Le prix de nos rêves

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 Le prix de nos rêves

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Myaw Nienta
Myaw Nienta
Admin | Adolescente ~ Little Princess
MessageSujet: Le prix de nos rêves    Le prix de nos rêves  EmptyMar 3 Aoû 2021 - 12:15

Les yeux de Myaw se fermaient tout seul. Elle se força à les garder ouverts un peu plus longtemps ; elle avait envie de connaître la fin des Hauts de Hurlevent et, surtout, aucune envie de s'endormir. Son don pour le monde des rêves fluctuait de plus en plus ces derniers temps et elle ne maîtrisait plus rien. Il pouvait la pousser dans le lit juste au-dessus du sien – et Summer qui y dormait était particulièrement douée pour faire des cauchemars – comme le pousser à l'autre bout de la Terre. Elle tremblait, un jour, de se retrouver dans l'imagination vulgaire d'un sorcier noir. Et si ce sorcier était Redwan Soul…

L'adolescente aurait probablement dû demander de l'aide à son parrain, mais elle n'osait pas et ne savait pas vraiment comment le contacter. Green Soul n'était pas le genre de personne à avoir un téléphone portable ou, en tout cas, à lui donner son numéro. Elle aurait pu le retrouver dans le monde des rêves, mais comme elle ne maîtrisait rien…


Sans vraiment s'en apercevoir, ses paupières se fermaient de plus en plus. Un râle s'échappa de sa bouche alors que le livre tombait sur la moquette. Dans un sursaut de conscience, il lui sembla apercevoir une ombre qui ressemblait beaucoup à Summer, descendre du lit d'au-dessus pour éteindre la lumière en soupirant. Mais ce n'était peut-être qu'un rêve.

Puis elle s'envola.


La suite fut comme une pente glissante dans sa tête. Elle retrouva l'entre-deux mondes que lui avait un jour montré Maurice, celui qui laissait voir les portes de tous les rêves. Une infinité de portes et de rêves, ou du moins c'était son impression. C'était effarant de voir la vitesse à laquelle des songes se détachaient et d'autres apparaissaient à mesure que les gens se réveillaient ou s'endormaient.

Mais Myaw n'eut pas le loisir de contempler cet entre-deux bien longtemps car tout tanguait à lui donner la nausée. Le sol – enfin ce n'était pas vraiment un sol qu'il y avait sous ses pieds, plutôt un couloir d'air qui la portait – la fit valser bien loin jusqu'à la pousser dans une image au contour flou ; généralement cela voulait dire que le rêve était assez loin.

Au moins ça ne serait pas Summer.

Ça ne serait pas Ange non plus. Elle reconnaissait toujours les rêves d'Ange, comme si une aura débordait d'eux. Quand ils dormaient ensemble, l'aura l'englobait, l'attirait. Quand il était loin, c'était plus rare qu'elle arrive à y entrer ; encore une fois elle ne maîtrisait presque rien et se retrouvait perdue dans l'entre-deux.


Myaw se laissa glisser dans le rêve ; elle avait l'habitude désormais. Elle essayait de se fondre dans les songes, comme si elle faisait également partie de l'imagination du dormeur. Parfois c'était facile, il y avait des grandes foules et elle devenait un visage parmi tant d'autres. Mais d'autres fois il n'y avait que le rêveur et elle et il était alors difficile de passer inaperçue.

Mais les gens se posaient peu de question sur le monde des rêves de toute façon, très peu avaient conscience de toute la magie qui bouillonnait à l'intérieur d'un songe. Et rares étaient ceux qui s'étonnaient lorsqu'ils apercevaient l'adolescente. Elle était un décor parmi d'autres.


Le rêve dans lequel elle avait atterri ne contenait pas de foule. Il n'y avait qu'un jardin surplombé par une grande maison. Avec étonnement, Myaw s'aperçut que la maison ressemblait au Mystery ; un peu déformée cependant, comme sortie d'un souvenir aux contours flous. Il y avait des fenêtres en plus et les volets n'avaient pas vraiment cette couleur. C'était lui sans vraiment être lui, ça lui offrait un aspect étrange.

Cependant une certitude la traversa : c'était forcément quelqu'un qui connaissait le Mystery. Un orphelin ? Un prof ? Un sorcier noir ? Au loin, elle aperçut une silhouette et s'en approcha avec prudence. La personne n'avait pas la carrure de Redwan Soul ou, peut-être pire car même si elle ne l'avait aperçu qu'une fois enfant, cela avait suffi pour que sa figure de terreur se grave dans son esprit, Dorian Cross. Curieux, elle continua son approche jusqu'à être assez proche pour reconnaître dans les traits qui s'affichaient devant elle, un souvenir d'enfance.


– Kelyann ?


À moins que ça ne fût Kilyann.


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Kilyann Lindström
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MessageSujet: Re: Le prix de nos rêves    Le prix de nos rêves  EmptyMar 3 Aoû 2021 - 15:07

"Le prix de nos rêves"




La main, presque squelettique et tendue vers le plafond aux couleurs craies retomba doucement sur la surface molletonnée du lit. Dans un soupir de soulagement, ma bouche cessa de s’agiter, entraînant dans son sillage la totalité de mon corps. Voilà bien des années que la famille recherchait sans relâche les cachets disséminés çà et là dans ma petite chambre, sans succès.

Mais voici que de nouveau, tout ceci n’eut plus d’intérêt.
Mes pieds quittèrent la terre ferme les premiers, suivit par les genoux, les hanches et enfin, la tête. De l’orphelin abandonné par Orpheo ne demeurait qu’un corps posé là, sur les couettes, immobile. Prêt à laisser passer le temps et l’espace aussi souvent que possible, sans conscience. Sans regrets et sans espoir.

Ce fut d’abord le noir. Un noir grisâtre, parsemé de tâches de bruit, comme lorsque l’on regarde au fond d’un puits éclairé en surface par le soleil. Puis, les points s’agitèrent pour former des triangles, des carrés, des runes, des cristaux de neige ? Je me mis à entendre des bruits, des syllabes de voix familières ou non. Des souvenirs de la journée, de la semaine ou du mois.
Mais pas de Kely. Plus de Kely depuis des années. Pas même une vision de moi dans un miroir. Kely n’était plus qu’un songe, une boule de lumière dans l’obscurité du monde. Il n’était pas mon reflet, car mon reflet n’existait pas. Tout était cassé, étalé au sol. Des jouets par dizaines, des peluches éventrées, des cris et les flammes. Les flammes dévorant les murs, ancrés dans la rétine des plus jeunes.

J’ouvre les yeux.

Je sens sous mes pieds nus la chatouille de l’herbe verte, une herbe arrosée par le chagrin de la rosée ou mes propres pleurs. Je n’ai qu’un short et un long, trop large t-shirt sur les épaules. Mais je n’ai pas froid. Et je ne suis ni bien, ni mal. Je regarde simplement le bâtiment qui s’ouvre devant mes yeux, une vieille bâtisse colorée, des souvenirs de choses qui ont disparu comme la petite serre un peu plus loin. Je regarde l’orphelinat et les larmes roulent doucement contre ma peau.
Kelyann. Kelyann. Voilà des années que je n’ai pas rêvé de toi ou de l’orphelinat. Ou des gens. Ou de l’herbe d’Ecosse. Est-ce un encouragement, maintenant que la guerre est finie ? Est-ce un message porteur d’espoir, une nouvelle à venir ?

