La gouffre qui avalait les gens


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 La gouffre qui avalait les gens

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Exorciste Humaine
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Rhyan L. James
Exorciste Humaine
MessageSujet: La gouffre qui avalait les gens   Lun 24 Sep 2018 - 10:07


She don't own worries
or a chest full of heartaches.
Je n’ai plus de chez moi. L’idée me saute à la gorge alors que je mets mes pieds en Écosse. Je ne parle pas d’un appartement dans lequel j’aurais entassé mes affaires. Je parle d’un lieu qui serait ma maison; sans Shybaï, Takeji, les jumeaux, le chat, le cactus, rien n’est attrayant ici. Le Moystery Orphanage est aux prises des autres, mes amis ne sont plus ici.

Sauf une.

Berlin m’a toujours semblée plus à moi. La capitale est un amas de dissociations, les gens d’avants et les gens d’après. Mais Little Angleton n’a rien à voir, ancienne et sclérosée. J’ouvre la bouche comme un poisson étouffé sur la rive. Il n’y a plus vraiment cette odeur d’iode et d’été, de touristes et d’amitiés.

Je n’ai pas vu Carla depuis longtemps. Je traîne beaucoup - trop chez Simje - mais je risque de m’installer en Pologne un temps; je crois que je sais dans quoi me spécialiser : trouver les gens. Travail qui pourra m’ancrer dans ma réalité magique et humaine. Je serre dans ma poche la pièce de Torin mais j’ai de plus en plus envie de la jeter dans l’océan : elle me rattache a une réalité idiote qui n’existe plus. Je suis une femme qui joue à l’enfant et qui explique ses tords par son passé. Pourtant, un tord est un tord. Je ne peux pas faire du mal aux gens sous prétexte qu’on m’en a fait à moi. Par contre, je peux me faire du mal à moi en faisant toujours les mauvais choix. Mais venir ici n’en est pas un. Avec la guerre et l’emballement magique, les humains innocents ont été laissés de côtés. Je sais que Louis est porté disparu, mais j’ai bien peu côtoyé ce gars là et Ian refuse strictement d’en parler.
Renouer avec Carla, lui dire pardon de ne pas avoir été là, lui voler son canapé quelques jours. Peut être que quand je serais assez forte, je le retrouverai, son Louis.

Au fond d’une rivière ?

Normalement, face à elle, je devrais me dessiner une rune qui bloquerait ma magie pour ne pas traverser inopinément le plancher mais je sais bien ce que la ville est devenue. Sans être une personne recherchée, autant assurer ses arrières.

Bref, je toque trois coups à sa porte, sac sur l’épaule et mes grands yeux de chouette effarée comme maquillage. Je ne sais pas dans quel état je vais la retrouver, je sais que ça n’a pas toujours été simple pour elle - des gens réussissent-ils vraiment à vivre une vie simple ? Mais avant même de l’apercevoir, je sais déjà qu’il y aura des mensonges. Je ne sais pas comment Ian réussi à être proche d’elle, comment Louis a pu partager sa chair en lui cachant volontairement la vérité. Pour la protéger ?

Mensonges éhontés pour mieux dormir la nuit.
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Humaine Innocente
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Carla A. S. Lowett
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Sam 6 Oct 2018 - 14:26

Le soleil tapait fort lorsque Carla rentra de la boulangerie. Son nouveau travail - enfin, elle avait terminé son apprentissage, trouvé une voie, un chemin - lui plaisait. Elle aimait confectionner des gâteau, caresser la pâte et sentir l’odeur du pain chaud gonfler dans le four. Quand elle se levait à l’aube, qu’elle parcourait à bicyclette les quelques kilomètres qui la séparait d’un petit village voisin où le boulanger avait bien voulu la prendre sous son aile, quand elle se glissait dans son tablier et qu’elle façonnait ces petits bout de rien avec des gestes qui étaient devenus son quotidien, elle oubliait tout le reste.
Louis, les terroristes, le viol.
Puis il lui fallait rentrer. Faire le chemin à l’envers sur son vélo, alors que le soleil dénonçait sa présence. Elle devait prendre les petites routes et glisser jusqu’à Little Angleton en tressautant au moindre bruissement de feuille qui aurait pur trahir la présence de quelqu’un. Elle dissimulait son vélo à l’orée du village et retournait chez elle dans les ombres, le cœur battant à chaque pas. La peur de tomber sur un homme au visage sombre et à l’arme au bout de bras. La peur de revivre le sang, les coups entre ses jambes, la haine et la mort.

Elle aurait pu quitter Little Angleton. Sylvester le lui avait conseillé et tout le monde avait fui. Désormais, c’était un village mort, un village où ne régnait que des fantômes. Celui de sa mère allant faire les courses au marché, ceux de ses amis courant vers la falaise, ceux de toutes ses âmes qu’avaient abrité le passé et qui à présent étaient mortes ou parties.
Mais Carla était restée. Fermement, à attendre chaque jour le retour de Louis. Elle passait beaucoup de temps seule, à vivre presque en ermite dans l’appartement de son amant. Elle ne pouvait rien faire d’autre ; pas se battre ni aller le chercher. Sylvester avait promis qu’il retrouverait son apprenti, qu’il en avait les moyens et elle l’avait écouté.
Elle attendait.
Seule.

Souvent la nuit, elle entendait des cris venir de l’orphelinat. Alors elle cachait sa tête sous les oreillers et vissait ses écouteurs au fond de ses oreilles pour ne pas entendre. Ça lui rappelait les cris de ses parents lorsqu’ils s’engueulaient. Ça lui rappelait son petit frère qui venait se blottir contre elle la nuit.
Seulement voilà, son frère n’était plus là pour prendre sa main et ses parents étaient partis, elle ignorait même où. Voilà bien longtemps qu’elle avait jeté son téléphone dans les toilettes, coupant toute communication avec le reste du monde. Ne lui restaient que ses yeux pour pleurer.
Elle était seule.

