So she can make you make mistakes


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 So she can make you make mistakes

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Exorciste Humaine
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Rhyan L. James
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MessageSujet: So she can make you make mistakes   Jeu 11 Oct 2018 - 11:18


To love or have loved, that is enough. Ask nothing further.
There is no other pearl to be found in the dark folds of life.”
Le visage a cinq centimètres du mien, mâchoire fermée et les pupilles dilatées d’une colère que je ne connais pas. Mes doigts arrêtent de gratter la tête de la bestiole qui s’ébroue. Il lâche :  « tu m’en dois une, tu t’en souviens ? »

J’m’en souviens, ouais.
Quand le dossier glisse entre mes doigts, je sais d’avance que c’est mal parti pour moi. Il est épais, épais comme un dossier sur lequel il y aurait eu plusieurs tentatives et que des échecs. Sinon il aurait été classé, non ? Je retiens des noms - humains noirs - et des endroits. Enfin, un endroit. Varsovie.

« Tu descends dans le sous-sol. Au troisième sous sol. Tu poses des runes et des explosifs sur les piliers et tu provoques une onde de choc. L’escalier a été runé pour que tu ne puisses pas passer au travers : le plan c’est pas compliqué. Quand tu vas faire tout exploser, tu laisses tous les gravats passer à travers toi et tu remontres l’escalier pour en sortir. Tout doit sauter. T’as quarante minutes trente pour poser les runes d’exploser »

J’avoue, j’ai cillé.

« - C’est pas hyper possible, ça.
- Je sais.
- Et du coup ?
- Le plan reste le même. Tant que tu réussis à faire tout exploser en bas.
- Avec des runes ? Et des explosifs ?
- Ah non mais après, la façon dont tu t’y prends, j’m’en tape. Mais au moment où t’arrives au troisième sous sol, t’as quatre minutes trente. »

J’avoue, j’ai vraiment cillé.

« - Il y a cinq autres exorcistes sur le terrain. Tu te rappelles d’Alcott ? Il est infiltré depuis un bon mois et ça fonctionne bien. Les quatre autres sont des femmes, c’est tout dans le dossier.
- C’est quand ?
- Dans neuf jours. Un appart est loué à proximité.
- Et comment tu justifies ma présence ? »

Son sourire fait une apparition soudaine.

« - Alcott a dit qu’il connaissait quelqu’un qui savait couler des bateaux, mais qu’elle fonctionnait en binôme. Tu leur fais une démonstration vents et tempêtes, blabla. Alcott lance la distraction et tu descends rapidement, tu fais tout exploser, tu remontes par l’escalier, les téléporteurs te récupèrent.
- Non mais|
- Oublie pas pour le binôme. Trouve toi un bras solide. »

Normalement à Orpheo, on est mis par paires, par binômes, on ne nous demande pas de « ramener des gens ». Je me sens prise au piège et j’ose espérer que Simje ne m’a pas trahie. Mais c’est pas le style de notre clan non ? Je le vois pas non plus se mêler à mes affaires et coincer Cyan pour le tuer pour me sortir de cette relation. Il s’en fou, des relations, non ?

IL S’EN FOU DES RELATIONS, NON ?

« C’est bien payé Rhy. »

Oh my. J’me sens baisée et j’ai pas le choix, je sais que j’aurais une visibilité si je réussi cette mission. Faire sauter un sous-sol. Il sait que je peux le faire, et comment est-ce qu’il sait ça ?

COMMENT EST-CE QU’IL SAIT ÇA ?

Putain de ses morts.
Je grince un peu mais je finis par contacter Cyan. Rendez-vous dans un café assez populaire, où il veut. Paris, Varsovie, Berlin. LA Grèce est encore fraîche dans ma mémoire et j’espère ne pas tout ruiner en l’entraînant là dedans avec seulement des thunes à la clé. Et moi un peu, ahah. Je n’ai pas de séjour trop cool à lui proposer, pas de mer, d’océan, de jolie robe ou quoi. Je me détends un peu en pensant avec la facilité avec laquelle ça s’est déroulé, bliss and smooth. Tellement facile de traîner ensemble alors qu’on se cache tout, qu’on est obligé de mentir ou déformer. Pourquoi est-ce que ça marche aussi bien ?
Ma tête est pleine de sa peau.
J’ai besoin de lui, et c’est ce que les gens qui tiennent les uns aux autres, font. ils rappliquent. Parfois même sans poser de questions. C’est pas exactement ce que je demande à Cyan, mais peut être que c’est la seule façon où je peux m’en sortir. On y va, il balance tout, on rentre. Fin.

Peut être qu’il est occupé après tout, non ?
Peut être qu’il est en mission ?
Avec son frère ?

Mmh. Ça doit être dur de cacher des trucs à son jumeau alors que raconter c’est juste humain. Un besoin de communication et d’assurance, de confort. Comment est-ce qu’il fait ?
Aucune idée.
J’envoie le message, et puis c’est tout.
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Cyan Soul
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MessageSujet: Re: So she can make you make mistakes   Jeu 11 Oct 2018 - 15:59


"So she can make you make mistakes"


C'est comme si on jouait à qui atteindra l'autre en marchant sur une corde d'équilibriste, avec des crocodiles comme filet de protection. On sait pas si on doit hésiter, avancer, reculer. On sait juste qu'on finira par tomber.

Je vis au jour le jour. C’est absolument nécessaire pour éviter d’avoir à se poser des questions sur nos agissements. Ça permet de ne s’attacher à rien ni personne. C’est ancré dans mes gênes que l’attachement, l’empathie c’est rien qu’une mauvaise chose. C’est souvent répété par les méchants des films et des dessins animés. Avoir de l’empathie pour les autres, ça nous affaiblit. Ça fait appel à une partie du cerveau qui n’a pas lieu d’exister. Les gentils ils répètent qu’avoir des amis, ça permet de se sentir au contraire plus fort. Moi, je pense surtout qu’il n’y a que les plus faibles qui s’entourent le plus parce que la sélection naturelle les achèverait auquel cas. Si t’es capable de sauver ta peau, à quoi bon s’entourer de personnes moins compétentes ? À s’y attacher ? Ces fantasmes d’adolescentes qui s’identifient à cette jeune fille sauvée par le plus fort, le plus beau du collège ou lycée, c’est rien qu’une réponse à leur propre inutilité. Elles reportent leur incapacité à faire face au monde en s’entourant d’une force extérieure qui, éventuellement, tomberait amoureux d’elle et tout ira bien. On fait croire aux femmes qu’elles doivent dépendre d’un tiers, d’un homme le plus souvent pour s’émanciper.
Ça m’énerve.

J’ai regardé un film de ce style y’a quelques jours. Pour fêter le retour d’Olive. On a commandé des pizzas, on s’est posé devant la télévision et on a choisi le film le plus con possible, pour voir qui craquerait le premier. J’ai bien cru attaquer le rose de mes ongles avant qu’Olive ne donne un coup dans la table basse et fasse tomber tout son contenu sur le sol. Le machin est passé en fond pendant qu’on a tout nettoyé. Il m’a raconté sa dernière mission. De l’imbécilité d’un de ses apprentis qui avait bien manqué de tous les tuer. Qu’il avait l’impression que ça faisait des mois qu’on s’était pas revus, occupés à être envoyés sur des missions différentes pour brouiller les pistes depuis le meurtre du directeur. Faut croire qu’ils ont été particulièrement virulents Orpheo. J’ai bien failli me faire attraper plusieurs fois. Et puis, j’lui ai dit que c’était pas plus mal qu’on demande à Rosenrot de nous remettre ensemble.

Ça s’est plutôt bien passé. L’organisation a accepté. Elle nous a mis sur un gros fonçage dans le tas, avec une vingtaine de sorciers noirs. J’avoue, si Olive s’en est satisfait, moi j’ai assez râlé en mon for intérieur. Même si je ne dis jamais non à une bonne mêlée, en attendant j’aurais espéré une vraie mission à deux, mettant en avant mes capacités de réflexion avant mon pouvoir. Mais bon, on ne remet pas en question les ordres.

Enfin, en temps normal.

En fait, j’ai reçu un message de Rhyan.
Qui me demandait de nous rencontrer quelque part, dans une grande ville. J’ai essayé d’ignorer le sourire sur mes lèvres et le frisson de bonheur. C’est plus facile comme ça. Quand je lui ai communiqué ma ville de séjour, j’ai même pas cillé. Comme si c’était normal. Hambourg. Une manière de se rapprocher de Berlin sans en être trop proche pour autant.

On s’est donc vus. Elle était aussi rayonnante que la Rhyan que je connaissais. Aussi imprévisible. Aussi vivante et parallèlement torturée par ses démons. Aussi présente qu’absente. Elle m’a expliqué la raison de son déplacement. Qu’elle avait besoin de moi pour une mission. J’ai à moitié tiqué, sur la défensive. J’ai conscience de l’avoir volontairement mise dans une sale situation en Grèce, mais je sais que je n’étais pas prêt à me placer du côté d’Orpheo pour autant. Agir contre mes semblables, aussi idiots, aussi meurtriers soient-ils, ne fait pas partie de mes préceptes.
Mais alors, elle m’a annoncé qu’il s’agissait d’humains noirs et alors là, j’ai oublié que ce même jour j’étais justement en mission avec Olive. J’ai vaguement acquiescé de la tête. Même après avoir entendu que la mission se tiendrait à Varsovie. J’ai pas montré un seul signe de méfiance. Je me suis pas dit à un seul instant qu’ils auraient simplement pu me pêcher là-bas. On s’est quitté et c’est qu’au moment d’empaqueter mes affaires qu’Olive s’est pointé dans ma chambre.

Intrigué.

-Tu vas quelque part ?
Je vais quelque part ?

J’ai lâché mon sac et j’ai jeté un regard abattu à mon reflet. Qu’est-ce que je fais ? Pourquoi est-ce que je perds tous mes moyens, toute mes capacités de réflexion quand je suis avec elle ? J’ai vraiment du mal à assumer qu’il se pourrait bien que je l’aime plus que je me laisse y penser. Je remets toujours toutes les pièces à conviction sur la table après l’avoir quitté et je vois les nouveaux souvenirs qui m’amènent à l’observer toujours plus précisément. Aussi inconcevable que cela puisse paraître, il semble que je lui fasse vraiment confiance.

Il serait temps que je l’accepte, à défaut de pouvoir luter.

-On m’a assigné une autre mission pour demain. Désolé, le duo sera pour une prochaine fois.

J’crois que pour la première fois, Olive il m’a regardé de travers. J’ai cru croire que mentir ça allait être une bonne idée, mais c’en était une mauvaise. Il a curieusement pas insisté mais j’ai compris que ça allait probablement moyennement bien se passer au retour, qu’il serait capable de fouiller mes archives pour trouver l’autre ordre de mission et de se rendre compte qu’il n’existe pas. Et là, ça deviendrait plus grave.
J’ai repris le sac et j’l’ai posé dans mon dos en passant devant lui.
Sans rien dire.

Et puis j’suis parti. J’ai pris l’avion jusqu’à Varsovie et là j’l’ai attendu, un peu sur mes gardes. J’ai réintégré mes cheveux blonds et j’ai mis des lunettes, juste au cas où. Qui sait s’il y a des conservateurs par ici. Je lui ai même pas demandé si elle était censé faire ce travail avec d’autres exorcistes, s’il aurait fallu que je vienne déguisé. J’ai cru comprendre qu’il fallait faire sauter un sous-sol. J’avoue, sur le coup, j’ai ri. Parce que c’est facile. Puis je me suis rendu compte que le don d’onde de choc était pas à la portée du premier venu et que sans lui, faire sauter un sous-sol, ça peut vite devenir compliqué.
Bref, y’a donc juste besoin que je fasse exploser deux-trois murs porteurs. Comment elle se serait débrouillée, du coup, si j’étais pas là ? Non pas que je doute de ses capacités, mais à moins d’être vraiment sûr d’avoir un gars comme moi dans les rangs, faudrait au moins être une petite dizaine pour mettre suffisamment d’explosifs sans être découverts. Du coup, soit il y a vraiment plein d’exorcistes et ça va vraiment promettre d’être une journée riche en émotions, soit ils savent déjà que Rhyan connaît un doué spécialement doté de cette intéressante capacité. Autant vous dire que, contrairement aux métamorphes et élémentariste, les ondes de choc, j’en ai croisé… 2 dans ma vie.
Et j’les ai tué.