Ma main se tend devant moi, comme pour saisir le mirage, mais aucun vent ne souffle. La vision et les sensations sont parfois paradoxales. Je ne sais pas si je rêve, je ne sais pas si j’existe.

Et puis.

– Kelyann ?

Kelyann ! Le nom me fait l’effet d’une explosion mais mon corps suit la déflagration de loin et se tourne lentement vers la source de ces quelques syllabes. Elle me regarde et je me retourne. Serait-il derrière moi ? Attendrait-il le moment pour me sauter dessus, me faire une surprise ? Mon cœur se serre mais je ne comprends pas pourquoi, je ne comprends pas grand-chose. Cet orphelinat n’existe pas, cette fille…
Cette fille.

Le bras retombe le long de mon corps et mon t-shirt se change en jolie petite robe, mes cheveux s’allongent et remontent en deux couettes. Je secoue la tête. Je ne suis pas son reflet.

« Non. »

J’appuie de ma voix qui a mué depuis.

« Non, pas Kelyann. »

Je me demande vaguement pourquoi c’est elle devant moi. Je ne fréquentais personne à l’orphelinat. J’avais peur des gens et j’en ai encore plus peur maintenant. Son nom ne me revient pas immédiatement, j’ai l’impression qu’un voile passe devant mes yeux, une brume qui occulte la majeure partie de mes sens.
Une brune qui a changé. Mais comment pourrais-je savoir qu’elle a changé ? Je ne lui parlais que très peu. Elle est jolie. Vraiment très belle. Mais les traits sont plus fins, plus tirés aussi. Le regard plus mature.
Ah, je me souviens.

« Myaw Nienta. »

Un prénom peu commun, des yeux qu’on ne devine ni clairs ni foncés. Une jeune fille qui parlait beaucoup, à beaucoup de monde. Quelqu’un de gentil. Serait-elle venue me dire quelque chose ? Les vêtements et les longs cheveux disparaissent pour redevenir moi. Ou du moins ce qu’il en reste. Une fine musculature mais la peau sur les os, un peu penché en avant. Trois pas me portent plus près du Mystery et je fixe la porte d’entrée.
J’ai un peu de voir l’intérieur calciné et le sang des cadavres repeindre le mur.

« Tu as grandi. »

L’interstice de la porte d’entrée laisse filtrer un coulis rouge qui ne tarde pas à couler le long des marches à l’extérieur. Repeindre les murs du sang des victimes.

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Myaw Nienta
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MessageSujet: Re: Le prix de nos rêves    Le prix de nos rêves  EmptyMar 3 Aoû 2021 - 16:28

Il se retourna et Myaw l'observa posément, se demandant s'il se rendait que de la réalité qui bordait son rêve ; qu'elle n'était pas juste un souvenir puisé dans son imagination, mais un vrai esprit qui se baladait dans le champ de ses songes.
Kelyann – Kilyann ? – se métamorphosa soudain devant elle, une robe remplaçant ses habits alors que ses cheveux remontaient en deux couettes pendant dans son dos. Miroir de poche avec un nuage de brume dans les yeux.

– Non.

Non ?

– Non, pas Kelyann.

Alors ça devait être Kilyann, la voix pleine de mélancolie.

– Myaw Nienta.

Elle sourit, d'un sourire qu'elle aurait voulu aussi joyeux que dans son enfance, lorsqu'il lui manquait des dents et qu'elle riait pour un rien. Il lui semblait se rappeler d'une fois où Kilyann avait voulu lui passer le parmesan lors d'un repas. En voulant attraper le bol, elle avait par mégarde tirer un peu trop fort et tout le fromage s'était envolé, retombant sur les deux enfants comme une pluie de neige. Ça l'avait fait beaucoup rire, tout commeTakeji qui était censé les surveiller et qui n'avait pas réussi à garder son sérieux devant la situation.
Mais les années ont filé et les rires des enfants se sont figés sous le règne des sorciers noirs. Dans le sourire de Myaw restaient surtout les souvenirs.

Les vêtements se tordirent à nouveau ainsi que tout le reste de l'adolescent qui, peu à peu, redevint lui-même. Elle put alors l'observer, lui qu'elle n'avait pas revu depuis des années, qui avait tant grandi depuis tout ce temps et pourtant, peut-être parce qu'elle aussi avait poussé, ne lui paraissait pas tant changé que cela. Les traits un peu plus tirés peut-être, une mâchoire plus volontaire et les yeux, surtout, très tristes. Il la dominait de quelques centimètres, sans qu'elle n'ait pour autant besoin de trop relever le menton pour le regarder dans les yeux.

Kilyann se mit soudainement en mouvement et elle décida de le suivre vers la grande bâtisse derrière eux. Elle ignorait ce qu'ils pourraient bien trouver à l'intérieur ; ce n'était pas son rêve, pas ses souvenirs. Y aurait-il le bruit des petits pas pressés courant pour aller manger une crêpe ? Les cris de deux adolescents en train de s'engueuler pour une histoire quelconque ? Le silence froid qui avait suivi l'attaque du Mystery ?
Alors qu'elle n'avait pas froid – il ne faisait jamais froid dans le monde des rêves – elle frissonna.

– Tu as grandi.

Ils étaient désormais devant la porte d'entrée du Mystery qui lui paraissait elle aussi comme déformée, bien plus grande que dans la réalité. Mais c'était probablement parce que c'était les souvenirs de Kilyann enfant qui se reflétaient dans le rêve, et que les choses paraissaient toujours plus grandes quand on les regardait petits. Myaw suivit son regard et aperçut sur les marches, dévalant la pierre comme une cascade, un liquide rouge et poisseux.
Le sang des enfants morts. Alors c'était ce souvenir, qu'elle trouverait à l'intérieur ?
Myaw se pencha pour toucher le rouge avec ses mains et essayer de rassembler les étincelles de magie dans son coeur. C'était quelque chose qu'elle pouvait faire, ça, un peu. Une faible maîtrise que lui avait appris Shybaï. La prof de dessin l'avait un jour trouvée en train de pleurer dans le jardin. Devant un thé elle l'avait convaincue de lui raconter le rêve de Sommer, celui que les deux adolescentes avaient vécu ensemble et qui était lui aussi taché par le sang. Puis, après l'avoir bien écoutée, elle avait ouvert ses mains et ses illusions pour créer une tulipe. Observe la bien. Je veux que tu essaies de la reproduire dans ton prochain rêve.. Au début, les fleurs étaient toujours étranges, mal pensées, en manque de détails et de naturel. Puis à force, parce que Shybaï l'encourageait, parce qu'Ange la soutenait en secret dans ce projet, la magie avait fini par prendre forme. Lentement, doucement.
Dans les mains de Myaw il n'y avait plus de sang, mais simplement des coquelicots qu'elle tendit à Kilyann.

– Toi aussi, tu as grandi.

La porte qui se dressait devant eux était sombre comme une ombre et Myaw ne se pensait pas capable d'entrer là-dedans et d'affronter tous les cauchemars afin de les changer en fleurs. Pourtant, muée par un sentiment de nécessité, elle tendit la main à l'orphelin avec un sourire.

– On rentre ?

À deux, ils pouvaient bien combattre les monstres.