Alors, comme tous les jours depuis désormais trop d’années pour les compter, elle rentra sur sa bicyclette, cacha l’engin dans des buissons, se laissa bercer contre les murs jusqu’à arriver chez elle, le cœur battant à tout rompre. Puis elle se laissa tomber, ne préparant pas de dîner, comme bien souvent à présent. Elle se laissait mourir à petit feu, touchant à peine à ses repas les midis, sous l’œil vigilent de son patron.

Mais ce soir c’était différent. Parce que ce soir, trois coups furent frapper à la porte de l’appartement, à la porte de son cœur. Trois coups qui firent naître la frayeur et l’espoir. Et si c’était Louis ? Et si c’était un terroriste ?
Carla était lasse de se battre. Alors elle ouvrit la porte. Et si c’était un meurtrier, et bien tant pis. Qu’il la viole encore et lui mette une balle dans la tête. Qu’on en finisse.

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Rhyan L. James
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Jeu 11 Oct 2018 - 17:09


Yeah, maybe I'm a bad, bad, bad, bad person
Well baby I know
Elle ouvre la porte mais sa lassitude la précède. Carla n’est plus Carla, j’aurais dû m’en douter. Rhyan n’est plus Rhyan. J’crois que y’a que Ian qui est encore lui même - est-ce vraiment un compliment, mh ?
Mes lèvres restent scellées de longues secondes ; elle ne s’attendait pas à moi et pourtant je suis celle qui a toqué. Déception ? Je baisse les yeux vers mes pompes, sans être vraiment génée j’me sens un peu triste.

- Hé.

Si j’ai maigri elle, a disparu. Encore quelques semaines et j’pourrais dire qu’elle a disparu, littéralement. Mais qu’est-ce que j’aurais à dire, on est tous partis et elle est restée parce qu’elle ne sait pas. Inutile qu’on a laissé derrière.
Je ne sais pas vraiment ce que je fais là ; je ne lui ferais pas l’affront de lui demander si ça va. Parce que la réponse me saute aux yeux et ne souffre pas de contradiction. Je souffle :

- J’aurais espéré que tu me laisses squatter ton canap ou ton sol pour un petit petit bout de temps.

J’aurais aimé que ma voix sonne autrement. Amicale, enjouée, irrépressible. Mais les liens ne se refont pas en quelques secondes et à la place un ton rauque et usé, soie râpée sur du bitume en sort. Galets crissants dans l’océan ; nos passés nous font face bien plus que nos présents.

Je n’entre pas. Naturellement chez des amis, j’aurais juste lâché un « hé » et voilà, tu me retrouves sur ton canapé, dans ton frigo, au centre même de ton âme que tu l’as voulu ou non. Mais il n’y a plus rien ici, juste des cendres glaciales qu’elle n’a pas balayé. Et si elle n’a pas balayé, c’est que l’ombre de Louis s’étire sur les murs comme une tapisserie décrépie. Combien d’années, maintenant ? Et surtout, jusqu’où ira sa loyauté et sa capacité à rester sur place ? Peut être est-ce l’inverse. Peut être ne peut-elle plus marcher depuis longtemps, qu’elle a accepté le fait d’être laissée derrière. Que c’est trop tard, que son panel d’option s’est amaigri jusqu’à former une ligne droite.

Je ne sais pas de quoi j’ai l’air en attendant. Peut être que je vais lui faire tout autant pitié que l’inverse est vraie, peut être qu’elle va se dire des tas de choses en voyant mon visage et ce que le temps en a fait. Je dirais volontiers que Cyan m’a abîmée mais c’est faux. Je me suis abîmée avec mes choix et moi aussi j’ai attendu des années que quelqu’un revienne.
Les mots arrivent dans ma bouche et je les remâche avec patience pour éviter de les lui jeter au visage. Pourtant la scène m’apparaît bien nette ; la violence et la rage, sourde et animale, celle qui vous glisse dans le ventre et vous fait hurler du feu.

Eh, Carla.
Les gens ne reviennent pas.
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Humaine Innocente
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Carla A. S. Lowett
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Dim 14 Oct 2018 - 14:56

Une déception traversa, l’espace d’un infime instant, le visage émacié de Carla. Louis n’était pas derrière la porte, avec son sourire railleur et doux de toujours. Ça, elle s’y attendait. Pourtant, elle espérait autre chose, bien pire. Elle voulait une arme, elle voulait des muscles, un visage mal intentionné contre qui elle n’aurait rien pu faire. Elle aurait voulu qu’enfin, quelqu’un débranche la machine qu’elle était incapable d’éteindre, parce qu’elle avait promis à Sylvester de ne pas s’ouvrir les veines, parce qu’elle ne voulait pas que Louis apprenne un jour qu’elle l’avait abandonné.
Carla avait espéré la mort, mais c’est l’amitié qui la précéda. Rhyan, ses longs cheveux blonds, ses yeux malades et cet air vieux, tellement vieux qui défigurait son être et dans lequel l’humaine innocente avait l’impression de se retrouver. Reflet pâle de ce qu’ils étaient tous, les habitants de Little Angleton, depuis l’attaque du Mystery Orphanage ; des fantômes, tout juste capable de s’occuper d’eux-mêmes.

Carla aurait aimé être capable de laisser les larmes lui piquer les yeux, se laisser pleurer dans les bras de son amie perdue depuis longue date, seule preuve que tout ça, que son enfance, les sourires, les cours de récré, Louis, que tout ça avaient vraiment existé et n’étaient pas le fruit d’une imagination malade, dévorée par la solitude. Mais Carla avait trop pleuré et désormais, elle avait oublié. Alors les larmes restèrent en travers de son cœur et de sa gorge.