Elle m’a balancé sur le téléphone une adresse et je m’y suis rendu. Au pied d’une pseudo-auberge. J’avoue, j’ai pas trop voulu entrer. Faut pas oublier que pour le coup, je suis parfaitement infiltré chez les exorcistes et je vais travailler pour eux… Enfin non. Pas question. Pour Rhyan. Juste pour elle.
Je me pose, toujours avec mes lunettes sur le nez, contre le mur d’une maison, les bras croisés. Espérons qu’elle rapplique pas avec des exorcistes. De loin, on me reconnaît pas, de près c’est pas tout à fait pareil. J’lui envoie un message pour lui dire que je suis sur place.

J’suppose que je suis à la bonne place ?

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Rhyan L. James
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MessageSujet: Re: So she can make you make mistakes   Ven 12 Oct 2018 - 17:46

RHYAN


b e l l y
a c h e
Il a dit oui et la pression est montée d’un cran. Le café était bondé et empli de gens colorés, bruyants, des robes et des couples, des talons et autant de noeuds coulants autour de leurs cous. Comme le mien qui se resserre. On va se faire prendre et on se retrouvera étonnés d’être brûlés. Mais j’peux plus sortir ma tête de la corde maintenant et j’en suis bien consciente. Tout comme je sais que c’est peut être Cyan qui poussera le tabouret.

Tant pis.

Il a dit oui.

Varsovie n’a pas changée, toujours aussi similaire et étrangère à Berlin à la fois, plus froide, raciste et multiculturelle à la fois. Des quartiers incroyables et des gens qui m’insultent quand j’vais acheter à manger parce que je ne parle pas Polonais. Simje trouve la ville folle mais parfaite. Quelle autre façon de décrire l’ambiance ?

Lames runées, silencieux, lames de cutter et de rasoir. J’adore les lames de rasoir ; paraît tout de même que chez les gentils on essaie d’être gentils et pas de cutter trop de tendons. J’suis bien tentée de faire enchanter ces petits bouts de métal pour handicaper à vie un sorcier. Ça serait étrange non ? Les pauvres petits habitués à se soigner d’un mouvement de mains, collés à vie au fond d’un siège, inutile. Peut être lapidés par les autres. Qui sait.

Il arrive et je sais que je suis prête. Je sais aussi que les autres exorcistes seront sur place et que ça va être chaud de faire ça bien, vite, et discrètement. La plupart d’entre eux. n’ont jamais bossé sur des gros dossiers noirs et n’ont pas appris des visages par coeur. Ils ne sont que des tremplins, des ponts, des tapis comme les appelle nous : ceux qui protègent nos pieds nus et récupèrent le sang. Ils sont implantés dans des zones sans grande connaissances pour être crédibles et récupérés après coup. Comme moi à la banque, ponçage de dossiers en moins. Aucune raison qu’ils ne reconnaissent Cyan. Reste Alcott. J’espère qu’il me fait confiance ; je ne vois pas pourquoi il me ferait confiance. Peut être parce qu’on est tous les deux des gentils.

Tu m’en diras tant.
Une gentille de qualité vous avez là. Une pute qui vend sa vie et ses valeurs pour un élan de vérité. Une vérité parmi tant d’autres que j’aurais pu choisir de la même façon.

Bref.

Mon téléphone vibre ; Cyan est déjà là. Tant mieux, moi aussi. Je passe à travers la porte, je préfère toujours faire un peu mes gammes avant les missions, ça aide à se concentrer et être plus sûr de soi. Petit sourire discret, j’ai un poids d’une demi-tonne sur les épaules mais j’crois que j’aime être chargée.

- Hé.

Toujours pareil. Toujours pareil mais en mieux, toujours en mieux. Je sais que c’est souvent comme ça, on gravit une montagne qu’on fini toujours par redescendre. P’t’être pour ça qu’on monte à petits pas.
L’appartement est trop proche du lieu de rendez-vous, je ne veux pas prendre le risque d’être aperçue. Des miens ou des leurs, je m’en fou. En plus Cyan avait l’air plutôt super chaud pour aller botter le culs d’humains noirs.

Humains.

M’enfin, on est tous dans le même bateau quand même.
Je m’approche un peu, voix blanche et directe.

- Là-bas, je te protège. (c’est un ordre, j’essaie de faire genre que ça en est pas un mais c’est une nécessité) Vous avez un entraînement trop particulier, même votre façon de marcher on sait à des kilomètres que vous êtes des Souls. Si ça dérape un peu, c’est moi qui suit aux commandes. Si ta couverture saute,, c’est moi qui gère aussi. Si vraiment ça part en couilles, sauve ta peau hein. Mais tant que ça se tient, t’es juste mon binôme. J’crois que y’a une histoire de runes de puissances sur toi qui m’aident.

Je me rends subitement compte que « j’crois » c’est la pire injonction du monde, professionnelle en carton la Rhyan et je ferme subitement ma gueule alors que mes joues s’embrasent.
Je déteste ça, rougir comme ça, là, ça sert à rien du tout.

- Je suis sûre que Alcott, le contact sur place, a monté une histoire comme quoi tu avais un décuplateur de puissance.

J'aimerais ajouter "fais moi confiance" mais je trouve ça débile. Déjà, parce que dire à quelqu'un "tu peux me faire confiance" c'est lui voler son jugement. Laisse à la personne le soin, petit à petit, de déterminer si il peut me faire confiance ou pas.
Ensuite, si il est là je suppose qu'il a fait son choix.

Bien, ceci étant dit.
Allons joyeuse dans cet immeuble. Il n’a que deux étages mais trois en sous sols, ce qui est assez oppressant. Mais bon. Il est fait d’un seul bloc, un tube fragile qui bientôt volera en éclats.

On arrive sur le lieu. Je sais immédiatement qui sont les contacts pour avoir vu des photos et nous sommes accueillis par un petit groupe d’humains, donc, qui me dévisagent. Plus moi que Cyan. Bien.
Aucun mot n’est échangé mais après avoir pénétrés dans le hall, une vague de scepticisme sous-jacent s’enroule autour de moi. Je fais claquer la porte d’un coup de vent.

Mieux ?

Les larbins - clairement, on va pas se mentir - hochent la tête et nous entraînent dans une salle avec un haut plafond. Un énorme bulbe lumineux vascille au dessus d’une table où il y a des dossiers mais aussi quelques assiettes sales et des feuilles séchées de plante vertes - ou de magie ? Aucune idée.

Nos noms ne sont pas échangés.

- Asseyez-vous.

Alcott est à côté de lui. On ne m’a pas prévenue de la distraction mais je suis assez vive. d’esprit pour capter une grosse diversion. Enfin j’espère que ça sera assez gros.

- Vous avez un dossier avec le lieu en question, le bateau en question. Un quart de la paye pour vous. Le reste après exécution de la mission.

Je souris.

- Trois-quart.
- Comment je sais que vous allez respecter votre parole ?
- Scellons nos mots avec une rune.

Il fronce les sourcils - le bluff est la vie que je mène. Je n’ai aucune idée de si ça existe ou pas mais ma voix n’a pas tremblé. Une rune peut-elle forcer quelqu’un à faire quelque chose ? Faire exploser quelqu’un ? Un sac ? Détruire de l’argent ?
Aucune idée, j’ai pas demandé à Simje. Peut être qu’il n’en sait rien également. C’est dire.
L’homme jette un regard à un larbin qui hausse les épaules et disparaît. Tic tac tic tac. Il redescend avec une femme, visiblement la grande patronne. Elle n’est pas très grande, les cheveux dans un carré lisse sous simple, aucune démonstration de force mais il émane d’elle une horreur de puissance.

J’suis pas à l’aise mais je m’entends dire, toujours sur mes putains de grands chevaux que je ne maîtrise pas.

- Trois-quart de la somme et votre bateau est torpillé.

Ma voix est légèrement sifflante et j’essaie de rester poser dans mes bottes, de ne pas trop penser à mon binôme. Les lecteurs de pensées - bien que je suis runée - me cassent allègrement les couilles.
La fille me fait un petit sourire.

- La moitié et vous sortez d’ici vivante.

AH!
Bon. En soit, je m’en fou parce que ce soir c’est toi qui meurt. Je déglutis, prend un air vaguement déstabilisé. Je serais idiote d’ânonner « nan, les, trois, quarts » mais suspecte de dire oui maintenant.

- Vous menacez ma vie alors que je suis venue vous prêter main forte ?
- Vous êtes humaine n’est-ce pas ?

Okay, 1-0, déstabilisation active. J’ai vraiment pas envie qu’on cause de ça devant le Soul, encore moi si elle me sert un petit pitch « liguons-nous contre ces vieux sorciers qui puent ». Mais elle m’a vu ciller et elle sourit.

- La moitié ?

Mes lèvres se pincent.

- La moitié.

Je lâche mon don dans un vertige fort désagréable - mais on n’a rien sans rien - et une pluie s’abat sur les vitres sans aucun son. Okay, bien joué l’insonorisation. Leur immeuble à l’air pas mal au point sur les normes de solidité quand même. Je ne sais pas exactement ce que Cyan a sous le pied mais j’espère que c’est pas un petit caillou. Plutôt un rocher. Un rocher dans lequel il y aurait escalibur.

J’dis ça en passant.

On me passe les dossiers que je réceptionne. Elle siffle.

- Et votre binôme, il doit venir avec vous couler le bateau ?

La question lui est directement adressée et mon corps se fige en plomb. Chill Rhy, chill. En deux trois claquements de volets Alcott aura trouvé une idée.
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MessageSujet: Re: So she can make you make mistakes   Ven 12 Oct 2018 - 23:41


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C'est comme si on jouait à qui atteindra l'autre en marchant sur une corde d'équilibriste, avec des crocodiles comme filet de protection. On sait pas si on doit hésiter, avancer, reculer. On sait juste qu'on finira par tomber.

Ouais, j’ai dit oui. J’me suis pointé comme une fleur à Varsovie après avoir décapité le directeur de Pologne quelques mois auparavant. Sérieusement, j’ai rarement été aussi immature dans mes prises de décisions. Bon, c’est vrai qu’à l’écoute du mot « humain noir », je me suis un peu emballé. J’ai tellement l’habitude d’être envoyé contre des exorcistes que j’ai tendance à les oublier. Il faut dire qu’ils sont encore trop marginaux, trop isolés pour constituer une véritable menace. En général, on envoie des sorciers se faire la main contre eux. Les exorcistes, c’est pour ceux qui ont un peu plus de réussites à leur actif.

N’empêche que si les supérieurs me voyaient à l’heure actuelle, j’pense qu’au mieux mon nom me sauverait et j’prendrais la roustée du siècle de papa Soul ou alors ils craqueraient vraiment et chercheraient à me tuer. Fort heureusement pour moi, j’ai plus à leur apporter en étant vivant que mort. Et puis, ils auront du mal à m’en vouloir d’aller frapper de l’humain noir sur mon temps libre. Enfin, temps libre c’est vite dit. Quand ils verront débarquer Olive seul et qu’il haussera simplement les épaules quand on lui demandera où je suis, faudra qu’à mon retour j’ai une explication en béton pour satisfaire et Rosenrot et le Soul qui me sert de frère. Bah, pas que ce soit particulièrement compliqué de passer outre la surveillance de l’organisation. C’est plus le Soul qui obscurcit mon tableau.
Bref, j’ai mes lunettes et j’me rends bien compte à quel point c’est peut-être encore un peu plus louche de porter des lunettes en étant en mission. En général tu prends des lentilles, tu t’amuses à pas à risquer de perdre la vue si jamais tu dois faire une roulade. Mais bon, hein. En attendant, pour le moment, ça me va. Si on me demande de les retirer, j’l’ai retirerai.

