La gouffre qui avalait les gens


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 La gouffre qui avalait les gens

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Exorciste Humaine
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Rhyan L. James
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MessageSujet: La gouffre qui avalait les gens   Lun 24 Sep 2018 - 10:07


She don't own worries
or a chest full of heartaches.
Je n’ai plus de chez moi. L’idée me saute à la gorge alors que je mets mes pieds en Écosse. Je ne parle pas d’un appartement dans lequel j’aurais entassé mes affaires. Je parle d’un lieu qui serait ma maison; sans Shybaï, Takeji, les jumeaux, le chat, le cactus, rien n’est attrayant ici. Le Moystery Orphanage est aux prises des autres, mes amis ne sont plus ici.

Sauf une.

Berlin m’a toujours semblée plus à moi. La capitale est un amas de dissociations, les gens d’avants et les gens d’après. Mais Little Angleton n’a rien à voir, ancienne et sclérosée. J’ouvre la bouche comme un poisson étouffé sur la rive. Il n’y a plus vraiment cette odeur d’iode et d’été, de touristes et d’amitiés.

Je n’ai pas vu Carla depuis longtemps. Je traîne beaucoup - trop chez Simje - mais je risque de m’installer en Pologne un temps; je crois que je sais dans quoi me spécialiser : trouver les gens. Travail qui pourra m’ancrer dans ma réalité magique et humaine. Je serre dans ma poche la pièce de Torin mais j’ai de plus en plus envie de la jeter dans l’océan : elle me rattache a une réalité idiote qui n’existe plus. Je suis une femme qui joue à l’enfant et qui explique ses tords par son passé. Pourtant, un tord est un tord. Je ne peux pas faire du mal aux gens sous prétexte qu’on m’en a fait à moi. Par contre, je peux me faire du mal à moi en faisant toujours les mauvais choix. Mais venir ici n’en est pas un. Avec la guerre et l’emballement magique, les humains innocents ont été laissés de côtés. Je sais que Louis est porté disparu, mais j’ai bien peu côtoyé ce gars là et Ian refuse strictement d’en parler.
Renouer avec Carla, lui dire pardon de ne pas avoir été là, lui voler son canapé quelques jours. Peut être que quand je serais assez forte, je le retrouverai, son Louis.

Au fond d’une rivière ?

Normalement, face à elle, je devrais me dessiner une rune qui bloquerait ma magie pour ne pas traverser inopinément le plancher mais je sais bien ce que la ville est devenue. Sans être une personne recherchée, autant assurer ses arrières.

Bref, je toque trois coups à sa porte, sac sur l’épaule et mes grands yeux de chouette effarée comme maquillage. Je ne sais pas dans quel état je vais la retrouver, je sais que ça n’a pas toujours été simple pour elle - des gens réussissent-ils vraiment à vivre une vie simple ? Mais avant même de l’apercevoir, je sais déjà qu’il y aura des mensonges. Je ne sais pas comment Ian réussi à être proche d’elle, comment Louis a pu partager sa chair en lui cachant volontairement la vérité. Pour la protéger ?

Mensonges éhontés pour mieux dormir la nuit.
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Humaine Innocente
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Carla A. S. Lowett
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Sam 6 Oct 2018 - 14:26

Le soleil tapait fort lorsque Carla rentra de la boulangerie. Son nouveau travail - enfin, elle avait terminé son apprentissage, trouvé une voie, un chemin - lui plaisait. Elle aimait confectionner des gâteau, caresser la pâte et sentir l’odeur du pain chaud gonfler dans le four. Quand elle se levait à l’aube, qu’elle parcourait à bicyclette les quelques kilomètres qui la séparait d’un petit village voisin où le boulanger avait bien voulu la prendre sous son aile, quand elle se glissait dans son tablier et qu’elle façonnait ces petits bout de rien avec des gestes qui étaient devenus son quotidien, elle oubliait tout le reste.
Louis, les terroristes, le viol.
Puis il lui fallait rentrer. Faire le chemin à l’envers sur son vélo, alors que le soleil dénonçait sa présence. Elle devait prendre les petites routes et glisser jusqu’à Little Angleton en tressautant au moindre bruissement de feuille qui aurait pur trahir la présence de quelqu’un. Elle dissimulait son vélo à l’orée du village et retournait chez elle dans les ombres, le cœur battant à chaque pas. La peur de tomber sur un homme au visage sombre et à l’arme au bout de bras. La peur de revivre le sang, les coups entre ses jambes, la haine et la mort.

