This is life going on | Luka & Declan


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Luka E. Grey
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MessageSujet: This is life going on | Luka & Declan   Ven 30 Nov 2018 - 20:05



This is life going on
Luka & Declan

« La vie est un mystère qu'il faut vivre et non un problème à résoudre. »
Le vent souffle sur Londres, froidement. Un peu de neige s'écrase de temps à autre sur la vitre, sans aucun tourbillon magique et blanc. Ce n'est qu'une bouillasse, des gouttes d'eau à peine gelées que crache le ciel comme dégoûté du monde. Il nous enserre dans une chape humide et glacée, nous accable d'une mauvaise humeur constante avec une voûte céleste plombée, grise. Je regarde par la fenêtre la rue en contrebas qui ne cesse d'être en mouvement. Les hommes et les femmes qui s'activent sont emmitouflés dans des manteaux lourds, enroulés dans des écharpes épaisses. Les londoniens ont la tête baissée, comme accablés du temps et de cette morosité de novembre. Pourtant, demain, le compte à rebours avant Noël commencera. Un avent joyeux et des enfants rieurs. Surtout si la neige, la vraie, laisse un manteau blanc sur la capitale britannique. Pas cette glace fondue et triste. Bras nus, comme à mon habitude depuis qu'il est arrivé, je semble étrangère à l'hiver qui commence à s'installer. Doucement.

Declan est bloqué, encore. A ses côtés, Maël joue avec son toast au nutella (il m'a supplié, j'ai craqué), le faisant voler comme un avion, vrombissant, rigolant. Le toast fait des envolées incroyables pour ne jamais atterrir dans sa bouche, puisqu'il y a plus drôle, apparemment. Owhen est derrière son téléphone. Il sait que j'ai dit : "pas à table", comme une personne dépassée. D'ailleurs, quand il parle à ses amis du collège, il dit : "ma vieille", pour me désigner. Charmant. Mais il ne peut me cacher cet amour profond qu'il n'assume pas, cet amour d'adolescent. Et puis, pour le téléphone, il répliquerait que je ne suis pas à table là, mais assise sur le rebord de la fenêtre, ce qui change absolument tout, les règles également. Je me détache de ce spectacle immuable, là dehors, pour les rejoindre.

- Putain ! Hey Luka ? Y'a encore quelqu'un qui pense que Papa n'est pas mort !

Le toast de Maël s'écrase dans son bol de thé Earl Grey parfumé d'un peu de citron. Le crash éparpille le liquide brûlant tout autour et il se répand jusqu'à tomber sur mes genoux dénudés. J'aurai dû mettre un pantalon. Grimaçant, je me lève d'un coup sous la douleur de la brûlure. Maël se met à trembler légèrement et baisse les yeux, se recroquevillant. Owhen rigole, sans percevoir le changement d'ambiance qu'il a provoqué. Encore. C'est un petit jeu auquel il s'adonne régulièrement. Nathaniel étant un acteur plutôt apprécié et connu, mannequin à ses heures perdues, nombre de ses fans inventent des théories du complot sur sa mort énigmatique ou sa disparition mystérieuse, selon. Car il semblerait que mon "oncle" ne soit pas décédé pour certains, mais aurait été enlevé. Par qui ? Quoi ? Owhen trouve amusant de regrouper tous les articles sur internet qui en parlent.

J'attrape le téléphone portable de ses mains et le brise contre le mur. Choqué, le jeune garçon me regarde comme si j'étais la dernière des connes. Il s'apprête à me hurler dessus, je le vois, sans doute me dire que j'ai perdu la tête. D'un geste, je lui montre son petit frère, qui pleure à présent. Toute la colère qu'il ressent s'évanoui d'un seul coup. Owhen ne s'excuse pas car il sait qu'il a mieux à faire. Pendant que je vais chercher une éponge pour éponger (tiens !) le thé qui commence à goutter sur le sol, je le vois s'approcher du garçon accablé. Il prend un english muffin, également tartiné chocolat noisette, le sien à vrai dire, et se penche sur son frère. Il lui prend le menton, et je commence à essuyer. Maël ne sait même pas pourquoi il pleure vraiment, me dit-il parfois. Il ne l'a pas connu. Comment pleure-t-on quelqu'un que l'on ne connait pas ? Je n'ai pas de réponse à cette question, comme à beaucoup d'autres malheureusement.

