche qu’il arrive à l’instant, la sauver de la délicatesse de la situation. Comment réagir face à celui qui ne réagit pas vraiment.
Viens Frank, dépêche-toi. Supplication, elle espère qu’il soit déjà là pour ne pas se retrouver seule avec le silence et un fantôme.
Alors en attendant elle comble le vide avec les mots ; des mots qui lui permettent de rester maîtresse d’elle-même. Le masque sur son visage ne laisse rien transparaître de ses doutes, elle ne veut pas que Green remette encore plus en question tout ce qui l’entoure. Elle ne veut pas qu’il soit là. Elle ne veut pas qu’il parte.
Tout se déchire.

Qu’il agisse, bon sang !

Et soudain le sorcier noir brise la distance pour l’attraper et la plaquer contre un mur, comme une simple poupée de chiffon. Leurs lèvres se percutent alors que la jeune femme lâche le téléphone et entoure de ses cuisses puissantes la taille de son amant. Paradoxe, encore et toujours entre la rage animale et brutale qui les dévore et la douceur de leurs mouvements.
Anja et Green.
La blonde laisse ses mains glisser sur le jeans pour le déboutonner et libérer ainsi la virilité de l’homme. Pas le temps de bouger, beaucoup trop d’excitation, de tension, de désir. L’envie la dévore et elle n’a qu’un seul vœu ; sentir celui qu’elle aime combler enfin le trou béant dans son âme.

Frank choisit ce moment pour arriver, d’une simple téléportation, dans le salon. Il voit le couple et aussitôt il comprend, détourne le regard, s’éloigne pudiquement de quelques pas, respectueux. Pourtant il a eu le temps de voir, les courbes de sa cheffe, la peau du soldat, la puissance du couple.
Frank est un être intelligent et, même s’il n’a pas de don d’empathe, il est capable de cerner rapidement une personne. Dès le début il a saisi qu’Anja von Duisbourg, malgré son jeune âge, ne se laisserait pas marcher sur les pieds. Son rôle dans Rosenrot, lui donne également accès à de nombreux secrets, dont celui des fiançailles Soul-Duisbourg ; depuis la nouvelle il épie, intrigué, la relation entre ces deux êtres qu’ils voient comme des animaux sauvages, indomptables. Il a constaté la haine au creux de l’amour, la violence dans les caresses.
Mais la scène qu’il a à peine entrevue aujourd’hui ne fait que lui confirmer ce que son instinct lui souffle : Anja et Green sont au bord de l’implosion. Perpétuellement.
Frank entend le souffle et les corps qui se cherchent, se battent, se frappent. Un dos qui percute un mur, des gémissements qui sont autant de cris, furieux, sauvages, primitifs. Qui sont cet homme et cette femme dont la violence trahi l’instinct animal ? L’homme de main attend, posément, seul dans son coin. Il sait qu’il n’a pas le droit de regarder, même si la curiosité se fait dévorante. Dans sa tête, il imagine et il se persuade de la beauté des images mêlant passion et violence. Frank ne sait même pas si sa cheffe et son amant ont remarqué sa présence ; leur relation semble si ardente qu’elle les transcende.
Les détruit ?

Enfin les cris se calment et des pas s’éloignent de la pièce ; Anja se glisse dans la chambre et enfile un jeans souple et un t-shirt noir. Ses cheveux encore mouillés gouttent sur le sol, mais elle les ignore et retourne dans le salon, le menton relevé.
Tout semble s’être refermé.
Sans un mot, elle se dirige vers Frank et lui tend la main. L’homme comprend le message et attrape la main qu’elle lui tend avant de les téléporter devant une porte, la porte de son enfance. Sans émettre le moindre commentaire, le sorcier lui tend une clé avant de disparaître pour aller chercher Green.

La voilà seule désormais. Seule pour un instant, devant son passé et Diego. Seule avec sa fille dans la tête.

[...]

Diego, Diego, Diego... Un nom qui ne veut rien dire pour toi et pourtant qui résonne si douloureusement dans mes entrailles. Me voilà face à mon passé, face à mon enfance. Le genre d’enfance que j’espère t’avoir pu t’épargner. Loin du manque d’amour et de la noirceur de l’âme.
Je tremble.
J’aimerais que Green soit déjà arrivé pour pouvoir m’appuyer sur lui et pourtant, la fierté et la glace au fond de mon cœur sont paradoxalement ravis qu’il ne soit pas encore-là. Que penserait-il en me voyant ainsi, frissonner devant des fantômes. Je suis partagée entre mon cœur et ma raison ; connaîtras-tu aussi des dilemmes aussi durs ?

Dans une autre vie, nous nous serions rendus à cette maison en voiture. Peut-être un monospace flambant neuf, criant aux passant notre envie d’agrandir la famille. Tu te serais peut-être endormie pendant le voyage, posée sur ton siège enfant et bercée par la route. En arrivant, Green n’aurait pas eu le cœur de te réveiller et t’aurait portée d’un bras. Sa main libre aurait attrapé la mienne, pour me soutenir, me consoler.
Une famille unie.
Une famille tout court.

Mais cette autre vie n’existe pas et tu n’es pas là. Green va arriver, mais je ne peux pas me reposer sur lui. Pas moi. Pas Anja von Duisbourg, cheffe de l’une des plus grosses organisations noires du monde.
Rien ne ressemble à cette vie.

Pardon Elaïa.

[...]


Anja entend du bruit derrière elle ; Frank et Green sont revenus. Alors, sans se retourner et forçant sa main à cesser ses tremblements, elle glisse la clé confiée par Frank dans la serrure de son passé.

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MessageSujet: Re: To build a home   Sam 28 Avr 2018 - 15:01

Pour être honnête, Green ne remarque pas Frank. Il l’aurait remarqué que ça n’aurait sûrement rien changé. Quoique. Pudique ? Il ne sait pas bien où s’arrête les barrières d’Anja, qui sait pour eux et qui ne le sait pas. Elle qui pose habituellement des règles claires et précises semble avaler ses mots, ne pas parler. Un sujet qui devrait les rendre heureux est surtout rendu tabou. Il n’ose jamais l’aborder, ni même quand aura lieu le mariage. Il ne la supporte plus quand elle est là, elle lui manque quand elle n’y est pas. Il sait qu’ils ne tiendront pas la distance mais peut être qu’ils auront un déclic, que quelque chose va arriver, que quelque chose va changer.

Peut être.

En attendant tout est toujours comme le commencement ; peut être auraient-ils du attaquer leur relation d’une autre façon. Lui même ne sait plus s’il est soldat ou amant, s’il doit ressentir des émotions ou les brimer. Anja a toujours souhaité avoir des machines de guerres sans sentiments et lui demande à présent de lui dire qu’elle l’aime.

Il l’a dit.

Elle s’en est satisfait.

Et tout recommence désormais, il ne sait plus où s’arrête sa peau et où commence celle de la blonde, son plaisir à lui contre son plaisir à elle. Ils se perdent sans chercher à être trouvé, il sent la violence lovée entre eux et, s’il voudrait en sortir parfois aujourd’hui il s’en délecte, il s’en lèche les lèvres. Ca lui prend le ventre en poussées électriques. Il n’est plus que muscles et envie, il n’est que là, dans le mouvement et le coup de rein, il n’est qu’Anja et sueur, rage et plaisir.

Et puis voilà.

C’est tout.

Il se recule un peu d’un coup, c’est pareil à chaque fois que ça éclate comme ça. Il a l’impression de sortir d’un rêve ou d’un accident. Il est cet homme au bord de la route qui sort de son épave après plusieurs tonneaux, pas vraiment certain de la dimension dans laquelle il a atterrit. Anja est déjà partie mais son odeur est partout sur lui, il sens le sexe et l’envie incontrôlable. Il se retranche derrière un mutisme confortable et se rhabille comme il faut que déjà la blonde revient, habillée et glaciale.

C’est sûrement plus confortable pour elle et Green a tendance, de toute façon, a préférer largement ça, plutôt que des montagnes russes d’Anja qui lui dit qu’il lui a manqué et qui s’accroche aux dernières limbes de sommeil. Il ne sait jamais où est sa place. Dans son ancienne maison, c’était clair, ici on ne lui a pas appris. Il est certain que ce n’est pas la faute du soldat mais bel est bien du commandant.

Green ne sourcille pas en apercevant Frank. La second d’après il est disparu puis revenu, attrape Green, disparaît à nouveau. Une clé tinte et c’est tout. Il ne sait pas exactement ce qu’il fait là - encore une fois il n’est pas à sa place. Plutôt que lui offrir un environnement sain, Anja lui propose une clé de son passé qu’il perçoit comme une excuse, une justification à l’ouragan destructeur qu’elle représente. Plutôt que le laisser souffler elle essaie de l’attirer encore plus proche. Il est sur ses gardes.

Elle glisse la clé dans la serrure et, si Green pense qu’il devrait dire quelque chose il ne fait pourtant rien. Des phrases idiotes flottent devant ses yeux mais il n’ose en laisser sortir aucune. Peut être ne préfère-t-elle pas le silence mais c’est tout ce qui lui sera donné.

Il pénètre dans la maison. L’odeur le dérange et il est incapable d’imaginer Anja là dedans. Il est tout aussi incapable de peindre une petite fille qui lui ressemblerait ou une pré-ado. Anja n’est rien d’autre que l’adulte qu’elle est là, dans le présent, les joues roses de l’orgasme et sûrement la culotte humide.