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Kilyann Lindström
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MessageSujet: Re: Le prix de nos rêves    Le prix de nos rêves  EmptyMar 3 Aoû 2021 - 18:41

"Le prix de nos rêves"




Mon regard est tant happé par l’immensité devant moi que le sourire de l’adolescente ne me parvient pas. Je vois défiler des souvenirs devant mes yeux, mais aucuns l’ont la force de se matérialiser. Elles oscillent simplement dans le reflet de mes yeux. Le voile est encore trop épais pour pouvoir montrer quoi que ce soit de tangible.

Mais ce liquide, lui, est rouge, plus rouge que ne l’est en réalité le sang, il est presque fluorescent et plus je l’observe, spectateur, plus il me semble bouillir, devenir aussi clair que de la lave en fusion. Ce sang, c’est la marque au fer rouge que chaque orphelin porte sur son dos. Un poids, un boulet dont il est difficile de se débarrasser.

Elle sourit et peut-être aurait-il fallu que je me retourne pour la contempler. J’aurais sans doute pu voir que ses yeux brillent trop pour moi, que jamais l’univers de mes songes n’est capable de créer cela. J’aurais pu me dire que cette discussion a un sens.
Mais je ne me suis pas retourné, parce que cet orphelinat est devant moi après tant de temps, comme un vieil ami que l’on a quitté en mauvais terme mais avec qui l’on souhaiterait reprendre contact quand même.

Pourtant, Myaw revient dans mon champ de vision. Elle me dépasse et se penche en avant pour toucher le sang de tous ces gens. Je la regarde faire, toujours spectateur, toujours aussi amorphe, j’ai l’esprit brouillé des narcotiques que j’ai ingurgité et pas assez d’énergie à déployer. Ses mains se transforment en fleurs mais à y observer de plus près c’est le sang qui s’est métamorphosé en tulipe. Elle tient le bouquet et me le tend. Le sang est encore au sol mais les fleurs sont bien présentes entre ses doigts plus longs, ses doigts qui ont grandi et son visage qui a gardé son charme et sa beauté.

Ma main s’approche, un peu hésitante.
Les tentatives sont toujours déçues.

– Toi aussi, tu as grandi.

Est-ce vraiment important ? Ce n’est qu’un corps, au final, qui continue sa croissance sans s’intéresser au mental. Ai-je grandi ? Pourquoi me rendrait-on ma phrase ? J’observe ma main à mi-chemin et tourne la paume vers moi. J’ai grandi. Des années sont passées depuis l’incendie. Depuis la guerre. On a gagné. On a gagné ! Répétait la famille. Pour l’instant, je n’ai rien gagné si ce n’est des années.
D’inutiles. Années.

Je touche le sensation de crépon du bout du doigt et essaye de me remémorer quelque chose. Quelque chose qui ne veut pas venir.

« Est-ce qu’il y avait des coquelicots à l’orphelinat ? »

Je ne me souviens pas. J’ai beau essayer, je ne m’en souviens pas et la porte ne fait que grandir devant moi, comme un ultimatum. Un passage obligé de ma jeunesse. Est-ce que ma vie d’adulte m’attend devant moi ? Mais pourquoi est-elle aussi menaçante ?
Ce ne sont plus des fleurs mais une main qui se tend vers moi et un sourire que je découvre pour la première fois.
Myaw. Tu irradies trop pour ce monde. Je n’arrive pas à croire qu’un bout de moi soit encore capable de sourire comme ça.

– On rentre ?

Mais qu’y aura-t-il à l’intérieur ? Des fantômes ? D’horribles fantômes du passé, bien plus effrayants que ceux qui traînaient au sous-sol du bâtiment. J’acquiesce, la gorge nouée, la peur au ventre. La porte va s’ouvrir et les cadavres vont tomber. Je contourne la jeune femme, quelque chose m’empêche de la toucher. Mon corps ne m’obéit pas pour cela. Je suis agoraphobe, mais peut-être suis-je aussi en train de devenir haptophobe.

Me voici devant les portes de la vérité, qui ne mènent à rien. Mes doigts s’enroulent autour de la poignée et je la tire à moi. Ces portes ne devaient-elles pas être poussées ? Je me décale et l’ouvre un peu plus. Il y a un miroir. Un miroir qui ne renvoie que mon reflet. Mais un beau reflet, des joues plus roses, une peau plus saine, de la chair. Mon index s’approche et le miroir tombe comme un rideau, dévoilant une seconde porte.
La vraie porte.
J’avale ma salive et recule. Je sais qu’il s’agit de la vraie porte cette fois-ci. La grande, l’immense porte, aussi lourde que le chêne qui lui a servi de base. Je serre les poings.

« Je ne peux pas rentrer. Kelyann n’est pas là. »

Au pied de la porte se matérialise un moi du passé qui ne me ressemble pas, c’est un humanoïde de couleur bleue sans visage et sans doigts, presque peint dans l’espace qui attend au pied de la porte, recroquevillé. Rapidement pourtant, il se relève et un autre humanoïde file entre nos deux personnes pour le rejoindre. À deux, ils parviennent à ouvrir une des deux grandes portes.
C’était un soir où je voulais jouer plus longtemps à Little Angleton. Nous étions rentrés si tard que les portes étaient fermés. Il avait fallu demander au concierge une clé au risque de se faire sévèrement punir. Kelyann a préféré prendre le blâme et je l’ai attendu sur le seuil pendant de longues dizaines de minutes.

Mais mon frère n’est plus là et la clé est perdue.
Ou presque.
Est-ce que Kelyann se trouve derrière la porte ?
Est-ce que c’est à mon tour de me faire punir pour pouvoir enfin rentrer ?
Je me tourne vers Myaw et tout est si flou autour de l’orphelinat.

« Où est le concierge ? Il faut que je récupère la clé. »

Il doit bien être quelque part par ici, non ? Dans un coin de ma mémoire.

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Myaw Nienta
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MessageSujet: Re: Le prix de nos rêves    Le prix de nos rêves  EmptyMer 4 Aoû 2021 - 10:23

Kilyann n'était pas comme ça avant. Myaw le connaissait mal, mais il n'y avait pas cette nostalgie perdue dans chacun de ses gestes, cette brusquerie douloureuse qui brouillait l'enfant dont elle se souvenait. Elle comprit, à la distorsion du rêve, à l'air perdu de l'adolescent, qu'il n'y avait pas que de l'imagination et de la tristesse autour d'elle. Les contours du rêve étaient boursouflés par autre chose, peut-être de la drogue, peut-être des médicaments.

Ça la rendit triste. Les orphelins qui avaient vécu l'attaque du Mystery Orphanage étaient nombreux, depuis leur retour, à être tombé dans des dépendance. Parce que ça les aidait à oublier le sang de leurs amis qu'ils avaient tous dans le creux de leur coeur. Parce que ça les aidait à supporter les cauchemars qui les faisaient hurler la nuit. Combien de fois Myaw avait-elle été réveillée par des cris ? Des cris qui étaient parfois les siens.


– Est-ce qu'il y avait des coquelicots à l'orphelinat ?


Pas directement à l'orphelinat, mais dans les champs où les enfants allaient parfois jouer à cache-cache. Il y avait, à un ou deux kilomètres de l'orphelinat, un immense labyrinthe de maïs dans lequel se perdaient leurs rires. Entre les brins qui les dépassaient tous, ils aimaient se cacher avec malice, une main plaquée sur la bouche pour étouffer les sourires et ne pas se faire découvrir par celui qui les cherchait.