Elle aurait pu quitter Little Angleton. Sylvester le lui avait conseillé et tout le monde avait fui. Désormais, c’était un village mort, un village où ne régnait que des fantômes. Celui de sa mère allant faire les courses au marché, ceux de ses amis courant vers la falaise, ceux de toutes ses âmes qu’avaient abrité le passé et qui à présent étaient mortes ou parties.
Mais Carla était restée. Fermement, à attendre chaque jour le retour de Louis. Elle passait beaucoup de temps seule, à vivre presque en ermite dans l’appartement de son amant. Elle ne pouvait rien faire d’autre ; pas se battre ni aller le chercher. Sylvester avait promis qu’il retrouverait son apprenti, qu’il en avait les moyens et elle l’avait écouté.
Elle attendait.
Seule.

Souvent la nuit, elle entendait des cris venir de l’orphelinat. Alors elle cachait sa tête sous les oreillers et vissait ses écouteurs au fond de ses oreilles pour ne pas entendre. Ça lui rappelait les cris de ses parents lorsqu’ils s’engueulaient. Ça lui rappelait son petit frère qui venait se blottir contre elle la nuit.
Seulement voilà, son frère n’était plus là pour prendre sa main et ses parents étaient partis, elle ignorait même où. Voilà bien longtemps qu’elle avait jeté son téléphone dans les toilettes, coupant toute communication avec le reste du monde. Ne lui restaient que ses yeux pour pleurer.
Elle était seule.

Alors, comme tous les jours depuis désormais trop d’années pour les compter, elle rentra sur sa bicyclette, cacha l’engin dans des buissons, se laissa bercer contre les murs jusqu’à arriver chez elle, le cœur battant à tout rompre. Puis elle se laissa tomber, ne préparant pas de dîner, comme bien souvent à présent. Elle se laissait mourir à petit feu, touchant à peine à ses repas les midis, sous l’œil vigilent de son patron.

Mais ce soir c’était différent. Parce que ce soir, trois coups furent frapper à la porte de l’appartement, à la porte de son cœur. Trois coups qui firent naître la frayeur et l’espoir. Et si c’était Louis ? Et si c’était un terroriste ?
Carla était lasse de se battre. Alors elle ouvrit la porte. Et si c’était un meurtrier, et bien tant pis. Qu’il la viole encore et lui mette une balle dans la tête. Qu’on en finisse.

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Rhyan L. James
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Jeu 11 Oct 2018 - 17:09


Yeah, maybe I'm a bad, bad, bad, bad person
Well baby I know
Elle ouvre la porte mais sa lassitude la précède. Carla n’est plus Carla, j’aurais dû m’en douter. Rhyan n’est plus Rhyan. J’crois que y’a que Ian qui est encore lui même - est-ce vraiment un compliment, mh ?
Mes lèvres restent scellées de longues secondes ; elle ne s’attendait pas à moi et pourtant je suis celle qui a toqué. Déception ? Je baisse les yeux vers mes pompes, sans être vraiment génée j’me sens un peu triste.

- Hé.

Si j’ai maigri elle, a disparu. Encore quelques semaines et j’pourrais dire qu’elle a disparu, littéralement. Mais qu’est-ce que j’aurais à dire, on est tous partis et elle est restée parce qu’elle ne sait pas. Inutile qu’on a laissé derrière.
Je ne sais pas vraiment ce que je fais là ; je ne lui ferais pas l’affront de lui demander si ça va. Parce que la réponse me saute aux yeux et ne souffre pas de contradiction. Je souffle :

- J’aurais espéré que tu me laisses squatter ton canap ou ton sol pour un petit petit bout de temps.

J’aurais aimé que ma voix sonne autrement. Amicale, enjouée, irrépressible. Mais les liens ne se refont pas en quelques secondes et à la place un ton rauque et usé, soie râpée sur du bitume en sort. Galets crissants dans l’océan ; nos passés nous font face bien plus que nos présents.

Je n’entre pas. Naturellement chez des amis, j’aurais juste lâché un « hé » et voilà, tu me retrouves sur ton canapé, dans ton frigo, au centre même de ton âme que tu l’as voulu ou non. Mais il n’y a plus rien ici, juste des cendres glaciales qu’elle n’a pas balayé. Et si elle n’a pas balayé, c’est que l’ombre de Louis s’étire sur les murs comme une tapisserie décrépie. Combien d’années, maintenant ? Et surtout, jusqu’où ira sa loyauté et sa capacité à rester sur place ? Peut être est-ce l’inverse. Peut être ne peut-elle plus marcher depuis longtemps, qu’elle a accepté le fait d’être laissée derrière. Que c’est trop tard, que son panel d’option s’est amaigri jusqu’à former une ligne droite.