- Ho, Maël, c'est bon, c'est fini. Papa t'aime ok, c'est pas de ta faute.

Je me mords la lèvre. Je voudrai comprendre comment cela se fait que dés que l'on dit à Maël que ce n'est pas de sa faute, qu'il n'a pas à se sentir coupable, cela le calme. C'est un petit garçon dont l'erreur n'aura été que de naître et il n'y est absolument pour rien. Pourtant, c'est ce qu'il semble penser. Comment à cet âge déjà peut-on raisonner comme cela ? Le garçonnet regarde son aîné, penaud. C'est un regard déchirant et dans quelques minutes, il n'y paraîtra plus. Le tsunami sera passé et les rires résonneront de nouveau. Mais cela reviendra, encore, ainsi que les cauchemars et les crises.

- J'ai plus faim.

La voix de Declan a jailli. Il semble avoir complètement occulté le remue ménage. Je jette un regard entendu à Owhen, qui prend son frère dans les bras, fait quelques pas, revient en arrière, attrape deux muffins et s'en va. Je regarde l'homme qui n'a pas esquissé le moindre geste. Quand on n'a plus faim, on quitte la table. Mais Declan ne bouge toujours pas et devant lui, ce n'est pas les restes d'un repas qu'il y a, c'est un repas. J'ai envie de m'énerver, de le brusquer, le choquer, lui rappeler qu'il y a deux enfants ici, qui souffrent aussi et qu'il n'est peut être pas nécessaire de les accabler plus encore. La colère sort presque. Je voudrai le secouer, ou le gifler, encore, comme ce jour à Édimbourg. Mais le guérisseur de l'IBMM a dit qu'il fallait être patient. Patient... Est-ce que cet exorciste savait qui j'étais ? Je ne crois pas non. Je ravale tous ces mauvais sentiments. Quand je prends sa main avec douceur, le contact m'ouvre un peu plus ce qu'il ressent. Et je balaye la peur, la colère, l'impuissance, la misère. Je me concentre sur le reste. Et je sais.

- Tu n'as rien mangé.
- Si, un toast !
- Il n'y avait rien dessus.
- Et mon café !
- Declan, il n'y a rien dans le café.
- Mais...
-Declan ! On a un marché.

L'homme s'avoue vaincu. Je sens sa résignation et son contentement également. Je devais juste le forcer un peu, comme si je lui donnais la permission de manger. J'ai l'impression d'avoir un gamin de plus à la maison. Mais il n'est pas question que je le laisse faire ses caprices de merde. Il a prit sa décision, il s'y tient. Ils ont dit qu'au début, ce serait ça. Parce que quand on oublie comment vivre, il faut réapprendre. Et si cela prend du temps, c'est surtout exaspérant pour tout le monde. Les incompréhensions sont nombreuses. C'est comme une rééducation pénible. De plus, je crois que Declan ne se rendait pas réellement compte de tous ses TOC et de toutes ses peurs. Avant de s'y confronter. C'est vrai, il ne mangeait pas, ou peu, et toujours la même chose. Il ne pouvait pas voir ce qui lui posait problème et quel en était l'étendu puisqu'il ne s'y confrontait pas. En l'espace d'un seul repas, il s'est heurté à une bonne dizaine de murs. Et ça a continué. La découverte des règles et des interdits est consternante, affligeante; Lentement, et après une gorgée de café, comme pour se rassurer, je le vois prendre un deuxième toast. Il le porte doucement à sa bouche. J'attrape le beurre salé (je suis aussi bretonne, rappelons-le) et la marmelade d'orange amère qu'il aime, que j'ai spécialement acheté une foutu blinde chez Fortnum and Mason, sur Oxford Street, l'épicier de la Reine Elizabeth. Brusquement, parce qu'il faudrait pas me prendre pour une conne non plus, je les pose devant lui, dans un bruit de verres qui se choquent, prêt à se briser, comme ma patience. Je sens sa colère monter. Comment puis-je l'obliger à cela, hein ? Mais je reste intraitable et qu'il me déteste après tout ! Il doit vivre, pas m'aimer.