- Hé.

Carla ne répondit pas, les mots tout aussi coincés que les sanglots. Elle regardait loin, derrière Rhyan, incapable de fixer les yeux de son amie.
Incapable de pleurer, incapable de parler, incapable de regarder. Jouet cassé.

- J’aurais espéré que tu me laisses squatter ton canap ou ton sol pour un petit bout de temps.

La jeune femme s’écarta alors de la porte, invitation sourde à entrer puisque les mots étaient incapables de parler. « Fais comme chez toi » aurait-elle aimé être capable de dire. Mais ce n’était pas chez elle, ça n’avait jamais été chez elle. Cet appartement, l’ombre qu’il portait et qui la dévorait chaque jour, tout appartenait à Louis.
[i]Était-il seulement encore en vie ?[/color]
Carla marcha ensuite jusqu’à la cuisine. Le frigo était vide et elle le savait, aussi ne prit-elle pas la peine de faire semblant et de l’ouvrir et se contenta-t-elle se sortir deux verres qu’elle remplit d’eau. Puis, saisissant une feuille, un filtre et un peu de tabac qui traînait sur le bar, elle commença à rouler une cigarette, qu’elle sembla mettre un temps infini à terminer puis à allumer, comme si ce simple geste quotidien lui demandait beaucoup trop d’énergie.
Enfin, lorsque le bout de sa clope rougit alors qu’elle tirait dessus, elle osa relever les yeux pour les fixer dans ceux de Rhyan et put, comme si cela lui avait demandé un effort infini, ouvrir la bouche.

- Salut Rhyan.

Gorge noire et cendres sur les doigts, le monde entier lui sembla trembler alors qu’elle crachait ces mots.

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Rhyan L. James
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Dim 14 Oct 2018 - 23:28


She hides away
Like a ghost but, does she know that we bleed the same ?
Carla ne répond pas. Elle s’efface de devant la porte. C’est juste ce qu’il se passe. Elle n’est pas vraiment là puis plus du tout, elle semble prendre sur elle pour se déplacer. Mais je prends ça pour une invitation et je rentre, sac et passé sur l’épaule. Comme elle, qui a pris soin d’étaler ses peurs sur les murs, ses attentes, son attente, sa mort.

C’est ça, ce qu’il sent cet appart.

Elle revient avec deux verres d’eau que je saisi sans rien dire. Des verres d’eau meuf ? J’ai marché jusque là et j’ai la dalle. Mais je ferme ma gueule alors qu’elle se roule une clope avec minutie. Réellement, ça prend des heures, j’ai l’impression que ses doigts vont sans cesse riper sur la feuille de papier ou la déchirer à force de la tripoter.

- Salut Rhyan.

J’sais absolument pas ce qui est approprié ou non, la trainer en ville ? Juste sauter le repas ? Faire comme si de rien n’était ?

Je sais pas à quel jeu on joue mais clairement j’ai pas lu les règles avant de m’embarquer là dedans. J’ai peur de faire un faux pas et comme d’habitude quand je marche sur des oeufs, je finis par tout écraser.

- Louis n’est jamais rentré ?

J’appelle pas ça remuer le couteau dans la plaie, j’appelle ça l’enfoncer. Mais j’suis pas vraiment désolée parce que j’ai pas envie de tourner autour du pot toute ma vie.

J’avale une gorgée d’eau.

J’aimerais qu’elle soit magique Carla. L’injustice qu’elle soit condamnée à rester là sans savoir me bouffe le ventre depuis toujours et c’est un gouffre sans fond qui s’est créé. Gouffre que je prétends traverser d’un pont mais peut être que pendant tout ce temps, tout ce que j’ai fait c’est hurler des mots de mon côté de la rive.

- Et toi t’es pas vraiment restée.

C’est une constatation médiocre, posée là et vas-y prend ça comme tu peux. Mais les minutes s’étirent comme de la guimauve bon marché et j’me dis que peut être que si c’est pas moi qui la prend par la main, personne le fera. Sauf que si elle la tend pas, la main, j’vais pas la lui prendre de force. Louis est potentiellement le seul à pouvoir la sortir ; j’crois que j’la comprends. Si y’a plus Louis y’a plus personne. Pourquoi rester ?

Pourquoi rester.

Parce que y’a d’autres choses après ? Pour certains, sûrement. Pour d’autres non. Si y’a rien après Louis alors elle le saura que c’est fini. Elle le saura parce que y’a pas de Plan B, pas d’autre chemin. Elle est sur son autoroute sans fin et elle a fini par comprendre que y’avait pas de bretelle de sortie, qu’elle était juste là pour courir en ligne droite jusqu’à s’effondrer.

Ou peut être qu’elle tourne en rond sans jamais voir qu’il suffit, pour une fois, de faire un pas sur le côté.
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Humaine Innocente
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Carla A. S. Lowett
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Lun 15 Oct 2018 - 4:43

Le silence était pesant dans la cuisine. Mais c’était un silence pesant, habituel, que Carla ne se sentait pas prête à remplir. Rhyan elle n’acceptait pas le malaise ambiant et ce fut elle qui finit par craquer :

- Louis n’est jamais rentré ?

Cette phrase, quelques années auparavant, aurait fait s’écrouler la jeune femme. Désormais elle ne fit que hausser les épaules, geste fataliste, ombre d’elle-même surtout. Elle s’était habituée à l’absence, à cette vie de vide et d’attente, l’attente de quoi ? De lui, de Sylvester, d’apprendre que Louis était mort.
Comment pourrait-il être encore en vie ? Cela voudrait dire soit qu’il l’avait abandonnée, soit qu’il avait subi un sort pire que la mort. La jeune femme ne pouvait envisager aucune de ces deux possibilités, elle préférait encore qu’il soit décéder, enterré au cœur d’une forêt sombre. Ça valait mieux pour tout le monde.

