C'est un aveugle qui dit à un sourd... | Ft. Laurens


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Alma C. Weiss
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MessageSujet: C'est un aveugle qui dit à un sourd... | Ft. Laurens   Sam 20 Jan 2018 - 19:48



"C'est un aveugle qui dit à un sourd..."

Innocence reniée, prisonnière de l'obscurité, Dans ma lassitude, je suis rangée par la solitude. - Alma




Ma soupe est froide, je ne sais même pas pourquoi je l'ai commandé de base. Je n'ai pas faim. Je n'ai rien mangé de la journée, rien depuis hier soir. Pourtant, Je n'ai pas faim. L'horloge indique qu'il est bientôt vingt-deux heures et demie... Ca fait donc plus de vingt-quatre heures que je n'ai pas avalé quelque chose. Je n'ai pas arrêté de regarder cette soupe, jouant avec et ce à l'aide de la cuillère. Je ne l'ai même pas goûté, je n'ai pas envie de la goûter. Elle ne me donnait même pas envie de la commander de base, pourtant c'est ce que j'ai fait. J'ai dépensé quatre euros et quatre-vingt-dix-neuf centimes pour ça. De l'argent jeté en l'air pour rien. Peut-être que j'aurais dû commander quelque chose de plus gras, comme ce type pas mal enrobé en face de moi, en train de déchiqueter son morceau de poulet. Ses mains et ses lèvres pleines de graisse suffit à faire monter en moi un sentiment d'écœurement. Et son manque de délicatesse et de tenu sont tels qu'il ne remarque même les quelques restes venant trouver refuge sur son t-shirt... Il est après tout, bien trop préoccupé à mâcher et avaler, la bouche complètement ouverte.
Comme si j'ai besoin de savoir ce que devient ce morceau de viande une fois dans sa bouche. Est-ce qu'il mange, ou est-ce qu'il baise son putain de morceau poulet ? Non mais, sérieusement... Pourquoi je le regarde ? Voilà là une question existentielle. Peut-être parce que c'est la seule autre personne présente dans ce fichu Fast Food minable, en plus du cuisinier. Cuisinier qui fait serveur avec un tablier de cuisine encore sale, je précise. Je suis heureuse d'être sourde, au moins je ne peux pas entendre ce crétin mastiquer sa viande, ou bien entendre l'émission stupide qui passe en ce moment même à la télévision et qui semble faire mourir de rire ce cuisinier hygiéniquement douteux. Je me lève et je me dirige vers les W.C, énervée, laissant ma soupe sur place. Je me positionne devant le miroir avant de m'observer un moment et fondre en larme. Mon phone vibre au même moment et je sais sans avoir à le voir qui est la personne qui tente de me contacter. Puisqu'elle essaye de me contacter depuis hier soir, elle n'a pas cessé d'appeler toute la journée.