Je ne sais pas de quoi j’ai l’air en attendant. Peut être que je vais lui faire tout autant pitié que l’inverse est vraie, peut être qu’elle va se dire des tas de choses en voyant mon visage et ce que le temps en a fait. Je dirais volontiers que Cyan m’a abîmée mais c’est faux. Je me suis abîmée avec mes choix et moi aussi j’ai attendu des années que quelqu’un revienne.
Les mots arrivent dans ma bouche et je les remâche avec patience pour éviter de les lui jeter au visage. Pourtant la scène m’apparaît bien nette ; la violence et la rage, sourde et animale, celle qui vous glisse dans le ventre et vous fait hurler du feu.

Eh, Carla.
Les gens ne reviennent pas.
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Humaine Innocente
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Carla A. S. Lowett
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Dim 14 Oct 2018 - 14:56

Une déception traversa, l’espace d’un infime instant, le visage émacié de Carla. Louis n’était pas derrière la porte, avec son sourire railleur et doux de toujours. Ça, elle s’y attendait. Pourtant, elle espérait autre chose, bien pire. Elle voulait une arme, elle voulait des muscles, un visage mal intentionné contre qui elle n’aurait rien pu faire. Elle aurait voulu qu’enfin, quelqu’un débranche la machine qu’elle était incapable d’éteindre, parce qu’elle avait promis à Sylvester de ne pas s’ouvrir les veines, parce qu’elle ne voulait pas que Louis apprenne un jour qu’elle l’avait abandonné.
Carla avait espéré la mort, mais c’est l’amitié qui la précéda. Rhyan, ses longs cheveux blonds, ses yeux malades et cet air vieux, tellement vieux qui défigurait son être et dans lequel l’humaine innocente avait l’impression de se retrouver. Reflet pâle de ce qu’ils étaient tous, les habitants de Little Angleton, depuis l’attaque du Mystery Orphanage ; des fantômes, tout juste capable de s’occuper d’eux-mêmes.

Carla aurait aimé être capable de laisser les larmes lui piquer les yeux, se laisser pleurer dans les bras de son amie perdue depuis longue date, seule preuve que tout ça, que son enfance, les sourires, les cours de récré, Louis, que tout ça avaient vraiment existé et n’étaient pas le fruit d’une imagination malade, dévorée par la solitude. Mais Carla avait trop pleuré et désormais, elle avait oublié. Alors les larmes restèrent en travers de son cœur et de sa gorge.

- Hé.

Carla ne répondit pas, les mots tout aussi coincés que les sanglots. Elle regardait loin, derrière Rhyan, incapable de fixer les yeux de son amie.
Incapable de pleurer, incapable de parler, incapable de regarder. Jouet cassé.

- J’aurais espéré que tu me laisses squatter ton canap ou ton sol pour un petit bout de temps.

La jeune femme s’écarta alors de la porte, invitation sourde à entrer puisque les mots étaient incapables de parler. « Fais comme chez toi » aurait-elle aimé être capable de dire. Mais ce n’était pas chez elle, ça n’avait jamais été chez elle. Cet appartement, l’ombre qu’il portait et qui la dévorait chaque jour, tout appartenait à Louis.
[i]Était-il seulement encore en vie ?[/color]
Carla marcha ensuite jusqu’à la cuisine. Le frigo était vide et elle le savait, aussi ne prit-elle pas la peine de faire semblant et de l’ouvrir et se contenta-t-elle se sortir deux verres qu’elle remplit d’eau. Puis, saisissant une feuille, un filtre et un peu de tabac qui traînait sur le bar, elle commença à rouler une cigarette, qu’elle sembla mettre un temps infini à terminer puis à allumer, comme si ce simple geste quotidien lui demandait beaucoup trop d’énergie.
Enfin, lorsque le bout de sa clope rougit alors qu’elle tirait dessus, elle osa relever les yeux pour les fixer dans ceux de Rhyan et put, comme si cela lui avait demandé un effort infini, ouvrir la bouche.

- Salut Rhyan.

Gorge noire et cendres sur les doigts, le monde entier lui sembla trembler alors qu’elle crachait ces mots.

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Rhyan L. James
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Dim 14 Oct 2018 - 23:28


She hides away
Like a ghost but, does she know that we bleed the same ?
Carla ne répond pas. Elle s’efface de devant la porte. C’est juste ce qu’il se passe. Elle n’est pas vraiment là puis plus du tout, elle semble prendre sur elle pour se déplacer. Mais je prends ça pour une invitation et je rentre, sac et passé sur l’épaule. Comme elle, qui a pris soin d’étaler ses peurs sur les murs, ses attentes, son attente, sa mort.