Et puis c’est tout.

Peut être qu’un jour elle a été différente mais il ne peut pas atteindre ce temps là - sûrement qu’il ne le veut pas. Ce lointain passé appartient à Bleu tout entière et puis l’entre-deux est à Chloé. Il n’y a pas de place pour la jeune femme qui essaye de le faire pénétrer dans son passé. Il n’y va pas à reculons mais il pense à ce temps où il était un peu plus lui même, un peu moins soldat. Celui où dans une pareil situation il aurait pris la fille dans ses bras, il l’aurait entourée et son nez serait venu dans son cou pour quérir son odeur et pas pour baiser. Il aurait rigolé et pris sa main. Il lui aurait parlé, il aurait dit ce qu’il est. Il aurait exprimé au quotidien « non, j’aime pas trop ça » ou « tu veux pas plutôt qu’on aille ici ? » mais il est comme un chien trop bien dressé, il est ici et c’est tout. Il est. Il ne demande pas, il ne montre pas, surtout pas en présence d’Anja, il ne faudrait pas qu’il soit trop humain devant elle.

Voilà tout ce qu’elle perd.

Et voilà la seule pensée qui l’effleure en voyant sa future femme droite, fière et fermée : il faut que je trouve un moyen pour qu’Elaïa sorte de là.

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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 3 Mai 2018 - 16:22

La porte grince sur ses gonds et ça la surprend. Du temps de Diego, la porte ne grinçait pas ; il aimait l’ordre, la discipline, que les choses soient propres et à leur place. Il ne faisait rien grincer et ordonnait que tout soit à sa place, sans poussière. Mais Diego est désormais mort depuis longtemps et plus personne n’a jugé utile de s’occuper de cette porte qui, désormais, grince.
Derrière la porte, le hall d’entrée révèle des escaliers qui grimpent vers les chambres. En face de l’escalier, une porte en bois derrière laquelle se cache l’ancien bureau de Diego. Anja se revoit encore, bien des années après la mort de son grand-père, quelques temps après celle de sa mère, où elle a osé pousser la porte et explorer, gratter les documents, fouiller les tiroirs secrets. Elle y a découvert la Croix.
Le regrette-t-elle ?
Nul doute que ce moment a changé sa vie. Sans cela, elle n’aurait pas découvert la vérité sur les sorciers et les humains. Elle n’aurait sans doute jamais eu accès à Rosenrot et n’aurait pas pu apprendre comme elle l’a fait à maîtriser ses pouvoirs.
Et il n’y aurait pas eu Green. Pas eu Elaïa. Alors, certes, tout aurait sans doute été moins compliquer. Mais comment désormais imaginer une vie sans son amant ? Et sans ce petit être qui broie son cœur autant qu’il le réchauffe ?

Pourtant ce n’est pas vers le bureau de Diego que se dirige Anja, ni vers la seconde porte du hall d’entrée qui mène sur un séjour sombre et sans doute désormais poussiéreux. La sorcière préfère monter les escaliers alors que Frank derrière elle, referme la porte et retourne d’une téléportation au QG, devinant que sa cheffe ne désire plus sa présence. Elle l’appellera si besoin est.
La froide demoiselle parvient au second étage qui s’ouvre sur une sorte de deuxième décoré d’un grand piano et d’un meuble sur lequel réside un aquarium désormais vite. L’aquarium a pendant longtemps hébergé un poisson, le seul être au monde qui semblait intéresser Diego, comme si cet abject animal à la cervelle aussi limitée qu’un mêlé était plus intéressant que la petite fille solitaire qu’elle était. Anja ne daigne pas jeter un regard à la maison de ce voleur de place dans le cœur de son grand-père et préfère se diriger droit vers la porte en face des escaliers derrière laquelle repose sa chambre.

Lorsqu’elle ouvre la porte, rien n’a changé, comme si elle était partie la veille. Seule une fine couche de poussière témoigne du temps qui s’est écoulé depuis son départ. Le lit est encore défait, le bureau recouverts de nombreux livres sur la magie et les runes empruntés dans la bibliothèque de Diego, quelques romans traînent sur la table de chevet (Madame Bovary, Belle du Seigneur, Frankenstein ; or The Modern Prometheus, Der Prozess,...) et il y a même quelques photos d’un photomaton représentant une adolescente blonde et certains de ses amis. Des humains. Une époque révolue dans une chambre poussiéreuse qui semble appartenir à quelqu’un d’autre.
Ignorant les souvenirs qui courent sur les meubles et les murs, Anja se dirige vers l’armoire qu’elle ouvre pour en sortir une poupée dont on peut enlever la tête. Sans s’attendrir ou s’attarder, elle arrache le visage souriant pour en sortir un carnet qu’elle enfourne dans un sac.

La tête qui tourne, la tête qui tourne.

La sorcière balance la poupée désormais vide dans son armoire, sans s’occuper de revisser la tête. Ne pas penser. Ne surtout pas penser à tout ce qu’elle a vécu, les nombreux moment de solitude dans cette chambre, à écrire pour une mère imaginaire - une mère qui ne recevrait jamais vraiment ces lettres -, à lire des livres à la lueur d’une lampe de poche, à fourrer dans une poupée ses secrets, ses pensées les plus intimes. Ne pas penser à ses rêves de gosses, tellement banal, tellement immature. Elle rêvait de devenir princesse, apicultrice, pompière. Pas cheffe d’une organisation noire. Pas reine absurde. Ne pas y penser. Ni penser que sa fille vit peut-être la même chose, à rêver dans les livres et écrire des lettres pour une maman sans adresse.
Ne pas penser. Mais la tête qui tourne, la tête qui tourne.

Inspirer, tourner les talons, redescendre. Anja savait que ce moment dans sa chambre serait le plus difficile. Mais il ne reste plus grand chose à faire désormais, seulement redescendre, saisir quelques documents dans le bureau de son grand-père – certains documents pourraient se révéler utiles contre Croix le jour où ceux-ci trahiraient – puis partir. Refermer pour toujours cette maison, qui n’abriterait plus personne. Anja ne la vendrait sûrement pas – elle n’a pas besoin de cet argent -, aussi la lugubre demeure continuerait probablement sa vie de solitude et de poussière, jusqu’à la fin des temps.
La sorcière inspire, tourne les talons, ne redescend pas. Son cœur à vriller dans sa poitrine alors que sur la table de chevet, presque cachée derrière la pile de livre, elle aperçoit une photo.
Une petite fille blonde aux grands yeux bleus, qui sourit. Entourée par un homme tout au souriant et une femme droite, mais belle, qui possède les mêmes yeux et la même chevelure que l’enfant.

Papa. Mutti.
La tête qui tourne, la tête qui tourne.
Sans réfléchir la jeune femme saisit la photo et l’enfourne dans son sac. Pourquoi ? Pourquoi ce geste alors qu’elle hait plus que tout au monde les deux personnes sur le papier glacé ? Alors qu’elle n’est plus cette petite fille heureuse depuis si longtemps ? Pourquoi se saisir de cet objet ?
Et tout qui tourne, encore et encore. La torpeur.
Anja vacille. Sa main attrape le dossier de la chaise de bureau, se crisse un peu. Elle doit rester droite et pourtant ne sait pas faire face. Elle n’était pas prête.
Dans sa tête elle écrit, pour penser ailleurs, pour penser autre chose.

[...]

Je ne peux pas m’empêcher de penser que tu n’auras jamais de telle photo sur ta table de nuit. Il n’existe nul part de papier glacé figeant Green, Elaïa et Anja Soul. Nous ne partageons même pas le même nom. Aucun de nous trois.
Les regrets me dévorent. Pourquoi t’avoir abandonnée ? Parfois dans le noir, je tremble en pensant à toi, en imaginant ton visage si pur et innocent. Pourquoi t’avoir laissé ? Pour te protéger. De moi. De ton père. Du monde. La raison avant le cœur.
Mais c’est si douloureux.

Ma fille, ma toute petite fille. J’aurais tellement aimé qu’il existe une solution plus simple, comme j’aurais tellement aimé que tu sois conçue dans l’amour et pas juste ce désir sale qui nous submerge, ton père et toi. On se l’ai dit. « Je t’aime ». Mais ce ne sont que des mots, juste des mots. Les mots peuvent être des armes, mais les mots peuvent aussi mentir.
Nous aimons nous vraiment ? Si c’est de l’amour, alors il est malsain.

Et pourtant, contre ça la raison ne peut rien. J’ai beau savoir, j’ai beau me haïr pour tout ça, ton père exerce sur moi autant d’attirance qu’une lumière attire un stupide moustique. Je l’aime et je le déteste, j’ai besoin de lui et il me révulse, je le veux et le repousse. Quand il est là, je fuis, quand il est absent, il me manque.
Green a pris la place du trou dans mon cœur. Et je n’y peux rien y faire. Je suis pieds et poings liés, âmes et cœurs enchaînés.

Ma tête dévie.
Et je ne peux m’empêcher de repenser à cette photo, désormais graver dans ma rétine, qui me brûle de l’intérieur. Cette photo qui fait mal, parce que le passé n’était qu’un tissu de mensonge. Cette photo qui fait mal, parce qu’elle n’est pas le présent. Cette photo qui fait mal, car le futur détruira tout.
Green me détruira comme je le détruirai.
Et s’il reste une partie de moi, nul doute que tu la haïras. Et je ne pourrais pas t’en vouloir.