- Hé.
-Yo.

Elle m’fait rire avec ses mots d’accroche. Un petit salut tout neutre, presque désintéressé. Genre j’ai calculé que t’étais là c’est bon, on y va. Pas que ça me dérange, en général on prend même pas le temps de se saluer chez nous en mission. Et puis, ça instaure un petit rituel. Je sais que les habitudes c’est pas bon, mais c’est ces mêmes habitudes qui permettent de déceler une situation hors du commun et déterminer si ça va. Ou si ça va pas.

Elle s’approche bien vite de moi. J’ai laissé mon sac quelque part à l’abri des regards. Bah, y’a rien de terrible dedans, juste un change au cas où, lorsque je devrais reprendre l’avion pour éviter d’être couvert de sang. En fait, ça donne surtout une excuse pour s’en foutre partout. Les armes, je les ai sur moi. J’ai senti une certaine fébrilité de la part de mes lames – oui, j’interdis qui que ce soit de juger de l’émotivité de mes armes – donc j’ai pas pris de pistolet. Elles se sont senties mises à l’écart depuis les dernières missions alors qu’elles savent très bien que je le aime plus que tout et que je suis bien plus précis avec elles. Bref, du coup, j’ai pris que des lames. Accrochées à une de mes cuisses et quelques-unes à ma ceinture. Certaines basiques, d’autres un peu plus offensives.

- Là-bas, je te protège. Vous avez un entraînement trop particulier, même votre façon de marcher on sait à des kilomètres que vous êtes des Souls. Si ça dérape un peu, c’est moi qui suit aux commandes. Si ta couverture saute, c’est moi qui gère aussi. Si vraiment ça part en couilles, sauve ta peau hein. Mais tant que ça se tient, t’es juste mon binôme. J’crois que y’a une histoire de runes de puissances sur toi qui m’aident.

A ce moment, je me rends compte à quel point je me suis embarqué dans une histoire qui ne me concerne, mais alors, pas du tout. Et surtout, qui n’est pas du tout adaptée à mes méthodes de travail. 1. En général, je sais déjà tout en arrivant. Là, concrètement, je sais qu’on va taper sur de l’humain noir et faire sauter un bâtiment et ça s’arrête là. Fantastique. 2. Je travaille soit seul, soit avec Olive, soit comme membre extérieur d’un groupe. Comme pour faire sauter la tête du directeur. Là, on me sort « là-bas, je te protège ». Ça peut paraître rien mais dans ma tête, ça fait « Oh là. » voir même « Hoooollaaa ! » genre, Cyan, tu réagis pas, je gère tout. Dire à un Soul d’être pseudo-inactif en mission, c’est comme demander à un four d’arrêter de chauffer. Déjà, il réagira pas parce que c’est un objet, ensuite il continuera à faire ce pourquoi il est programmé. Et entre un Soul en mission et un objet, franchement, ça me tue de le dire, mais y’a pas beaucoup de différences. En tout cas pour les aînés de la fratrie.
Du coup, je grimace un peu. Je réajuste mes curseurs et j’essaye de tourner ça pour que ce soit compréhensible, genre, on me couvre pour que je puisse foncer au sous-sol et tout faire péter. Je gère juste pas le premier acte. Même si c’est difficile de devoir me sentir inutile… non. Dépendant d’autrui sur une mission qui ne me concerne de base, pas, c’est vraiment quelque chose que je n’ai pas l’habitude d’expérimenter.

Mais bon, elle rougit donc ça vaut bien le coup de passer au-dessus de ça, non ?
J’suis devenu un vrai crétin, ma parole.

- Je suis sûre que Alcott, le contact sur place, a monté une histoire comme quoi tu avais un décuplateur de puissance.

Alcott. Putain mais quel prénom. Ça existe même ? Maintenant tout de suite, je lui mets un bec de coq sur la bouche et des grands yeux globuleux. Alcott. Ça fait aussi penser à un nom de poisson. Je sais pas pourquoi. Genre un minuscule poisson avec des zébrures argentés. Mais je m’y connais pas en poisson et j’en mange pas donc on va s’arrêter là. Bon, donc, concrètement, faut juste que je ferme ma gueule pendant la première partie et que je les regarde silencieusement. Moins j’en fais, mieux je me porte parce que j’ai l’air de transpirer le Soul. Vas-y, pourquoi tu m’as appelé si t’es persuadé que ça va partir en cacahuète. Sérieux. Je sais pas comment on est censé marcher autrement. Et puis ça veut rien dire, marcher comme un Soul.

Bon. Je me tais et j’attends qu’on me fasse une haie d’honneur jusqu’aux sous-sol, j’éclate la magie et paf, problème solved. Ça me paraît simple. Trop simple. Ils ont vérifié l’état des sous-sols ? Si y’a des runes de blocage, va falloir les désamorcer une à une parce que mon onde de choc sinon elle sera juste aussi efficace qu’un pet. L’odeur en moins.

J’acquiesce sans broncher. Histoire de me mettre dans mon rôle, parce que si je commence à parler maintenant, dans deux minutes, je râlerai, la mission n’aura pas commencé et je refuserai de me contenter d’un rôle d’observateur.
Elle me précède donc et pénètre dans un bâtiment non loin. Ça fait claquer la porte derrière notre passage et je sursaute à moitié. Elle va se calmer, la miss météo.
Mis à part ça, y’a tout de même une belle petite concentration de personnes. Je pensais pas qu’il y avait autant d’humains noirs dans le coin. Ça vaut le coup de faire une petite razzia avec les potes une autre fois. Enfin bon, étant donné l’objectif de la mission, il me semble qu’il va falloir chercher un autre groupe après celui-ci.

On arrive dans une grande salle bien haute. Ça fait très informel, c’est froid, on dirait un interrogatoire avec des jolis murs juste pour déguiser le mot. Va falloir songer à investir dans des tapisseries, papiers peints si y’a pas le budget avec des couleurs m’voyez. En temps normal, j’me fiche pas mal de l’endroit où j’me rends, mais voyez, visiblement là j’ai tout le temps du monde. Et puis, j’évite le regard des autres. Puisque je marche déjà comme un Soul, j’imagine pas le regard que je dois naturellement avoir.

- Asseyez-vous.

Pourquoi faut-il que les méchants paraissent toujours aussi… méchants ? On peut être méchants avec le sourire, on peut tuer en riant. On peut proposer de s’asseoir et offrir le café en même temps. Non ? Rabat-joie. Je croise bras et jambes. Je sais que c’est une position défensive si y’a des gens un peu calés sur les significations des positions du corps mais vaut mieux leur faire croire que j’suis pas une menace que l’inverse. Je m’assoie donc à côté de Rhyan et un autre se pose à mes côtés. J’dois écouter, juste écouter. J’vais me rallier au fourgon au fil de la discussion pour comprendre de quoi il en retourne et on verra. Apparemment, j’ai un décupleur de puissance. Ou je suis un décupleur de puissance ? Pourquoi ? Ils veulent pas volontairement faire sauter leur bâtiment, non ?

- Vous avez un dossier avec le lieu en question, le bateau en question. Un quart de la paye pour vous. Le reste après exécution de la mission.

Bateau ? Ok, donc ça parle d’un bateau. Y’a différents papiers étendus sur la table et je jette un vif coup d’œil pour déterminer lequel sera présupposé comme m’indiquant la raison de notre présence. Enfin, l’excuse. J’me sers, donc, sans avoir demandé quoi que ce soit à qui que ce soit, sur le dossier le plus proche qui a l’air de faire mention d’un bateau. On me regarde un peu de travers mais j’en ai, alors, rien à faire. Surtout que si mes yeux sont posés sur le dossier, mes oreilles sont tendues sur l’échange.

- Trois-quart.
- Comment je sais que vous allez respecter votre parole ?
- Scellons nos mots avec une rune.

Ok, donc pendant que ça pose les termes du contrat, moi je me concentre sur l’objectif. Faire péter un bateau. Au moment où je lis l’ordre, je tique. Je connais le nom de ce bateau. Enfin, pas personnellement, je suis jamais monté dessus, mais c’est un transatlantique. Noir, principalement. Enfin… sorcier noir. Rosenrot. Et si je le connais, c’est parce qu’il a été financé par les Soul. Il transporte pas mal d’armes. Même si les bateaux, c’est pas énormément utilisé avec toute la téléportation etc, c’est quand même bien pratique pour passer relativement incognito d’un continent à l’autre. Voilà qu’ils veulent le torpiller. Et puis que ce soit, par-dessus tout, moi.
Honnêtement, je me retiens de tout mon être, j’fais appel à tous mes ancêtres de m’empêcher de partir dans un rire tonitruant. C’est un gros gros comble. J’aurais pas fait mieux. Je pince ma lèvre de l’intérieur et récupère discrètement un des papiers jugé comme étant le plus important et repose le dossier à sa place, hilare en mon for intérieur.

- Trois-quart de la somme et votre bateau est torpillé.

Moi j’demanderais même l’intégralité. Après tout, c’est quand même une partie de l’héritage Soul qui risque de s’envoler, alors autant récupérer autant de bénéfices que possible. Même si je doute que le montant soit à la hauteur de la construction du bateau. J’avais pas remarqué, mais y’a une dame qui a fait son apparition. Elle est on ne peut plus classique. Un peu sèche sans doute. J’incline la tête sur le côté et dirige mes yeux vers Rhyan. D’ailleurs, son timbre de voix a changé. Est-ce qu’elle l’impressionne ? J’vois rien de plus qu’une femme qui a l’air d’être la plus à sa place.

- La moitié et vous sortez d’ici vivante.

Ça menace maintenant. Au moins ça a le mérite d’être clair, je fais tout péter maintenant et on est tranquille ou j’attends encore un peu ? Non pas que son attitude pompeuse me monte un peu à la tête mais elle sait vraiment pas à qui elle s’adresse et jamais on me menace comme ça. Jamais, comme jamais. J’ai envie de lui cracher mon venin à la figure mais j’dois me taire. Je me renfrogne pas, je garde une attitude tout à fait décontractée. Peut-être trop ? Je sais pas, on m’a pas dit comment agir. C’est censé être une réunion pour planifier une mission, non ? Bah je suis mille fois plus détendu en temps normal.
Bon, en général on est du même camp, alors on se menace pas.
Pourquoi elle nous menace d’ailleurs ?

Va falloir lui apprendre que c’est contre-productif d’asséner des phrases comme ça.

- Vous menacez ma vie alors que je suis venue vous prêter main forte ?
- Vous êtes humaine n’est-ce pas ?

Voilà, bonne répartie.
Sur le coup, j’ai un sursaut. Non, parce que ça va de jouer le passif pendant quelques minutes, de se faire menacer sans broncher. Mais alors me traiter d’humain, j’crois j’aurais craqué. Heureusement, elle ne s’est adressée qu’à Rhyan. Et… Bon, je sais que Rhyan est une humaine, d’accord, ne marchons pas sur ce sentier glissant, abrupt et possiblement mortel. J’aimerais qu’on change de discussion, si possible. Juste histoire que y’en ai pas un ou une avec la merveilleuse idée de m’assimiler à un humain.

- La moitié ?
- La moitié.

Deal, donc. Le dossier que je tenais dans les mains lui sont fourni. J’ai envie de lui rire à la figure en lui indiquant de quel bateau il s’agit mais c’est pas le moment. On fait quoi du coup ? Parce qu’on est censé partir maintenant non ? Vaquer à notre fausse occupation. Et si on est censé pénétrer ce bâtiment après avoir fait couler ce bateau, elle peut me rayer de la mission. Mais bon, je suppose que c’est pas le cas.

- Et votre binôme, il doit venir avec vous couler le bateau ?