C’est ça, ce qu’il sent cet appart.

Elle revient avec deux verres d’eau que je saisi sans rien dire. Des verres d’eau meuf ? J’ai marché jusque là et j’ai la dalle. Mais je ferme ma gueule alors qu’elle se roule une clope avec minutie. Réellement, ça prend des heures, j’ai l’impression que ses doigts vont sans cesse riper sur la feuille de papier ou la déchirer à force de la tripoter.

- Salut Rhyan.

J’sais absolument pas ce qui est approprié ou non, la trainer en ville ? Juste sauter le repas ? Faire comme si de rien n’était ?

Je sais pas à quel jeu on joue mais clairement j’ai pas lu les règles avant de m’embarquer là dedans. J’ai peur de faire un faux pas et comme d’habitude quand je marche sur des oeufs, je finis par tout écraser.

- Louis n’est jamais rentré ?

J’appelle pas ça remuer le couteau dans la plaie, j’appelle ça l’enfoncer. Mais j’suis pas vraiment désolée parce que j’ai pas envie de tourner autour du pot toute ma vie.

J’avale une gorgée d’eau.

J’aimerais qu’elle soit magique Carla. L’injustice qu’elle soit condamnée à rester là sans savoir me bouffe le ventre depuis toujours et c’est un gouffre sans fond qui s’est créé. Gouffre que je prétends traverser d’un pont mais peut être que pendant tout ce temps, tout ce que j’ai fait c’est hurler des mots de mon côté de la rive.

- Et toi t’es pas vraiment restée.

C’est une constatation médiocre, posée là et vas-y prend ça comme tu peux. Mais les minutes s’étirent comme de la guimauve bon marché et j’me dis que peut être que si c’est pas moi qui la prend par la main, personne le fera. Sauf que si elle la tend pas, la main, j’vais pas la lui prendre de force. Louis est potentiellement le seul à pouvoir la sortir ; j’crois que j’la comprends. Si y’a plus Louis y’a plus personne. Pourquoi rester ?

Pourquoi rester.

Parce que y’a d’autres choses après ? Pour certains, sûrement. Pour d’autres non. Si y’a rien après Louis alors elle le saura que c’est fini. Elle le saura parce que y’a pas de Plan B, pas d’autre chemin. Elle est sur son autoroute sans fin et elle a fini par comprendre que y’avait pas de bretelle de sortie, qu’elle était juste là pour courir en ligne droite jusqu’à s’effondrer.

Ou peut être qu’elle tourne en rond sans jamais voir qu’il suffit, pour une fois, de faire un pas sur le côté.
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Carla A. S. Lowett
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Hier à 4:43

Le silence était pesant dans la cuisine. Mais c’était un silence pesant, habituel, que Carla ne se sentait pas prête à remplir. Rhyan elle n’acceptait pas le malaise ambiant et ce fut elle qui finit par craquer :

- Louis n’est jamais rentré ?

Cette phrase, quelques années auparavant, aurait fait s’écrouler la jeune femme. Désormais elle ne fit que hausser les épaules, geste fataliste, ombre d’elle-même surtout. Elle s’était habituée à l’absence, à cette vie de vide et d’attente, l’attente de quoi ? De lui, de Sylvester, d’apprendre que Louis était mort.
Comment pourrait-il être encore en vie ? Cela voudrait dire soit qu’il l’avait abandonnée, soit qu’il avait subi un sort pire que la mort. La jeune femme ne pouvait envisager aucune de ces deux possibilités, elle préférait encore qu’il soit décéder, enterré au cœur d’une forêt sombre. Ça valait mieux pour tout le monde.

- Et toi t’es pas vraiment restée.

Carla tira longuement sur sa cigarette. Foutus mots en travers de la gorge, foutue gifle qui démangeait sa main et qui pourtant ne partait pas. De quoi se mêlait Rhyan ? Qu’est-ce qu’elle se permettait ? Elle ne savait pas. La terreur, l’odeur du sang dans l’orphelinat, la force entre ses jambes qui la dégoûtait et pourtant qui provoquait le plaisir. Le pire c'était ce plaisir.

- Et toi tu n’es pas morte.

Des mots suivis d’un silence. Un silence lourd de sens. Toi tu n’es pas morte et pourtant tu t’es barrée. Tu m’as abandonnée, exactement comme tous les autres. Tu n’as pas cherché à m’aider, à retrouver Louis, à me soutenir. Elle était pourtant pas difficile à trouver Carla, enfoncée dans son terrier.
Des mots acides qui défigurèrent le cœur de la jeune femme. Et qui pourtant ne vinrent pas. Ne viendraient plus jamais.