[...]


La tête tourne trop et Anja ne contrôle plus rien. Une explosion au loin, un bruit de verre qui chavire dans les escaliers. C’est l’aquarium. L’aquarium tué par la télékinésie de la sorcière noire.
L’aquarium explosé, comme une lourde métaphore de cet amour que Diego n’a jamais su lui donner.
Et qu’elle ne sait désormais plus comment offrir à sa fille et son amant.

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MessageSujet: Re: To build a home   Sam 5 Mai 2018 - 22:12

C’est surtout une odeur. Il y a une odeur qui leur arrive au visage quand Anja déverrouille la porte et puis une couleur gris mouton qui couvre tout. C’est tout. Il y a un hall, des escaliers, la maison semble vieille mais absolument pas usée. Quelque chose flotte mais le brun est incapable de mettre les mots dessus. En tout cas, Anja s’est tendue et il ne l’a pas suivie. Elle a eu l’air de voler subitement comme si elle avait besoin de courir après quelque chose d’oublié en haut, quelque chose à retrouver avec impatience. C’est cette énergie qui cloue Green au sol.

Frank n’est plus là, Anja non plus, et Green reste là. Purement et simplement. Il a peur de regarder sur les côtés et d’y voir des traces humaines d’Anja. Qu’a-t-elle laissé derrière pour obtenir la direction de l’organisation ? Faut-il toujours sacrifier un bout de soit pour pouvoir régner ?

Green l’entend, à l’étage. Il ne fait qu’imaginer et caresse du bout des doigts l’idée de l’accompagner en haut, la rejoindre dans ses élucubrations métaphysiques et partager des bouts de son passé. Mais ne serait-il pas hypocrite à voir ça ? Et si elle lui demandait la pareille en retour ? Si elle demandait Chloé, sur un plateau ?
Anja demande toujours en retour. Je te donne ça, mais tu me dis que tu m’aimes. Je te laisse devenir roi mais je te rappelle ta place de soldat. Je te rejette sans cesse comme un vers mais quand tu t’en vas du lit, je te dis que tu me manques.
Il se pince les lèvres, elle a foutu en l’air des années d’éducations mises en place par Allen qui sait très bien expliquer à tout le monde où est sa place. Il a l’impression que sa cheffe, elle, ne choisit pas. Un coup amante un coup tortionnaire mais jamais humaine.

Peut être est-ce ce qu’il attend de voir. Ou ce qu’il redoute parce qu’il sait qu’à ce moment là il lui reprochera Elaïa. Peut être qu’au fond tout ce qu’il attend c’est ça. La regarder dans les yeux et lui demander comment est-ce que c’est humainement possible, de faire ça.

Lui répondrait-elle qu’elle est sorcière ?

Anja s’éternise en haut. Green regarde vaguement le salon mais tout lui semble austère. Il a vaguement côté un chez lui qui soit autre chose que luxe et utilité mais il ne s’en souvient plus très bien, c’était il y a longtemps maintenant. Pour peu qu’Anja lui dise qu’ils déménagent ici, le brun pourrait finir par se sentir comme à la maison.

L’angoisse.

Mais Anja ne redescend pas. Les minutes s’égrènent, assassines et Green commencent à perdre patience. Il est certes, soldat, mais il est aussi amant. Si sa place était jusqu’alors en bas, il ne peut se résoudre à la patience. Quand son pied heurte la première marche de l’escalier, un bruit d’explosion retentit dans la pièce du haut et immédiatement Green se précipite. Il n’est pas inquiet quant à une agression du monde extérieur, il est inquiet de ce qu’Anja peut faire à elle même. La reine est aliénée, il serait temps qu’elle s’en rende compte.

Il ne sait pas s’il a le droit mais il referme ses bras sur elle. Il marche sur des débris de verre, il n’a rien regardé de la pièce, rien compris mais il referme ses bras sur elle parce qu’il ne sait pas quoi faire d’autre. Il aimerait extraire d’Anja tout ce qu’elle garde à l’intérieur et qui la souille mais il reste silencieux, faisant le tour de sa douleur avec ses bras. Il ne peut pas la comprendre et il ne peut pas lui enlever.

Mais il serait hypocrite de ne parler que des névroses d’Anja. Il serait hypocrite et bien idiot de penser que ce n’est que de sa faute à elle et qu’il n’y est pour rien, lui qui ne sait plus aligner les mots, qui a juste appris à aligner les coups.

- C’est juste que ça pourrait être plus facile, des fois, si tu te laissais être un peu plus toi. Si au lieu de te laisser dire que je te manque tu t’autorisais le droit de dire que c’est pas qui te manque, que c’est autre chose, que c’est tes restes d’humanité que t’as laissé derrière qui te manquent, que c’est ta fille, Anja, qui te manque.

Le bruit de son coeur dans sa gorge.

- Peut être que tu pourrais être toi des fois.

Il ouvre ses bras, il a la nausée.

- Parce que je sais pas pourquoi tu m’as fait venir ici. Mais ne me traine pas derrière comme un boulet en pensant que ça me donne un aperçu de ce que t’as pu être, alors que ce que t’as vu être avant, tu l’as brûlé.

Le bruit de son coeur dans ses bruits.

[color:38a5=#mediumseagreen]- Alors brûle cette maison ou accepte ce que tu vois dans la glace.

Et ce que tu vois dans la glace Anja, c’est là d’où tu viens, c’est tes parents et ce que t’as fais de cet héritage.

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MessageSujet: Re: To build a home   Mer 9 Mai 2018 - 17:57

C’est une pluie d’étoile qui s’abat sur le meuble devant la chambre d’Anja. Le verre a explosé en plusieurs milliers de brisures qui se sont répandues sur le sol, poussière céleste argentée qui valse sur le parquet en bois.
Plus d’aquarium, plus de tête.
Le monde entier bascule autour de la sorcière qui ne sait plus à quoi se raccrocher. Ses doigts se crispent sur le dossier de la chaise qui la maintient encore, mais ça ne suffit plus. Elle sent ses jambes qui tremble et son corps qui lâche, qui chut lamentablement, prêt à percuter le sol de toute sa lourdeur.
Mais deux bras se referment autour d’elle.
Deux bras qui l’enveloppe, la supporte, la repêche. Deux béquilles autour de son corps fragile et de son esprit brisé. Green est sauvage, parfois brutal, mais il est là. Et la jeune femme, comme une enfant, fond dans les bras de son amant, se laissant porter contre son corps, ce corps contre lequel elle s’est battu, ce corps qu’elle a exploré de ses doigts dans les moindre détail. Ils se battent, ils baisent.
Ils se soutiennent.

- C’est juste que ça pourrait être plus facile, des fois, si tu te laissais être un peu plus toi. Si au lieu de te laisser dire que je te manque tu t’autorisais le droit de dire que c’est pas qui te manque, que c’est autre chose, que c’est tes restes d’humanité que t’as laissé derrière qui te manquent, que c’est ta fille, Anja, qui te manque.

Une flèche plantée en plein cœur.

- Peut-être que tu pourrais être toi des fois.

Les bras s’écartent alors, laissant la jeune femme déséquilibrée sous le coup des souvenirs et des mots. Incapable de tenir en équilibre, elle se retourne vers son amant, sa main se posant sur son bras, s’accrochant à son bras pour ne pas choir.

- Parce que je sais pas pourquoi tu m’as fait venir ici. Mais ne me traine pas derrière comme un boulet en pensant que ça me donne un aperçu de ce que t’as pu être, alors que ce que t’as pu être avant, tu l’as brûlé.

Basculement. Les mots de Green sont durs et résonnent contre les maux d’Anja.

- Alors brûle cette maison ou accepte ce que tu vois dans la glace

Grincement de dent, cette fois-ci la jeune femme s’est remise et sa main se sépare du bras du sorcier. Elle a retrouvé l’équilibre et le masque, retrouvé le contrôle du masque de fer qui la protège. Elle s’en veut à présent d’avoir laissé le cœur prendre le pas sur la raison et d’avoir ainsi laissé ses pouvoir percuter l’aquarium de Diego.

- Ce n’est pas si simple.

Ce n’est jamais simple avec Anja. La cheffe de Rosenrot détourne les yeux, son regard allant se perdre vers la fenêtre et les immeubles en pierre rouge de l’autre côté de la route.

- J’ai trop sacrifié pour revenir en arrière. J’ai pas le droit de me regarder dans la glace. Je peux pas laisser tomber mes idéaux, c’est trop tard. Elaïa ne doit pas grandir dans ce monde.

L’odeur de la poussière lui mord soudainement les sens et envahit son œsophage. Tout est cassé désormais dans la maison, tout est trop vieux. Il n’y a plus que des souvenirs poussiéreux, des mauvais souvenirs. Pourquoi être revenue dans cette maison ?
C’était sans doute une erreur.
La mâchoire se crispe alors que la jeune femme n’ose toujours pas affronter le regard de son amant. Son regard se perd au vague, vague à l’âme, droit vers sa fille.

[...]