Myaw était retournée dans ce champ quelques semaines plus tôt. Les brins ne lui avaient plus paru aussi grands et le triste ciel de juin jetait des ombres lugubres sur les corneilles qui tournaient dans le ciel, bien loin des souvenirs ensoleillés. Les sorciers noirs avaient-ils maudit tout Little Angleton, l'endroit étant destiné à être hanté pour toujours ?

Mais il faudrait bien se relever, au moins pour les prochaines générations. Les frimousses malicieuses de Jace, Hana et Salim, quand ils couraient dans les brins d'herbe et les éclats de leur jeunesse.


Myaw tendit la main, mais Kilyann ne l'attrapa pas. Elle ne s'en formalisa cependant pas ; il y avait déjà trop d'aspect cauchemardesque dans cet endroit pour laisser paraître de la colère ou de la rancœur. Le rêveur se contenta de la contourner pour enrouler ses doigts autour de la poignèe. Elle se retint de lui dire de pousser, plutôt que de tirer, parce que ça avait toujours été ainsi au Mystery. Cependant, ce n'était pas l'orphelinat qui se dressait devant eux, mais un souvenir issu de la mémoire de celui qui tirait sur la porte. Alors si son inconscient voulait que cette porte ne se pousse pas, elle ne se pousserait pas.

Un grincement dévoila un miroir dans lequel se refléta l'adolescent. Myaw, elle, n'y trouva pas son double. C'était toujours le cas, dans le monde des rêves ; parce qu'elle n'appartenait pas vraiment à cet endroit, parce que comme elle était la seule réalité ici, tellement éloigné de l'imagination de ceux qui étaient plongés dans leur sommeil, les inconscients n'étaient pas capable de reproduire son image dans les glace. Pas aussi rapidement. Seul l'esprit d'Ange y arrivait, parfois, mais c'est parce qu'elle traînait souvent dans ses songes.

Réelle comme irréelle.

Le reflet dans le miroir était un peu différent. Comme une esquisse sur laquelle on aurait apporté un soin tout particulier, mais pourtant Myaw parvenait à voir quelques touches de pinceaux disgracieuses, une finition pas tout à fait pensée. On avait voulu le rendre trop, s'inspirant des bébés aux joues rouges de vie ; elle préférait la version originale et les histoires qu'elle avait à raconter. Même si le visage était plus tiré, plus douloureux. Peut-être d'ailleurs que c'était ça, qu'elle trouvait beau chez lui. La douleur.

Les traits perdus levèrent une main qui déchira le miroir comme s'il s'était s'agit d'un voile. Il échoua aux pieds des deux orphelins pour dévoiler une nouvelle porte, toujours aussi grande, toujours aussi engloutissante.


– Je ne peux pas rentrer. Kelyann n'est pas là.


Le cœur de Myaw se brisa dans sa poitrine. Ils avaient tous perdu des êtres chers avec la guerre. Des amis avec qui ils avaient partagé une chambre, un roman, une histoire d'amour pour certains. Des années de massacre et d'hématomes, de torture. Loin les uns des autres, morts pour beaucoup. Elle ne savait pas dire si le frère de Kilyann faisait partie de ceux-là ; une liste n'avait jamais été vraiment établie, c'était trop délicat de connaître exactement les victimes, les enfants qui s'étaient rendus à la solde des sorciers noirs, ceux qui étaient devenus esclaves. Mais peut-être bien, que Kelyann était mort. Et que l'environnement de plus en plus sombre dans lequel ils évoluaient était une conséquence macabre de cette vérité.


Un petit être bleu surgit soudain, petit foetus devant la porte, sans visage ni douleur ancré dessus. Avant que les enfants n'aient pu dire quoi que ce soit, sa copie conforme apparaît soudain, manquant de bousculer les deux adolescents qui observèrent le manège des petits lutins. Ils se mirent à deux pour tirer les lourdes portes et se glisser à l'intérieur. Sur leur passage, Myaw entendit comme un rire. Ou un soupir, elle ne savait pas vraiment.


– Où est le concierge ? Il faut que je récupère la clé ?


Il la regardait avec un air si translucide et fragile qu'elle eut envie de le prendre dans ses bras. Mais elle n'osa pas, ne souhaitant pas le bousculer. Alors elle laissa la douceur envahir sa voix plutôt que ses gestes.


– Je suis désolée Kilyann. Il n'y a personne d'autre que nous deux ici.


Ce n'était pas son rêve et pourtant elle avait acquis cette certitude. Ils pourraient pousser toutes les portes du monde, retourner tout l'orphelinat, ils ne trouveraient rien d'autres que des reflets ou des êtres dévorés par la couleur et sans visage. Ça ne menait nulle part et pourtant, plus ils avançaient et plus Myaw avait l'intime conviction qu'elle n'était pas tombée dans ce rêve par hasard. Que quelque chose l'y avait poussée, s'était agrippé à ses chevilles pour l'attirer dans cet esprit. Un cri de détresse.

Elle s'approcha de la porte pour se glisser à la suite des deux petits êtres. Le grand hall était sombre et elle dut tâtonner quelques instants avant de trouver l'interrupteur qui jeta une lumière froide sur l'espace. Les murs étaient rouges et elle frissonna ; ça lui rappelait Redwan. Au centre de la pièce, il y avait un pot de peinture et deux rouleaux. Alors Myaw s'approcha pour en attraper le manche et plonger la mousse dans le pot tout blanc, aussi blanc que les murs qu'elle avait retrouvé en rentrant au Mystery. Elle n'était pas sûre duquel de leurs esprits mêlés était née cette peinture, mais elle était en revanche certaine de ce qu'il leur fallait désormais faire. L'adolescente se retourna vers Kilyann, pour l'encourager du regard à la suivre dans la pièce.


– Il faut reconstruire, maintenant.


Soigner les murs, peindre les têtes.


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Kilyann Lindström
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MessageSujet: Re: Le prix de nos rêves    Le prix de nos rêves  EmptyJeu 5 Aoû 2021 - 11:34

"Le prix de nos rêves"




Il n’y a pas de musique. Cette constatation me percute en plein visage. Pourquoi cela me paraît-il si surprenant ? Dans cet espace où le bâtiment surplombe tout le reste, où les coquelicots naissent du sang au sol et où tout autour n’est qu’une brume épaisse, je me surprends seulement maintenant à penser : il n’y a pas de musique.

Y avait-il des coquelicots aux environs ? D’autres fleurs ? Pourquoi l’environnement n’est qu’un sombre et opaque film, parfois gris, parfois un peu rose ? Comme des morceaux de barbe à papa perdus dans le voile de pollution des pots d’échappement. Peu importe que la confiserie soit sucrée, bien faite ou douce, une fois saupoudrée du gaz toxique, elle le devient elle aussi.
Est-ce que pousser la porte de l’orphelinat ne signifie pas quitter mes peurs, mes addictions ? Mais pourquoi est-ce aussi effrayant ? Je ne tremble pourtant pas. Mais d’où me vient cette boule dans la gorge dans ce cas ?