Cette meuf, je m’en vais te la découper en morceau, elle va finir sur le grill toute rôtie. Une humaine noire qui a l’air de me traiter comme un chien de garde, c’est passablement ennuyeux. Agaçant. Elle me fixe et je prends donc mon temps pour plonger bien comme il faut mon regard dans le sien tout en m’étirant. Je passe mon bras derrière le dossier de ma chaise et réplique calmement :

-On travaille en duo. Elle gère la logistique et je fais tout péter. Ça marche bien en temps normal. On peut peut-être réajuster le montant de la prime du coup, comme y’a deux pauvres gens à nourrir. C’était bien trois-quarts.

La dame me regarde de travers avec ses prunelles menaçantes mais je la soutiens sans ciller, sans lui renvoyer sa fureur au nez. Je pense qu’elle est pas trop habituée à ça vu la perte radicale de son sourire issu du dernier marché, mais ça me passe au-dessus de la tête. Franchement, ça tient qu’à moi de tout faire péter ici même. Pa la peine de se faire chier à descendre. Si je balance une forte intensité ici, y’a tout le monde qui crève. Moi compris si Rhyan le décide. Je sais pas pourquoi on prend autant de précautions. Ça doit pas être compliqué de les mettre tous au tapis. Même sans magie. Bon, on prendrait cher quand même, mais c’est ça qui est marrant.

-Je ne me souviens pas qu’il était stipulé que vous seriez accompagnée.
-C’est un secret pour personne que l’administration chez les humains c’est pas fantastique.

Elle dit ça en regardant Rhyan. Mais je réponds quand même. Et ça lui tape profondément sur le ciboulot. Mais j’ai pas sorti ma dernière carte. Mon dernier papier pour être exact. Je mime de prendre le parapheur et jette un rapide coup d’œil à son contenu. J’ai tout à fait conscience d’avoir une partie de la paperasse glissée dans une de mes poches mais j’ouvre le dossier sur la table et lance :

-Je dirais même plus qu’il manque des documents dans vos dossiers si bien fournis. Comme l’ordre de mission par exemple.
-Nous avons dû l’oublier aux sous-sols, venez avec moi.

Wow. L’autre à ma droite il se réveille subitement, genre bling bling j’ai créé une ouverture. Je bats frénétiquement des cils, pas certain de comprendre l’entrain du jeune monsieur. Mais qu’importe, visiblement il nous donne un billet d’accès direct alors c’est pas mal.
La petite dame n’a pas l’air de dire quoi que ce soit, mais peut-être que ce sera pas le cas bien longtemps et qu’il vaut mieux partir tant qu’il en est encore temps. Je jette pas un regard vers Rhyan pour pas éveiller les soupçons et observe l’humain rassembler les feuilles pour les passer sous son bras.

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Rhyan L. James
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MessageSujet: Re: So she can make you make mistakes   Sam 13 Oct 2018 - 15:54


Take me back to
that time we met
Heureusement que je suis assise et heureusement que Cyan Soul, sorcier noir de son état et tête à claque n’est pas à portée de main. Peut être que impulsivement je l’aurais giflé, comme ça, BAM, avec un gros « allez ta gueule, AU PANIER ENCULÉ » mais c’est trop tard. C’est trop tard, je me revois encore lui proposer cette mission débile pour ce gros con de Simje, et rien ne va pas se passer. Je sens l’orage et la misère se profiler à l’horizon. Comme un tsunami, la marée s’est retirée et construire une petite digue ne nous empêchera pas de nous noyer.

J’vous laisser juger.

La fille se retourne vers lui pour lui causer directement et je le sens bouillir. Il ne fait absolument pas l’effort de se cacher, il émane puissance et danger. Avant qu’il ouvre la bouche je sais d’avance que ça craint pour moi et pour lui, que ça pue mais qu’il ne peut pas s’empêcher, qu’on lui a appris a être un dieu et à marcher en toute sainteté. Deux balles dans la tête et tout le monde file droit, n’est-ce pas mec ?

-On travaille en duo. Elle gère la logistique et je fais tout péter. Ça marche bien en temps normal. On peut peut-être réajuster le montant de la prime du coup, comme y’a deux pauvres gens à nourrir. C’était bien trois-quart.

Déjà, c’est même pas ça qu’il est censé se passer, il ne fait rien péter du tout il extrapole mes pouvoirs, ce qui fait que je peux couler un navire dans une tempête. Déjà.
Qui peut faire tout péter ?
Quelqu’un avec une onde de choc.
Qui a une onde de choc ?
Bien joué mec, putain. Alcott tique mais ne dit rien, mes tripes vrillent avec force dans mon ventre. J’ai un deuxième coeur dans les paumes et j’vais exploser. Le plafonnier se met à osciller et je coupe intégralement mon pouvoir et mon don. Si je ne me maîtrise pas je vais traverser tous les planchers, la tête, le noyau de la terre, l’espace, découvrir pluton et ramener à ce petit prétentieux de Cyan un galet galactique comme pierre tombale. Je me mords la joue, le sang glisse dans ma bouche, fer rouillé sur mes lèvres.

-Je ne me souviens pas qu’il était stipulé que vous seriez accompagnée.

J’ouvre la bouche en me redressant mais il enchaîne.
OH, C'ÉTAIT À MOI QU'ON PARLAIT LÀ. T'sais quoi, mon silencieux il me brûle la peau là, il me démange un peu même. Je le sortirai bien pour faire comprendre à quelqu'un la vie.

-C’est un secret pour personne que l’administration chez les humains c’est pas fantastique.

Mais tgggggggg.
Le mot humain a roulé dans sa bouche avant d’être expulsé, chewing-gum collé sous sa chaussure dont il faut se débarasser. C’est tellement obvious que je me dis qu’on va se prendre deux balles dans la tête et mourir sur le champ.
Je serre tellement les dents qu’elles se mettent à grincer. Mais il n’en a pas fini, il me regarde, oui oui, il me regarde, mais regarde-moi bien mec parce que tes yeux, je, vais, les, crever. Ça m’apprendra à lui faire confiance.

-Je dirais même plus qu’il manque des documents dans vos dossiers si bien fournis. Comme l’ordre de mission par exemple.

Mais je l’ai vu, l’ordre de mission. Je l’ai vu, chiffon et brouillon mais bien présent. Je ne tique pas pour autant et essaie de former des paroles intelligentes ; rien ne vient mais Alcott prend immédiatement le train en marche avec réactivité et je sors de mon siège.

-Nous avons dû l’oublier aux sous-sols, venez avec moi.

Je passe devant Cyan et derrière Alcott. Vilain toutou le Soul, vilain. Reste prudent et caché putain. Comme si t’étais discret là. Quelqu’un me rappelle comment les Souls ont gagné la guerre déjà ? Même un peu avec Rosenrot ? Parce que c’est peut être des machines de guerre, c’est surtout des boules d’ego et de fierté - peut être justifié - qui me donne envie de le planter.
M’enfin bon.

Personne ne réagit. J’ai envie de rester en haut parce que c’est suspect qu’on se laisse entraîner aux sous-sol, hein, ça pourrait être un piège, mais au point où on en est.
Sérieux, Cyan il va tout faire péter et j’vais le laisser crever sous les décombres. Fin.

Super plan ça.
J’aurais peut être dû commencer par là à la banque.
J’en tremble de rage, tiens.

Au moins, ça me fera peut être passer pour une petite meuf fragile, indécise. Parce que c’est ce qu’on est supposés être - je le rappelle parce que quelqu’un semble l’avoir oublié. On est des amateurs.

N’EST-CE PAS ?

On descend sur l’escalier runé et effectivement je suis incapable de passer à travers. Notre troupeau de trois dévale avec rapidité les marches et arrivé en bas, je me remonte vers Cyan, voix blanche et sèche.

- On reste en contact physique et sur l’escalier.

Je vois Alcott le dévisager et ça me rend folle. Son regard accroche des lèvres, des cheveux, des défauts, une musculature. Il n’aurait pas dû être là pour la démonstration de puissance mais c’est trop tard. Les secondes sont trop précieuses pour que je me couvre face à quelqu’un supposément de mon côté. Mais l’exorciste me laisse un doute et lâche :

- Je vais remonter et dire que vous vous avez disparus, que je pense que vous êtes juste invisibles mais pas téléporteurs, ils pensent qu'il y a des runes pour empêcher ça. Ils vont essayer de venir voir. Faites ce que vous avez à faire.

Il me fait un clin d’oeil.
Je revois parfaitement son visage sous la pluie et mon dos déchiré, mon dos brûlant et la certitude que j’étais morte. Je reste de marbre et il disparait dans les étages. Mains moîtes et fébriles.

- C’est le moment.

Je me retourne vers Cyan avant un pressentiment plus gros qu’une montagne. Une certitude qui petit à petit se glisse dans mes mains, mes pieds, mes veines, use mes pensées et rode la bile dans ma bouche. Alcott n’a pas proposé d’aider à poser des charges explosives ; il sait. Et puis c’est tout. Il sait, et ça n’aurait pas dû se savoir.

On règlera ça après.
En attendant mec, prouve ton utilité.
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MessageSujet: Re: So she can make you make mistakes   Sam 13 Oct 2018 - 18:30


"So she can make you make mistakes"


C'est comme si on jouait à qui atteindra l'autre en marchant sur une corde d'équilibriste, avec des crocodiles comme filet de protection. On sait pas si on doit hésiter, avancer, reculer. On sait juste qu'on finira par tomber.

La phrase est prononcée et le gars se lève, récupère le tout et Rhyan se positionne entre nous deux. Je sens comme une sorte d’hostilité émaner vers elle et je suis encore de me demander si c’est plutôt une bonne ou une mauvaise chose. Considérant le déroulé de ma mission, ce serait chouette qu’elle me laisse pas mourir sous les décombres, que ce soit par écrasement ou d’étouffement. À vraiment devoir choisir, je préfèrerai finir écraser. Plus rapide.

Le mieux étant de ne pas crever du tout.
Surtout pour une mission qui me concerne pas de base.

Non parce que je le sens comme une baleine. Remonter des escaliers alors que les plafonds des souterrains s’effondrent, c’est tout sauf une bonne idée. Ou peut-être qu’on vient nous récupérer en téléportation ? Doit y avoir des runes, non ? Ce serait con de tout faire sauter et de se retrouver tout con parce qu’une téléportation marche pas. Eh bah, j’ai rarement fait preuve d’aussi peu de professionnalisme sur une mission. Ça me dépasse, cette nonchalance.

On arrive vers les escaliers qui mènent vers les sous-sol et elle me donne l’air d’hésiter. Je comprends pas. Changement de plan ? Ou alors, c’est de la comédie. Nan mais c’est trop pour moi ça, j’ai juste envie de rire. Je sais pas comment je dois agir alors j’agis comme je suis habituellement. Je l’ouvre juste un peu moins. Si, si je vous assure. Je fais des efforts là pour pas commenter tout ce que je vois ou sauter au visage de l’humaine noire. Si elle est pas morte dans l’incident, croyez-moi je me ferais un plaisir de disséminer ses organes comme des grains dans un champ après l’avoir dépecé. Mais juste avant de l’achever, je lui dirai qui je suis vraiment. Juste parce qu’au seuil de la mort, parfois quand on dévoile son identité, ça fait des trucs marrants. Comme de retournements de situation ou des visages emplis d’effrois. J’en salive d’avance.

On descend les escaliers et j’suis plein d’une poussée meurtrière que j’ai du mal à retenir. On me répète « c’est pas assez, c’est pas assez ». C’est trop propre comme mission. Faire péter des sous-sols, voir s’éparpiller les corps, passer sous les décombres, écouter les membres craquer. Pas de confrontation directe. Je crois que c’est sans doute ce qui nous différencie le plus entre Orpheo et Rosenrot/Croix. Ils n’ont pas cette folie sauvage et incontrôlable.
Et donc, quand il faut tirer, on s’encombre pas de l’éthique, des valeurs, du reste. On tire.

- On reste en contact physique et sur l’escalier.