Ce serait mentir de dire que tu ne me manques pas. Ton sourire, ton odeur, ton visage hantent mon cœur chaque jour. Il n’y a pas un instant où je ne pense pas à toi et à ta toute petite main, celle qui s’est enroulée naturellement autour de mes doigts lorsque je t’ai vu pour la première fois.
Je n’ai pas oublié. Mon accouchement, et toi, tout petit être glissé entre mes bras, porté contre mon cœur, minuscule poupon bercé contre moi. Je te revois bébé, calmement endormie alors que j’osais encore me glisser dans la maison de Mohamed, grâce à mes pouvoirs, jusque dans ta chambre, tel un ange veillant sur ton sommeil. Tu étais si belle ma fille.
Combien de temps ? Combien de temps depuis que mon regard n’a plus pu se poser sur toi ? Je n’ose plus venir désormais, j’ai trop peur que tu te réveilles et que tu m’aperçoives, que tes yeux soient teintés par la peur devant ta propre mère. As-tu déjà entendu parler de moi du haut de tes cinq ans ? Me vois-tu comme une terrible sorcière noire qui dévore les enfants pas sage et se glisse sous les lits tel le croque-mitaine ?

Ma fille, ma très chère fille. Je ne sais pas tous les ressentis que tu pourras avoir à mon égard. Mais ce n’est pas ça le plus important. Le plus important c’est que tu sois heureuse et libre de vivre dans un monde fait pour toi. Les sorciers n’ont que trop soufferts, dominés par les humains, assassinés sur des bûchers, obligés de toujours se cacher, se dissimuler, d’effacer leur propre histoire pour que l’humanité oublie.
Tout doit changer désormais, nous devons reprendre le dessus, retourner la situation, nous avons le droit à notre tour de diriger. Les humains doivent se plier devant nous et notre pouvoir. Un jour viendra où le monde magique régnera.
Un jour viendra où tu pourras être toi. Où tu pourras être libre.
Et heureuse.

Même si en attendant... tu me manques.

[...]


Anja libère enfin la fenêtre de son regard et plante ses yeux dans ceux de Green. Ce qu’elle rencontre la déstabilise un moment, juste assez pour qu’elle lâche ses tripes et étale ses véritables pensées.

- Elle me manque.

Dans sa poitrine son cœur rate un battement. Moment d’égarement.

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Green Soul
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MessageSujet: Re: To build a home   Mer 9 Mai 2018 - 21:36

Anja se sépare d’un coup. Il est plus brûlé par l’absence de la jeune femme que par son contact et il fronce les sourcils, incapable de réagir. Il ne peut pas la toucher à nouveau, il temps est passé et maintenant qu’elle est droite il en a visiblement plus le droit.

C’est toujours ça la limite. Il navigue entre deux eaux sans jamais savoir à quel moment il pourra enfin mettre pied à terre. Il a mal au coeur.

- Ce n’est pas si simple.

Alors voilà, va-t-elle réellement se retrancher derrière de telles affirmations ? Ce n’est jamais aussi simple, bien sûr. Mais c’est bien ça l’enjeu. Faire apparaître les choses comme si elles coulaient de source alors que c’est un combat qui se joue chaque seconde, chaque minute. Comme Anja pense faire. Mais son amant le voix bien, quand elle oublie de se regarder vivre, qu’elle n’est pas ce qu’elle pense être.

- J’ai trop sacrifié pour revenir en arrière. J’ai pas le droit de me regarder dans la glace. Je peux pas laisser tomber mes idéaux, c’est trop tard. Elaïa ne doit pas grandir dans ce monde.

Green grince des dents et prend sur lui. Elaïa ne doit pas grandir dans ce monde, ou dans leur monde ? Parce que dans tous les cas elle y est, dans ce monde et c’est bien trop tard, il fallait réagir ou l’égorger à la naissance pour l’empêcher de souffrir. Anja a-t-elle fait une fleur à sa fille en la laissant vivre ?

Sûrement pas.

Elle reste distante, sans oser le regarder et Green ne cherche pas le contact. Il se tient là, inutile à lui-même comme toujours alors que germe un sentiment dans sa tête qui ravage les autres, qui gonfle et s’étend, marée glaciale et ambrée de rage.

Plus jamais à cette place.

Alors quand Anja relève les yeux pour vriller les prunelles dans celles, brunes de Green, il sait qu’il ne va pas se taire.

- Elle me manque.

Un soupir.

- Je ne l’ai jamais vue.

Ce qui veut tout dire mais ne relâche en rien l’âpreté qu’il ressent, féroce et acide. Il lui en veut et ne cherche pas à comprendre parce qu’elle ne s’est jamais, jamais excusée.
Mais il ajoute.

- Je t’aime, mais je ne peux pas rester là, comme ça, deux pas derrière parce que je ne sais pas si je suis ton amant ou ton soldat. Je ne sais pas quand est-ce que j’ai le droit de te toucher, qu’est ce que tu voudrais vraiment entendre de ma bouche, j’attends toujours un signe de ta part et c’est insupportable.

Il souffle.

- C’est insupportable.

Il ne sait pas pourquoi il parle maintenant, il n’en a aucune idée ce n’est pas le bon endroit.

- Comme avec Elaïa. Tu décides, je suis. Tu penses que ça peut être unilatéral une union ? Que tu peux faire disparaître n o t r e fille parce que ça te semble être le bon choix ?

Le souffle court et le coeur lourd.

- Parce que si tu veux un soldat à ton service, appelle Bianco.

Il n’y a que maintenant, maintenant qu’il a tellement envie qu’elle ouvre les bras pour qu’il y fasse sa place, qu’il meurt d’envie de rire sous la couette avec un bol de bouffe par loin qu’il se rend compte à quel point leur couple est déshumanisé, mécanique, ponctué d’explosions chimiques.

- Moi je n’en peux plus.

Ce n’est pas pour autant qu’il veut que ça se finisse, ça ne peut pas se finir, il aurait les mains coupées s’il rendait la bague. On le prendrait peut être, le battrait sûrement. Retour à la case départ, aucune évolution.
Il n’a jamais utilisé Anja comme tremplin mais ce n’est pas pour autant qu’il n’est pas conscient des réalités qui l’entourent. Mais là, avant qu’il implose et qu’il parte en fumée il a besoin qu’elle lui laisse un peu de place, un peu de lest mais surtout, surtout un peu d’humanité, celle qu’il ne retrouve presque que dans le sexe où le sommeil quand elle est emportée, impuissante face à son corps qui lui impose le plaisir où le calme.

Mais c’est juste un pas en avant qu’il demande, pas de tenir Elaïa dans ses bras, ça il a laissé tombé l’idée pour l’instant. Mais il s’accroche à sa future femme encore un peu dans l’espoir d’y voir quelqu’un à aimer tous les jours, quelqu’un d’un peu normal, un peu moins fondue dans l’organisation qui l’a fait devenir plus sèche, froide, robotique.

Il aimerait retrouver Anja qui a laissé entrer le fou sans l’égorger quand tout lui disait de faire le contraire.
Mais peut être est-elle morte.

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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 10 Mai 2018 - 18:41

Le feu brille au creux des prunelles du sorcier. D’aussi loin qu’Anja se rappelle de lui, de ce soldat un peu particulier qui est un jour rentré dans son bureau pour en ressortir après avoir transpercé la reine de son glaive, Green a toujours été ainsi. À fleur de peau, un brasier dans l’estomac ne demandant qu’à sortir pour se répandre, dévorer les êtres, manger les âmes. Un bouquet d’étincelles qui ne demande qu’une feuille de papier pour s’embraser et planter une lame sous la gorge blanche de la dame noire.
Les mots brûlent dans le cœur de son amant et le retour de bâton sera douloureux, insupportable. La jeune femme peut le voir, elle peut le sentir dans ce soupir qui traverse la gorge du sorcier, dans ses yeux noirci par l’amertume et les non-dits, dans ce cœur qui chavire au bord des lèvres.

- Je ne l’ai jamais vue.

Paroles abruptes en équilibre sur sa langue. Anja ne dit rien, elle écoute, le déluge ne fait que commencer. Elle sait la violence des mots qui risquent de sortir, reflet de la violence des maux qui hantent Green. Elle sait sa capacité à arracher les portes et à lui cracher ses erreurs à la figure. Le soldat n’a peur de rien, chien enragé qui défie son maître, qui mord là où ça fait mal.

- Je t’aime, mais je ne peux pas rester là, comme ça, deux pas derrière parce que je ne sais pas si je suis ton amant ou ton soldat. Je ne sais pas quand est-ce que j’ai le droit de te toucher, qu’est-ce que tu voudrais vraiment entendre de ma bouche, j’attends toujours un signe de ta part et c’est insupportable.

Toujours les mêmes discours, toujours la même rancœur. À demi-mot. Il lui en veut pour Elaïa mais il n’a pas le courage de lui balancer toute la vérité à la figure, de la traîner au sol comme elle le mériterait – sans doute. À la place, Green se cache derrière des mots vide de sens. Je suis un soldat. Je ne sais pas quoi faire. Ne me repousse pas. Mais ne m’ouvre pas trop les bras.
Qu’attend-il d’elle ? Une réponse ? Qu’elle lui dicte sa conduite, ce qu’il faut faire, comment se comporter ? Elle n’en sait rien. Elle ne connaît pas les relations saine, elle-même ne sait pas ce qu’elle doit faire, ce qu’elle doit dire. Anja est désarmée face à la vie. Donnez-lui cinq minutes et elle tuera un homme à main nue. Donnez-lui une vie et elle sera toujours incapable de se comporter correctement dans une société.