Pourtant cela me fait mal. Et je ne peux pas me cacher. Depuis que j'ai brisé le lien avec Ange, il y a des années, depuis que je l'ai rétabli, j'ai du mal à me couper de mon don. Et le panel d'émotions qui me saisit continuellement me ferait presque me sentir seule, tant je deviens impersonnelle. L'homme tartine avec mauvaise humeur la tranche de pain. Il serait prêt à me la jeter à la figure. Et comme je reste à ses côtés, comme un garant, il ne lésine pas sur la quantité de beurre ou de marmelade, comme à son habitude quand il croit que je ne le regarde pas. Le plaisir immense qu'il ressent quand la nourriture touche sa langue me dégoûte. Il est arrivé à un tel point qu'un rien le met dans un état incroyable. Et moi qui contemple cela, je me trouve bien triste.

Je me rassois en silence à côté de lui, le laissant continuer tranquillement. C'est un sacré mélange entre indifférence et attention que je dois constamment mesurer. Je suis bien mauvaise à cela, mais je m'y efforce tant bien que mal. On fait aller, en somme. J'attrape une banane que je commence à éplucher. Declan s'est stoppé, m'observe. Il fait cela, de temps à autre, comme si regarder manger les autres le rassurait également. Le désir qu'il éprouve commence à poindre, ainsi que l'éternel combat avec la peur. Je voudrais soupirer, mais je ne peux pas lui montrer à quel point parfois, je suis à bout de nerfs, je me sens dépassée. J'ai toujours l'impression de n'être pas la personne qu'il lui faut. Mais il ne veut pas retourner chez ses parents, comme une impossibilité de plus. Il ne veut pas les faire souffrir. Pas un enfant de plus à moitié dans le cercueil, n'est-ce pas ? Je lui tends le fruit.

- Si tu en veux une, tu en prends une.
- Non, c'est bon.
- Action contraire, Declan. Et puis, c'est plein de potassium.

Il attrape la banane, bon gré, mal gré. J'ai vu ça dans Doctor Who, pour le potassium, je ne sais même pas si c'est vrai, mais je crois que si. Le principe d'action contraire est une astuce que je lui ai trouvé : "fais le contraire de ce que tu penses". Car il sait que ce qu'il pense est maladif, voué à finir six pieds sous terre. Je ne suis pas sans savoir que les bananes figurent dans sa liste d'interdits. Il est des aliments qui sont "blancs", d'autres "noirs". Rarement "gris". Même ceux qui sont blancs sont compliqués. Mais les autres, c'est un combat violent pour qu'ils deviennent autorisés. Comme le pain. Et encore, on n'est pas au pain blanc que l'on peut trouver habituellement n'importe où. C'est un pain complet. Je ne comprends pas toujours les règles, mais en résumé, plus cela est sensé être "mauvais" (ce qui entre dans le mauvais est parfois assez étonnant), plus cela lui fait peur. Et les combinaisons aussi parfois. J'ai découvert qu'il lui était impossible d'avaler et de la viande et des féculents ensemble sur le même repas, pour le moment. Et manger après dix-sept heure était inimaginable jusqu'à deux jours avant. Il est des plats qui sont décrétés pour le midi, d'autre pour le soir et ce n'est que depuis une semaine, alors que c'était prévu dés le départ, qu'un goûter est en place et non évité.

J'attrape une autre banane et la mange tranquillement, essayant d'évacuer la tension qui m'habite, la mienne et la sienne. Quand je plonge mon nez dans mon thé darjeeling légèrement tiède – il a eu le temps de s'infuser au moins trois fois d'ailleurs – je remarque avec joie que lorsque l'homme fini sa banane, il reprend le toast en main. L'imprévu le bloque souvent, surtout après. Mais puisque la banane n'était pas prévue ce matin, que c'est un "plus", sans doutem'aurait-il dit qu'il n'avait plus besoin du toast. Owhen et Maël reviennent, complètement habillés. Ils me feraient presque transpirer avec leur manteau. Puisque Declan est ici, il a fallu monter la température drastiquement. Chez lui, il ne le permettait pas non plus, accueillant le froid comme une punition de plus. Les garçons me disent qu'ils vont à l'école et je hoche la tête, rassurée de voir le sourire sur le visage sec du plus jeune.