- Et toi t’es pas vraiment restée.

Carla tira longuement sur sa cigarette. Foutus mots en travers de la gorge, foutue gifle qui démangeait sa main et qui pourtant ne partait pas. De quoi se mêlait Rhyan ? Qu’est-ce qu’elle se permettait ? Elle ne savait pas. La terreur, l’odeur du sang dans l’orphelinat, la force entre ses jambes qui la dégoûtait et pourtant qui provoquait le plaisir. Le pire c'était ce plaisir.

- Et toi tu n’es pas morte.

Des mots suivis d’un silence. Un silence lourd de sens. Toi tu n’es pas morte et pourtant tu t’es barrée. Tu m’as abandonnée, exactement comme tous les autres. Tu n’as pas cherché à m’aider, à retrouver Louis, à me soutenir. Elle était pourtant pas difficile à trouver Carla, enfoncée dans son terrier.
Des mots acides qui défigurèrent le cœur de la jeune femme. Et qui pourtant ne vinrent pas. Ne viendraient plus jamais.

Qu’est-ce qu’elle foutait là, Rhyan ? Pourquoi venait-elle remuer des fantômes du passé, soudainement, après toutes ces années passées sans être là ? C’était absurde de la voir ainsi dans sa cuisine, un verre d’eau à la main et des mots blessants dans la bouche. L’humaine serra sa cigarette un peu plus fort avant de la lâcher au-dessus de son verre d’eau auquel elle n’avait même pas touché. Le petit cylindre blanc plongea dans le liquide sans un bruit, à moitié consommé seulement, délaissé par sa propriétaire. Il flotterait là un moment avant de couler dans la transparence désormais grisée par les cendres.

- Tu peux prendre le canapé. Il fait lit.

Le regard de la jeune femme s’égara alors sur le meuble désigné, pendant qu’elle se remémorait sa bataille de chatouilles avec son copain - son ex ? - qui avait débouché sur leur première vraie nuit ensemble. Combien de fois avaient-ils fait l’amour entre ses murs ? Sur le canapé, sur le lit, contre une paroi ? Par terre, même, parfois.
Pas assez, c’était jamais assez.
Carla serait-elle encore capable de se laisser aller contre un homme maintenant ? Après tout ce qu’elle avait vécu, après la douleur entre ses cuisses, elle n’était plus sûre de pouvoir. Même si Louis revenait, arriverait-elle à l’aimer comme avant, avec le cœur et le corps ?
Et lui, désirerait-il de ce corps souillé ?

Cette question n’importait pas vraiment ; Louis était sans doute mort.

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Rhyan L. James
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Mar 16 Oct 2018 - 15:43


Cold stone and cold bones
Yeah that's my love
Elle ne s’agite pas, son corps en est-il encore capable ? Ses yeux se voilent en instant et je vois que j’ai fait mouche sans être certaine que c’était mon but de départ. Pourquoi est-ce que je voulais la faire parler ?

J’aurais dû me taire. Une bile âcre s’enfiler entre mes dents, lentement, sûrement. De toute façon j’ai jamais vraiment fait partie de la bande, j’ai jamais sû m’intégrer aux blagues comme aux peines; je sais pas ce que je suis venue faire ici.

- Et toi tu n’es pas morte.

Un sourire s’étire sur mes lèvres pour dévoiler mes canines, de la joie a subitement envie de se peindre sur mon visage quand tout ce que je ressens, c’est du froid. Je lui jette un regard comme on donne du pain au pigeon. Tiens, prend, viens te servir, petit, petit.

- Désolée.

Elle noie sa clope comme elle a noyé sa vie des années avant. Parce que ça fait des années, non ? Et pourtant rien n’a changé, ses parents sont parti, son amour aussi, son frère aussi et puis le reste ? Je ne sais pas qui se tient devant moi ; est-ce que je l’ai un jour connu ?
Une fille de la bande. Ouais on parlait, ouais on rigolait mais j’arrive plus à me souvenir si on a eu des moments à deux. Peut être que c’est le premier ; sûrement que c’est le dernier. Je devrais envoyer un message à Ian.
Peut être qu’il me dirait lui aussi d’aller me faire foutre.

- Tu peux prendre le canapé. Il fait lit.

Je sais pas si j’ai envie de rester, je sais pas ce que je fais là, je me sens conne et fatiguée à causer comme une folle à un fantôme. J’pensais que j’étais cette personne qui met un peu de vie dans les coeurs mais j’apporte la mort et les départs ; n’ai-je donc jamais appris ?
Non.
Tout comme j’ai jamais appris à la fermer. Les mots se forment dans ma gorge avant avoir pu les considérer et ils sortent comme ils sont venus : au mauvais moment.

- T’es pas obligée de m’héberger si ça te saoule. J’étais pas venue pour faire chier. J’voulais juste savoir comment t’allais, j’sais pas.

Et c’est pas des reproches ou de l’aigreur, c’est la vérité. Elle, elle a cherché à garder contact avec les gens de LA ? Est-ce qu’elle a envoyé des messages aux autres, des bouteilles à la mer ? J’en sais rien, peut être que oui, peut être que non. J’aimerais bien demander à Ian mais je sais comment il est, qu’on se soucie de lui ou non il ouvre les bras et il pardonne, il dit que ça va et il trouve des excuses pour les gens qu’il aime.
Comme Carla.
Pas comme Rhyan.

Haha.

J’aurais pas du venir, j’ai nulle part où aller mais quand on sait passer à travers les murs on a des milliards de possibilités.
J’pensais que Carla en était une.