Fais-moi confiance princesse, je te lâche pas. Je me mets un peu sur la défensive. Vite fait, mais j’ai vraiment dû merder pour qu’elle me parle sur ce ton. J’ai pas encore tué quelqu’un, que je sache. J’ai parlé, d’accord, mais c’est parce qu’on m’a posé une question. Elle m’en veut pour ça ? J’lui répondrais bien en prenant ses lèvres en otage suivit d’une phrase un peu lourde, mais j’pense que je me prendrais la gifle de ma vie. Ou le poing. Et je me mettrais à rire et on se ferait arrêter. Donc je vais retenir mes blagues pour plus tard et on verra.

-Bien, madame.

Par contre, l’autre là, il commence à me taper sur le système à me fixer comme jamais. J’relève la tête, perd mon sourire et lui décoche un regard menaçant. Dernière fois qu’il me soutient le regard celui-là. J’pense à mes possibilités de le mettre à terre quand il balance :

- Je vais remonter et dire que vous vous avez disparus, que je pense que vous êtes juste invisibles mais pas téléporteurs, ils pensent qu'il y a des runes pour empêcher ça. Ils vont essayer de venir voir. Faites ce que vous avez à faire.

Et là je percute que c’est le fameux Alcott. Non mais c’était pas clair, ça pouvait être n’importe qui. Y’avait certes que des nanas dans la pièce à part lui, mais Rhyan, elle m’a pas spécifié que c’était un mec. Et Alcott, sincèrement c’est ni féminin, ni masculin, ni mixte. C’est un nom de batracien. Et « le contact » ça peut être une femme. Donc bon. Oui, je cherche des excuses, je perds jamais la face. Bref, du coup c’est un peu triste parce que ça veut dire que je suis censé le laisser en vie. Ce qui est très frustrant pour mes gènes de sorcier noir. On peut même pas jouer un peu avec ? Du coup, je comprends mieux pourquoi il me fixe intensément. Est-ce qu’il me reconnaît ? Oh, ce serait drôle, j’aurais une raison de lui exploser la figure. Rhyan elle craquerait certainement, mais je suis plus à ça près. Pardon pour toi, princesse. J’ai en tout cas pas dû lui faire une bonne impression à ce Alcott-cot. Peut-être qu’il pense qu’à me poignarder. On peut pas le tuer et faire genre après « oups, il est tombé ». Enfin, c’est pas moi qui m’en chargerait.
Faut que je reste calme.

Bref, il disparaît rapidement après avoir fait un clin d’œil à Rhyan. Bon, du coup, on est tous les deux. Ils ont retiré les runes ? Non, parce que j’aimerais éviter d’avoir l’air pitoyable. Mais bon, c’est à moi de jouer n’est-ce pas ?

- C’est le moment.

Je suppose. J’lui adresse un sourire carnassier et passe devant elle, trace sur le mur une rune de détection. Je m’intéresse qu’à cette pièce. J’envoie un peu de magie passer sur les murs, le sol, le plafond. Ça me revient dessus comme une vague mais c’est plutôt bon signe. Pas de rune de blocage ou quoi. Ils ont dû faire le ménage. J’me retourne vers elle, amusé et lui lance :

-Eh, j’pensais pas qu’ils savaient aussi bien nettoyer un endroit, à Orpheo.

J’reprends aussitôt mon sérieux :

-Mets-toi à deux mètres de moi, sur mon côté droit ou gauche, je vais pas mal charger l’onde et y’a des chances qu’il m’échappe un peu dans mes angles morts.

Et sur ces mots, je laisse mon pouvoir m’envahir. Une électricité statique vient crépiter autour de mes doigts, se rassemble et l’air se sent inexorablement attiré par ma présence. C’est une sensation grisante et destructrice. Comme celle que l’on ressent en sautant d’un avion. Faut savoir quand déclencher le parachute pour pas mourir tout en maintenant les sensations fortes le plus longtemps possible. J’pense que ce pouvoir, il doit faire partie des pouvoirs les plus dangereux pour celui qui le possède. Si tu trouves pas la volonté pour t’arrêter, tu te laisses avaler et tu meurs sous la pression. Mais bon. J’ai 34 ans, ce machin, j’ai appris à l’utiliser.
Alors, j’rassemble le tout jusqu’à ce que mes organes hurlent et j’relâche tout devant moi. Comme j’ai dit entre vouloir et faire, parfois y’a des ratés. Y’a une partie qui se fait la malle à l’arrière et vient exploser une partie de l’escalier. Le bruit est tonitruant et à vrai dire, c’est la première fois que j’expérimente dans un lieu fermé. Et c’est putain de pas agréable, parce que tu te prends une partie du retour. Mais j’m’y étais plus ou moins attendu donc j’me plaque aux côtés de Rhyan dans un coin protégé. Y’a toute la poussière qui est soulevée et le plafond qui tombe en lambeaux. En morceaux. En gros cailloux mortels. Sur plusieurs étages. On va jamais les monter ces escaliers. Jamais, de chez jamais. Dernière fois que je tente ça sans téléporteur. Parce que y’a pas de téléporteur, non ?

À l’instant où un gros pan de mur porteur s’écroule et emporte droit vers nous la suite du plafond qu’il soutenait, j’me dis qu’osef, faut qu’on disparaisse. J’empoigne la main de Rhyan et l’entraîne dans l’escalier. Je sais qu’on courrait plus vite si on se lâchait mais je veux qu’elle sente qu’actuellement elle est ma seule chance de sortir vivant de ce merdier. Je regrette mais tellement fort ce qu’il vient de se passer. J’espère que rien va me tomber sur le crâne parce que je fais de mon mieux et éviter les marches qui sombrent sous la gravité et le plafond qui fond.
En fait, elle devrait même passer devant parce que ses chances de survie sont drastiquement supérieures aux miennes. J’ai mille mots sur le bord des lèvres mais pas le temps de les prononcer alors prions pour que je meurs pas avant de les avoir tous prononcés.

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MessageSujet: Re: So she can make you make mistakes   Dim 14 Oct 2018 - 11:46


Haunting echos
of this autumn sound
Cyan à l’air plutôt détendu et, s’il a capté que je lui aboyais dessus, ne se frise pas la moustache pour autant. En clair : il s’en bat les couilles et ose bien me minauder un merveilleux petit « Bien, madame. » qui me donne envie de rouler des yeux. Mais bon, j’ai plus cinq ans et les querelles de coq ne sont pas bienvenus dans un sous sol qu’on est prêts à faire sauter. Alcott remonte et, par conséquent, c’est le moment de jouer. Même plus, c’est le moment de gagner. J’espère quand même au fond qu’Alcott n’a pas décidé de retourner sa veste promptement en voyant Monsieur-Soul-qui-ne-ferme-jamais-sa-gueule. Mais bon, je ne peux pas savoir et quand on ne sait pas quelque chose, et qu’il est impossible d’avoir accès à cette information, il faut rester dans le déni. Moelleux déni, confortable déni.

Explosif, déni.

Cyan se décolle finalement du sol et fait un tour, sourire aux dents. Et pas le sourire rassurant qui me fait comprendre que tout ira bien, non non. Le sourire qui s’étire sur ses canines et qui dit « YES, JSUIS TOUT CONTENT DE TOUT FAIRE PÉTER » .
Un esprit sain dans un corps sain qu’ils disaient.

-Eh, j’pensais pas qu’ils savaient aussi bien nettoyer un endroit, à Orpheo.

Je lui jette un regard noir - oui oui, je lui jette, si ça pouvait lui percuter le front ça m’arrangerait bien. On gagne la guerre mec, okay ? J’espère qu’on va rouler sur ton organisation et que tu pourras définitivement plus faire le malin.

-Mets-toi à deux mètres de moi, sur mon côté droit ou gauche, je vais pas mal charger l’onde et y’a des chances qu’il m’échappe un peu dans mes angles morts.

Génial, il maîtrise pas parfaitement son truc. La fébrilité vient étreindre mes muscles alors que je serre les poings. L’air se met à gonfler opaque et épais quand subitement tout est déchargé.

Oh my.

J’ai peut être jamais entendu un bâtiment s’écrouler. En un millième de seconde des craquements horribles se mettent en marche, dissonance de béton contre du béton, un bout s’écroule au sol avec fracas et la poussière monte autour de nous.

Time to fly.
Cyan m’attrape la main et je l’enveloppe de mon pouvoir. J’avais pas pensé que ça serait aussi dur et immédiatement je me suis écartelée, éviscérée même et j’halète sans ralentir le rythme. Nos pieds bien en sécurité sur l’escalier jme dis que ce dernier, runé ou pas peut tout à fait s’effondrer. Je garde ma main dans la sienne que je serre avec force alors que le plafond continue de chuter lamentablement. J’ai déjà la gerbe mais je siffle :

- Rien ne peut écraser, ça nous tombera au travers. T’es couvert par mon don.

Vous avez déjà essayé d’aller courir après une bonne cuite ? Les muscles déshydratés durs comme du bois et les gencives douloureuses ? C’est moi maintenant, là tout de suite, le fun de la veille en moins. Et je m’apprête à râler que le plan est pourri, vraiment, j’ouvre les lèvres pour insulter la mère de quelqu’un ou les morts de quelqu’un d’autre quand un morceau de plafond nous tombe littéralement dessus mais que nos corps se mettent à surnager dans la matière. Nous n’avons même pas été ralentis et je sens l’air du dehors nous effleurer le museau. Le chaos est derrière nous mais je pense que l’immeuble ne tiendra pas et va rapidement s’effondrer sur lui même. Après ça, escalier ou pas on sera broyés en bas. J’accélère un peu, les joues rouges et les yeux larmoyants à cause de la poussière.

Okay, plus qu’un petit effort et on arrive à Alcott et on arrive au téléporteur et fin de cette aventure pourrie. On arrive finalement au niveau zéro, deux cadavres ont été écrasés mais sont atrocement mutilés et voilà, porte d’entrée, Alcott, seul. Les autres filles ont dû courir pour protéger leur couverture, ça je savais, et Alcott sort du système ce soir. Donc c’est normal qu’il soit là.

Je relâche mon don avec un soulagement sans limites et ravale la bile âcre que la magie fait remonter.
N’empêche qu’on est pas mort, haha !
J’suis soulagée un peu.

- Et les téléporteurs ?

Alcott sourit largement et fronce les sourcils en même temps, ce qui lui donne un air tout à fait singulier d’incompréhension et de grosse marrade en même temps. Il lance un oeillade à Cyan et lâche.

- Cyan Soul, hein ? Intelligent, l’onde de choc c’est tellement rare.

Je me place immédiatement devant le sorcier et pose ma main sur son ventre. S’il te plaît Cyan. Même si ta couverture saute, je te protège. Même si c’est ta faute. Même si j’ai totalement envie de lâcher un gros « hé bah voilà quand on ferme pas sa gueule ce qu’on récolte mon pote » .
J’arrive même pas à le contredire tellement je vais être ridicule « euh non, je vois pas de quoi tu parles.. »

- Il est contraint où il savait pas que t’étais des nôtres ?
- Ça répond pas à la question des téléporteurs.
- Tu comptes pas te pointer avec au QG, aussi, si ?

Je savais absolument pas qu’on nous proposait un retour au QG, déjà, donc si on me dit que la moitié des infos je peux pas deviner.
Et le pire, c’est que jamais il se tait.
En vrai, admettons : j’ai réussi à manipuler Cyan Soul pour qu’il bosse pour moi, pourquoi faire sauter ma couverture avec lui ? C’est débile, c’est débile ce qu’il se passe ici.

- J’ai runé l’endroit, tu peux pas sortir du périmètre sans exploser, lâche-t-il au calme en faisant un clin d’oeil à Cyan, tu préfères prévenir la police ou ton directeur ?

Déjà, mon directeur il est un peu au courant, et si Simje arrive il va faire une syncope fasse à un Soul.
Ensuite ça veut dire qu’il n’a encore communiqué auprès de personne, il n’a pas rendus de compte. Pour essayer de retirer de la gloire ?