Mes deux p'tits hommes partis, je regarde l'homme qui reste. Declan Mystery a bien pauvre allure. Je lui interdis ici, d'utiliser son pouvoir pour se cacher. Parfois je le surprends encore fringuant comme avant et il suffit d'un regard pour que l'illusion cède place à la honte. Il n'a vraiment pas repris beaucoup de poids. Pourtant il mange, je m'en assure, même si habituellement, je le laisse décider. Quand il ne fait pas un énorme caprice. Mais la fatigue accumulée, les années de privations, car on peut le dire à présent, cela se compte en années avec celles où il était aux mains de Dorian, font que le retour à la normal est difficile. Pourtant, il y a beaucoup de progrès. Il n'a jamais été réellement dans le dénis, c'était le propre de la punition qu'il s'infligeait. On ne peut pas se punir à ce point si on ne prend pas conscience de la punition. A présent, il reconnait que, peut être, il n'a pas besoin d'être puni. Physiquement, il est bien plus vif dans ses mouvements, une nouvelle étincelle brille dans ses yeux. Et il parvient à dormir. Les trois premières nuits ont été trop agitées. Au départ, lui demander de ne rien faire ou de faire une sieste confinait l'impossible. A présent, il dort énormément, pour rattraper les nuits blanches à courir partout. On ne sauve pas le monde avec un ventre vide. Et je crois qu'il le sait maintenant.

- Le complément, il est où ?

Je lève les yeux de mon thé, bouche bée.

- Dans le frigo, les vanilles sont à droite et les caramels à gauche.

Si je suis stupéfaite, c'est qu'habituellement, c'est à moi de le lui donner. La première fois, il l'a même vidé dans l'évier pendant que j'avais le dos tourné. L'après-midi, quand je lui ai présenté le deuxième, il a failli vomir en en buvant jute une gorgée. Vomir de quoi, je ne sais réellement. Mais il faut faire attention aussi, au syndrome de renutrition. Cela fait tellement de temps et il est descendu tellement bas, qu'on n'a pas pu dés le départ le faire manger normalement et plus encore. Declan est un homme grand, 1m85. Et la première fois qu'il est monté sur la balance de l'IBMM, il m'a dit qu'il pesait à peine plus de 37 kilos, à 100 grammes prêt. Il n'était pas obligé de me le dire, mais il le fait encore. Comme dans un soucis d'honnêteté après tant de mensonges. Il y a deux jours, il y est allé pour un contrôle (je ne l'emmène pas, car après tout, c'est son rendez-vous, c'est un adulte), il avait pris 300 grammes par rapport à la dernière fois, ce qui l'amenait à présent à 39,8 kilos. Il m'a dit, paniqué, qu'il n'avait jamais regardé le nombre avant , et que dés lors, le savoir le perturbait, que passer les 40 kilos était un obstacle qu'il était en train d'ériger tout seul.

Emmitouflé dans un pull bien plus grand que lui et un jogging qu'il a fallu faire recoudre pour que la taille tienne (pour des raisons d’escarres, les jeans et autres pantalons ou vêtements possiblement irritants sont interdits), il ouvre la porte du réfrigérateur et se sert d'un Clinutren HP/HC 400kcals. J'en ai goûté un, une fois, ce n'est pas mauvais. On dirait une petite crème liquide. Declan ne veut que les liquides. Et pourtant boire quelques choses autre que de l'eau, du thé ou du café, non sucré cela va sans dire, est encore difficile. Il l'ouvre, plante la paille dedans et retourne sur la table. Il met de côté son café, fait de la place sur la table, et attrape son ordinateur sur le côté. Je voudrai lui dire de lâcher un peu prise, qu'il peut se permettre de laisser un peu le travail de côté. Tom gère. Je ne connaissais pas très bien, ou pas du tout, soyons honnête, le secrétaire de Declan. Mais il a prit en main le siège Édimbourg-Belfast-Cardiff quand son directeur était en train de pourrir dans une cellule de Croix, pourquoi ne pourrait-il pas le faire correctement à présent ?