Mais je ne peux pas lui parler, je ne peux plus lui parler. Plus depuis qu'elle m'a brisé le cœur. Tout ce qu'elle pourra dire n'y changera rien. Je tente de calmer mon cœur, d'essuyer ses larmes qui ne cessent de couler à flot. Je regarde tout de même mon téléphone et décide de l'ouvrir. Plus de cinquante-deux messages non lu. Mais qu'est-ce qu'elle croit ? Que je vais les lire ? Pourquoi ferais-je quelque chose d'aussi stupide ? C'est toujours très simple de s'excuser au téléphone, de s'excuser tout simple. Je fais glisser mon doigt sur le côté pour supprimer les messages. Jamais je ne lui pardonnerai et si je le faisais, c'est à moi que je ne pardonnerai jamais. Mes mains tremblent, j'ai l'impression que mon cœur va sortir de ma poitrine tant j'ai l'impression qu'il me fait souffrir. Et cette désagréable sensation au ventre qui n'a fait que grandir depuis hier soir, semble elle plus intense à présent. Souffrir au point de penser que le monde a cessé de tourner, que les jours se sont transformés en nuits éternelles... Eh bien, je n'aurais jamais cru saisir un jour cette douloureuse essence.
Je ressors de W.C les yeux rouges et humides, frustrée et énervée de pleurer pour une hypocrite et égoïste petite garce. Alors que je me dirige vers ma table pour y retrouver ma soupe froide, froide comme peut l'être un coeur brisé, je me fige aussitôt que j'y vois les traces de sang au sol. Mon cœur se met à accélérer dans ma poitrine au fur et mesure que je constate que la personne qui a perdu tout ce sang ne peut guère être encore en vie. Le sang au sol indique qu'un corps a été traîné, apparemment en direction de la cuisine. Ma respiration est de plus en plus rapide, bien trop et même si je suis incapable de l'entendre, je sais qu'elle est forte. L'homme qui mangeait son poulet n'est plus là et c'est depuis sa place que commence la traînée de sang. Il y a aussi beaucoup de sang au niveau du comptoir où se tenait le cuisinier. La sortie est à quelques mètres en face de moi, pourtant la peur me paralyse physiquement et mentalement.

Mon regard fixe à tour de rôle la sortie et la cuisine qui est partiellement visible depuis le comptoir. Lorsque j'ai enfin le courage de faire un pas long et prudent en direction de la sortie, voilà que mon téléphone vibre de plus bel, me faisant sursauter. Dans un geste involontaire ma main percute un récipient de sel qui vient se fracasser au sol. Par réflexion mon regard se tourne vers le comptoir qui donne un visuel sur la cuisine tout en tentant d'éteindre mon téléphone. C'est à genoux que je me positionne immédiatement lorsque j'aperçois un simple mouvement de l'autre côté. Cachée derrière un siège et mes mains plaquées contre ma bouche, tentant de retenir mes gémissements, j'essaye de ne pas pleurer de nouveau. J'ai eu la stupidité de me débarrasser de Nymeria pour ne pas qu'elle me voit souffrir, alors que c'est elle qui est chargée de me protéger. Je ne sais pas me battre, je n'ai pas de magie offensive. Pourquoi il fallait que ça tombe maintenant et sur moi ?



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Laurens Van Vollenhoven
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MessageSujet: Re: C'est un aveugle qui dit à un sourd... | Ft. Laurens   Ven 26 Jan 2018 - 23:44


"C'est un aveugle qui dit à un sourd..."


Je n'ai jamais vraiment su la raison pour laquelle Hector a choisi ce corps. Pourquoi il s'attaque toujours aux innocents. Pourquoi il retient cette haine au fond de lui et la fait sortir sans jamais l'assouvir. Est-ce que ça finira un jour ?


Make your own nightmare
as if it was your best fairytale.

Ça n’avait pas pu mieux démarrer. Une petite route de campagne, perdu quelque part en Europe, entre deux frontières fictives. Dans un car de voyage avec pour seule compagnie des écouteurs fermement accrochés aux oreilles. La musique calme adoucit les mœurs. Pour moi, c’était on ne peut plus vrai. Hector semblait sensible à la musique, au rythme principalement.
Sans doute un rapport avec mon rythme cardiaque.

Voilà quelques minutes que le vrombissement léger du car me fait somnoler. Personne n’a osé se poser à côté de moi. Ma peau est devenu du bitume à force de subir des coups et je porte de nombreuses cicatrices sous mon sweat à capuche. Qui se douterait que sous mon air de loubard se cache en vérité une personnalité assez douce et posée. Enfin, mon vrai moi, mon moi de tous les jours sans cet abruti d’Hector. Il ne s’est pas manifesté depuis un certain temps et cela tend à me stresser plus que de coutume. Plus le temps passe et plus mes chances de le contenir tombent. Il attend le bon moment pour frapper. Un moment sans risque pour lui, où sa folie sauvage pourrait être assouvie sans crainte.