J’me suis sûrement trompée.
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Dernière édition par Rhyan L. James le Jeu 15 Nov 2018 - 10:41, édité 1 fois
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Carla A. S. Lowett
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Mer 17 Oct 2018 - 6:14

- Désolée.

Dans l’esprit embrumé de Carla, les excuses de Rhyan ne firent pas plus de bruit que l’incandescence de sa cigarette mourant dans son verre d’eau. Petite étincelle éteinte avant d’avoir atteint le fond. Noyade et suffocation.
Déjà l’envie de rouler une autre clope la prenait.
Il fallait occuper les mains pour pouvoir occuper l’esprit.

- T’es pas obligée de m’héberger si ça te saoule. J’étais pas venue pour faire chier. J’voulais juste savoir comment t’allais, j’sais pas.

Les yeux surpris de Carla se levèrent pour chercher ceux de son interlocutrice. Elle n’était pas sûre de bien comprendre ; désormais tout apparaissait comme derrière une brume. Elle ne comprenait plus les sous-entendus ou les reproches. Plus rien ne l’atteignait et ce n’était pas plus mal ; ça heurtait moins.
De toute façon la douleur refluait aux confins de l’imaginaire après la bataille de l’orphelinat ; plus rien ne pourrait atteindre la honte, la perte, le goût du sang. C’était ça, d’avoir vécu l’horreur ; maintenant rien ne pouvait paraître pire. Tout était édulcoré.

- C’est pas mon appartement. Je ferme pas. Tu peux rester autant que tu veux.

Il fallait occuper les mains pour pouvoir occuper l’esprit. Carla les sentait qui commençait à trembler, énervée, délaissée. Mais le goût du tabac flottait encore dans l’air et rouler une cigarette ne rimait plus à rien. Ouvrant un placard, la jeune femme attrapa un vieux paquet de farine ainsi qu’un sachet de levure. Grand verre d’eau pour délayer cette dernière. Puis saladier afin d’y verser le reste des ingrédients et commencer à mélanger, pétrir avec attention, conviction.
Gestes mécaniques pour sauver le quotidien.

- T’aimes le pain ?

C’était sans doute une question idiote ; qui n’aimait pas le pain ? Cela avait un goût facile à appréhender et Carla ne pouvait pas imaginer son amie - étaient-elle réellement amies ? - refuser un bout de pain. Mais peut-être que Rhyan était intolérante au gluten ? C’était presque devenu une mode à présent. Qui sait ?
Carla savait si peu de chose sur elle.
Sur tout le monde, en fait.

Qu’étaient-ils devenus, tous ? Ange, Luka, Hayley, Ian. Ses amis. Comme toujours ils avaient disparu ; ils étaient les rois pour ça. Luka était déjà partie une fois pour sa mère. Ange pour Luka. Hayley dieu sait où.
Et Ian ?
Ian avait toujours été là pour elle, mais pas elle. Mauvaise amie. Voilà trois ans qu’elle avait balancé son téléphone au fond des toilettes sur un accès de rage ; il ne lui servait plus à grand-chose de toute façon ; elle avait arrêté de payer la facture en 2014.
Amie de merde.
Un goût amer dans la bouche, Carla continua à pétrir sa pâte. C’était idiot tout ça. Idiot le monde, les malheurs, la vie. À quoi ça servait au fond ? On naissait, on souffrait, on mourait. On tombait amoureux, mais l’amour tombait. On avait des amis, mais ils décevaient. Ou on décevait. C’était idiot et absurde. Et on finissait, inlassablement, par se retrouver dans sa cuisine à pétrir du pain et à ne pas savoir quoi dire à une amie-inconnue.
Ou peut-être que ce n’était que Carla.
Badant.
Absurde.

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Rhyan L. James
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Mer 17 Oct 2018 - 23:38


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Je sais que parfois les gens ils ne savent pas comment faire, que certains perdent la capacité de marcher, de parler, de se servir d’une fourchette, de mots. J’ai l’impression d’avoir face à moi quelqu’un qui a abandonné mais qui est encore là, tenu par un fil tendu à bloc qui ne va pas tarder à céder. Elle ne fait même pas semblant, elle s’en fou.

Je suis venue sans savoir pourquoi mais j’aurais une raison de partir.

- C’est pas mon appartement. Je ferme pas. Tu peux rester autant que tu veux.

Je suis étonnée que ça me fasse de la peine, c’est toujours dans les moments les plus improbables que j’fais pas gaffe et que les choses m’atteignent. Alors qu’elles ne devraient pas.

Elle se lève, fantomatique personnage qui se traîne et fait grincer son appart, placard et tiroirs, et se met à faire.. ehm. Des trucs.

- T’aimes le pain ?

J’hausse un sourcil ; elle est vraiment en train de faire du pain ? Pourtant ça y ressemble, ouais ouais.

- Oui ?

J’ai trop de questions à poser et j’ai jamais appris à me taire mais j’ose pas. Elle me fait peur. Avant j’aurais peut être demandé où c’était passé, tout ça, le peu d’amitié qu’on avait, mais j’ai pas la force de creuser à mains nues dans notre bourbier commun. Je suppose mal le silence et le blanc, le bruit de ses mains sur la planche. J’ai encore envie de m’excuser sans savoir pourquoi, envie de partir et de rester.
Envie de lui demander des tas de choses, envie d’apprendre à profiter du silence. Finalement de nous deux c’est sûrement moi l’handicapée. J’sais plus être une pote.

J’ai envie d’lui demander si elle a des nouvelles des autres. Je dis :

- J’ai pas de nouvelles des autres.

De Ian, un peu, vite faf, Hayley pas du tout, les autres non plus.

- T’as des nouvelles des autres ?