Je serre les dents, la certitude que c’est Cyan ou Alcott. Et la certitude s’accroche, chevillée à moi. Il pense nous retenir avec des runes ?

Sauf que l’énergie vient de qui ? Celui qui fait la rune.
Plus d’énergie ?
Oh, plus de rune.
Le plan se met en place dans ma tête avec une précision tout à fait effrayante. Je sais ce que je dois faire. Je suis certaine que c’est, si ce n’est la seule solution, ma seule solution.

Va pas falloir quand même réfléchir trop longtemps.

Il à l’air tellement sûr de lui que je suis percutée de plein fouet par la nuit sur le toit, la chasse au lapin, Cyan qui me sauve et Alcott qui me laisse pour porte et, sans que je m’en rende vraiment compte, mon silencieux est dans ma paume et deux coups sont tirés.

Net.

BANG BANG.

Le son résonne en boucle dans ma tête, son connu mais différent, déjà tordu et déformé dans mon esprit.

J’ai même pas l’honnêteté de regarder son corps mais je sais que les deux balles l’ont percuté en plein front. Mes mains se mettent à trembler irrépressiblement mais j’attrape une goulée d’air et je siffle :

- Faut qu’on bouge.

Voix blanche qui n’a pourtant pas tremblée, j’ai l’impression que mes émotions m’ont dissociées de mon propre corps.

L’arme reprend sa place à ma ceinture et mes pieds se mettent à bouger ; faut qu’on décale de là. J’ai pas de plan B, peut être que Cyan devrait me tirer dessus ou quoi, peut être que les autres femmes ont pas capté que c’était lui. Tellement de peut être que j’étouffe.
Si Simje savait que c’était Cyan Soul qui m’accompagnait alors il étouffera l’affaire non ? Mon coeur s’emballe.

J’en sais rien.
Je ne sais pas ce que je viens de faire.
Je ne regrette pas ce que je viens de faire.

Si Cyan se met à parler je crois que je hurle.

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MessageSujet: Re: So she can make you make mistakes   Dim 14 Oct 2018 - 16:59


"So she can make you make mistakes"


C'est comme si on jouait à qui atteindra l'autre en marchant sur une corde d'équilibriste, avec des crocodiles comme filet de protection. On sait pas si on doit hésiter, avancer, reculer. On sait juste qu'on finira par tomber.

J’espère de tout cœur que son don fonctionne à cent à l’heure. Le mien m’a considérablement vidé mais quand il s’agit de sauver sa peau, on a tendance à trouver de l’énergie on ne sais où. Paraît qu’il y en a qui disent que c’est l’énergie qu’on aurait dû utiliser plus tard et qu’on met en danger nos minutes supplémentaires de vie. Moi, je dis que tant qu’on sait pas quand on est censé mourir, techniquement c’est difficile de dire que t’as plus ou moins vécu le temps que t’aurais dû faire sur Terre. La décomposition du temps en minutes est déjà quelque chose de très humain alors entre vivre une vie lamentable pour la vivre soit disant plus longtemps ou la vivre courte mais intensément, mon choix est tout tranché.
Je serais encore capable de vivre 3 ans de moins s’il le faut.

- Rien ne peut écraser, ça nous tombera au travers. T’es couvert par mon don.

Bon, au moins déjà ça me rassure. Ça m’empêche pas de maintenir sa main comme s’il s’agissait de la dernière chose qui compte – ce qui est vrai – et continu de courir dans l’escalier menaçant de s’effondrer. Qui s’effondre en fait. Derrière nous, devant nous. Faut danser et grimper en même temps, sans s’occuper des pans de plafonds qui nous tombent dessus. Je sais pas comment on continue de monter alors qu’elle est censé faire fonctionner son don à plein régime. Peut-être que les marches sont runées ? Aucune idée, ça me paraît la plus plausible des idées.

Y’a un gros gros bout de plafond qui nous tombe dessus et j’y peux rien, y’a une de mes mains qui vient se placer au-dessus de ma tête. Heureusement qu’elle me tient comme un harpon s’accroche à la chair, parce que j’aurais bien pu la lâcher à ce moment. Au lieu de ça, le béton nous traverse et je me sens pas bien du tout. Je sais pas comment on peut s’habituer à ça. Quand on est né avec la faculté, ça peut paraître normal, mais je vous assure que même pour un cerveau formé au surnaturel, passer au travers d’un mur c’est un choc.

Finalement, on sort du bordel. Y’a à peu près tout qui va s’écrouler d’un moment à l’autre et je me rends seulement compte que le bâtiment est quand même bien résistant puisqu’on est bien vivant pour le moment. Y’a quelques cadavres, mais je m’attendais à un peu plus de réfractaires. Histoire d’en achever quelques-uns sur le chemin du retour. Mais non, ils sont probablement déjà enterrés.
On parvient enfin sur le seuil de l’infrastructure et y’a un comité d’accueil. Composé d’une personne.

- Et les téléporteurs ?

Ça lui paraît tout à fait normal alors je feins de garder mon rôle, pour peu que l’on m’en ait attribué un. Enfin, normal, c’est vite dit. Visiblement y’a une couille dans le potage puisque y’a pas de téléporteurs. Pas de gens pour nous réceptionner avant que l’une ou l’autre des organisations ne se pointe pour constater les dégâts. Ou la police. Mais la police fait clairement pas partie de mes préoccupations. Enfin, la police humaine s’entend. Si c’est la police magique, ce sera autre chose. Je songe sincèrement à appeler l’un ou l’autre de mes collègues proches pour nous sortir de là si ça sent trop le roussi. Parce que visiblement, chez Orpheo, c’est pas le méga copinage entre collègues.
Pas chez nous non plus, cela dit.

- Cyan Soul, hein ? Intelligent, l’onde de choc c’est tellement rare.

Et ça peut encore t’éclater la gueule, tête de piaf.
Si j’avais pas senti un contact, la phrase m’aurait tout simplement échappé. Et ça s’est joué à la micro-seconde. Voyez, les gens j’ai juste envie de les exploser. A Orpheo, ils ont un air, je sais pas, ça me tape sur le système. Ils doivent se sentir investi d’une mission divine et nous on est les méchants à éliminer. Ça fonctionne pas comme ça. Y’a juste des gens avec des idéaux différents. La notion de gentillesse, elle dépend de la personne. J’veux juste en finir. Rhyan passe devant moi et je dégage ma main automatiquement venue se positionner à ma ceinture. Est-ce qu’elle essaie de me protéger ? Y’a rien à protéger. Y’a pas à essayer de garder la face ou mentir. Il est persuadé de ce qu’il dit et a raison. Elle dirait quoi ? « Nan, il lui ressemble juste beaucoup ». Fantastique, on penche pour Olive, donc ? J’lui jette un regard agacé. J’ai pas besoin qu’on me couvre, je sais me défendre, viser et tuer. Qu’est-ce qu’elle croit faire, sérieusement ?
Ça doit être une réponse à mon inactivité récente, à cette sensation d’avoir risqué ma vie pour quelque chose qui ne me concerne pas, d’avoir été dépendant de cette même dame qui continue de faire on ne sait quoi pour me protéger, mais je me sens mal. J’ai l’acide de mon estomac qui remonte dans ma trachée, les intestins qui se tordent sous le manque d’activité.

Je suis pas habitué à me sentir couvé comme ça et ma réaction elle est juste instinctive. Je bous.

- Il est contraint où il savait pas que t’étais des nôtres ?

Je comprends pas son raisonnement mais soit. Si j’étais pas au courant, maintenant je le suis. Mais comme je l’étais déjà, ça limite mes réponses. Je me serais bien motivé à jouer la comédie mais l’envie elle est pas trop là pour le moment. Moi je vois qu’une chose. Il doit connaître suffisamment les sorciers noirs pour savoir qu’on est pas trop tâtillons sur les réponses face à la trahison. Il voulait que je la tue ? Merci l’esprit d’équipe. Je pensais pas qu’on était si proches les uns des autres dans nos façons de procéder. Sauf qu’eux ils se servent en plus de nous pour pas se tâcher les mains. Félicitations, et après ça, on est censé vous aimer.
Allez au diable.

- Ça répond pas à la question des téléporteurs.

Voilà, réponds à madame.

- Tu comptes pas te pointer avec au QG, aussi, si ?

Cette fois-ci, je me tourne franchement vers Rhyan, le visage sévère. QG ? Elle comptait m’amener au QG ? Genre, à Orpheo ? Et puis quoi après ? Je pourrais rien faire si je me retrouve là-bas. Et m’est avis qu’on ne m’accueillera pas à bras ouverts. J’ai envie qu’elle lui réponde qu’elle en savait rien mais elle se contente de froncer les sourcils et le menacer du regard. Pourquoi elle ne dit rien. Je lui fais confiance, mais actuellement, ça s’effrite comme du plâtre sur un mur. Ça tombe en lambeaux. Mais réponds. Laisse pas un truc pareil sur le feu alors que je suis derrière toi, que tu mimes de me protéger.

- J’ai runé l’endroit, tu peux pas sortir du périmètre sans exploser, tu préfères prévenir la police ou ton directeur ?

Il m’a fait un clin d’œil ? Il m’a fait un clin d’œil. Mais ta gueuuuule. Il a conscience de s’être qualifié de cible vivante ou pas ? Non parce que le coup du « j’ai fait des runes blablabla, vous choisissez entre vous rendre ou vous rendre » ça amène nécessairement la personne à trouver une troisième solution. Et en général, menacer une exorciste qui risque au mieux de perdre son boulot et un sorcier noir, vaut mieux disparaître rapidement que parader comme ça.
Si c’est pas elle qui tire, je vous promets que ma lame elle va se nicher dans son crâne dans moins de cinq secondes.

Sauf que y’a deux bruits diffus qui s’échappent de sa position et le temps que mon regard remonte jusqu’à l’exorciste, il tombe brutalement en arrière. Sans bouger. Une mare de sang s’éparpille sur le béton, s’insinue entre les grains.
C’était une blague, le « si c’est pas elle qui tire », hein. Juste pour préciser.

Je suis interdit. J’ai plus les mots.

- Faut qu’on bouge.

Elle range son arme et s’anime de sa précédente position. Rhyan ? Qu’est-ce que tu viens de faire ? Est-ce que tu te rends seulement compte ? C’est pas ce que t’es censé faire. T’as le côté des gentils avec toi. T’avais qu’à me laisser le boulot, agir comme le cadavre voulait que j’agisse. Tu sais que tu me tiens par le cou, tu le sais ça, non ? Tu sais que j’aurais fini par le tuer moi-même. T’aurais pu me laisser gérer ça comme un grand et t’aurais pu me traiter de tous les noms. Tout aurait été à sa place. Alors pourquoi t’as pressé la détente ? Comment je suis censé agir ? Comment t’es pas censé me détester, maintenant ?
C’était mon boulot, pas le tien.

J’suis sidéré.

Elle se dégage de là, son contact disparaît mais moi je reste là, le regard rivé sur le cadavre au sol. Tu peux pas partir et tout couvrir comme si c’était rien. J’en ai rien à foutre de ce gars, mais j’ai la peur vacillante qui investit mes membres et me ronge les os. Que, peut-être que quand tu me regarderas, maintenant, y’aura cet homme dans ta tête. Tu te rendras compte de cette relation toxique et paf. Ce sera fini.

Fini.
C’est pas plus mal, non ?

Je veux pas qu’on s’arrête sur une couardise pareille.
T’avais pas à me protéger.
T’avais pas à tirer.

Je croise les bras. Je devrais la rassurer, mais j’ai pas appris à faire ça. J’suis une boule d’instinct qui n’en a rien à faire des humains. Qui comprend pas ce qu’il se passe. Qui arrive pas à se mettre dans le rôle du plus faible et vient remercier ou se tait. J’ai jamais su faire ça. J’ai jamais été aussi inutile et, blessé d’avoir été trop long, d’avoir peut-être perdu quelque chose d’à peine effleuré, je suis rien d’autre qu’une violence silencieuse. On m’a pas appris à parler pour grimper ensemble, on m’a appris à enfoncer pour se sentir le plus haut.
Je me détache immédiatement de la situation et lance assez fort :

-Joli tir. Pour tuer contre ton camp, tu serais immédiatement acceptée chez nous.