Georges s’est posé sur le siège à côté de moi et je suis bienheureux de ne pas rencontrer une fois encore de personne magique. Entre le gars et ses mandalas et la dame avec un autre fantôme… Je ne pensais sincèrement pouvoir rencontrer des personnes comme ça. Comme moi, je veux dire. Enfin, j’ignore s’ils sont vraiment comme moi. Je ne connais pas les critères. Je viens peut-être d’une autre planète. J’ai été adopté. J’ai subi une mutation génétique. Aucune idée, je devrais peut-être me faire dépister d’une maladie. Mais laquelle ? Si j’annonce aux médecins que je vois des fantômes, au mieux ils m’emmèneront voir un exorciste prêtre bizarre. Au pire, ce sera l’asile. Et m’abrutir n’est pas la meilleure solution, ça donnerait des raisons de plus à Hector pour sortir. Il tuerait tout le monde et toutes les seringues du monde ne suffiraient pas. Je deviendrais un légume et il pourrait bien prendre le pas sur moi. Je serai détruit.

Hors de question.

Le bus s’arrête une nouvelle fois et je décide de sortir. L’air est rafraîchissant, voir un peu trop. Je frissonne et décide de rentrer dans un bar. Mais il n’y en a pas dans le coin. Alors je marche. Marche encore et toujours, jusqu’à ce qu’une certaine lassitude s’installe. J’ai la sensation de ne plus avancer, de reculer même. Qu’est-ce qu’il m’arrive.

Lau’, il arrive.

La prévention de Georges me fige sur place. Il arrive. Je tourne, paniqué, la tête à droite et à gauche. Il y a un restaurant, de bord de route. Et qui dit restaurant dit couteau. C’est à tenter. Un brusque mal de tête m’assaille et je titube sur quelques mètres. Il est puissant, il arrive en crescendo, pas par salve. Je n’arriverai pas à le retenir. Je n’ai même pas cinq minutes devant moi. Dans trois, une minute peut-être, c’en sera fini.

Ma respiration se fait plus rapide.

Je vais essayer de le retenir.

Depuis la rencontre avec le monsieur bouddhiste, Georges s’investit beaucoup plus dans la lutte contre Hector. Il n’a plus peur de se battre avec lui pour me faire gagner du temps. J’ignore de ce dont ils ont discuté, tous les deux, mais Georges a décidé d’être et non plus de paraître. Je l’aime bien, beaucoup même.

Georges disparaît. Ma vision se trouble, devient noir puis trop lumineuse, comme une lampe qui vit ses derniers instants dans une salle sombre. Seule. Mais je ne suis pas seul. Je dois au moins essayer. M’approchant aussi vite que possible du restaurant, je pousse la porte avec ferveur en me tenant la tête et fonce jusqu’au comptoir sans plus de cérémonie.

-Donnez-moi un couteau !

Hector comprend immédiatement ce qui se trame et donne un grand coup dans mon âme pour prendre une place non négligeable dans le contrôle de mon corps. Je n’entends déjà plus la réponse de l’autre homme. Me parle-t-il ? M’ignore-t-il ? Je ne sais pas. Qui suis-je ? À l’instant où mon bras se pose sur la table, je sais que c’est terminé. Ma tête plonge en arrière et je ferme les yeux, emporté par un flot de rage et de haine indescriptible.

Le sourire machiavélique s’affiche sur son visage dirigé vers le bas. Il inspire profondément et hume les bonnes odeurs de nourriture. Il sent le métal, il sent le sang à venir, les cris retentir. Il savoure cet instant d’innocence en imaginant la suite.

-Monsieur ? Monsieur, vous allez bien ?