J’sais pas pourquoi je parle, bon sang, je devrais vraiment trop fermer ma gueule mais j’aime pas les blancs, les vides, l’absences, si on en parle peut être qu’ils feront un peu plus de bruit, n’importe quoi, des plaintes ou des souvenirs, vraiment n’importe quoi. Tout plutôt que l’appartement vide d’eux, vide d’elle, vide d’un Louis qui ne rentre pas. Et le pire c’est que j’pourrais lui proposer de découvrir s’il est vivant, mais il se passe quoi s’il est vivant et qu’il ne rentre pas ? S’il a choisi de la laisser là ? Si rien ne le retient et que pourtant il n’est pas là ?

Elle en mourrait, n’est-ce pas ?

Peut être que c’est une bonne chose, finalement, qu’elle ne le retrouve jamais. Mais combien de temps reste-t-on en vie, étranglé au bout d’un fil ?
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Mar 13 Nov 2018 - 15:35

- Oui ?

Carla ignora l’intonation interrogative dans la voix de Rhyan - ou peut-être qu’elle ne la remarqua même pas - et continua à pétrir sa pâte avec des gestes précis et mesurés. Des gestes qui étaient devenus des habitudes à force de travail et de patience. Les doigts qui pénètrent dans la mixture, qui s’enfoncent, puis remonte avant de recommencer, éternel manège laissant un sentiment non pas de plénitude à Carla, mais plutôt de vide.
Il fallait faire le vide pour oublier. Et recommencer.

- J’ai pas de nouvelle des autres.

La boulangère ne leva pas les yeux de son pain.

- T’as des nouvelle des autres ?

L’humaine ne répondit pas tout de suite, toujours entièrement consacrée à sa pâte, qui était désormais assez pétrie. Elle la sépara par la suite en plusieurs morceau avant de les peindre à l’aide d’un couteau de cuisine avec un peu d’eau - elle n’avait pas d’œuf - et d’y disposer des graines qui traînaient dans ses placards. Puis elle les disposa sur une plaque qu’elle enfourna au four.
Tout en réglant la chaleur, elle ne put retenir une justification :

- Normalement il faut laisser lever la pâte, mais là c’est une recette spéciale quand on veut gagner du temps.

Elle se releva ensuite, pris le temps de ranger et de nettoyer son plan de travail puis les instruments qu’elle avait utilisés. Enfin, quand ces derniers reposèrent sur l’égouttoir, elle s’assit sur le bar et regarda Rhyan dans les yeux.

- Il pourrait bien être mort que j’en aurais aucune idée.

Soupir. Les mains de Carla n’avaient plus rien à faire et pendaient dans le vide, incapables de se satisfaire de leur condition. Peut-être que la jeune femme devrait prendre un chat ? Un être qui l’attendrait le soir, au moins pour être nourri, qu’elle pourrait caresser, aimer. Quelle idée stupide ! Un chat ne resterait pas dans cette ville déserte, pas plus que les humains ; seuls pouvaient demeurer des fantômes.
Une partie d’elle était partie avec Louis. Était-elle un fantôme désormais ?

- Ma famille non plus, j’ai pas de nouvelle. Et toi ? Comment vont les Kido ?

Small talks et immense effort pour Carla. Paraître normale, civilisée. Prendre des nouvelles des autres, forcer sa mémoire à se rappeler que Rhyan vivait, auparavant, chez les Kido - pourquoi exactement, elle n’avait jamais vraiment compris et Ian avait toujours été assez évasif à ce sujet. Elle se rappelait néanmoins bien de cette famille heureuse ; deux jeunes professeurs du Mystery Orphanage avec des jumeaux en bas âge - ils avaient dû grandir à présent - et un chat. Étaient-ils encore en vie à présent ? Peut-être avaient-ils eux aussi succombé à l’attaque terroriste, comme tant d’autres...
Après ce jour terrible, Carla avait scruté les journaux, persuadée qu’ils en parleraient, attendant avec appréhension une liste des victimes. Mais aucune information n’était apparue. Rien. Elle aurait pu croire avoir rêvé, si les gens n’avaient pas commencé à fuir Little Angleton. Si ses amis n’avaient pas disparu.
Qui avait survécu ? Qui avait succombé ?

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Rhyan L. James
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Jeu 15 Nov 2018 - 10:42


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Tout retombe. Le vent d’énergie qui s’était levé jusqu’alors en moi retombe mollement. Poussière sur un tapis. Je ne peux rien faire pour elle, elle ne peut rien faire pour moi. Ses fantômes sont en quinze dimensions dans cette pièce et nous étouffent sans qu’on ne puisse vraiment les voir.

- Normalement il faut laisser lever la pâte, mais là c’est une recette spéciale quand on veut gagner du temps.

Ses mains n’ont plus rien à faire et elle se met à me regarder. Je ne sais pas si elle a bien conscience de ce qu’elle vient de dire ; gagner du temps quand on a que ça, du temps, je trouve ça bien ironique. Grinçant, comme des molaires qui râclent des morceaux d’humanité. Est-ce qu’on est encore humain quand on attend ? Quand on ne fait que ça de ses journées, attendre ?

- Il pourrait bien être mort que j’en aurais aucune idée.

Elle l’a cité mais je n’ai rien demandé. Peut être que la plaie qui s’est ouverte suite à son départ suppure tellement qu’elle ne peut s’empêcher de mettre Louis dans ses mots. Je ne sais pas et j’attends, parce que moi aussi, j’ai cessé d’être humaine il y a un petit temps.

- Ma famille non plus, j’ai pas de nouvelle. Et toi ? Comment vont les Kido ?