Je ne dis rien, cependant. Il reste maître de ses choix, je ne peux que le conseiller, par le forcer car au bout d'un moment, c'est à lui de décider. Mais je sais aussi qu'après une heure ou deux, il ira faire une sieste. C'est incroyable, maintenant qu'il a lâché, qu'il a accepté qu'il avait besoin de repos, le nombre d'heures qu'il peut passer à dormir. Cela me rassure presque et je me dis que c'est son corps qui reprend le dessus. De toutes façon, jusqu'à 2019, il bouge pas d'ici. Après Édimbourg, je l'ai tout de suite pris avec moi. Cela m'a prit deux jours entiers pour lui parler à nouveau, directement. Avant, je n'arrivais pas à m'adresser personnellement à lui. Il a posé ses vacances qu'il n'avait pas pris depuis la nuit des temps, et je l'ai installé dans une chambre...

(c) DΛNDELION

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If I had a world of my own Everything will be nonsense Nothing will be what it is Because everything will be what it isn'tI invite you to a world Where there is no such thing as time And every creature lens themselves To change your state of mind.
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Declan A. Ø. Mystery
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MessageSujet: Re: This is life going on | Luka & Declan   Mar 4 Déc 2018 - 23:11



This is life going on
Luka & Declan

« La vie, ce n'est pas attendre que les orages passent, mais d'apprendre comment danser sous la pluie »
L'écran met du temps à s'allumer. C'est comme si lui aussi me refusait l'accès. Je patiente tranquillement. Le coussin sous mes fesses, sur la petite chaise, glisser légèrement et je m'empresse de le remettre. Je ne peux pas m'asseoir sur quelque chose de trop dur. On n'y pense pas à ces conneries, mais qu'est-ce que cela fait mal au cul. Pendant que la mise à jour qui a décidé de s'installer s'installe, je regarde mon téléphone. Maman a encore appelé trois fois et j'ai un message de Papa. Je contemple l'écran d'un air absent. J''aimerai leur dire où je suis et ce que je fais. Je n'y arrive pas. Pas encore. Je les appelles cependant, leur dit que je suis en vacances parce que j'en ai besoin. Et quand je ne réponds pas quant à une demande de précision, Papa éclate d'un faux rire en disant que je ressemble bien à ma mère, à partir comme ça. Mais il sait que ce n'est pas le cas, ce n'est pas moi. Alors forcément, tous les deux, ils s'inquiètent.

Je suis passé voir Clyde mercredi. Rien de nouveau. Le conseil me prend beaucoup de temps, mais je pense à vous deux, mes fils. Il faudra organiser noël, votre mère y tient.

Le message me met le coeur en miette. Noël ? Déjà qu'avec Clyde dans un lit, les yeux ouverts mais vides, on peut difficilement passer Noël. Alors là... Je regarde la date. 25 jours avant le réveillon. Est-ce que je serai à même de leur rendre visite à ce moment là ? Comme mu par un remord de le laisser patienter sur le côté, j'attrape le complément et avale une gorgée, le repose. Le goût sucré de la vanille me rappelle vaguement, pauvrement, les flans que ma mère cuisine. Elle s'obstine a y mettre de la vanille de Madagascar, de celle qu'elle est allée chercher elle même. Si elle en manque, qu'importe, elle se rend sur l'île, c'est un voyage de plus qui trouve une justification. Moi je n'ai pas de justification quant à ce qu'il s'est passé.