Comment se sent-il. Vide. Juste une chose qui n’existe pas et qui se montre quand même. Un rien dans un monde qui ne veut pas de lui. Ce corps est fort, il a déjà encaissé tant de choses. Toujours en cavale, jamais enfermé. Juste baladé çà et là sans jamais s’arrêter. Sans jamais pouvoir s’arrêter. Le sang a-t-il le même goût partout ? La même odeur ? Il relève les yeux. Deux personnes. Un gros trop penché sur sa nourriture pour lever les yeux sur lui. Et le cuisinier ou tout du moins le serveur. Il doit y avoir un cuisiner à l’arrière.

Un léger inconfort au niveau des tempes vient le titiller. Cet autre fantôme. Il le rejette avec facilité. Il a le pouvoir. Juste lui. C’est son heure et il compte bien en profiter. Malgré les questionnements du serveur, Hector lâche l’homme du regard et marche à pas lents, les mains dans les poches de son sweat, jusqu’à l’autre homme assis. Il se pose face à lui. L’autre lève la tête et lui parle ma foi plutôt mal. C’est pas comme ça qu’on discute. Partir ? Oh, bien sûr. Il va partir. Son index se dirige sur les couverts propres du monsieur plutôt loin d’être maigre et particulièrement le couteau. Il le rapproche lentement de lui. Il est bien aiguisé. Mais la grosse main bien épaisse du joufflu vient se poser par-dessus la sienne. Le regard d’Hector vire violemment et d’un geste très précis, il se dégage de la main, saisit le couteau et l’enfonce dans sa grosse main à plat. Il hurle. Le serveur hésite. Il appelle le cuisinier, discrètement. La main bien appuyée sur le manche du couteau, il fait tourner la lame dans la chair de l’humain et la retire immédiatement. Se lève. Se dirige vers le serveur. Cisaille la jugulaire du gros bouffeur en passant. Il émet un râle et le sang gicle sur leurs habits. Hector s’approche à pas lents, lève sa main ensanglantée portant le couteau et apprécie un instant le regard apeuré et les balbutiements de sa prochaine victime. Il n’a pas le temps de jouer. Pas du tout. Il pourrait, mais il ne sait pas combien de temps il pourra garder le contrôle. Mieux vaut éviter de faire trop de survivants. Alors, avec vivacité il lance le couteau droit sur la poitrine du serveur, qui s’écroule rapidement sur le côté. Voilà, déjà fini. Ah non, il reste le cuisinier ! Mais le joufflu risque d’attirer l’attention. Alors, avec autant de peine, Hector se saisit de ses vêtements et le traîne jusqu’au comptoir. Arrive jusqu’à la cuisine. Achève sa besogne. Nouveau jet de sang. S’apprête à sortir.

Il y a un bruit. Le cuisinier n’était-il donc pas le dernier ? Le sourire revient sur ses lèvres et le couteau tourne entre ses doigts comme un stylo. Une petite souris. Apeurée par le chat. Immobile. Sur toute la longueur du comptoir, le couteau émet un bruit caractéristique et rythmé en percutant la surface. Faire monter la pression. La tension aussi. Le regard se pose à droite à gauche sans jamais s’arrêter. Cet endroit est petit, il ne pourra pas se cacher bien longtemps. Il ne lui reste qu’à faire toute la longueur.

-Petite souris, sors de ton trou.

Hector ne parle normalement pas, parce que cela l’essouffle, parce qu’il n’a plus parlé depuis des années. Sa voix sort de l’enfer. Noire, profonde, rauque. Un concentré de haine. Consentira-t-il à ne pas lui faire de mal ? Il faudrait un miracle. Ses pas le stoppent au milieu du restaurant. Sortira-t-il. Sortira-t-elle.

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Alma C. Weiss
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MessageSujet: Re: C'est un aveugle qui dit à un sourd... | Ft. Laurens   Ven 2 Fév 2018 - 23:42



"C'est un aveugle qui dit à un sourd..."