- C’est insupportable.

Imperceptible hochement de la tête. Oui ça l’est. pour lui comme pour elle.

- Comme avec Elaïa. Tu décides, je suis. Tu penses que ça peut être unilatéral une union ? Que tu peux faire disparaître n o t r e fille parce que ça te semble être le bon choix ?

Enfin les mots sortent, douloureux. Elaïa. Leur fille. Leur bébé. Et pourtant Anja a maintenu sa grossesse secrète, a accouché seule, à décider seule. Cacher cette enfant pour la sauver, pour tous les sauver. Ne pas l’exposer. Dissimuler. Toujours cacher.
Ne rien dire à Green.
À ce moment-là elle pensait encore qu’il n’en saurait rien, qu’il ne devinerait pas. Mais non, bien sûr que non. Le sorcier fini toujours par être au courant comme ils finissent toujours par revenir l’un vers l’autre. Roméo et Juliette maudits - pléonasme. La reine et le soldat attirés comme deux aimants, deux amants qui se dévorent inlassablement jusqu’à la fin des temps. Ils en reviennent toujours au même point.
Entre haine et amour.
Entre poings et cœur.

- Parce que si tu veux un soldat à ton service, appelle Bianco.

Evidemment, tout aurait été beaucoup plus simple si Allen Soul lui avait imposé Bianco. Un soldat simple, dans la seule motivation est de grader. Il se serait plié face à la reine. Sans doute auraient-ils fait chambre à part, ne se rencontrant dans le même lit que le temps de concevoir un héritier. Ils se seraient croisés dans les couloirs d’une immense maison, où même les rires des enfants ne résonnent pas, contrôlés par des nounous qui n’ont plus d’amour à offrir.
Un pantin contre un chien, la facilité contre la passion.
Pourtant, tel un insecte attiré par la lumière d’une ampoule, Anja ne peut s’empêcher de toujours se tourner vers Green. La passion dévore l’incompréhension et les différences. Elle fait tout oublier.
Mais la passion suffit-elle vraiment à tout combler ?

- Moi je n’en peux plus.

La lèvre de la jeune femme tremble à peine lorsqu’enfin elle se décide à répondre :

- Alors pars. Qu’est-ce qui te retient encore ?

Anja plante ses yeux froids dans le brasier. Ne pas se laisser dévorer, submerger par la douleur et les fêlures.
Partira, partira pas ?
Qu’adviendra-t-il d’eux deux ?

[...]

Aimeras-tu un jour comme j’aime ton père ?
Je ne l’espère pas pour toi. Car c’est un amour déviant, malade, fous qui nous bouffe l’âme. Le feu brûle si fort entre nous qu’un jour il nous réduira en cendre, jusqu’à ce que les tempêtes nous balaient. Oublié Green Soul. Oubliée Anja von Duisbourg. Ne restera d’eux qu’un jeu d’échec malfaisant et une enfant aux longs cheveux blonds.
Pourtant il nous est impossible de faire face à cela, de prévenir cette fin, de masquer la douleur. Nous ne pouvons pas partir. La folie nous attire, nous avons besoin l’un de l’autre. Reine, roi, soldat, qu’importe le grade c’est la folie qui réunit.
Aimant, amant, aimant, amant... À ce jeu-là il n’y a aucun gagnant.

Alors comment décrire ce qui nous lie ? Comment t’expliquer pourquoi ton père m’aime encore malgré les secrets, malgré ton abandon, malgré les mensonges ? Ne crois pas que Green ne t’aime pas, oh non ma fille, alors même qu’il ne t’a encore jamais rencontré, ton père t’aime sans doute plus qu’il n’a jamais aimé quiconque.
Je pense bien que tu pourrais être la seule raison pour laquelle il me quitte.
La seule goutte qui déborde trop.
La main capable de tirer assez fort sur les deux aimants pour les faire exploser. Les faire imploser. Car sois certaine d’une chose ; même si nous sommes tous les deux des êtres malades de l’amour et que nous peinons à exprimer, dire et comprendre nos propres sentiments, en particulier l’un envers l’autre, il y a un seul point commun vers lequel nous convergeons tous les deux.
Un seul point commun capable de nous séparer comme de nous unir.

Et c’est toi.

[...]


Le cœur bat fort dans la poitrine, encore trop humain. La sorcière ne parvient pas à maîtriser cet organe qui tambourine au rythme de ses pensées affolées.

- Et ne me dis pas que si tu restes, c’est uniquement pour ton père. Tu sais très bien que tu serais capable de te cacher et que, tant que je serai au pouvoir, il ne t’arrivera rien. Si tu restes c’est parce que tu as besoin de moi, autant que j’ai besoin de toi. Parce que tu ne peux pas vivre sans mon corps ou mes coups. Parce que, que tu le veuilles ou non, nous sommes tombés dans une spirale de fusion bien trop puissante pour que nous ne puissions la contrôler. Toi et moi. Green et Anja. Et non pas un simple soldat et une stupide reine de pacotille.

Balancé le jeu d’échec, balayés la reine, le pion, le fou. Tout échoue sur le sol, à nu, vérité qui éclate et qui fait mal. Des mots balancés sur les plateaux de jeu pour passer au-dessus des simagrées et défaire les métaphores. Il n’y a plus de place pour jouer.

- Je ne veux pas d’un amant ni d’un soldat à mes côtés. Je te veux toi, Green, cet homme instable qui n’a pas peur de me frapper et de m’arracher le bras. Je veux tes bras puissants qui sont capable de me plaquer contre un mur pour me baiser tout comme ils savent me rattraper pour ne pas que je tombe.

Elle tend une main, effleure une joue, hésite avant de laisser glisser la main, le long du visage, le long du cou, le long du torse.

- Alors si t’es pas prêt à faire tout ça, tu peux toujours partir. Mais il y a un jour où tu devras faire un choix, Green, parce que tu n’es plus un enfant. Tu devras te décider entre être près ou loin de moi. Mais tu ne pourras pas éternellement être coincé entre tes sentiments. Te laisse pas bouffer.

Sa main arrête son parcours, figée contre les abdominaux de son amant. Souffle court.

- Mais avant de faire un choix, avant de partir, sache que je suis désolée pour Elaïa. Pas pour ma décision, mais pour l’avoir prise seule.

Partira, partira pas ?
Ancrés à tout jamais dans le néant de l’éternel recommencement.

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Green Soul
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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 10 Mai 2018 - 20:00

Anja se tait un long moment, elle laisse Green déballer ses ressentiments sans s’embarrasser de montrer une quelconque émotion. Il sait bien que la sentence va arriver comme sa fiancée sans le faire. Tu parles trop ? Je plante une seule flèche pour bien te faire comprendre ce que je souhaite, moi. Elle faisait pareil quand il était soldat et rien n’a changé.

Anja reste Anja.

- Alors pars. Qu’est-ce qui te retient encore ?

Il hoche la tête vaguement, il savait bien que ça allait venir comme ça, un retour brutal et défense. Toujours agressive, elle se tient bien droite, assumant ses mots alors que Green a juste envie de soupirer. Comme d’habitude ils ne parleront pas, n’est-ce pas ? Il n’a plus envie de dire les mots qui auraient peut être pu le sortir de la tranchée dans laquelle il est embourbée. Il a envie de rouler des yeux comme un gosse et de se tirer.

Mais elle se remet à parler, enfin, ses yeux clairs s’ombrageant de ses propres maux.

- Et ne me dis pas que si tu restes, c’est uniquement pour ton père. Tu sais très bien que tu serais capable de te cacher et que, tant que je serai au pouvoir, il ne t’arrivera rien. Si tu restes c’est parce que tu as besoin de moi, autant que j’ai besoin de toi. Parce que tu ne peux pas vivre sans mon corps ou mes coups. Parce que, que tu le veuilles ou non, nous sommes tombés dans une spirale de fusion bien trop puissante pour que nous ne puissions la contrôler. Toi et moi. Green et Anja. Et non pas un simple soldat et une stupide reine de pacotille.

Il serre les dents. L’assurance qu’elle montre le gave clairement, l’emplissant d’un ras-le-bol un peu plus puissant que prévu. Il ne lui arriverait rien, à lui ? Ne pense-t-elle donc pas qu’il est un chien battu qui a bien retenu la leçon ? Elle connait bien mal Allen si elle pense qu’il n’a aucun pouvoir sur son fils. Il a bien fait tuer Chloé pour ramener Green, la queue entre les pattes, alors pourquoi pas une deuxième fois ? Le faire traquer et ramener ? Pense-t-elle vraiment qu’elle aurait du pouvoir pour empêcher Allen de retrouver son fils ?
Elle s'engonce dans ses mots bien tournés, elle se vautre dans une poésie débile.
Et puis, se pense-t-elle vraiment indispensable ? Tu ne peux pas vivre sans mon corps et sans mes coups ?
Les mots sonnent dans sa tête, prétentieuse reine de pacotille qui pense que son soldat n’a pas choisi, consciemment son combat. Ne se rend-elle pas compte qu’il l’a choisit elle ?