Qu’est-ce qu’elle foutait là, Rhyan ? Pourquoi venait-elle remuer des fantômes du passé, soudainement, après toutes ces années passées sans être là ? C’était absurde de la voir ainsi dans sa cuisine, un verre d’eau à la main et des mots blessants dans la bouche. L’humaine serra sa cigarette un peu plus fort avant de la lâcher au-dessus de son verre d’eau auquel elle n’avait même pas touché. Le petit cylindre blanc plongea dans le liquide sans un bruit, à moitié consommé seulement, délaissé par sa propriétaire. Il flotterait là un moment avant de couler dans la transparence désormais grisée par les cendres.

- Tu peux prendre le canapé. Il fait lit.

Le regard de la jeune femme s’égara alors sur le meuble désigné, pendant qu’elle se remémorait sa bataille de chatouilles avec son copain - son ex ? - qui avait débouché sur leur première vraie nuit ensemble. Combien de fois avaient-ils fait l’amour entre ses murs ? Sur le canapé, sur le lit, contre une paroi ? Par terre, même, parfois.
Pas assez, c’était jamais assez.
Carla serait-elle encore capable de se laisser aller contre un homme maintenant ? Après tout ce qu’elle avait vécu, après la douleur entre ses cuisses, elle n’était plus sûre de pouvoir. Même si Louis revenait, arriverait-elle à l’aimer comme avant, avec le cœur et le corps ?
Et lui, désirerait-il de ce corps souillé ?

Cette question n’importait pas vraiment ; Louis était sans doute mort.

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Rhyan L. James
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Aujourd'hui à 15:43


Cold stone and cold bones
Yeah that's my love
Elle ne s’agite pas, son corps en est-il encore capable ? Ses yeux se voilent en instant et je vois que j’ai fait mouche sans être certaine que c’était mon but de départ. Pourquoi est-ce que je voulais la faire parler ?

J’aurais dû me taire. Une bile âcre s’enfiler entre mes dents, lentement, sûrement. De toute façon j’ai jamais vraiment fait partie de la bande, j’ai jamais sû m’intégrer aux blagues comme aux peines; je sais pas ce que je suis venue faire ici.

- Et toi tu n’es pas morte.

Un sourire s’étire sur mes lèvres pour dévoiler mes canines, de la joie a subitement envie de se peindre sur mon visage quand tout ce que je ressens, c’est du froid. Je lui jette un regard comme on donne du pain au pigeon. Tiens, prend, viens te servir, petit, petit.

- Désolée.

Elle noie sa clope comme elle a noyé sa vie des années avant. Parce que ça fait des années, non ? Et pourtant rien n’a changé, ses parents sont parti, son amour aussi, son frère aussi et puis le reste ? Je ne sais pas qui se tient devant moi ; est-ce que je l’ai un jour connu ?
Une fille de la bande. Ouais on parlait, ouais on rigolait mais j’arrive plus à me souvenir si on a eu des moments à deux. Peut être que c’est le premier ; sûrement que c’est le dernier. Je devrais envoyer un message à Ian.
Peut être qu’il me dirait lui aussi d’aller me faire foutre.

- Tu peux prendre le canapé. Il fait lit.

Je sais pas si j’ai envie de rester, je sais pas ce que je fais là, je me sens conne et fatiguée à causer comme une folle à un fantôme. J’pensais que j’étais cette personne qui met un peu de vie dans les coeurs mais j’apporte la mort et les départs ; n’ai-je donc jamais appris ?
Non.
Tout comme j’ai jamais appris à la fermer. Les mots se forment dans ma gorge avant avoir pu les considérer et ils sortent comme ils sont venus : au mauvais moment.

- T’es pas obligée de m’héberger si ça te saoule. J’étais pas venue pour faire chier. J’voulais juste savoir comment t’allais, j’sais pas.

Et c’est pas des reproches ou de l’aigreur, c’est la vérité. Elle, elle a cherché à garder contact avec les gens de LA ? Est-ce qu’elle a envoyé des messages aux autres, des bouteilles à la mer ? J’en sais rien, peut être que oui, peut être que non. J’aimerais bien demander à Ian mais je sais comment il est, qu’on se soucie de lui ou non il ouvre les bras et il pardonne, il dit que ça va et il trouve des excuses pour les gens qu’il aime.
Comme Carla.
Pas comme Rhyan.

Haha.

J’aurais pas du venir, j’ai nulle part où aller mais quand on sait passer à travers les murs on a des milliards de possibilités.
J’pensais que Carla en était une.

J’me suis sûrement trompée.
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