Innocence reniée, prisonnière de l'obscurité, Dans ma lassitude, je suis rangée par la solitude. - Alma




Je ne peux pas prendre le risque de courir vers la sortie, il est certain que qui qu'il soit, il partirait à ma poursuite. Je connais assez bien mon corps pour savoir que je n'aurai pas la force de courir assez longtemps et assez vite pour semer qui que ce soit. Je ne suis pas faite pour le sport. Et puis, si je coure, où irai-je ? Qui viendrait à mon secours si je crie à l'aide ? Nous sommes au milieu de nul part. Le motel où j'ai laissé Nyméria n'est pas à côté et je n'ai aucune confiance en mes capacités pour oser bouger.

Je suis seule au milieu de cet océan, accrochée à une pauvre misérable barque comme si ma vie en dépendait. Non. Il serait plus juste de le dire ainsi : « Car ma vie en dépend ». Oui. Lâcher prise, serait ici m'offrir à la Mort elle-même qui se délecte déjà de ma chair depuis bien des nuits. L'océan n'a jamais été si agité qu'en cette tragique soirée où les vagues se font plus terribles encore que celles qui viennent se briser contre les falaises. Seule au milieu de cet océan déchaîné par la fureur de Poséidon et les foudres de Zeus, je n'ose faire quoi que ce soit d'autre que de m'accrocher à cette barque. Attendant qu'une vague vienne retourner mon pauvre bateau de bois. En effet... Attendant que la mort s'empare de ma pauvre âme.

Les yeux fermés, assise le dos contre le muret qui longe la table et mes jambes recroquevillées sur lesquelles je rejoins ma poitrine, je n'ose guère bouger de ma place. Dans ce silence que j'ai pour compagne, je reste là immobile et j'attends que la Mort arrive, j'attends qu'elle m'arrache à cette terre malgré mon désir de vivre. Et survivre, ce n'est pas l'envie qui me fait défaut, mais la peur, la terreur qui envahit mon cœur m'enlève tout courage d'agir. Sourde je n'entends rien, mais à présent que mes yeux sont fermés, je ne vois rien non plus. Seul et isolé dans ma propre bulle, mon sanctuaire.

Douce mélodie au cœur mélancolique
Qui ne trouve espoir là où noires souffrances
Et obscurs rêves viennent sans bienveillance
Tu pleures sous les voiles des nuits tragiques.

Réveille-toi ! Fragile petite lueur
L'ombre ne se nourrira pas de ta terreur.



J'ai peur, mais je ne veux pas mourir. Que devrais-je faire lorsque chaque partie de mon anatomie refuse de m'obéir ? Je n'ose même pas sortir mon téléphone, je sais que l'allumer enclenchera une alerte sonore, celle qui accompagne toujours le déverrouillage d'un phone. Je voudrais envoyer mes pensées à Nym, mais je la sais aussi bien trop loin de moi. Que me reste-il si ce n'est que de rester et attendre ? Attendre que la mort se repaisse de ma chair. Mon regard croise alors soudainement le reflet de l'homme à travers les fenêtres et je sais alors que ce n'est plus qu'une question de seconde avant que lui aussi me voit en retour. Alors que mon cœur fait quelques mouvements de houle dans ma poitrine et mon regard se pose instinctivement vers les WC.

C'est en temps d'orage que les marins trouvent leur courage...

Qu'ai-je à perdre après tout ? Je me lève et coure en direction des toilettes, bien plus proche que la sortie qui se trouve désormais dans le dos de ce type. Je coure comme si le sol est de braise, courir le plus vite possible afin de ne pas sentir la chaleur sous ses pieds. J'ignore s'il me poursuit, je ne cherche pas à le savoir. Mes yeux fixant l'objective : la porte. Une porte que j'ouvre dans le mouvement de ma course, le percutant douloureusement de l'épaule malgré tout à cause de l'élan. Une porte que je referme aussitôt derrière moi, enclenchant le verrou... Les mains tremblantes, je sors mon téléphone et compose un numéro, le dos coller contre la porte pour ne pas que l'homme se tenant de l'autre côté la défonce facilement. C'est le numéro de Nym... Je ne peux pas appeler la police, elle n'a pas d'appel vidéo... Je n'entendrai rien des consignes qu'elle m'indiquerait. Nym est ma compagne, mon esclave protectrice, elle viendrait me sauver, c'est son devoir.