Mes lèvres se pincent ; ils disent que ça va mais c’est pas vraiment comme si on pouvait se voir. Je ne fais plus partie de leur quotidien et, après avoir su si Takeji avait pris du thé ou du café le matin, je ne sais plus rien de leurs journées. Honnêtement ? Ça me brise le coeur mais je ne peux rien y faire à part ouvrir les doigts et espérer que ça s’en aille. Mais ça pègue, ça colle comme de la sève et je reste les bras tendus devant moi. Inutile.
Zombie qui traine dans les rues de la vie.

Charmant. Est-ce qu’elle a connu les Kido, un peu, elle ? Les jumeaux, le chat, le cactus et la joie ?

- Ça va, je suppose. J’ai pas vraiment de nouvelles, je..

Je fronce les sourcils. Ça va sonner comme une excuse quand ça n’en est pas vraiment une. C’est un fait, un truc plat, une phrase de plus pour meubler ce que nous n’avons pas.

- J’suis pas très douée pour garder les gens proches de moi.

Je sais pas prendre des nouvelles, je sais pas me satisfaire de peu mais Ian, lui il saura. Ian il saura et c’est la seule option que j’ai là. N’est-ce pas ? Moi je ne peux rien faire, si ? Elle n’a pas envie que je sois là, elle m’aurait voulue morte, partie, elle m’aurait voulue ailleurs et moi je ne fais que remuer les souvenirs de Louis.
Alors.
Je ne peux rien faire, si ?
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Sam 17 Nov 2018 - 16:31

Carla pourra-t-elle un jour être heureuse ? Saura-t-elle oublier Louis et s’offrir à quelqu’un d’autre, acceptera-t-elle d’ouvrir l’intimité de ses cuisses à une autre personne, qui la touchera là où le feu brûle encore, qui la caressera au même endroit où les griffes ont pénétrées ? La jeune femme n’a jamais vraiment rêvé de la vie classique - maisons, enfants, chien -, mais parfois elle s’interroge sur son futur. Restera-t-elle toute sa vie, seule, à Little Angleton, à survivre jusqu’à ce que, enfin, la mort daigne l’emporter ? Ou parviendra-t-elle à s’extraire de ce malheur, à rencontrer quelqu’un d’autre et à se laisser couler dans un bonheur auquel elle n’estime pourtant pas avoir le droit. L’ombre de Louis règnera, pour toujours, dans son cœur et dans sa vie, mais saura-t-elle fermer les yeux en faisant l’amour à un autre, parviendra-t-elle à se pardonner à elle-même d’aimer quelqu’un d’autre ?
Carla n’en sait rien. Pas maintenant, c’est certain. Mais peut-être que plus tard elle prendre le chemin des Kido, aura une maison ravissante, des bambins courant dans son jardin et un gros chien nommé Patapouf. Elle ne serait rien d’autre de plus qu’une de ses mamans qu’on croise dans la rue et qui a l’air heureuse, même lorsqu’elle se plaint que l’aînée peine en géographie et que le dernier ne fait pas encore ses nuits. De l’extérieur tout aurait l’air normal et pourtant, même les gens heureux ont leur part de malheur.
Dans les cernes de Carla ne résidera pas que les nuits trop courtes, mais également le fantôme d’un amant.
Est-ce que les Kido aussi ont souffert ? Certainement. Ils ont dû perdre des élèves, des collègues, des êtres chers. Ils ont dû laisser derrière eux leur maison et peut-être leur chat. Mais ils s’aiment et l’amour dépassent tout n’est-ce pas ?
Sauf quand il disparaît.

- Ça va, je suppose. J’ai pas vraiment de nouvelle, je..

Un soupir échappa aux lèvres de Carla. Au final Rhyan ne devait pas être si différente d’elle. Aussi paumée. Aussi seule.

- J’suis pas très douée pour garder les gens proches de moi.

Hochement de tête, Carla comprenait. Ces paroles lui semblaient être la chose la plus sensée que sa visiteuse ait dit depuis son arrivée. Non pas qu’elle la connaissent assez bien pour la juger, mais parce que, elle-même, était pas plus douée.
Parfois il fallait juste savoir abandonner.

- Moi non plus.

Elle haussa les épaules et dévissa son regard de celui de son interlocutrice, le laissant se perdre sur la table et ses verres d’eau, dont l’un dans lequel flottait le corps à moitié immergé de sa cigarette. Elle observa la cuisine, sa nudité, le manque de nourriture ou d’objets personnel ; tout était à Louis ici ; les photos sur le mur, les livres dans les étagères, les quelques bibelots éparpillé à travers la pièce. Tout lui appartenait, y compris son cœur.
Arriverait-elle un jour à le libérer ?

- Désolée, je suppose.

Les mots sonnaient mal dans sa gorge. Elle les avait un peu craché comme ça, par convenance, parce qu’il le fallait bien. Mais elle était lasse de tout et avait envie de s’allonger, oublier, mourir.
Toujours mourir. À défaut de savoir vivre.

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Rhyan L. James
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Lun 19 Nov 2018 - 22:25


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Quelqu’un m’a dit, un jour - il y a si longtemps pourquoi est-ce que je n’oublie pas - : il faut parier sur les bonnes personnes. Parfois, on voit bien dans quoi on s’engage : une moitié de soi drôle et souriante, parfois épuisée mais toujours là. Parfois on ne le voit pas : un accident et on se retrouve veuf à quarante ans. Mauvais pari. Mauvais choix. On n’aurait pas su savoir mais la vie aurait peut être été différente si on avait choisi un autre cheval pour remporter la course.

Mais est-ce qu’elle aurait vraiment été différente si on avait su ? Si t’avais su Carla, est-ce que t’aurais quand même choisi Louis ? Est-ce qu’il vaut ces années d’errance et de souffrances, est-ce qu’une excuse offerte sur un plateau te suffira ? Pour que tu comprennes ou pour qu’il revienne, pour expliquer ou pour recommencer.

- Moi non plus.