Parfois, je pense au directeur de Pologne qui, malgré les temps troublés et le besoin de lui, avait prit un avion pour venir m'aider. Aujourd'hui, je ne lui en tiens plus rigueur, car aujourd'hui mon esprit s'éclaircit. Ce n'est pas le cas de Luka. Mais Luka est plus entière que moi, plus butée également. Ce qu'elle a vu ce jour là l'a meurtrie plus qu'elle ne l'était déjà. Et elle ne pardonne pas facilement les refus, les défaites, l'abdication. Surtout quand c'est de sa faute. De ce point de vue là, la jeune femme semble me ressembler un peu, à vouloir que tout aille bien alors que ce n'est pas le cas. Mais elle s'y prend différemment, maladroitement parfois, toujours rudement, et dans un seul sens. La pluralité des possibilités lui échappe complètement. Et si Simje était venu pour les runes, il devait faire les runes. Cela s'arrête là. Je ne suis pas aussi péremptoire. L'homme qui ne me connait pas n'a sans doute pas pu. Il n'y a pas de raison à trouver là-dedans. Il a essayé. Pour cela, je peux passer presque tout. Et puis, il faut l'avouer, nous n'avons rien fait dans les règles fixées. Je crois qu'en fait, je ne suis pas sûr, mais Luka s'en veut. Il avait ordonné de rester dehors. Elle n'est pas restée. Elle ne reviendra pas sur cela, car c'est fait, et encore une fois, c'est tout. Mais quelque part, je pense qu'elle regrette, qu'elle a l'impression d'avoir gâcher quelque chose. C'est peut être pour cela qu'elle se sent obligé de réparer ce qui s'est brisé.

L'ordinateur m'annonce avec joie que la mise à jour a été installée avec succès. J'aimerai en dire autant de la mienne. Il faut reprogrammer mon être entier. Je suis en quête et cherche mon code source, j'essaye d'effacer les bugs qui se sont produits. J'avale une gorgée de plus et me met au travail. Ma boite mail est presque vide, car je m'en occupe tous les jours, rien ne s'accumule. Je refuse de lâcher cela. Je sais qu'on aimerait que tout soit parfait, que je me concentre sur moi-même et rien d'autre et, au risque de paraître un peu gamin, et bla et bla et bla ! Mais ce qu'il me faut, c'est être qui je suis. Et cette partie là de moi, je n'ai jamais cessé de l'être, je ne veux pas l'abandonner. La questionner, oui. Pas l'abandonner. Je suis à même, désormais, de me reposer, de laisser du temps couler. Je suis même capable de dormir profondément. Je travaillerai donc. Il n'y a que Tom qui sache pourquoi je suis absent. On pense que je suis parti en Chine ou je ne sais où, pour décompresser, prendre du bon temps. J'ai rarement été capable de prendre des vacances plus d'une semaine...

Je fronce les sourcils en voyant que l'affaire du Mystery Orphanage prend un autre tournant. Mon père m'envoie qu'ils auraient des informations positives à ce sujet, sans s'étendre cependant. Je me questionne fortement. Si on doit tenter quelque chose pour reprendre l'orphelinat aux mains des sorciers noirs, il faudra que je sois remis. L'évidence est telle que je finis ma bouteille de complément sans aucun remords, pour une fois. C'est donnant donnant, la douleur vaut quelque chose. Après tout, Little Angleton, le Mystery Orphanage, c'est mon territoire, mais c'est aussi ma famille. Ma responsabilité. J'envoie quelques mails, notamment à propos de la gestion des cadeaux de Noël pour mes employés. Tom gérera cela avec les fonds prévus pour, mais je lui demande de remonter le moral des troupes. Ce n'est pas parce que je suis absent que je dois les laisser derrière. Il saura quoi faire. Je réponds également à Kurt Höwigräsche. Il m'a convoqué deux fois déjà, pour passer à la casserole, si j'ose dire. Je n'ai pas voulu y aller, me confronter à ce que j'ai vécu, le déposer entre les mains de quelqu'un d'autre. Je ne pouvais le permettre. Pas avant. Car on ne partage pas son malheur. On ne convoque pas les autres pour cela. C'est un regret de plus que j'ai, d'avoir imposé une telle chose à une personne si jeune et à deux étrangers. Je ne le voulais pas au départ. Je le refusais. Et je ne sais pour quelle raison je me suis lancé. On s'en fiche.