Quand je vois le visage de Nym sur l'écran, les larmes coulent sur mes joues d'elles-mêmes. C'est en langage des signes que je tente de lui demander de venir me sauver. Seulement, mon téléphone se coupe avant même que je puisse le faire, avant même que je lui indique où est-ce que je suis. Batterie faible. Parce que l'idiote que je suis, n'a fait qu'errer sans but de bon matin jusqu'à ce moment fatidique et cela à cause d'une peine de cœur. Je crois que je me hais autant que ce portable que je balance contre le miroir qui se brise en morceau au-dessus du lavabo... Que puis-je faire à présent ?



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MessageSujet: Re: C'est un aveugle qui dit à un sourd... | Ft. Laurens   Lun 12 Fév 2018 - 21:36


"C'est un aveugle qui dit à un sourd..."


Je n'ai jamais vraiment su la raison pour laquelle Hector a choisi ce corps. Pourquoi il s'attaque toujours aux innocents. Pourquoi il retient cette haine au fond de lui et la fait sortir sans jamais l'assouvir. Est-ce que ça finira un jour ?


Tout n’est qu’obscurité. Hector n’est qu’un amas de nuages noirs, aussi sombres que le charbon. Epais, asphyxiants. Une obscurité dans laquelle on se laisse porter, engloutir non pas par choix mais par obligation. Inapaisable. Torturé. Décidé à en finir avec le monde, la moindre étincelle de vie et le dernier brin d’herbe sur la terre. Comment lui, un homme de son vivant aussi aventureux, avait pu terminer dans une caverne aussi lugubre. La noirceur avait envahi son corps au moment de sa mort, l’enfouissant bien au-delà de la profondeur du puits dans lequel il était tombé. Ce jour-là, il était devenu un poltergeist et il en avait voulu à la terre entière. En Laurens, il avait trouvé la force de s’exposer. Il était assez naïf, ignorant. Hector n’était rien d’autre qu’un homme à qui la vie avait été arrachée de manière violente. Contrairement à Georges, lui ne comprenait pas le principe d’exorcisme. Il avait vécu reclus dans sa tanière pendant des années, caché du soleil et de sa luminosité, condamner à voir son corps se décomposer sous ses yeux, pourrir sous l’humidité. Envahit de champignons. Seul.

Hector ne cache aujourd’hui plus sa rancœur, il ne l’a d’ailleurs jamais fait. Son objectif n’a jamais dévié et ne le ferait certainement jamais. Il était fidèle au meurtre comme si cela lui permettait de se sentir vivant. Chercher l’apaisement dans la torture. Le calme dans les gémissements.

Sentir le sang sur ses doigts lui procure une intense joie tant qu’il ne s’agit pas du sien. Hector n’a plus conscience d’être un fantôme. Dans ce corps, il vit, il respire, il voit, sent, transpire. Ces sensations humaines disparues se rattachent à son corps comme des millions de câbles à son épiderme. Il frissonne.

L’humaine est au loin. Il sent encore la peur dans ce bâtiment. Il sent la tension émaner comme une vague électrique, invisible et timide. Un effleurement qui fait dresser les poils sur ses bras. Il veut jouer. Jouer à quelque chose d’amusant. Un petit tour de cache-cache ? Ou du chat et de la souris ? En montant le prix à sa propre vie.

Ses pas se font lents, progressifs, quelque peu rythmés. Le carrelage est barré de traces rouges, celles du gras de la dernière fois. Une fourchette dans la main mais plus de cerveau pour faire monter l’information. Plus de cordes vocales pour crier. Comme on égorge un cochon à la sortie de l’abattoir.