Pourquoi tu m’as pas laissé le tuer. Tu voulais prouver quoi, au juste ? Je refuse de t’entendre dire que c’était pour me protéger. T’avais aussi à te protéger. Tu venais de me sauver la vie alors c’était naturel que je sauve la tienne. Mais non, tu m’as arraché mon rôle et t’as tiré. Et puis même si c’était vraiment pour me protéger, je veux pas l’entendre. J’ai pas besoin d’aide. Si t’es capable de faire ça pour moi, on va juste plonger tous les deux. J’ai pas envie de nous liguer contre deux organisations. Contre mon frère. Mes frères. Ma famille.

Mon père.

Roméo et Juliette, on sait comment ça finit. Et on veut pas de ça. Je veux pas de ça. J’extrapole, mais on en est pas loin, la niaiserie en moins. Ce sera quoi, le prochain palier ? Rends-toi seulement compte de ce que tu as fais et ait la présence d’esprit d’imaginer la suite. Parce que moi, je la connais. Au mieux, y’en a un seul qui crève. Au pire, on quitte la planète tous les deux. J’le prenais à la rigolade, mais ça m’amuse plus du tout.

-T’avais une dent contre lui pour m’empêcher de lui ficher ma lame dans sa tête ? Tu sais que je l’aurais fait.

J’ai envie de pousser mille fois plus loin. Être le juge et la victime de son acte. J’ai envie, besoin de la voir exploser. Parce que pour moi c’est insoutenable. Cet enchaînement d’action qui me met face à tout ce que je n’ai jamais su faire. Partir. Se taire. Ecouter. Je me sens d’attaque à faire face à tous les membres d’Orpheo lorsqu’ils arriveront. J’ai envie de sentir le sang couler pour réajuster ma balance, me sentir exister pour quelque chose, m’assurer que le chemin suivi est le bon.
Pourquoi, Rhyan, t’es toujours là pour me montrer que j’suis qu’une machine créée pour tuer.

Me donne pas de sentiments, j’en ai pas besoin.

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MessageSujet: Re: So she can make you make mistakes   Dim 14 Oct 2018 - 22:57


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Cyan s’agite plus que moi. Peut être que maintenant je le connais trop - déjà ? - mais sa bulle de pensées s’étale autour de moi comme du gaz carbonique. Une bouffée d’anxiété me scie les épaules mais je continue à avancer. Il faut vraiment qu’on parte, je risque ma peau pour trahison et je commence juste à en avoir conscience. Je fais pas les meilleurs choix en sa présence. Je devrais partir.

Mes yeux clairs viennent s’ancrer sur lui, presque défiant, les bras croisés d’incompréhension. Presque de défense. Si il me reproche mon acte je pense que je lui éclate le nez d’un coup de talon, sur le champ. Je ne veux pas en parler mais je sais bien qu’il va ouvrir la bouche et trop parler. Qu’il va sortir ses mots et les étaler sur mon visage, que j’en meure d’angoisse ou pas.

J’vais lui claquer dans les pattes.

-Joli tir.

Je me retourne vers lui, à deux doigts de cracher sur le sol pour marquer mon mépris. Mes mains sont toujours fermées mais elles tressautent, folles et sauvage. Je ne regrette pas ce que j’ai fait, je refuse juste de l’intellectualiser maintenant et à jamais. Qu’il ne m’oblige pas à parler ; il va totalement m’obliger à parler. J’avale ma salive comme j’avalerai des graviers.

-Pour tuer contre ton camp, tu serais immédiatement acceptée chez nous.

Je me remets à marcher en l’ignorant ; c’est ça ou l’insulter sur le champ. Pourquoi remuer le couteau dans la plaie ? Tu peux pas avancer et juste te taire ? Tu sais faire au moins ? Mon sang fait des bulles dans mes membres à force de bouillir. Je sais que j’ai sûrement les joues cramoisies mais il n’est pas question de poser les mains dessus dans un geste un peu candide, histoire de faire un peu redescendre la pression.

Je me force à respirer, je suis toujours la fille qui pète des putains de câbles pour rien et même si là c’est pas pour rien, j’aimerais bien garder mon sang froid. Il veut parler ? Qu’il se barre. Et ça devient petit à petit le plan, on bouge de là et je décolle, j’ai pas envie de causer. Le pire c’est qu’il reste autour de moi, hyper présent et plus il montre à quel point il est là, plus je me renferme à l’intérieur de moi. Je me laisse couler petit à petit dans les tréfonds sombres et frais, comme une chambre à coucher au beau-milieu d’une migraine. J’m’en fou que cette action me bouffe et me hante à jamais, viens pas me chercher Cyan. Viens pas me chercher.

-T’avais une dent contre lui pour m’empêcher de lui ficher ma lame dans sa tête ? Tu sais que je l’aurais fait.

Je déglutis et me mord la lèvre qui éclate sur le coup. J’suis à deux doigts de le griller d’un coup d’éclair mais à la place je perds juste assez le contrôle sur ma magie pour qu’il se mette à pleuvoir vaguement. Pathétique et humiliant, mais pas assez pour me faire sauter les gonds. Si c’est ça qu’il cherche il va me trouver et ça va pas être beau. Je siffle, acide.

- On n’en parlera pas. Ni maintenant ni jamais.

Parfaitement fixe et en pleine possession de mes moyens, mon petit mètre cinquante provoque un Soul, cheveux devant le visage et yeux fous. C’est tout, c’est comme ça.

Problème ?

Je sais que j’ai sûrement l’air ridicule face à lui qui doit s’en battre les couilles, qui doit trouver ça normal et peut être juste amusant, la petite humaine d’Orpheo qui pète les plomb. J’m’en branle d’être qu’un jeu j’ai envie de rentrer chez moi, prendre une douche brûlante et me caler sur mon balcon avec le vent du Nord pour laisser tout ça partir.
J'me laisse glisser loin de lui pour m'protéger, c'est plus simple si quoi que tu dises tu puisses plus m'atteindre. Regarde moi couler loin des remous de la surface. Surtout regarde bien.

J’ai besoin, de laisser tout ça partir.
Ou au moins m’en créer l’illusion.
C’est sûrement ça mon don second.

- Je sais que tu l’aurais fait.

Je me retiens juste avant de grincer un « c’est tout le problème. » Mes mots me reviennent comme un marteau en tête mais je ne les lâche pas.

- Mais c’est pas ça qui s’est passé. Fin de l’histoire.

Et qu’il vienne pas casser les couilles avec une histoire de contre son camp. J’suis humaine, déjà, bâtard, et ensuite ça te regarde pas mes raisons, ça te regarde pas mes impulsions, je sais que tu l’aurais tué et t’aurais été que plus monstrueux à mes yeux, chien fou et sanguinaire. Ce que je suis en train de devenir ? Ouais, j’le conçois, j’m’en fou, j’laisse le passé où il doit être; bien derrière moi.
Qu’il vienne pas gratter mes plaies.

Qu’il reste sourd et aveugle à la terreur dans mes mains, l’anxiété sur mes lèvres.

Je me remets à marcher en m’empêchant de vérifier les lames. Mouvement instinctif et rassurant qui devrait normalement m’apporter un peu de sérénité mais que je muselle. Force est de constater que je suis aliénée à moi même sans aucune possibilité de la jouer franc jeu avec Cyan. Il va lâcher le morceau de toute façon. C’est mieux pour tous les deux; j’vais éclater sinon ou lui hurler un « mais ferme ta gueule et dégage putain » et j’aurais encore tout cassé, parce que c’est à ça que je sers. A chaque fois que j’ai un vase précieux entre les mains je l’éclate au sol en accusant ma maladresse sans voir que j’suis juste effrayée.

Et là pour être effrayé j’suis terrorisée.

Mais qu’est-ce qu’on s’en tape au final. Peur ou pas peur ça change rien, faut qu’on se casse de là, qu’on oublie et tout se passera bien.

Tout se passera bien.
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MessageSujet: Re: So she can make you make mistakes   Aujourd'hui à 18:08


"So she can make you make mistakes"


C'est comme si on jouait à qui atteindra l'autre en marchant sur une corde d'équilibriste, avec des crocodiles comme filet de protection. On sait pas si on doit hésiter, avancer, reculer. On sait juste qu'on finira par tomber.

Quand est-ce que ça a dégénéré ? Non, la question c’est plutôt quand est-ce que ça s’est bien passé. Si y’a bien une chose dont j’ai la certitude à présent, c’est qu’il ne faut plus faire de missions ensemble. Ça finit forcément mal. Y’a toujours quelque chose qui vient tâcher le tableau, parce que la base de nos métiers est de foutre le bordel, de tuer, d’assassiner, de torturer. Qu’en plus de cette base, y’a des manières de procéder radicalement différentes. Et qu’en plus de ces procédés, Rhyan elle trouve aussi le moyen de tirer un but contre son camp. Ça aurait pu se terminer bien, quand on y pense. Alcott là, j’ai eu envie de l’abattre à la seconde où il m’a regardé. Le scénario était prémâché et tout était bien gentiment distingué, mis dans sa case, sans dépasser.

J’devrais juste hausser les épaules et passer à autre chose. C’est pas sa perte qui entraînera chez moi le moindre émoi. J’en ai tué des dizaines comme lui, j’l’aurais tué quoi qu’il advienne. Parce que c’était mon boulot, non ? C’est sans doute à cause de cette certitude que le morceau est dur à lâcher. Que, tant qu’à faire, il aurait mieux fallu qu’elle se débrouille avec des explosifs plutôt que de m’amener ici. Que certes, j’suis toujours content d’être avec elle, y’a tout qui me paraît plus savoureux. Mais alors, qu’en est-il lorsqu’on me coupe cette saveur après m’y avoir fait goûter ? C’est ce qu’elle fait. Elle m’amène avec elle mais m’empêche d’agir selon mes habitudes. Habitudes qui, soit dit en passant, ne nous ont pas tué. Comme quoi.
J’lui injecte mes paroles provocatrices, avec l’espoir qu’elle comprenne mon état. Vraiment ? Nan, je pense que j’ai juste envie de lâcher ma frustration sur la première personne qui me croise. Ç’aurait été un parfait inconnu, ça se serait fini en bain de sang. Pas avec Rhyan, parce que les mots peuvent parfois être tout aussi furieux et mortels que des coups. Spécialement lorsque la personne en question fait en ce moment face à sa propre violence.
Un moment particulièrement pertinent pour chercher la petite bête et en extraire une gigantesque et monstrueuse tête.

- On n’en parlera pas. Ni maintenant ni jamais.

Je souffle brusquement et secoue la tête négativement, faussement désespéré. C’est beau le déni. Ça règle pas mal de choses, ça donne du pouvoir lorsqu’il en faut. Je m’en sers comme d’une énergie de réserve, quand il arrive que ma motivation retombe au plus bas, quand je me dis que tout est perdu. Il suffit alors de piocher dans la boîte magique du déni et d’en sortir mille et une peurs, de les transformer en adrénaline et le train repart.
Ça fonctionne bien de tout cacher sous le tapis, à condition de ne pas s’en sentir prisonnier, lorgnant sans cesse un potentiel coup de vent pour tout retourner. Une tempête.

Y’a la pluie qui commence à tomber et mon sourire ne fait que s’élargir. Elle reste près de moi et me soutient du regard. Même sans vouloir lui jeter un regard hautain, malheureusement notre différence de taille fait le job. Je transfère progressivement mon manque d’action dans sa fureur croissante, drogué à la simple idée de voir jusqu’où cela pourrait la mener. C’est une première pour moi, un exorciste qui tire sur un autre pour sauver son job et la vie d’un sorcier noir. Ça vaut bien le coup de râcler les sensations et disséquer les sentiments, non ? Les réactions à chaud sont toujours les meilleures, elles sont vraies, poussées par l’hormone du stress. On ne réagit pas pareil. Et puis quoi de mieux qu’une bonne tension pour se préparer à l’arrivée de la Police Magique ?