Il y a des mouvements de personnes autour de nous et la porte, la vraie, finit par s’entrouvrir. Mais je suis toujours persuadé de la voir fermée, comme si le duo d’enfant n’avait jamais existé ou s’était contenté de traverser l’épais bois sans difficulté. Et je demande où se trouve le concierge. Myaw devrait le savoir, n’est-ce pas ? Après tout, elle était aussi une résidente.
Mais elle n’a pas l’air convaincue et rien n’apparaît dans notre dos. Pas de maison de concierge en tout cas. Rien de plus que ce gaz de pot d’échappement.

– Je suis désolée Kilyann. Il n'y a personne d'autre que nous deux ici.

Je baisse les yeux et continue à regarder mes doigts qui s’entremêlent entre eux. Mon cerveau commence à s’éclaircir, très légèrement, face à la voix de Myaw. Elle est toujours ce petit rayon de soleil qui n’a rien à faire là. Rien à faire dans ma tête. « Personne d’autre que nous deux ici ». Est-ce qu’un rêve dit ce genre de choses ? Myaw. Myaw. N’avait-elle pas un pouvoir un peu spécial ? Je ne m’en souviens plus, cela fait si longtemps.

Elle passe devant moi et passe dans le petit angle ouvert de la porte. Je sursaute presque lorsqu’elle disparaît. Être seul ici devient effrayant, c’est comme si en disparaissant, sa lumière éteignait tout le reste. La nuit tombe en un clin d’œil et l’atmosphère devient suffocante. Il faut traverser, les yeux grands ouverts, la respiration calme.
La lumière filtre à travers la porte, chaleureuse et je me faufile à mon tour.
L’intérieur me glace le sang. Les murs suintent une peinture rouge, comme les pores d’une peau. C’est l’orphelinat tout entier qui pleure la mort de ses résidents. C’est moi qui pleure la séparation avec mon frère. Je ne vois pas le pot de peinture blanche, ni Myaw qui s’en approche. Mes yeux sont exorbités, plantés dans les murs, le plafond, le sol. La main tremblante s’approche de la surface, la touche du bout du doigt mais tout est sec.
Tu n’as plus une seule larme à verser. Tout ce qui reste ici n’est qu’un vestige, une relique du passé, séché, séché, séché.

– Il faut reconstruire, maintenant.

Myaw est face à lui, un peu plus loin. Dans sa main trône un rouleau à peinture qui pleut du blanc sur le sol. La pureté. Peindre du blanc par-dessus du rouge ? Je regarde l’allure sombre et à la fois flash du rouge sur les murs. Reconstruire ? Pourquoi reconstruire ? Qu’y a-t-il à reconstruire ? Les murs seront toujours rouge en-dessous du blanc, il y aura toujours les marques d’ongles, les cris, les flammes. Pourquoi faut-il reconstruire alors qu’on ne retrouvera jamais les disparus ?
Je ne retrouverai jamais mon frère.

« Ça ne ramènera pas les morts. »

Ça les enterrera sous des fausses joies. Mais malgré mes paroles, je m’approche du pot de peinture et récupère à bout de bras le rouleau. Il me semble peser plus de vingt kilos. Le poids du changement. J’étais pourtant persuadé d’avoir tout laissé derrière moi, d’avoir accepté d’abandonner pour de bon. Je croyais que c’était la meilleure solution.
Le rouleau plonge dans la peinture et cinq nouveaux kilos s’additionnent à mon équation. Ploc, ploc, ploc. Les gouttes de peinture tombent sur le sol et je les observe s’étaler progressivement, recouvrir le rouge. Comment une seule couche de blanc peut-elle passer au-dessus d’un rouge aussi vif ? Je regarde Myaw un instant et m’approche du mur le plus proche. Le fixe sans parler. Lève le rouleau. Le surplus de peinture roule le long de mon bras. J’approche la peinture du mur et abaisse la main. Le tout s’étale précautionneusement sur quelques centimètres mais le poids est trop lourd, beaucoup, beaucoup trop lourd alors le rouleau tombe et je tombe avec lui, sur les genoux.

« Ça ne ramènera pas mon frère. Pourquoi personne ne cherche à nous rattacher l’un à l’autre. Pourquoi tout est trop lourd. »

Mes mains plongent dans un sol qui devient alors aussi malléable que de la peinture et de chaque côté sort deux couleurs. Sur la main gauche, un beige et sur la droite, un bleu azur. La couleur se mêle légèrement au rouge mais je les dispose alors sur le mur, laissant la peinture couler, tâcher la totalité du tableau écarlate.
Mes larmes coulent à nouveau, celles que je pensais sèche à jamais et je les essuie comme je peux, recouvrant ma peau des deux couleurs pastel.
Le monde magique est-il si vaste que personne n’arrive à retrouver mon jumeau ? Non, non, je sais parfaitement pourquoi personne ne se décide enfin à nous rassembler. Parce que je suis instable. Parce que je dois me séparer de cette attitude « fusionnelle ». Quitte à me faire souffrir.
Ce n’est pas normal de tenir à ce point à quelqu’un, même s’il s’agit de sa famille.

« Ce n’est pas les objets qui doivent être repeints, c’est les gens. C’est ce qu’on m’a dit. »

Parce que les meubles demeureront à jamais des meubles, les armoires serviront à ranger des choses, toujours, mais les humains, les humains ils changeront rapidement, les années auront raison de leur caractère, de leurs pensées, de leur passé. Il faut que les gens changent, parce que s’ils restent fidèles à eux-mêmes alors ils sont mis à l’écart, accusés de ne pas grandir, d’être d’éternels adolescents. Certains amènent même le syndrome de Peter Pan. Comme si c’était une pathologie. Un mal.
Le monde n’a de place que pour ceux qui répondent aux attentes de la société. Sont sympathiques mais pas empathiques. Où le verbe amour n’a pas de sens pour bon nombre de gens. « Tu es immature encore Kilyann, quand tu grandiras tu comprendras que tu peux te passer de ton frère. »

Est-ce que j’ai suffisamment grandi, maintenant ?

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MessageSujet: Re: Le prix de nos rêves    Le prix de nos rêves  EmptyMar 10 Aoû 2021 - 17:07

Les gouttes de peinture blanche tombaient sur le sol comme des gouttes de sang. Dans un rythme régulier qui rappelait à Myaw les blessures que Redwan s'amusait à infliger à ses esclaves, celles qui saignaient encore, tachant les draps dans lesquels ils dormaient. Les esclaves ne parvenaient pas à ravoir la blancheur grise, après, et ils devaient accepter de dormir dans le sang des autres, dans le sang des leurs.

– Ça ne ramènera pas les morts.