- Je ne veux pas d’un amant ni d’un soldat à mes côtés. Je te veux toi, Green, cet homme instable qui n’a pas peur de me frapper et de m’arracher le bras. Je veux tes bras puissants qui sont capable de me plaquer contre un mur pour me baiser tout comme ils savent me rattraper pour ne pas que je tombe.

Mais il ne l’écoute plus vraiment, déjà bouillonnant de colère. Si elle pense vraiment ce qu’elle dit, elle le pense soumis aux explosions chimiques qu’ils provoquent. Ne sait-elle pas que sans Allen ils ne seraient même pas adressé la parole, parce que Green aurait été des kilomètres et des kilomètres plus loin ? Avec Myaw ?

Que Red retient ?

Sans que Rosenrot n’y trouve rien à redire ?

Est-ce vraiment le monde qu’Anja veut pour sa fille ?

La main de la jeune femme le touche et il sursaute presque.

- Je ne veux pas d’un amant ni d’un soldat à mes côtés. Je te veux toi, Green, cet homme instable qui n’a pas peur de me frapper et de m’arracher le bras. Je veux tes bras puissants qui sont capable de me plaquer contre un mur pour me baiser tout comme ils savent me rattraper pour ne pas que je tombe.

Il vrille ses prunelles dans celles, glacées de son amante. Il ne sait plus ce qu’il veut. Les mots de la blonde lui semblent mous, caoutchouteux. Je veux. Voilà ce qu’elle dit, je veux.

- Alors si t’es pas prêt à faire tout ça, tu peux toujours partir. Mais il y a un jour où tu devras faire un choix, Green, parce que tu n’es plus un enfant. Tu devras te décider entre être près ou loin de moi. Mais tu ne pourras pas éternellement être coincé entre tes sentiments. Te laisse pas bouffer.

Il serre vraiment les dents. Bien sûr, elle a décidé de parler et c’est une bonne chose d’ouvrir la bouche mais, est-ce vraiment ce qu’elle pense de lui ? Une enclume lui tombe dans l’estomac tandis qu’il ouvre la bouche comme un poisson qui vient chercher de l’air à la surface, gêné de la vision dont elle l’entoure. Des conseils sur la gestion des sentiments ? Te laisse pas bouffer ? Tu devras décider ?

Tu n’es plus un enfant ?

Il secoue la tête. Elle est dans la maison de son enfance en train de faire exploser et c’est elle qui donne des leçons ?

- Mais avant de faire un choix, avant de partir, sache que je suis désolée pour Elaïa. Pas pour ma décision, mais pour l’avoir prise seule.

Il est un pas en arrière, la poitrine gonflée et pas vraiment vraiment l’envie de rester. Après sa première phrase il était prête à dire à Anja qu’il restait pour elle, parce que malgré les montagnes russes qu’elle lui faisait vivre, c’était tout ce qu’il voulait.
Mais visiblement il ne peut pas vivre sans elle.

Il ne peut pas se passer d’elle et il doit faire un choix.

Mais quand même, elle est désolée pour Elaïa.

Il avale sa salive, il a conscience que son menton tremble un peu et que c’est ridicule mais il est bouillant de rage. Mais Green reste Green, incapable de parler quand il en a le plus besoin, Green qui serre les dents en inspirant et dit :

- Ouais.

Et puis qui fait demi tour. Les muscles de ses épaules roulent sous le tissu quand il descend dans les escaliers, mi-humain mi-félin, complètement bloqué dans ses mots, bloqué dans sa relation. Il s’est engagé là dedans et Anja le voit comme quelqu’un à guider, d’addict qui n’a pas de libre arbitre. Ne sait-il pas qu’il sacrifie Bleu, quelque part, dans ce jeu là ?
Et Elaïa ?

Mais il descend les escaliers et c’est finit, il attendra en bas, au repos, comme un parfait soldat.

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Anja L. von Duisbourg
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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 17 Mai 2018 - 18:13

Partira, partira pas ?

Le couperet est prêt à tomber. La lame aiguisée brille au-dessus du cou et les yeux, fous, vrillent dans leur orbite. La foule est étrangement silencieuse, pour mieux laisser se répandre le bruit du cœur qui bat la foulée dans les poitrines. L’amour heurte, l’amour détruit, l’amour fait mal. Et la guillotine, toujours là, toujours présente au-dessus d’eux.
Combien de temps encore ?
Combien de temps avant qu’ils ne se lassent ? Avant qu’ils n’envisagent une vie sans l’autre, loin de l’autre. Anja suffoque face à son amant. En permanence immergée à cause de lui, il est paradoxalement sa bouteille d’oxygène dans la mer bouillonnante de la vie. Besoin de toi, envie de toi. Mais combien de temps encore ?

Toujours sommer, toujours vouloir, toujours exiger. Reconnais qu’Elaïa te manque. Laisse-moi entrer dans ta vie. Laisse-moi venir plus loin que ton lit. Green demande, Anja ne cède pas. C’est un dialogue de sourd autour de mots qui n’ont plus aucun sens désormais.
Avant elle savait comme les manier. Elle les utilisait comme des armes ou des caresses, pour amadouer Dorian, menacer ses ennemis, ordonner à ses soldats. Des mots précis qui traversent les tympans comme des lames sous la peau, rentrant dans les vaisseaux sanguins pour exploser.
Mais face à Green, tout perd de son sens.
Elle le regarde, sa main toujours égarée sur son torse. Elle a besoin de lui, peut-être plus que jamais auparavant. La sorcière a besoin de cet homme, de cet amant, de ce soldat. Tout son corps crie au supplice de ne pas sentir ses bras autour d’elles, son corps berçant le sien.
Anja aimerait redevenir une petite fille et se blottir.

- Ouais.

My baby shot me down.
Anja accuse le coup, toujours aussi droite, toujours autant elle. Pas un tremblement n’effleure les lèvres de la jeune femme, qui dévisage l’homme, sa main glissant, presque brûlée sur le torse, pour échouer contre sa propre cuisse dans un bruit mat.
Soit.
La colère met du temps à émerger parce qu’il lui faut d’abord accepter la manière dont il l’a repoussée, d’un simple mot. L’enfant en Anja ne comprend pas ; elle l’a amené ici, dans le lieu où elle a grandi, parce qu’elle avait quelque part besoin de lui, de son épaule, de cette force qui lui manque. Mais tout est balayé par un seul mot, dédaigneux, ce « ouais » qui fuit lâchement, lamentablement. Et le voilà qui tourne le dos et repart vers les escaliers, traînant, comme un fantôme qui s’éloigne.
Boursoufflement de la colère.
La sorcière sent lentement monter une forme de haine enfouie en elle. La noirceur de son âme suinte sur sa peau, alors que ses mains se crispent autour de son sac, un brasier dans le bide et dans le cœur. Elle ne peut pas accepter ça, elle ne peut plus accepter ça.
Retenir l’explosion, encore un instant.

Anja relève le menton, se redresse et glisse les lanières se son sac sur ses épaules. Après un dernier regard à la pièce qui l’a vue grandir, elle referme la porte et saisit son téléphone afin d’envoyer un rapide message à Frank : « Envoie une équipe récupérer les documents de Diego dans son bureau. Puis brûlez tout ».
Le regard de la jeune femme vient alors s’égarer sur les éclats d’étoiles qui jonchent le sol, glissés dans les poils de la moquette comme une colonie de poux. Un sourire malsain s’esquisse sur ses lèvres ; elle aurait aimé que Diego soit là pour voir ça, pour voir sa haine, pour voir son pouvoir.
Peut-être aurait-il finalement ressenti quelque chose à son égard.
Un tremblement ?

La cheffe de Rosenrot descend ensuite les escaliers, se dirigeant droit vers la porte de secours, la liberté, la bouffée d’air. Sortir de cette mer en furie pour retrouver la pollution rassurante de la vie et le bruit agressant du quotidien contre sa peau. Se raccrocher à autre chose pour laisser le brasier s’attarder sur des détails.
Rester dans le contrôle.
Sa main serre la poignée alors qu’elle la tourne, ouvrant la porte de son enfance, la porte du désespoir. Elle n’aurait pas dû revenir, et encore moins avec Green. Tout est détruit à présent. C’était une erreur.
Peut-être même bien que l’erreur a commencé le jour de ses fiançailles ?
Ses pieds se posent sur le paillasson, toujours sans un regard pour son amant. Anja hésite un instant, dévorée par la colère et la haine. Le vent s’amuse avec ses cheveux, caressant les mèches blondes presque innocentes. Enfin la sorcière se retourne, vrillant la glace dans le brasier.

- N’essaie plus de me changer. Je ne suis pas Chloé.

Frapper là où ça fait mal, mordre les blessures. Anja ne lui laisse pas le temps de répondre, refermant la porte dans son dos, séparant ainsi les amants d’une planche de bois.
Des aimants s’attirent-ils toujours au travers du chêne ?
Se repoussent-t-ils encore ?