Elle cesse de me regarder et l’air devient vaguement plus respirable, j’ai la dalle et j’ai vraiment envie d’une bière et de la chaleur d’autres bras ; ceux qui disent je ne m’en vais pas tu peux rester ne t’en fait pas.

- Désolée, je suppose.

Les excuses sont envoyées comme un balance un insecte qui l’idée de merde de débarquer sur notre bras. Je suppose ? Tu supposes quoi, au juste, Carla ? Si tu t’en bats les couilles ne prononce pas ses mots. Surtout qu’ils ne veulent rien dire pour moi.

- Faudra peut être garder ça pour Ian.

Ian qui voit tout, Ian qui prend tout est qui tend la main tellement souvent qu’il n’en a plus pour se relever lui-même. Celui qui ne parle pas de lui et absorbe les autres et pense qu’être loup c’est la plus belle chance du monde alors ça suffit pour tout laver.
Tout laver.
Ian, patricide. Est-ce que tu le sais ça, Carla ?
Est-ce que tu lui demandes si ça va, des fois ?
J’ouvre la bouche mais la referme, avale mes mots comme du sperme ; acide qui reste dans la gorge. J’suis personne et j’essaie quand même. J’les pose jamais ces putains de questions.

La situation est magnifique finalement, non ? Incapable de se parler, de communiquer, d’avancer, deux inconnues qui avaient un jour eu l’habitude de se côtoyer. Mais pas de se connaître visiblement.
On s’est jamais connues. Si ?

- Je suis pas très douée pour donner des conseils non plus.

Faudrait juste que je la ferme mais j’ai pas envie d’un immense silence, de Carla qui part dormir et moi qui me sauve dans la nuit. Pourtant c’est sûrement ce qui va se passer mais en attendant j’aurais essayé. Même un tout petit peu.
C’est plus qu’avant.
Pourquoi j’essayais pas avant, pourquoi est-ce que j’ai tant de mal à me sortir de mon cynisme et ma vulgarité maintenant ? Pourquoi mes pensées sont-elles réflexives quand c’est à Carla que je devrais tendre une main ?
Peut être parce que si j’attrapais la sienne, elle se briserait.
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MessageSujet: Re: La gouffre qui avalait les gens   Dim 25 Nov 2018 - 23:08

L’odeur du pain commençait lentement à gonfler dans la cuisine. Si Carla n’était pas - plus.- douée en relation humaine, elle l’était néanmoins pour son travail. C’était donc des effluves gourmandes qui entouraient les deux jeunes femmes, face à face presque incapables de respirer. Des effluves qui portant ignorait l’estomac de l’humaine, désormais aussi fermé que son cœur.

- Faudra peut être garder ça pour Ian.

Les yeux de Carla vrillèrent dans ceux de Rhyan alors qu’un sourire - le premier depuis si longtemps - éclorait sur ses lèvres. Ian était donc vivant ? Cet ami si particulier, qu’elle avait dans le sang et sur la peau, cet être si cher à son cœur capable de la deviner d’un seul regard n’avait pas succombé. Ian était vivant et Carla se surprit à s’en réjouir, comme une lumière vacillante au cœur de la tempête.
Ian, peut-être Ange, Luka, Hayley...
L’espace d’un instant elle entrevit une vie animée, avec ses amis, entourée par des êtres si chers avec qui elle avait grandi. Dans un ailleurs différent, sans fantôme ou alors plus diffus, des arrières fonds présent pour ne pas oublier, mais non pas pesant.
Puis l’espoir s’évanouit en même temps que son sourire. Elle savait qu’ils ne suffiraient pas. Malgré tout l’amour qu’elle éprouvait pour eux, ils ne pourraient jamais comblé le creux béant dans son cœur. Ainsi ses mots furent un simple constat :

- Ainsi il est vivant.

Le silence retomba encore un peu, à peine entrecoupé par leur respiration. Puis, presque brusquement, Rhyan le rompit :

- Je suis pas très douée pour donner des conseils non plus.

Carla acquiesça ; elle n’en cherchait pas de toute manière. Quel genre de conseil aurait pu l’aider à aller mieux ? À surmonter la perte de l’amour de sa vie ? À oublier le feu entre ses cuisses ? Elle n’avait pas besoin de conseil, elle n’avait pas besoin de mots. Elle avait besoin de Louis.
La minuterie du four éclata douloureusement dans l’atmosphère. Sans commentaire, Carla se glissa derrière le comptoir, enfila un gant et sortit le pain du four. Il était doré, croustillant, parfait. Si différent d’elle.
Elle posa la plaque encore chaude sur le plan de travail et recula, se dirigeant lentement en direction de la chambre, comme si elle était seule, comme si elle ne venait pas de faire cuire du pain pour un absurde repas. Ses pas glissaient sur le sol, lascivement, échos de ce qu’elle n’était plus. Et l’odeur du pain qui trainait derrière elle comme un mauvais sort.

- Tu peux te servir. Je crois qu’il y a du miel dans un des placards. Fais comme chez toi, pour le lit aussi. Il y a des draps dans l’armoire de l’entrée.

Se rendait-elle seulement compte à quel point elle laissait la situation transparaître de la manière la plus absurde qu’il soit ? Ne voyait-elle pas sa propre asociabilité ? Sans doute pas, elle avait trop vécu toute seule, trop longtemps.
Et pourtant, sur le pas de la porte, Carla se retourna comme prise d’un sursaut de conscience.

- Tu sais Rhyan, je comprendrais si demain tu n’étais plus là. Pas besoin de laisser un mot, c’est de ma faute après tout.

Elle referma ensuite la porte, toujours avec cette même lenteur qui la caractérisait, puis se glissa à travers les draps, non sans avoir avalé un somnifère au préalable.
Peut-être rêverait-elle de Ian.

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