Maintenant, j'ai même pris rendez-vous avec le chef des Archives et Souvenirs de la police magique. C'est une obligation pour les directeurs, de s'y rendre, et d'y confier leurs souvenirs. Ce n'est pas un être humain qui se charge de les recueillir à proprement parler puisque l'on passe dans une sorte de machine. Il suffit de s'y asseoir, sur ce siège, au milieu de la pièce. De bien mettre les deux mains sur les accoudoirs, puis de fermer les yeux. Je ne sais pas comment cela fonctionne. Comment les techniciens magiques ont réussi à mettre cela au point. C'est une sorte de transmission de don, de lecture de souvenirs, de rêves, de passé, de présents, de pensées... Par le biais de deux pierres de runes, reliée à une sorte d'imprimante (c'est comme cela que je l'imagine). Et les résultats qui en sortent sont assez étonnants. Il y a des paragraphes écrits comme une histoire ou de simples mots, des images, des runes, des pensées plus ou moins courtes, des dessins étranges, des incompréhensions. On dirait presque un compte Facebook, pour ceux qui en ont un. Et l'expérience que l'on vit est différente pour chacun, apparemment. Pour ma part, je revis de manière très prégnante ce que je livre. Et je ne voulais pas cela.

On sonne à la porte. Luka n'est pas dans la cuisine et pas dans la grande pièce à vivre ouverte (on ne trouve pas de portes pour séparer ces deux endroits, juste trois marches qui placent la cuisine en hauteur, et un petit meuble de rangement, qui se veut faire office de bar ou de mur, puisque des chaises immenses sont de l'autre côté et qu'il fait un obstacle, en partie, entre les pièces). Je ne sais pas où elle est passée car il me semble que ses yeux étaient fixés sur le moindre de mes gestes il y a encore quelques secondes. Je déteste cela, mais je ne dis rien. Car je ne montre pas encore qu'elle peut entièrement me faire confiance. Je ne sais pas moi-même si j'en suis capable. Je rectifie aussitôt : je sais que je n'en suis pas moi-même capable. Il est des jours où je pourrai vaincre le monde entier et d'autres où je n'ai qu'une envie : me terrer sous la couette et ne plus bouger, presque paralysé par la peur.

Je n'avais pas si peur, avant. Cela me prenait de temps à autres et je le gérais par l'absence de nourriture. Comme il n'est plus possible et d'ailleurs cela n'aurait jamais dû l'être, de s'affamer, le temps de trouver un autre moyen, la peur est omniprésente et violente. Je n'ai pour le moment que de piètres réponses, mais j'arrive néanmoins à vaincre cela, pas à pas. Petit à petit, l'oiseau fait son nid. Je suis néanmoins consterné de voir que cette fois-ci, la difficulté n'a pas fait que monter d'un cran. Quand j'étais gosse, je ne savais pas, je ne comprenais pas réellement pourquoi je ne voulais pas manger. Maintenant, j'en ai une telle conscience qu'il m'est compliqué, malgré que j'ai le raisonnement pour trouver cela absurde, de le dénier. Je voudrais avancer plus vite, franchir les obstacles et ne pas les contourner, mais il des choses qui se construisent dans le temps car elles ont été détruites dans le temps. Je me lève pour aller voir.

Les muscles qui se tendent dans le mouvement sont une souffrance de plus. Maintenant qu'ils ont le droit de se plaindre des mauvais traitements que je leur ai infligé, ils ne s'en privent pas, bien au contraire. J'ai presque l'impression de sentir l'évolution de leur reconstruction, comme s'ils tenaient à me la faire partager. Un vrai bonheur ! Alors que je me lève d'un coup, la terre vacille. Le monde veut me mettre à terre je crois. La lumière baisse devant mes yeux pendant encore deux ou trois secondes et tout revient à la normale, se stabilise. Je me suis encore levé trop vite. Je resserre machinalement mes bras les uns contre les autres, pour me protéger du froid toujours envahissant. Si je regarde le thermostat, il est déjà trop élevé. Mais mon corps n'est plus d'accord avec cela. Je flotte dans le pull The North Face qui n'est qu'une couche parmi les autres. En dessous, j'ai un deuxième pull, avec une capuche également, et deux t-shirts. Cette accumulation de vêtement ne me rend pas plus épais et l'on a l'impression d'un enfant que l'on aurait vêtu des affaires de sport de son Papa. Je résiste à l'envie de prendre la forme de quelqu'un d'autre. Mon pouvoir palpite dangereusement. Je ne veux plus prendre ma forme non plus, celle qui n'était qu'illusion alors que je la prétendais vrai. Mais être quelqu'un d'autre serait un soulagement, juste un instant. Cependant, qui ? Je n'ai pas grand choix, je n'ai pas développé beaucoup de formes dans lesquelles mon pouvoir accepte de se sentir bien plus de quelques pauvres minutes. Alors qui ? Dastan, les yeux pleins de reproches ? Dylane, l'amour qui est mort ? Ou Cillan, celui qui ne sera plus mon frère ?