La cheffe ne se pose pas la question et marche droit devant elle, sans se retourner à aucun instant. Leçon retenue, elle ne désire pas se voir transformer en statue de sel pour un dernier regard à son passé.
Que lui a-t-il dit déjà ?
Brûle cette maison ou accepte ce que tu vois dans la glace.
Glace explosée, Anja a balancé sa main contre le miroir, écorchant ses phalanges pour mieux se soigner. Il faut passer par-là pour se reconstruire ; tout brûler et recommencer.
Ciao Diego.
Et marcher droit. Droit vers la forêt de Grunewald. Ignorer les chemins touristiques et les enfants qui jouent. Ignorer le parc où l’emmenait jouer son père lorsqu’elle était toute petite, ignorer les souvenirs qui lui fouettent le visage comme les branches de sapin.
Se concentrer sur le cœur de la forêt.
Pour pouvoir tout relâcher.

La sorcière, sortie des sentiers battus se retrouve enfin seule et loin de tous en plein cœur de Berlin. La colère contenue dans la glace peut alors ressurgir, submergeant les arbres qui l’entourent, percutant les feuilles, l’écorce, la terre sur le sol.
Ballet naturel.
Les épines viennent taper contre la peau, dessinant des plaies contre la blancheur des bras. Mais Anja ne ressent même pas la douleur, trop occupée à laisser cet orage qui la terrasse sortir de ses entrailles pour rejaillir contre la forêt.
Et écrire, pour se calmer.

[...]

Quel con ! Quel con, quel con, quel con !
Peu de gens peuvent se vanter de m’avoir fait perdre mon sang froid et laisser les émotions m’envahir pour prendre le contrôle sur mes pouvoirs.
Pourtant ton père y est déjà parvenu deux fois.

Comment faire alors ? Comment vivre avec quelqu’un capable de piétiner mes sentiments d’un simple mot, avec un dédain qui transgresse toutes les règles du respect. Comment survivre à cet homme tellement complexe, perdu, déchiré ?
Nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre.
Nous sommes trop cassés pour nous faire du bien. Inévitablement, on se déchire un peu plus, on ne fait qu’ouvrir les brèches dans nos cœurs pour les remplir de merde et se balancer à la figure les insultes. Un outil cassé ne peut pas réparer un jouet brisé. Et nous le savons pertinemment.
Et pourtant, on continue à s’aimer.

Putain. Pourquoi sommes-nous aussi cons ?

Rien n’a de sens. Cette putain de maison, cette putain d’enfance, ces putains de souvenirs. Même cette lettre qui n’existera jamais ailleurs que brièvement dans mon esprit est insensée. Je ferai mieux d’arrêter.
Et de continuer à briser. Toi, ton père, moi.


De toute façon, elle n’est bonne qu’à ça Anja. Qu’à faire du mal.

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Déchirure.  »



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Green Soul
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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 31 Mai 2018 - 15:14

Il n’a pas le temps de la voir, il ne la regarde pas, il ne peut pas savoir l’effet qu’il lui fait. Peut être a-t-il trop passé de temps à embrasser cet ensemble que constitue la jeune femme pour avoir à examiner encore pour reconnaître. Il sait dans ses tripes qu’elle n’a pas bougé. Il sent par contre la tempête qui se prépare, bourdonnement de mouches excitées par la pluie qui va venir, par le typhon Anja qui va tout ravager. Sûrement qu’il a fait une faute ; elle aussi met les pieds là où elle ne devrait pas.

Il ne faudrait pas que cela devienne une habitude, n’est-ce pas ?

Elle reste un moment en haut, temps suspendu au bout de fils de soie, mais il l’entend déjà redescendre. Cette parenthèse peut se refermer dans le bruit d’une porte. Il a pu pénétrer dans un morceau d’elle mais elle ne l’a rien laissé toucher. Comme d’habitude, Anja se montre et parade ; Anja est un musée.

Elle se retourne subitement, sorcière de glace, qui fond face au feu ? Ou qui l’éteint ?

Elle n’est pas encore prête à parler mais le vent lui donne cet air sauvage, brutal qui la sied à merveilles. Puis finalement, les mots passent la barrière de sa bouche pour mieux lui éclater au visage, elle parle comme elle se bat.

- N’essaie plus de me changer. Je ne suis pas Chloé.

Green baisse les yeux comme on lui a appris. Parler de Chloé ce n’est pas admis, c’est Allen qui s’en sert pour le rabaisser, pour lui rappeler sa faute, c’est ses frères et sa soeur qui lui rappellent qu’il est un traitre. C’est un prénom qui disparaît sur le bout de la langue, à peine formé.
Mais est-ce que ça le blesse encore ?
Vraiment ?
N’a-t-il déjà pas fait le tout de la plaie, n’a-t-il pas fouillé à l’intérieur encore et encore, goûté le goût du sang et de la solitude ? Tout ce qu’il y avait à dire, il l’a hurlé, et Anja pense lui mettre ça dans les dents ?
Il a un goût de sang sur la langue et de déception, il s’attendait à avoir plus mal que ça, peut être aurait-il même souhaité souffrir plus, une batte de baseball dans les dents où alors un vent d’acidité pour tout raser.

Il sait néanmoins qu'il a touché Anja, quoiqu'elle puisse prétendre, que pour qu'elle aille pécher Chloé c'est qu'elle est acculée et qu'elle saigne.

Tant pis.

Elle part.

Il la suit.
Chien battu qui court après son maître.
Il ne se pose même pas la question, il pose ses pas derrière Anja sereinement, ils se sont crachés dessus, peut être peuvent-il avoir un peu de paix maintenant ?

Green évite surtout de se poser des question sur le fondement de leur relation. Il a toujours été contrôlé, manipulé, et maintenant qu’il est arrivé au sommet de la pyramide il agit comme un chien fou, enfin libéré de sa laisse, qui ne sait qu’aboyer après les voitures.

Il la rattrape en foulées souples, concentrées, vigilantes et s’enfile à ses côtés, attrape son bras et tire d’un coup sec. Il n’est ni doux, ni romantique, ni énervé. Il est Green, aussi vide de matière qu’on puisse l’être, mais ses yeux se collent dans ceux d’Anja.

- Désolé.

Il pourrait l’emmener au dessus, dans un arbre, voler un moment pour raser le sommet des toits, tendresse et douceur, quiétude de la nature mais non, elle n’a qu’une main refermée sur son poignet accompagnée d’une bulle de sincérité.

Mais que faire d’une honnêteté si elle n’est pas accompagné de changements ?

Mais Green reste Green, et les mots qui se posent sur sa langue ne sont là que pour être avalés. Il ne sait pas exactement pourquoi il l’a suivie, c’est comme une évidence, il est derrière elle, elle ne le regarde que quand ils se déchirent. Il a l’impression de n’exister que quand il lui fait mal, que c’est la seule solution, la seule issue possible pour qu’elle lève ou baisse les yeux, il ne provoque rien en elle sans ça. Depuis tout petit, le soldat n’existe que pour blesser. Il n’a plus des mains il a des armes, plus de mots mais seulement un silence meurtrier.

Il inspire pour parler, ouvre la bouche, « on m’a pas appris » mais il ne dit rien, il ferme la bouche, il baisse les yeux et il se tait à nouveau.
Là est sa place.

Mais il ne scelle pas ses lèvres et puis des petits mots en sortent, penauds, enfantins.

- J’crois qu’j’sais pas faire autrement.

Je ne sais pas aimer, je ne sais pas la patience, je ne sais plus le passé.

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MessageSujet: Re: To build a home   Mar 3 Juil 2018 - 15:08

Des pas. Une présence, lourde de sens dans son dos. Avant même qu'il ne soit vraiment là, la sorcière le perçoit, un frisson caractéristique traversant son être. Pourtant, la sorcière noire ne bouge pas, lasse de tous ces mots, de tous ces maux. Lorsque Green saisit son bras, Anja se retourne, poupée de chiffon contre le corps de son amant.
Un pas et tout bascule.
Un mot et tout ondule.

- Désolé.

Désolé et c'est tout. Mais ça ne suffit plus, d'être désolé. Ça ne la console pas, ça ne peut pas la sauver. Green n'a jamais su manier les mots ; toujours, ça tombait, douloureusement, tellement loin de tout ce qu'Anja pouvait espérer. La sorcière, de son côté, n'a jamais été capable de faire autre chose que de noyer les gens sous les mots. Mais on peut noyer ses ennemis, pas ses amants.
Encore moins son amour.

- J’crois qu’j’sais pas faire autrement.

Incapables d'aimer, incapables de vivre, incapables de se supporter. Si les fiancés ne se retrouvent que dans les coups ou le sexe, c'est parce qu'ils ne savent pas communiquer, qu'ils ne peuvent pas se dire "je t'aime" en le pensant sincèrement, qu'il ne peuvent pas se laisser aller, l'un contre l'autre, simplement.
Ce sont-ils jamais aimé ?
Sans doute, à leur façon. Il a dû se passer quelque chose entre eux, un peu plus que de la simple attirance physique ou de la curiosité pour des êtres étranges. Mais peut-être également que ça c'est perdu, et que désormais, il ne sont plus rien que des fiancés qui se sont perdus de vue, des lambeaux qui se délitent, au rythme de la vie.

'J'crois qu'sais pas faire autrement'

Les mots de Green résonnent dans l'esprit de la jeune femme, alors que ses yeux tombent dans les siens, infinis gouffres, parfait reflet de ceux d'Elaïa. Lentement, ces pouvoirs se calment alors qu'elle tend sa main, effleure la joue, avec une infinie tendresse qui contraste tant avec son coeur brisé en mille morceaux dans la poitrine.

- Je sais pas ce qu'on imaginait.