Mais rien ne les ramènerait. Même pas la haine envers les sorciers noirs, encore moins l'idée de faire couler plus de sang. Seule la paix pouvait encore faire quelque chose dans ce monde de cauchemars qu'était devenue la réalité ; une paix qui ne pouvait plus rien pour les morts, mais qui pouvait encore sauver les vivants.
Malgré ses mots, Kilyann prit un rouleau qu'il plongea également dans la peinture avant de se diriger vers un mur. L'adolescente le suivit et posa le blanc sur le rouge, recouvrit la douleurs par la pureté. Pansement pour un orphelinat qui pleurait. L'albâtre s'accrocha facilement au mur, couche nouvelle qui attendait d'être recouverte par les dessins des prochaines générations, les doigts plein de confitures, les bêtises des enfants. Les histoires des vivants.
Le blanc coulait le long du bras de Myaw, se fendant avec sa peau, s'enroulant comme des volutes. La peinture avait une odeur d'essence, ou peut-être était-ce les murs, mais l'adolescente n'essaya pas de chercher ce que cela pouvait dire ; elle avait peur de la réponse. Qu'il fallait tout brûler ? Réduire le Mystery Orphanage en cendre ? Il n'y avait que les phénix qui renaissaient après s'être consumé.
Un bruit mat la fit se retourner et elle aperçut le rêveur – pourquoi disait-on toujours le rêveur, d'ailleurs, alors que la plupart des gens passaient leur temps à faire des cauchemars – à genoux, à peine une trace étalée au-dessus de lui. Ça lui brisa le coeur de le voir ainsi, cassé, plié, ça résonna si fort en elle que ça lui fit mal.
Myaw avait passé sa vie à se battre pour voir la joie dans tous ce qui l'entourait. C'était ainsi, c'était son caractère, peut-être un peu de magie qui émergeait du monde des rêves ; elle voyait les paillettes même dans les entrailles les plus sombres. Loin du désespoir, même quand Redwan s'acharnait sur elle ; il y avait toujours des étincelles pour la faire revivre.
Mais pas cette fois. Cette fois, elle se sentait démunie.

– Ça ne ramènera pas mon frère. Pourquoi personne ne cherche à nous rattacher l'un à l'autre. Pourquoi tout est trop lourd.

L'étincelle se réveilla quelque part en elle alors que les questions boursouflaient ses lèvres, sans qu'elle sache les formuler. Elle se rapprocha de Kilyann qui, les mains comme plongée dans le sol, laissait monter des couleurs sur ses bras. C'était beau et triste à la fois, sans qu'elle ne sache vraiment expliquer pourquoi ? Peut-être parce que les couleurs s'égaraient aussi sur le mur, sur le sang versé de tous les orphelins, les taches de leur passé, les douleurs de leur tête. Peut-être à cause des larmes qui brillaient sur les joues, elles aussi colorées.
Soudain, il y avait tellement de couleurs que Myaw prit conscience que le début du rêve avait été trop fade.

– Ce n'est pas les objets qui doivent être repeints, c'est les gens. C'est ce qu'on m'a dit.

L'adolescente posa également ses mains sur le sol, mais il ne se déroba pas sous ses doigts, et aucune autre couleur que le blanc qui avait coulé un peu plus tôt ne vint colorer sa peau. Le rêve ne l'acceptait pas. Ou alors l'inconscient estimait qu'elle n'avait pas besoin d'être repeinte. Mais ce n'était pas ça qui hantait sa langues depuis quelques instants, la question qui avait mis tant de temps à se formuler, à trouver ses mots.

– Est-ce que… est-ce que Kelyann est encore en vie ?

Les couleurs dansaient toujours sur les murs et, en plissant les yeux, Myaw se rendit compte qu'elles formaient des mots. Mélange de lettres un peu flou qui s'inscrivaient sur toute la hauteur en français – la langue de sa mère. Est-ce que ça émergeait d'elle ? Ou Kilyann parlait-il aussi le français et c'était ses mots qui sinscrivaient sur les murs ?

Si tu réalises que l'amour n'est pas là
Que le soir tu te couches
Sans aucun rêve à toi

Résiste
Prouve que tu existes
Cherche ton bonheur partout, va
Refuse ce monde égoïste
Résiste
Suis ton coeur qui insiste
Ce monde n'est pas le tien, viens
Bats-toi, signe et persiste

Résiste


Résister.

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Kilyann Lindström
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MessageSujet: Re: Le prix de nos rêves    Le prix de nos rêves  EmptyDim 5 Sep 2021 - 12:28

"Le prix de nos rêves"




Le pastel est une teinte que j’ai toujours appréciée. Douce, calme, apaisante, elle me rappelle ma mère, elle me rappelle la couleur du plaid en hiver, celle de mes anciens vêtements, très féminins, des nœuds, de la beauté. Elle montre aussi la complexité, des couleurs qui ne tranchent pas, une ligne un peu courbe sur des notes de musiques rondes.
Mais tout ceci n’existe plus que dans ce monde qui me permet paradoxalement d’être en vie. Mes tenues ne sont plus en pastel, elles sont en gris, en blanc. En noir. Les couleurs ont déserté mon environnement depuis qu’il est parti. Mes cheveux ne sont plus teintés de cette nuance beige et dorée. Ils sont blancs. J’inspire profondément et regarde un peu Myaw. Cette Myaw qui me paraît toujours aussi étincelante, toujours aussi éloignée de mon univers habituel. Qui me questionne comme jamais personne n’a osé me questionner. Avec bienveillance. Sans jugement.
Puis vient cette phrase.

– Est-ce que… est-ce que Kelyann est encore en vie ?

Mon regard d’ordinaire calme et distant change progressivement. Mes traits se durcissent sans que je ne parvienne à en détecter la cause. Mon environnement se transforme mais aucune destination ne semble avoir été donnée. C’est un bruit général, un grésillement pas si puissant mais audible. Je fronce encore davantage les sourcils à mesure que le doute m’envahit. Qu’est-ce qui ne va pas ? Je l’ignore. Je suis juste persuadé que quelque chose cloche. Mes yeux se plissent comme pour déceler une chose dans l’épaisse brume qui vient d’apparaître, masquant tous les contours de l’orphelinat.
Sommes-nous… ? Non, je ne connais pas cet endroit. Je ne le connais tellement pas que rien n’est précisé. On devine une fenêtre avec un lit, une chambre sans doute. Tout est en noir et blanc mais une figure se dresse devant la fenêtre, concentrée sur l’extérieur, les mains dans le dos.
Est-ce que tu m’attends quelque part, Kelyann ? Est-ce que tu soulèves la terre et retourne le ciel pour me retrouver ? Je m’approche de la sculpture inanimée pour la toucher mais ce n’est rien de plus qu’une brume épaisse. Plus épaisse que celle qui nous entoure depuis un temps déjà.

Est-ce que Kelyann est encore en vie. La phrase me ferait presque de nouveau pleurer. Pourquoi faut-il que cette question reparaisse constamment et me torture encore et encore. Qui me dit que tous ces adultes ne me mentent pas ? Qu’ils cherchent simplement à me faire accepter l’inacceptable en me détachant psychologiquement de mon frère avant de m’avouer sa mort, des années plus tard ?

« Je ne sais pas. Les gens disent que oui. »

Je tends de nouveau ma main, m’attache à la forme plus précise des cheveux de brume. Ils n’ont toujours aucune consistance. Les gens disent que oui. Peut-être que je devrais y croire, moi aussi. Ou tenter de devenir acteur et me construire un masque parfait, indestructible. Vivre avec un déni insupportable sur les épaules.

Je me tourne vers Myaw et plisse de nouveau les yeux. Il y a toujours ce quelque chose qui ne va pas chez elle. J’ai les doigts qui se mettent à trembler sans raison. Est-ce que j’ai froid ? On ne dirait pas. Je pense encore à mon frère, comme je l’ai toujours fait depuis toutes ces années mais Myaw est quelque chose d’autre. Les traits de l’orphelinat reviennent, pour arborer les contours d’une des salles de classe. Plusieurs visages se précisent. Il est étonnant que je me souvienne d’autant de noms, d’autant de traits familiers. Mais cette Myaw-là, cette Myaw face à moi a changé. Elle n’est pas celle de mon souvenir.