Un souffle passe à quelques centimètres de son visage. Il reconnait cette sensation. Celle de ce deuxième fantôme. De sa tentative désespérée pour le faire sombrer dans une nouvelle torpeur. Quel mal y a-t-il à voler une vie ? Hector ignore cette passade spectrale et se focalise à nouveau sur le réfectoire. Un silence de marbre. Il s’arrête. Fait tourner le couteau dans sa main.

Un éclair blond passe devant ses yeux, un peu plus loin. Une femme. Plus d’un mètre soixante-dix. Caucasienne. Pas le temps d’apercevoir ses yeux. Elle fonce tête la première et s’enferme dans une autre pièce. Les toilettes ? Y’a-t-il seulement des fenêtres ? Pourrait-elle sortir par un autre moyen ?

La porte se referme d’un coup. Hector s’approche lentement. Une dernière survivante d’un massacre. Hector se fiche du temps que prendront les autorités pour rappliquer. Ce corps est bien suffisamment endurant pour supporter une éventuelle course poursuite. Au pire des cas, il laisserait la place à l’autre afin qu’il gère ce problème de lui-même. Hector n’a pas de scrupule. Tout comme il ignore la pitié. La joie également. La douceur d’une personne. Il est ce que l’on qualifie de serial killer et dieu seul sait par quel moyen il échappe encore aux autorités de tous les pays.

Sa main se pose sur les tables et il ramasse tour à tour les couteaux joliment disposés. Le bruit des entrechocs de la fausse argenterie produit une dissonance désagréable. Il les rassemble dans une main et s’appuie sur l’une des tables face à la porte de ce qui s’apparente aux toilettes.

Un silence. Ses doigts parcourent la dentelure fine de ces objets tranchants et pince entre son pouce et son index la pointe du couteau. Observe tour à tour la porte en bois et son arsenal d’armes blanches. Soupire.

Ses biceps se tendent et dans une forte impulsion, il envoie la lame se planter dans la porte. Il attend quelques secondes. Quelques longues secondes. Juste assez pour sentir son adrénaline grimper jusqu’à craquer. Il décoche un second couteau. Le bruit est étouffé et parallèlement assourdissant dans ce silence. Elle ne crie pas ? Quel courage. Sa voix ne transparaît peut-être pas au travers le porte.

Troisième couteau enfoncé.

Le quatrième vient se loger trop proche de la poignée et le bruit des deux métaux apporte une nouvelle résonance au silence. C’en deviendrait presque joli. Le couteau tombe sur le carrelage et le fait un peu grincer des dents. Les trois derniers sont balancés à intervalles de cinq secondes. Précisément. Avec un peu d’imagination, on aurait certainement pu recréer l’ouverture d’une pièce de théâtre.

Hector se rapproche de la porte. Discret mais pas trop. Il veut qu’elle le sente, d’aussi près qu’il soit. Il veut sentir sa peur dans ses yeux mais elle n’a pas l’air de vouloir les lui montrer. Quelle tristesse.
Il ramasse le couteau. Le garde en main. Repars en arrière, près du comptoir. Passe par-dessus comme s’il ne s’était agi que d’une banale barrière. Force la caisse et récupère un maximum d’argent. Pour plus tard. Pas pour s’excuser auprès de son corps d’emprunt non, simplement pour survivre lui-même, destiné à être enchaîné le reste du temps, enfermé.

Il fourre le tout dans son sac et se sert du comptoir non loin des toilettes comme d’un fauteuil. Les pieds ballants, les mains soutenant son corps de chaque côté, il fixe sans émotion la porte incrustée de de couteaux. Se décidera-t-elle à sortir ?

L’attente risque d’être trop longue. Attrapant le panier à pain en osier, il en vide le contenu à côté de lui et l’envoie droit sur la sonnette annonçant l’entrée ou la sortie du bar. Puis ne fait plus aucun bruit. Avec un peu de chance, son joli minois refera bientôt surface.

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