Le coeur lourd bat dans le coeur de la sorcière alors qu'elle prend conscience de l'ampleur du désespoir qu'il existe entre Green et elle. Amour décharné et haine éclatante, ne sont-ils bons qu'à cela ?

[...]

Nous sommes perdus. Tout est perdu. À quoi bon s'acharner à l'amour quand on y est incapable. Jamais ton père ne pourra m'aimer ; il m'en veut trop. Pour toi, mais également pour des crimes que je n'ai pas commis. Pour lui, je représente Rosenrot, l'oppression, la mort de Chloé. Je suis la méchante sorcière qu'il traverse de son glaive, métaphore de nos ébats. Il prend plaisir à me voir jouir parce qu'il sait que c'est là que je suis le plus faible.
Le plus vulnérable.
L'espace de quelques secondes, alors que je succombe à ma petite mort, il est victorieux et vengeur de tout le mal qu'ont pu lui faire les sorciers noirs. Peut-être également qu'il voit une certaine perversité à baiser la supérieure de son père, l'être qu'il hait le plus au monde, peut-être d'ailleurs le seul qu'il hait plus que moi.
Parce que ton père me hait Elaïa, ça j'en suis certaine. Il m'aime aussi, peut-être. Je le fascine surtout et la passion le dévore trop pour qu'il ne se laisse submerger par la haine. Mais je le vois dans ses coups quand on se bat ensemble. Dans son poing qui vrille dans mes entrailles et qui cherche, sans fin, à m'aspirer.
Si je ne me protège pas, un jour il me détruira.

Alors que faire ? S'en aller ? En épouser un autre ? Un Cross, un autre Soul, un O'Callaghan ? Un soldat en pâte à modeler, manipulable dans tous les sens du termes. Un homme qui dormirait dans un autre appartement et ne serait là que pour les cérémonies officielles. Un homme qui pourrait coucher avec d'autres, autant qu'il le désire, du moment qu'il le fait avec discrétion. Il serait tellement plus simple de poser une couronne en carton sur une poupée de paille.
Mais ça ne règlerait pas les problèmes. Nous reviendrions toujours au même stade, passionnel. Mon mari aurait ses amants, mais moi j'aurais Green. Et nous n'aurions de cesse de nous tourner autour. Parce que je le désire et parce que je protège ce qu'il désire le plus au monde.
Toi.
Alors il vaut mieux l'épouser lui. Puis le laisser partir, abandonner cette partie d'échec ridicule. Se marier, laisser la guerre se terminer puis lui donner ton adresse. Qu'il parte, sans un regard, sans un mot, avec rien d'autre que sa fille et une maison isolée du reste du monde. Toi, il saura t'aimer ; il en a déjà été capable par le passé avec Myaw, avec Chloé.

Je n'aime pas me rendre. Ça ne fait pas partie de mon éducation ni de la culture des sorciers noirs. Mais parfois il faut reconnaître qu'il vaut mieux abandonner pour sauver l'essentiel. Sauver Rosenrot.
Vous laisser partir, toi et lui. Et redevenir Anja von Duisbourg, cheffe de Rosenrot cruelle et au sang froid.

Entschuldigung,

Anja


Le calme se fait dans la tête de la sorcière noire alors que le plan se met en place. Les pièces se pose les unes face aux autres alors qu'elle délaisse cet amour absurde. Elle l'épousera, puis le laissera partir, au bon moment, avec leur fille. En attendant, elle doit redevenir la reine sur son échiquier avec un fou à ses côtés.
Green ne pourra jamais être roi.

La jeune femme se penche en avant, ses lèvres attrapant celles de son amant, se laissant une dernière fois aller à la passion. Un dernier baiser, vrai baiser tout du moins. Pas un semblant d'ineptie pour lui faire croire que tout va bien, pour rassurer Allen et Aria. Deux coeurs qui s'entrechoquent une dernière fois avant d'aller finir leur course en poussière d'étoile sur les rochers. Un adieu, enfin.

- J'abandonne

Murmure dans leur tête alors que la télépathie qui les avait lié le jour de leurs fiançailles se manifestent à nouveau. Green entendra-t-il ?
Il faut aimer pour entendre ?
Et est-ce que le soldat comprendre ? Devinera-t-il le sacrifice de sa reine ? Non, sûrement qu'il ne comprendra rien. Green ne comprend jamais ; ni les mots, ni les baisers, ni les larmes qui ont un moment embué les yeux d'Anja avant d'être refoulées alors que les lèvres se séparent.

Terminé Anja et Green.
La reine a tout sacrifié désormais.

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MessageSujet: Re: To build a home   Jeu 5 Juil 2018 - 16:16

Il a l’impression que cette journée ne s’en fini pas. Ils étirent des banalités à longueur de semaine, des coups et du sexe, pas de mots mais des regards crus, acérés, du sexe encore et puis de l’absence. Beaucoup.

Il l’a suivi sans savoir vraiment pourquoi et Anja, à présent, le laisse rester à ses pieds sans raison non plus. Tout se distant, temps relatif qui n’en peut plus de rester à l’arrêt. Si ça ne tient pas debout, ce n’est peut être pas leur faute mais une fatalité, le destin, la vie.
Peut être ne sont-ils pas faits pour être ensemble. Green pince ses lèvres; il ne croit pas en une destiné unique, il a cru à sa famille, il a cru en Bleu, il a cru pour Chloé une suite possible. Il a imaginé un avenir avec Myaw, il s’est imaginé Elaïa dans ses bras.

Jamais Anja.

- Je sais pas ce qu’on imaginait.

Rien, justement. Il n’y a pas eu de préméditation, dans ses rêves, Green ne baise pas Anja. Il ne le peut pas, il n’en a pas le droit, toujours pas, et ce n’est qu’au réveil qu’il se rend compte du corps étendu, comme une autre vie différente. Séparé en deux, l’éducation qui délimite trop bien les droits et qui ne cède pas, maintenant qu’il peut.

Il attend comme un vampire sur le pas de la porte.

C’est bon maintenant, Green, tu peux faire revenir tes sentiments. Tu peux faire revenir tes mots, personne ne te demandera de les reprendre, personne ne te frappera pour avoir glapit de douleur.

Personne.

Sauf Anja ?

Elle se penche avec douceur et légèreté. Il ne sait pas d’où il vient, ce mouvement aérien entamé comme si rien n’avait eu lieu. Il se sent perdu mais il laisse venir, coups et blessures, baisers et sensualité peu importe, ça vient d’Anja. Il la déteste, la méprise, l’aime, la veut, la repousse, elle le dégoûte mais elle l’attire.

La mouche dans la toile, le papillon dans la flamme.

Et puis alors.

- J’abandonne

Ce matin, elle a dit « tu m’as manqué » et maintenant elle pensé « j’abandonne ». Comme ça, en quelques heures, quelqu’un a soufflé sur le château de cartes et il s’est effondré. Mais Green transporte sur ses épaules toutes ses contradictions et il fronce les sourcils, levant ses yeux blessés vers la blonde. Ses sourcils sont haussés, plissés dans cette expression de peine.

Voilà, c’est ça. Il a de la peine, son coeur se serre.

Lui qui essaie, qui pense vraiment qu’il essaie, il regarde avec un pieu au coeur la jeune femme baisser les bras. La moitié de lui est trop vieille pour réagir, l’autre est trop fatiguée.
Il ferme les paupières mais quand il regarde à nouveau Anja, c’est avec le menton levé plein de défi.

- Non.

Et puis c’est tout. Il est hors de question de tout recommencer, de serrer quelqu’un d’autre dans ses bras, d’apprendre à embrasser d’autres lèvres, il est hors de question d’apprendre d’autres courbes dans la noirceur d’une autre chambre, de connaître les préférences, de savoir si l’autre sucrera ou pas. Il en a assez de devoir se trouver un autre chemin, pour une fois il veut savoir ce qu’il y a au bout. C’est injuste, pourquoi est-ce qu’il devrait arrêter tout ça ?

Parce que ça fait mal ?
Parce que cette fois, ça fait un peu trop mal ?

Elle a osé lui mettre cette pensée dans la tête, une télépathie pour mieux ancrer le propos, mais têtu et buté le garçon, une moue en colère sur le visage, continue de parler :

- M’abandonne pas. T’as même pas essayé.

Il sait que c’est méchant mais n’en a plus rien à battre. Peut être qu’elle lui a tendu des perches, peut être qu’il a été aveugle.

- Comme avec Elaïa. T’as même pas essayé de la garder.

Il se sent enflé d’une colère qui ne s’apaisera pas mais ne le montre pas. Seules ses joues se colorent d’un rouge vif. Il a quand même bien envie de hurler que si Anja n’est pas capable d’essayer plus fort alors il ne la connait pas, alors ce n’est pas celle qu’il a baisé sur son bureau, celle à qui il a fait un enfant.
Mais si Green sait taire les mots qui feraient du bien, il sait aussi tuer ceux qui feraient du mal.
Il vrille ses prunelles dans celles bien trop connues de sa reine.

- S’il te plaît.

Il souffle.

- Laisse-nous recommencer à trois.

Qu’en dirait Allen ? Arya ? Les Souls ? Cyan ? Olive ?
Bleuann ?
Qu’ils parlent, Green a été sacré roi, on n’enlève pas la couronne de la tête de celui qui peut nous la trancher.

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