« Pou… Pourquoi est-ce que… Tu devrais le savoir pourtant que mon frère est vivant. »

Tout le monde le sait. Tous les gens ici présents le savent. Ils acquiescent d’ailleurs et regardent l’étrangère qui a grandi comme s’il s’était agi d’un fantôme. Un fantôme du futur. Est-ce que l’on vient m’annoncer que c’est fini ? Qu’il n’y a plus lieu d’espérer ? L’espoir m’a pourtant vu grandir, avant d’être étouffé par la résignation. Jeune femme du futur.

« E… Est-ce que Kelyann est encore en vie ? »

Comme un écho, les autres pensionnaires répètent mes mots. Je sens mes larmes qui remontent et mes jambes flageolent. Qu’ils se taisent donc. Depuis quand y’a-t-il autant de monde ici ? Mon agoraphobie me prend à la gorge et je me serre dans mes bras, sans crier. Je fixe le sol, un point parmi plusieurs points. J’ai l’impression que je vais tomber en arrière. Le sol se dérobe sur le côté, comme si l’on avait été déposé dans un cube que l’on aurait ensuite fait rouler sur une face. Je tombe sur les fesses mais ce nouvel environnement est juste blanc. Dépouillé.
Mon affirmation s’échappe sans un seul sanglot, aussi claire que la blancheur éclatante autour de nous.

« Je veux savoir comment faire pour le retrouver. »

Afin que cette immense farce prenne fin, que la force me revienne, que je puisse m’assumer pleinement. Que je puisse enfin. Avancer.

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MessageSujet: Re: Le prix de nos rêves    Le prix de nos rêves  EmptyMer 15 Sep 2021 - 9:52

Lorsque les mots se posèrent sur sa question, Myaw sentit bien un changement d'atmosphère. Quelque chose s'était tendu dans le rêve et, comme tout revenait à Kilyann, ça devait donc être lui qui s'était crispé. L'adolescente se mordit la lèvre, cherchant un sang qui ne coula pas puisque tout était différent dans ce monde-là. À sa place il eut l'odeur de la brume qui enveloppait tout, un brouillard morne et lourd qui montait depuis le sol, à peine percé à un endroit par un trou de lumière, un point de fuite vers l'extérieur, une fenêtre. Devant la fenêtre, une silhouette comme emmitouflée dans un épais manteau noir ; le rêveur s'en approcha, mais ça main toucha sans attraper. La silhouette était aussi fuyante que la brume, peut-être d'ailleurs était-elle la brume ? Une personnification de cette lourdeur épaisse qui les entourait ?

– Je ne sais pas. Les gens disent que oui.

Elle hocha la tête en silence. C'était peut-être le pire, ça, de ne pas avoir de certitudes. De s'accrocher à des mirages. Lors de son emprisonnement chez les Soul, Myaw avait fait le choix de penser qu'Ange était encore en vie et qu'il la sauverait. Mais au fond, elle n'en savait rien, il aurait pu faire partie des cadavres amoncelés devant le Mystery Orphanage, de l'odeur des corps brûlés par les sorciers noirs qui ne savaient pas comment se débarrasser des morts. Comme tant d'autres de ses amis… Myaw avait décidé de croire à cela parce que c'était la seule chose qui lui permettait de garder la tête droite dans la misère, parce que c'était ça ou ne pas savoir, et que ne pas savoir était déchirant.

Le monde se modifia encore autour d'eux, la brume se décollant des murs et du décor pour laisser la place à une salle de cours. Les bureaux étaient différents de ceux que Myaw avait quitté l'après-midi même. Ils étaient plus vieux, d'une autre époque. C'était ceux de son enfance, de l'enfance de Kilyann, un souvenir qui prenait place dans son inconscient. Des visages crevèrent le vide autour d'eux à leur tour. Ils n'étaient pas apparut d'un coup, c'était comme s'ils avaient été là depuis longtemps, mais que soudain elle s'en rendait compte. Elle se rendit compte aussi qu'elle les connaissait tous. Ils étaient plus jeune, et combien n'étaient plus là aujourd'hui ? Celui qui était le plus proche d'elle était porté disparu depuis la prise du Mystery, la fille derrière elle était morte sous ses yeux, le très jeune garçon à côté de Kilyann avait désormais 15 ans et n'avait plus qu'une main. Les ravages de la guerre ne touchaient pas le rêve et pourtant Myaw la sentait partout autour d'elle. Dans la tristesse des figures, dans le froid qui s'infiltrait jusqu'à l'os.

– Pou… Pourquoi est-ce que… Tu devrais le savoir pourtant que mon frère est vivant.

Elle baissa un instant la tête, presque sonnée, déstabilisée. Non, elle n'en savait rien, pas plus qu'elle ne savait s'il était mort et la question de Kilyann l'avait surprise. Comment pourrait-elle être au courant ? Même si elle n'avait jamais été enlevée – il ne pouvait pas savoir qu'elle était restée esclave des années – elle n'avait pas plus d'informations que lui, sauf si Kelyann était resté à l'orphelinat – mais ce n'était pas le cas. Elle secoua doucement la tête.
Puis elle comprit. Pensait-il qu'elle faisait partie du rêve, qu'elle était un bout de lui, de son imaginaire au contour un peu plus précis et qui le suivait partout ? Devait-elle le prévenir qu'elle était réelle, que tout le reste lui appartenait, mais que elle, n'était pas juste une figure floue de ses souvenirs ?
Il interrompit brusquement le fil de ses pensées.

– E… Est-ce que Kelyann est encore en vie ?

Elle aimerait répondre, mais ce ne fut pas sa voix qui se perdit dans les échos autour d'eux, mais celle de tous les autres orphelins, comme des fantômes, qui reprennaient en cœur cette litanie Est-ce que Kelyann est encore en vie ? En vie ? Kelyann ? Encore en vie ? Est-ce que Kelyann est encore ? Elle fut obligée de plaquer ses mains contre ses oreilles pour étouffer les sons. Elle sentit également quelque chose qui la tirait en arrière et elle comprit alors que son corps, dans la réalité, était en train de bouger dans les bras, cherchant à se réveiller pour fuir le cauchemar. Mais elle ne le laissa pas faire ; il avait besoin d'elle.
Les silhouettes des souvenirs autour d'elle se précipitaient tous sur l'adolescent tombé au sol, la bousculant, la traversant, lui jetant parfois des regards surpris, comme si elle n'aurait pas dû se trouver là. Elle n'aurait pas dû, d'ailleurs, ce n'était pas son rêve et sa place et, si le rêveur n'en avait pas vraiment conscience, l'inconscient lui savait et cherchait à la repousser. Myaw était le virus.
Puis, aussi soudainement que les bousculades avaient commencé, tout se fendilla pour dévoiler un nouvel espace, entièrement blanc et vide. Kilyann est au sol et sa position fit naître une boule dans la gorge de la jeune femme, qui s'ancra un peu plus à ses mots.

– Je veux savoir comment faire pour le retrouver.

Le blanc était si éclatant, si pur qu'il faisait mal à ses yeux. Elle les cligna plusieurs fois, observant ce nouvel environnement, une sorte de grande feuille de papier qui les entourait, autant d'histoires à écrire, encore.
Puis Myaw s'approcha de Kylann et s'assit en tailleur en face de lui, ses longs cheveux dégoulinant presque devant son visage, comme pour cacher les larmes qu'elle n'avait pas sentit naître sur ses joues.
Elle était bien incapable de dire si c'était elle ou le rêve, qui pleurait.