Je me résigne à ne porter que mes os, n'ayant personne sous la main pour inspirer la magie et regrettant de devoir avoir la force de résister à cette tentation d'être autre. Luka n'est toujours pas là, et l'on sonne encore, de plus en plus. Je murmure que j'arrive, presque agacé. Mais en réalité, je recommence à peine à me familiariser avec mes émotions, les vraies. Pas celles que j'avais l'impression de devoir ressentir. Non. Celles qui sont naturelles, spontanées, comme le rire qui ne revient pas encore. Quand je mets la main sur la poignée, j'hésite encore à ouvrir, comme à dévoiler la honte. J'ai beau progresser sur la question d'amour propre, je me considère toujours à peine plus haut qu'un débris humain. La poignée sous ma paume est froide, résistante et me hurle le défis. J'ouvre devant un coursier qui a un mouvement de recule en voyant mon visage si creusé par la faim.

Felix Armand Delacroix, Paris, téléporteur, message. Les informations que je perçois sont nettes, et il n'a pas besoin de me dire quoique ce soit, mais il le dit quand même, sans peur d'être redondant puisqu'il ignore que je sais. Petit, je me demandais pourquoi tout le monde ne cessait de se présenter, à quoi cela servait. Même quand les gens avaient un but précis et tentaient de me l'expliquer, pour moi, cela n'avait aucun sens. Je le savais. Et pourquoi eux ne le savaient-ils pas ? J'ai bien vite compris que tous n'avait pas le don de la Détection, comme je ne pourrai pas me téléporter aussi bien (et à des kilomètres de là d'ailleurs) que ce cher Felix, avec un recommandé de Paris. Je sais également ce qu'il y dans la lettre, sans interroger mon don, sans l'ouvrir, sans même la toucher. C'est la réponse. L'homme cesse de me regarder comme si j'étais un cadavre et ose enfin me voir en homme. Il se pose des questions, beaucoup de questions, trop sans doute. Cela se voit dans son regard.

- Je dois le remettre à Luka Grey et à personne d'autres.
- Je sais. Je suis Declan Mystery, je vis chez elle en ce moment. Si je signe et j'atteste sur l'honneur lui remettre, ça ira ? Je ne sais pas où elle est, là, sans doute sous la douche...

L'exorciste coursier me contemple un instant. Je ne suis pas un des directeurs les plus connus ou des sièges d'Orpheo les plus influant, mais il n'en reste pas moins que peu ignorent qui je suis, à peu de choses prêt. Les Mystery sont des racines d'Orpheo, mon père siège au conseil restreint et ma grande-tante était directrice du Mystery Orphanage, réputé dans le monde entier. Il n'est nul besoin de se questionner longtemps. J'ai tout de même une voix qui porte à Orpheo, une voix que l'on entend. Et je connais très bien Selena Deslilas, la directrice de Paris-Londres, notre plus grand siège, d'où arrive Félix. Elle était élève de mon père qui dirigeait ce même siège. Il finit par hausser les épaules, car après tout, ce n'est pas un document top-secret. On peut les voir sur notre réseau interne, si on le désire. Il sort son calepin de signature et j'y écris un mot avant de parapher et de signer avec la date. Il est des formalités à ne pas ignorer tout de même. L'homme s'en va en me remerciant et je ferme la porte. Où est Luka ? Je retourne derrière mon ordinateur et travaille un petit peu.

(c) DΛNDELION

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