- Je sais que tu l’aurais fait.

Eh bien, au moins ça me rassure, elle garde tout de même une juste opinion de moi. Son tir n’était donc pas poussé par la volonté de me protéger du coup. Sauvegarder son boulot alors ? Bien probable. Espérons juste que ce soit ça. En même temps cet Alcott m’avait l’air particulièrement non recommandable. Un gars comme lui, jamais il serait passé chez nous, il avait un regard faux. Pas qu’on favorise l’esprit d’équipe, mais chacun sait ce qu’il doit faire et s’accommode de son partenaire sans broncher. Lui, il avait cette expression du gars qui fait ce qu’il veut et se sent le maître du monde.
Coup d’boule.

- Mais c’est pas ça qui s’est passé. Fin de l’histoire.

Cette dérobade est tout à fait fantastique. Je sais que je pourrais m’arrêter là, lui lâcher un « ok » et la suivre lentement jusqu’à ce qu’elle se décide à ouvrir la bouche, mais tout est trop beau, tout est trop bien positionné pour que lâche le morceau. Parce que plus elle pète et plus je réajuste ma propre colère. Oh, bien sûr, c’est pas prévu que j’aille pleurer et lui dire « t’as vu, moi je pouvais me protéger tout seul, tu m’a volé mon job ». Je l’ai déjà plus ou moins dit et ça m’intéresse pas de me répéter. Je passe mes mains dans mes poches alors qu’elle s’apprête déjà repartir et reste une fois encore ancré sur le sol sans bouger. J’ai toujours cette furieuse envie d’en découdre avec les futurs exorcistes à venir car les humains s’amoncellent déjà dans la rue. Bientôt, ça va sortir les smartphones et filmer ce qu’il vient de se passer. Et devinez quoi ? On est en plein devant les projecteurs. Je m’en tape, j’ai une bonne mémoire des visages, je me sens capable d’aller les tuer un à un par la suite. Lentement, comme ça on pourrait en faire une légende urbaine. C’est marrant les légendes urbaines.
Surtout quand on doit tuer le dernier et qu’il a pris suffisamment de recul pour savoir que c’est lui qu’on vient chercher.
Haha. Des barres.

-Quoi ? Non, j’peux pas laisser passer ça. T’imagines ? C’est la première fois que je vois ça. Il m’faut tout là, tes sensations en détail etc. Tu te répètes la scène en boucle, hein ?

Je parle d’expérience. Bien sûr que j’ai déjà tué d’autres sorciers noirs. Plusieurs fois même, mais pour des raisons précises : parce qu’il s’agissait d’un espion, parce qu’il refusait d’agir selon les ordres, parce qu’il était condamné et n’avait pas la psychologie suffisante pour résister aux interrogatoires d’Orpheo. Je crois que n’importe quel sorcier noir qui se mérite passe un jour ou l’autre devant cette obligation. A plus forte raison lorsqu’être un Soul suppose d’arriver à l’organisation avec un bagage déjà immense et des compétences prêtes à être utilisées. Le premier, il est aussi dans cette pochette de déni. Parce que c’est le premier et que j’n’avais que neuf petites années. Je me souviendrai toujours de son regard accusateur, de la bonne trentaine d’années nous séparant. Des insultes d’un côté, des ordres de l’autre. De mon incompréhension.
Des réponses simples aux questions compliquées.
Pourquoi ?

Parce que.
BAM.

Pochette percée et goût amer sur la langue. Je serre les dents.
Avec des enseignements qui tournent en boucle, « T’as fait ça pour ça. Action, réaction. »

-Et puis c’est pas plus mal, non ? Il aurait pas fait long feu de toute manière. - j'ajoute avec un sourire d'ange - Il méritait pas plus que de se faire tirer par une collègue.

Il aurait été le parfait petit prisonnier. Sûr de lui. Je l’aurais lentement fait mariner avant de le détruire physiquement puis psychologiquement. J’aurais pris mon temps avec une délectation immense. Moi qui n’apprécie pas tant la torture et préfère en finir vite et proprement, j’aurais su faire une exception rien que pour lui.

J’regarde vers le petit attroupement d’humains. Peut-être que je devrais les pulvériser maintenant ? Nan, j’ai déjà bien utilisé mon pouvoir, je pourrais pas tirer trois ondes sans en subir les conséquences. Et si je dois me barrer rapidement, autant que mon pouvoir me serve à quelque chose. Et puis, ils méritent vraiment pas que je pioche dans ma réserve magique. Je pourrais peut-être amener des collègues par ici. Qui sait, le jeu pourrait en valoir la chandelle. Et au moins, j’aurais de quoi ne plus m’ennuyer.

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Exorciste Humaine
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Rhyan L. James
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MessageSujet: Re: So she can make you make mistakes   Aujourd'hui à 22:44


I held the better cards.
But every stroke of luck has got a bleed through
Je vois bien qu’il voit que j’esquive. Il s’en bat les couilles, en fait, j’suis là, toute droite avec mes injonctions et il me regarde comme un chien fou. Un chien fou qui veut son os, et rien d’autre. J’aurais dû lui donner quelque chose à ronger, n’importe quoi, avant. Maintenant je sais que je suis une boule d’émotions qui vont m’exploser à la gueule si j’essaie de mentir.

Parce qu’il ne va pas s’arrêter, n’est-ce pas ? Il est toujours à l’arrêt, nonchalant, amusé, cruel. Je sens venir la vague avant même qu’il se mette à parler.

-Quoi ? Non, j’peux pas laisser passer ça. T’imagines ? C’est la première fois que je vois ça. Il m’faut tout là, tes sensations en détail etc. TU te répètes la scène en boucle, hein ?

Mais quel fils de pute.
Une bourrasque de vent me soulève les cheveux et me pousse en arrière par sa force ; j’sais que ça vient de moi et je m’en bats les couilles, j’sais pas exactement ce qu’il cherche là.
J’crois que je préfère ne pas savoir ce qu’il cherche. Je grince tellement des dents pour renfermer mes mots que mon crâne va exploser d’une minute à l’autre. Surtout si il ferme pas sa gueule.

Parce que bien sûr qu’il ne ferme pas sa gueule. On est les opposés ; me dites pas qu’on s’attire, dites moi qu’on est fait pour se casser les couilles à l’infini.

-Et puis c’est pas plus mal, non ? Il aurait pas fait long feu de toute manière.

Il sourit ?
Il sourit.
Mais quel fils de pute.

-Il méritait pas plus que de se faire tirer par une collège.

Je l’attrape par le bras - c’est bon t’es pas un enfant mec - sans lui laisser le choix. L’appartement est genre à 50mètres, on va faire ces putains de cinquante mètres et si t’as des comptes à régler avec moi où si t’as besoin d’une petite distraction personnelle genre persécuter la petite Rhyan, on pourra régler ça en s’étripant. On sait faire ça s’étriper, non ?

On avance donc alors que je siffle, déjà trempée par les grosses gouttes d’eaux qui s’abattent.

- Peut être que c’est la scène de la banque que je me retourne en boucle dans la tête, là.

Comment t’aurais pu mourir et tout aurait été plus simple.
On arrive à l’appart, je m’engouffre. Mes mains tremblent et tressautent, il a ce qu’il voulait : moi qui vrille.
Au moins on est plus au milieu des passants et tout. Je sais très bien, très, très, mais alors très bien l’estime qu’il avait des humains et j’ai pas envie d’avoir plus de sang sur les mains. Enfin. Encore plus de sang sur les mains.
Et là, j’aimerais bien en rester là vous voyez ? Mais ça monte, ça monte, ça monte et si ça sort par mon pouvoir ça va me tuer. Je suis incapable de me canaliser et je m’entends totalement vriller.

De loin.

Comme avant quand je renversais absolument tout dans ma chambre pour tout broyer, casser, éventrer.

- Mais tu cherches quoi Cyan au juste ? À me faire avouer quoi, hein ? Si t’avais fermé ta gueule depuis le début, il t’aurait pas reconnu et y’aurait pas eu de soucis. Mais c’est un peu trop demandé, n’est-ce pas ?

J’ai envie d’casser des trucs mais y’a rien à ma portée c’est vraiment chiant. J’reste loin de lui, aussi, parce que putain, j’ai trop envie de le frapper mais il aurait le dessus en quelques secondes et ça serait l’humiliation suprême.

- C’est pas plus mal ?

Acide, blanc, fatal.

- C’est pas plus mal ?

Ma voix se casse sur le dernier mot mais j’cède pas à la portée dramatique du truc. J’pourrais me retourner genre en pleurant mais j’ai laissé mes larmes dans un coin y’a plus d’dix ans.
Ça et potentiellement le fait que j’suis pas prête à m’expliquer sur tout, y’a des milliards de choses sous le tapis. Peut être qu’il va en tirer une poussière, peut être que je vais lui en vouloir à mort pour toujours et à jamais pour ça.

- J’lui ai calé une balle dans la tête parce que t’étais découvert, parce que c’était pas ta place de le tuer, parce que t’es plus de mon côté qu’il l’a jamais été, parce que, parce que.. parce qu’il m’a déjà tuée.

J’suis même plus vraiment en colère. J’crois qu’j’suis fatiguée. Et j’ai pas des masses envie de me faire persécuter juste parce que ça amuse monsieur. Parce qu’il trouve ça marrant, hein. Il trouve ça marrant. Les gens qui vivent, les gens qui meurent, tout le monde s’en bat les couilles de là où il vient; c’est pas mon cas. Quand les gens sont de notre côté on y tient.
Alcott était-il vraiment de mon côté ?
Et sa famille hein ?
Elle se situe de quel côté sa famille ?

- J’suis pas une attraction mentale, la ptite exorciste qui a pété les plombs. On n’en parlera pas parce que c’est mieux comme ça, si j’veux tout foutre sous le tapis c’est mon problème.

J’ai putain d’envie de gerber et je fuis de manière absolument lamentable. C’est abominable et cette scène là toute précise je pourrais la rejouer jusqu’à l’écoeurement tellement c’est pas mon genre de pas éclater sur quelqu’un.

Et pourquoi je lui éclate pas dessus ?
Parce que j’vais le traiter de fils de pute et lui caler les quatre vérités dans le crâne, j’vais lui dire que dans mon monde à moi les gens ils comptent et que c’est pas du bétail, qu’il n’est pas du bétail à mes yeux mais peut être que moi ouais, qu’il peut aller se faire foutre avec son envie de tout tuer, tout le temps, d’être le plus fort, le meilleur et le plus fier surtout, que j’aurais pas dû le sauver et qu’j’sais pas pourquoi j’lui ai fait confiance quand clairement ça m’a coûté le reste de santé mentale. Déjà que sur le bateau, hein, quand le mec se met à abattre des gens au pif, cimer la schyzophrénie, ça m'arrange bien d'oublier, ok il était en situation de danger mais combien de temps je vais regarder ça sans broncher ?

Mh ?

Mais bon.

J’dis pas ça.
J’dis pas ça parce que la première fois de ma vie j’préfère me faire un peu plus ronger par la rage qui me bouffe les tripes que la lui poser dans les bras pour me soulager.

- Tire-toi.

Ouais, j’lui ai dis de dos, ouais, c’est moi qui suit en train de m’enfoncer dans cet appartement, ouais, j’ai murmuré ça plus que réellement dit ça.

Mais sérieusement, j’ai vraiment envie de m’assomer le crâne à coup de cachetons, de changer d’appart, de pays, d’entourage et ne plus jamais, jamais y penser de ma vie.

Mais c’est à ça que je suis condamnée, non ?
A sentir mes muscles prendre le relais sur mon cerveau, mon doigt presser la détente, deux fois, et ce putain de soulagement.

C’est ça le pire.
Ce putain de soulagement.

Ses enfants diront pareil aussi ?
Putain.
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