– Je vais t'aider, d'accord, je…

Ses mots vacillèrent un instant. Alors qu'elle le connaissait si peu, elle avait eu envie de lui parler d'Ange, de lui raconter comment il l'avait retrouvée elle et qu'il pourrait l'aider à retrouver le monde entier. À retrouver Kelyann. Mais elle sentit la maladresse de cette pensée ; les gens mentaient à l'adolescent, les adultes mentaient à l'adolescent et Ange, Ange était un adulte maintenant.

– Je vais enquêter, je regarderai dans les rêves des autres. Comme je regarde dans ton rêve. C'est ça, mon pouvoir. Je vais chercher Kelyann et, quand je le retrouverai, je te le ramènerai.

Elle passa la main pour essuyer sa joue, puis regarda la paume de sa main mouillée. Les larmes étaient bleues, on aurait dit de l'encre. Alors sur le sol, en lettres capitales, elle écrivit : JE LE RETROUVERAI.
Peut-être que c'était pour ça, au fond, qu'elle avait été sauvée. Pour aider quelqu'un à son tour.

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MessageSujet: Re: Le prix de nos rêves    Le prix de nos rêves  EmptyMer 22 Sep 2021 - 21:56

"Le prix de nos rêves"




Dans l’espace, ou plutôt cet espace auquel je crois appartenir entièrement, se dresse Myaw. Des rides de la vie en plus, des reflets de l’innocence disparus dans ses prunelles, mais plusieurs traits familiers. Je me demande pourquoi mon rêve m’a rappelé son souvenir. Avec quelle justesse il a créé jusqu’aux pores de sa peau. Mon inconscient semblait se perdre dans la contemplation de la jeune fille mais tout à présent n’est que lâcher prise, ici, dans cet endroit où n’existe que le blanc, où le reflet même de nos corps n’a pas lieu d’exister.

Mes yeux traînent sur le sol, mes mains toujours prête à en sonder la texture, à me raccrocher à quelque chose de tangible malgré l’absolu illogisme de ce monde. Peut-être qu’en grattant davantage, il se dessinera un reflet de moi-même, un reflet que je crois avoir perdu. Mais tout ceci n’est qu’illusion. Tout ceci n’est qu’un montage de mon esprit dont je ne tarderait pas à me réveiller, les yeux mouillés, les dents grésillants sous la pression des mâchoires. Pourtant, tout me paraît trop vrai, pour une fois. Je me sens acteur, un « moi » dans cet espace et un « moi » personnage. Avec un « elle »… Avec un elle… Un elle étranger.

Elle s’approche.
S’assoit.
Je l’observe, comme je l’ai toujours fait, tâchant de trouver la raison de ce léger grésillement, cette dissonance qui ne demande qu’à se terminer sur un accord parfait. Tu es Myaw. Je suis Kilyann. Pourquoi est-ce qu’elle pleure ?

- Je vais t’aider, d’accord, je…

Elle ne termine pas sa phrase et j’incline la tête sur le côté, surpris, intéressé, tout simplement curieux. Qui peut m’aider ? M’aider à quoi ? Et surtout comment ? Je voulais des conseils, d’un bout logique de mon inconscient, mais Myaw devient subitement quelqu’un, se dresse, une entité détachée et je comprends que la dissonance n’est pas simplement autour d’elle. Elle est cette dissonance. Et ses mots viennent confirmer cette impression, cet arrière-goût amer sur le palais que l’on n’a pas vu venir.

- Je vais enquêter, je regarderai dans les rêves des autres. Comme je regarde dans ton rêve. C’est ça, mon pouvoir. Je vais chercher Kelyann et, quand je le retrouverai, je te le ramènerai.

Elle s’essuie les yeux et ses larmes sont du bleu. Un bleu profond, presque noir, qui vient trancher avec l’éclairage ici, comme pour m’assurer quelque part qu’elle n’est pas de ce monde. Lentement, elle écrit quelques mots sur le sol. Les lettres sont comme le ciel nocturne venu recouvrir le soleil de midi, mais la signification m’emplit les yeux d’étoiles filantes. « Je le retrouverai ». Je relève tranquillement les yeux et lui offre un petit sourire, sincère, soulagé presque.

« Merci. Merci d’être… une étoile. »

Comme l’étoile du berger, qui ramène les brebis au champ, les protège des loups, des menaces, qui ramène sur le droit chemin. Je comprends mieux pourquoi ses traits sont si véritables dorénavant. Maintenant que le voile est levé, c’est comme si l’aurore apparaissait. Je ne sais pas si les choses changeront, évolueront, mais le simple fait d’être écouté, d’être compris, d’avoir le soutien d’une seule personne peut changer la donne. C’est la première fois que l’on me propose vraiment quelque chose. Même si la réussite tient du miracle, que chercher une aiguille dans une botte de foin semble plus facile, peu importe.

Je pose ma main sur mon coeur, un peu fatigué. Myaw. Myaw se tient devant moi et j’aurais espéré sentir quelque chose, l’expulser inconsciemment de mon rêve ou m’agiter brusquement, voire me réveiller. Mais non. Le tumulte attendu ne se prononce pas et je reste là, face à elle et aux mots étalés sur le sol.
Je. Le retrouverai.
Peut-être est-ce aussi à moi de me bouger à présent. D’abandonner l’adolescence, la drogue, cesser de me voiler la face dans les illusions. Disparaître de ma famille d’accueil pour enfin vivre et trouver un véritable sens à ma vie. Myaw pourra toujours me retrouver dans les rêves s’il y a des nouvelles. Rien ne me rattache à mon lit, si ce n’est la sécurité.

« C’est un beau… pouvoir, d’aller visiter les rêves des gens. »

Je regarde mes mains et le sol mais le sol est toujours lumineux, les lettres toujours d’un bleu nuit. Le temps dans le rêve s’est arrêté et je suis conscient de rêver dorénavant. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cela que les images ont cessé d’exister. Myaw s’est présentée sous son vrai personnage et j’erre à présent entre plusieurs états, sentant la magie émaner de partout. Peut-être est-ce grâce à mon don d’illusionniste que je parviens à ne pas immédiatement me réveiller. Ou est-ce à cause des narcotiques ?

« Avant de me réveiller... »

J’approche mes mains et le entremêle, mal à l’aise. Je n’ai jamais été très proche d’elle, je ne connais pas son passé, encore moins celui qui s’est produit après la chute de l’orphelinat. Je ne me sens pas légitime mais revoir quelqu’un de cette vie d’avant, pouvoir lui parler c’est… agréable.

« Est-ce que… tu y es retournée ? À l’orphelinat. Comment… »

Je me mords la lèvre. Est-ce que les choses sont pires ? Personne ne m’en a parlé. On a jugé mieux de me couper toute liaison avec les seules choses qui ont fondé mon être. Mon frère, l’orphelinat, les orphelins.

« Et est-ce que… tu vas bien ? »

Les mots sont si durs à sortir, les petites voix dans mon esprit me sommant de me la fermer. De n’avoir aucun droit de demander ce genre de choses. D’être l’inconnu dans le fond de la classe, timide, plus jeune dans sa tête que la moyenne.
Je n’ai pas tant changé, finalement.

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